vignette|Supplice de Hugues le Despenser, (enluminure, Chroniques de Froissart, BNF). Pendu, traîné et équarri (en anglais « ») est un supplice pratiqué en Grande-Bretagne pendant cinq siècles pour punir le crime de haute trahison, considéré comme plus vil que l'assassinat et justifiant une peine plus exemplaire.

La peine consistait à être pendu, traîné sur une claie jusqu'à la potence et mis en quart ou équarri, c'est-à-dire démembré, puis décapité. L'équarrissage était réservée aux hommes ; pour les femmes, cette peine était commuée en incinération du cadavre sur un bûcher et dispersion des cendres aux quatre vents.

Au Royaume-Uni, la dernière application de cette forme de supplice a été exécutée sur une personne vivante en 1810, puis le vote du Treason Act 1814 rend cette pratique caduque.

Histoire

Origines

Dans l'Angleterre du Moyen Âge central, les individus reconnus coupables de haute trahison sont punis de diverses manières. Certains sont pendus ou traînés par un cheval. Des châtiments plus brutaux apparaissent au : éventration et éviscération, castration, bûcher, décapitation ou écartèlement.

Le chroniqueur du Matthieu Paris rapporte qu'un homme tente d'assassiner le roi en 1238. Il décrit en détail la manière de son exécution :

vignette|Illustration tirée de la Chronica maiora de Matthieu Paris : Guillaume du Marais est traîné par un cheval jusqu'au lieu de son exécution.

Cet individu est décrit comme un agent de Guillaume du Marais (William de Marisco), chevalier devenu hors-la-loi et réfugié sur l'île de Lundy. Capturé par les hommes du roi en 1242, Guillaume du Marais est à son tour supplicié et Matthieu Paris offre une description détaillée du sort qui lui est réservé, ainsi qu'un dessin à la plume :

Le premier condamné à mort ayant subi de manière certaine les trois étapes du supplice est le prince gallois Dafydd ap Gruffydd, meneur d'une révolte contre en 1282. Après sa défaite et sa capture, Édouard convoque un parlement à Shrewsbury le qui établit la culpabilité de Dafydd et détermine son châtiment. Le , il est attaché à la queue d'un cheval et traîné dans les rues de la ville jusqu'à l'échafaud, punition pour sa traîtrise. Il est pendu pour avoir tué des nobles anglais, puis détaché avant de mourir et éviscéré. Ses entrailles sont jetées dans les flammes sous ses yeux parce qu'il a commis ses crimes durant la Semaine sainte. Enfin, avoir comploté la mort du roi lui vaut d'être écartelé et les morceaux de son corps sont envoyés aux quatre coins de l'Angleterre : le bras droit à York, le bras gauche à Bristol, la jambe droite à Northampton et la jambe gauche à Hereford. Les habitants de Londres ramènent en triomphe la tête dans leur ville, où elle est cerclée de fer et fichée sur une pique au-dessus de la tour de Londres.

Quelques années plus tard, un supplice similaire est réservé au chevalier écossais William Wallace, l'un des principaux adversaires des Anglais dans les guerres d'indépendance de l'Écosse. Coiffé d'une couronne de feuilles de laurier, il est traîné dans les rues de Londres jusqu'à Smithfield où il est pendu et décapité. Ses entrailles sont brûlées et son corps démembré. La tête est exposée sur le pont de Londres tandis que ses membres sont envoyés à Newcastle, Berwick, Stirling et Perth.

Législation

Plusieurs exécutions pour haute trahison prennent place sous le règne d' (Andrew Harclay en 1323, Hugues le Despenser en 1326), mais le droit anglais n'offre pas encore de définition claire de ce crime. Tous les sujets du roi âgés de plus de 14 ans sont censés lui prêter allégeance et c'est le roi et ses juges qui déterminent si cette allégeance a été violée. Sous le règne d', la justice royale qualifie de trahison une grande variété de crimes. Le Parlement réclame qu'une loi définisse la trahison de manière plus restreinte, ce qui est fait à travers le .

Cette nouvelle loi distingue deux types de trahison. La , qui correspond au meurtre d'un maître par son serviteur, d'un homme par son épouse ou d'un prélat par un membre inférieur du clergé, est punie de mort par pendaison après avoir été traîné jusqu'à la potence, ou par le bûcher pour les femmes. La haute trahison constitue quant à elle le pire crime qu'un individu puisse commettre, puisqu'elle menace directement la souveraineté du monarque, au même titre qu'une tentative de meurtre sur sa personne. Elle requiert par conséquent le châtiment le plus sévère qui soit. Les hommes doivent être traînés jusqu'au gibet, pendus et écartelés, tandis que les femmes doivent être traînées et brûlées vives, le spectacle de leur nudité étant jugé inapproprié.

Le définit la haute trahison comme : attenter ou vouloir attenter à la vie du roi, de son épouse ou de son fils aîné et héritier ; violer l'épouse du roi, sa fille aînée si elle n'est pas mariée ou l'épouse de son fils aîné et héritier ; faire la guerre au roi en son royaume ; venir en aide aux ennemis du roi en son royaume ; contrefaire le grand sceau du royaume, le petit sceau du monarque ou la monnaie royale ; importer en connaissance de cause de la fausse monnaie ; tuer le chancelier, le trésorier ou un juge royal dans l'exercice de ses fonctions.

Aucune limite n'est imposée à l'autorité royale dans la définition de ce qui constitue une haute trahison. Les juges ont la possibilité d'étendre cette définition au besoin. Il suffit d'un témoin pour accuser un individu de haute trahison, puis deux à partir du . Le suspect est d'abord interrogé en privé par le Conseil privé avant son procès public. Il n'a pas le droit à un avocat et ne peut appeler de témoins ; en fait, il est souvent considéré coupable d'emblée.

Cette situation très défavorable aux accusés dure jusqu'à toute fin du . Dans le prolongement de la Glorieuse Révolution, une série d'accusations de haute trahison à l'encontre d'hommes politiques whigs incite le Parlement à adopter le . Cette nouvelle loi accorde à l'accusé le droit d'être défendu par un ou deux avocats, de faire appel à des témoins et de recevoir une copie de l'acte d'accusation. Elle précise également que l'accusation doit prendre place dans les trois ans qui suivent la date du crime, sauf en cas d'atteinte à la vie du monarque.

Déroulement

vignette|L'exécution des prêtres catholiques Edmund Campion, Alexander Briant et Ralph Sherwin en 1581 (gravure de Giovanni Battista de' Cavalieri, 1584).

Il subsiste une certaine confusion concernant le déroulement du supplice en raison de la polysémie du mot , participe passé du verbe . Ce terme peut indiquer que le condamné est « traîné » au sol, mais il pourrait également faire référence à son éviscération ultérieure. Le inclut ainsi dans sa définition du verbe un sens « extraire les viscères ou les intestins de, éviscérer », tout en précisant que ce n'est pas forcément le sens voulu dans l'expression .

Le jour de l'exécution, le condamné est tiré de sa prison pour être conduit à l'échafaud. Au Moyen Âge, il est parfois traîné à même le sol par un cheval, mais il est par la suite habituel de le ligoter sur une claie en bois qui est ensuite traînée par le cheval. Le but est sans doute d'éviter que le condamné ne meure avant d'arriver devant son bourreau. Sur le trajet, il peut être soumis à l'ire de la foule : William Wallace est fouetté et reçoit des fruits pourris et des déchets.

Après lecture de l'ordre d'exécution, le condamné a l'occasion de s'adresser à la foule. Ces discours consistent la plupart du temps en de simples déclarations de culpabilité, mais il arrive que le shérif et le chapelain doivent intervenir : le prêtre catholique William Dean, exécuté en 1588, prononce des paroles si choquantes qu'il est bâillonné en hâte et manque d'étouffer. Il arrive que le témoin ayant dénoncé le coupable assiste à la sentence : en 1582, un autre prêtre catholique, Thomas Ford, proteste de son innocence jusqu'à ce que son dénonciateur, l'espion royal John Munday, lui rappelle ses aveux. Lorsque plusieurs exécutions se succèdent, les derniers condamnés sont parfois contraints d'assister au supplice des autres.

Torse nu, les bras liés devant lui, le prisonnier est pendu pendant un bref moment, soit depuis un chariot, soit depuis une échelle. La strangulation n'est pas censée entraîner la mort, même si certaines victimes y succombent. C'est le cas de Jean Payne en 1582, lorsque plusieurs personnes, ayant pitié du condamné, se suspendent à ses jambes pour lui offrir une mort rapide. À l'inverse, l'impopulaire , exécuté en 1591, est très rapidement retiré du gibet pour passer à l'étape suivante du supplice : l'éviscération et l'émasculation. S'il est encore vivant à ce stade, le condamné peut voir ses entrailles jetées dans les flammes. On lui arrache ensuite le cœur, puis la tête est tranchée et le corps découpé en quatre morceaux. En 1660, le régicide Thomas Harrison aurait frappé le bourreau après avoir été pendu pendant plusieurs minutes et éviscéré, sur quoi il aurait été rapidement décapité.

Le déroulement des exécutions est parfois entravé par le manque d'expérience des bourreaux. L'éviscération de Richard Gwyn, en 1584, se déroule particulièrement mal. En 1606, Guy Fawkes, condamné pour son rôle dans la conspiration des Poudres, parvient à se suicider, en sautant de la potence et se briser la nuque.

vignette|Execution of Thomas Armstrong (Tyburn, on 20 June 1684), gravure d'après Jan Luyken (1698).

Aucune source ne décrit le processus de démembrement en détail. Une gravure (ci-contre) du supplice de Thomas Armstrong, en 1684, montre le bourreau qui effectue des coupes verticales le long de la colonne vertébrale et retire les jambes au niveau de la hanche. Ces restes sont habituellement exposés à des fins dissuasives après avoir été bouillis dans de l'eau avec du sel, pour empêcher la putréfaction, additionnée de graines de cumin, pour décourager les oiseaux charognards.

La tête du condamné est souvent exposée sur le pont de Londres, qui constitue pendant plusieurs siècles l'unique moyen d'entrer dans la capitale anglaise pour les voyageurs venant du sud. Plusieurs visiteurs notent la présence de têtes coupées sur le pont, comme Joseph Juste Scaliger en 1566 ou le duc Barnim X de Poméranie en 1602. Cette coutume disparaît à la fin du : le dernier condamné dont la tête est exposée sur le pont de Londres est William Staley, un jeune banquier condamné pour sa prétendue participation au complot papiste en 1678..

Liste de condamnés ayant subi ce supplice

Sous les Plantagenêt (jusqu'en 1485)

Nom Date Lieu Remarques Dafydd ap Gruffydd Shrewsbury Dernier prince gallois indépendant. William Wallace Londres (Smithfield) Meneur des guerres d'indépendance de l'Écosse. Neil Bruce Berwick-upon-Tweed Meneur des guerres d'indépendance de l'Écosse. Llywelyn Bren Cardiff Rebelle gallois. Andrew Harclay Carlisle Négocie la paix avec les Écossais sans l'accord du roi . Hugues le Despenser Hereford Favori d'. John Ball St Albans Meneur de la révolte des Paysans. Llandovery Participant du soulèvement d'Owain Glyndŵr. Roger Bolingbroke Londres (Tyburn) Astrologue accusé d'avoir voulu la mort du roi .

Sous les Tudor (1485-1603)