Victor Toews dit Vic Toews, né le à Filadelfia (Paraguay), est un avocat, juge et homme politique canadien. Il est juge à la Cour du Banc du Roi du Manitoba depuis le .

Député à la Chambre des communes pour le Parti conservateur du Canada, élu dans la circonscription manitobaine de Provencher, de 2000 à 2013, il est le ministre de la Justice et procureur général du Canada dans le cabinet du Premier ministre Stephen Harper du au . Il est par la suite nommé ministre à la direction de l'agence Sécurité publique Canada. Jadis député à l'Assemblée législative du Manitoba de 1995 à 1999 sous la bannière du Parti progressiste-conservateur du Manitoba, il est membre du cabinet du Premier ministre manitobain Gary Filmon en tant que ministre du Travail puis de la Justice provincial.

Enfance et début de carrière

Toews naît à Filadelfia, au Paraguay, de parents mennonites travaillant dans la région. La famille s'installe au Manitoba en 1956. Toews obtient un BA en histoire de l'université de Winnipeg en 1973, et un LL.B. de l'université du Manitoba en 1976.

Toews se joint au ministère de la Justice provincial en 1976 et devient procureur de la couronne l'année suivante. Il est promu au poste de directeur en droit constitutionnel pour la province du Manitoba en 1987 et dans cette fonction il conseille le gouvernement du Manitoba sur l'accord du lac Meech. Il préside également à une expansion des pouvoirs policiers dans les cas relatifs à l'ivresse au volant.

Toews est engagé par l'université du Manitoba en 1987 en tant que conférencier et donne des cours en droit du travail. Il quitte le cabinet du procureur-général en 1991 pour devenir conseiller associé pour Great-West Life Assurance ; un congé prolongé lui est accordé en 1995 lorsqu'il se lance en politique.

En 1994, Toews dénonce une décision du gouvernement ontarien de Bob Rae d'interdire les manifestations devant les cliniques d'avortement. Il qualifie la décision de et affirme que le gouvernement de Rae défie un , ajoutant que la décision allait de pair avec leur agenda social.

Politique provinciale Premières candidatures

Toews se joint au Parti progressiste-conservateur du Manitoba en 1989 et brigue un poste élu pour la première fois à l'élection générale provinciale de 1990. Il fait campagne dans la circonscription d'Elmwood, au nord-ouest de Winnipeg, historiquement un bastion pour le Nouveau Parti démocratique. Toews est défait par le député sortant Jim Maloway par 1 092 voix.

Il tente à nouveau de se faire élire sous la bannière progressiste-conservatrice à l'élection de 1995 dans la circonscription de Rossmere dans le nord de Winnipeg. Cette fois, il défait le député néo-démocrate sortant Harry Schellenberg par 117 voix.

Ministre du Travail

Toews est nommé au conseil des ministres de Filmon immédiatement après l'élection, devenant ministre du Travail le . Dans son discours inaugural à la législature, Toews affirme que sa philosophie politique était en partie influencée par les leaders du mouvement social-démocrate canadien.

Toews entretien des relations difficiles avec les groupes syndicaux, et est parfois accusé de prôner des politiques anti-syndicales. Au début de 1996, il dépose le controversé projet de loi 26, qui obligeait les syndicats à divulguer les salaires de leurs employés et à indiquer comment les cotisations étaient dépensées. De plus, la loi exigeait que les votes de certification syndicale aient lieu dans les sept jours suivant l'application, et permettait aux employés d'empêcher que leurs cotisations soient données à des partis politiques. Cette dernière proposition était fortement contestée par le Nouveau Parti démocratique, qui reçoit historiquement d'importants dons de la part des syndicats. Le chef néo-démocrate Gary Doer affirme que la loi vise injustement son parti et suggère que les actionnaires des entreprises aient le même droit de sauvegarder leurs investissements des dons partisans (une initiative susceptible d'affaiblir les levées de fonds des progressistes-conservateurs). Toews nie que son projet de loi est anti-syndical et affirme qu'il accordait plus d'autonomie aux travailleurs.

Le ministère de Toews propose également la privatisation des services de soins à domicile en 1996. Cette initiative est contestée par plusieurs personnalités travaillant dans le milieu, et mène à une grève de protestation prolongée des travailleurs. Certains membres de l'Opposition suggèrent que Toews est peut-être en conflit d'intérêts sur cette question, étant donné que Great-West Life Assurance avait planifié de se lancer dans l'industrie des soins à domicile une fois la privatisation complétée. Plusieurs autres grèves sont déclenchées au cours de l'année 1996, faisant dire à un journaliste qu'il s'agissait de l'année la plus mouvementée depuis la grève générale de Winnipeg en 1919.

Toews annule le Fonds de paiement des Salaires provincial en , déclarant qu'il ne parvenait pas à atteindre son but. Le fonds avait été créé pour permettre aux travailleurs de toucher leurs salaires de la part des employeurs qui avaient fait faillite.

Ministre de la Justice

Le , Toews est promu au poste de ministre de la Justice, procureur général et gardien du Grand Sceau, avec la responsabilité additionnelle pour les Affaires constitutionnelles.

Approche envers le crime et les tribunaux

Toews se fait très rapidement la réputation de se concentrer sur des questions de . Une de ses premières décisions est d'accorder au surintendants de prisons le droit d'instituer des interdictions complètes de fumer et des tests antidopage aléatoires sur les prisonniers, ainsi que le droit de surveiller les appels des prisonniers. Peu après, il introduit des mesures visant les gangs de prison et le trafic de drogue. En août 1998, il annonce que son ministère engagerait plus de procureurs de la couronne et construirait soixante-dix nouveaux lits pour le centre correctionnel de Headingley dans une tentative d'incarcérer davantage de criminels dangereux. Toews s'oppose aux sentences conditionnelles et en décourage la pratique au Manitoba.

Il introduit également une loi pour rendre les parents légalement responsables des crimes de leurs enfants. Des membres néo-démocrates de l'Opposition contrent que le plan serait inefficace, citant des expériences passées aux États-Unis comme preuve. Tôt en 1998, le gouvernement proclame la Loi sur les droits de victimes. Le ministère de la Justice et le Nouveau Parti démocratique appuient subséquemment tous deux le principe d'une charte des droits des victimes, qui est votée plus tard dans l'année.

Toews critique fréquemment le bilan du gouvernement fédéral libéral sur la question du crime, mais appuie également un certain nombre de propositions fédérales. En , il appuie le plan du ministre fédéral de la Justice Allan Rock pour donner à la police de plus grands pouvoirs pour viser les groupes de motards criminels. L'année suivante, il se tient aux côtés du ministre fédéral Lloyd Axworthy pour annoncer un plan pour décourager les condamnations des criminels autochtones non-violents. Toews déclare que la proposition réduirait le nombre de criminels récidivistes et affirme qu'elle est . Il appuie plus tard une proposition pour l'intégration d'une loge de réhabilitation autochtone dans le système de prison provincial. Sur d'autres questions, Toews est plus réticent à coopérer avec le gouvernement fédéral. Il annonce en 1997 que le Manitoba n'appliquerait pas ni n'administrerait le nouveau registre des armes à feu. Deux ans plus tard, il qualifie des modifications à la Loi fédérale sur les jeunes contrevenants d'à la fois .

La relation de Toews avec les tribunaux est souvent tendue. En 1999, il livre un discours à lAlberta Summit on Justice critiquant les juges qui s'aventuraient trop loin en politique. Il déclare que les juges, contrairement aux politiciens, . Certaines personnes dans l'assistance critiquent ce discours, et un représentant du Legal Aid Society of Alberta le qualifie de . Plus tard cette même année, un juge provincial critique Toews pour ce qu'elle qualifie de propos sur les nominations judiciaires et les horaires quotidiens des juges.

Autres décisions politiques

En , Toews annonce que le Manitoba accepterait une décision de la Cour suprême du Canada accordant aux couples homosexuels les bénéfices conjugaux.

En , en tant que ministre de la Sécurité publique, Toews présente le (littéralement Loi de protection des enfants contre les prédateurs d'Internet), aussi connu comme le projet de loi C-30.

Critiques

Toews et son ministre furent fréquemment les cibles des critiques de l'opposition. Les néo-démocrates alléguèrent que les postes de la Couronne étaient sous-financés durant son mandat et suggérèrent que la capacité de la Couronne d'effectuer ses devoirs de procureur s'en trouvait compromise. Ces inquiétudes deviennent particulièrement fortes après , lorsque la Cour d'appel du Manitoba permet à un homme qui avait admis avoir eu des relations sexuelles avec une fille de douze ans de purger sa peine dans la communauté plutôt qu'en prison. En rendant sa décision, le tribunal affirme que la jeune fille était une participante consensuelle et possédait la maturité pour donner son consentement. Toews exprima des réserves sérieuses sur l'issue du procès, et demanda l'autorisation de porter la cause en appel à la Cour suprême du Canada.

La décision de Toews de porter la cause en appel n'était pas controversée, mais la performance de la Couronne dans le procès original devint vite une source de controverse. Le critique néo-démocrate en matière de Justice, Gord Mackintosh, affirma que la Couronne n'avait jamais cherché à contrer les affirmations de la défense voulant que la jeune fille avait consenti à l'acte sexuel. Les néo-démocrates affirmaient qu'un manque de financement du département avait conduit à une poursuite négligente, et suggéraient que Toews devait assumer sa responsabilité ministérielle dans cette affaire. Quatre ans plus tard, une revue interne conclut que la performance de la Couronne lors du procès avait été en deçà des normes.

Toews est également accusé d'avoir abusé des pouvoirs de son poste à au moins deux occasions. En , il est accusé d'être intervenu de manière inappropriée dans le travail d'un comité de nomination judiciaire en demandant que deux noms soit ajoutés à la liste des juges proposés. Il nie toute faute, et affirme n'avoir agi que pour s'assurer que davantage de juges bilingues soient nommés.

La deuxième controverse étaient potentiellement de nature plus sérieuse. Durant un débat législatif en , Toews annonce que le porte-parole du NPD en matière de Justice, Gord Mackintosh, avait appelé de façon répétée la ligne directe Street Peace et avait raccroché avant d'avoir laissé un message. L'annonce n'est pas grave en elle-même, mais des questions firent rapidement surface quant à la façon dont Toews avait obtenu l'information, les appels placés sur la ligne devant être confidentiels et anonymes. Il admit que les appels des édifices gouvernementaux avaient été traqués, et qu'il avait reçu le nom de Mackintosh de la part d'un membre de son département. Le Premier ministre Filmon qualifia la conduite de Toews d'inappropriée, mais ne le renvoie pas de son poste au cabinet. Toews était également contraint à admettre que la ligne était restée sans surveillance pendant plusieurs mois. Malgré ces controverses, Toews est demeuré un des membres les plus importants du gouvernement Filmon.

Élection de 1999

Les progressistes-conservateurs sont défaits lors de l'élection générale de 1999 et Toews est personnellement défait dans Rossmere, perdant face à Harry Schellenberg par 294 voix. La redistribution avait ajouté un certain nombre de postes de scrutin favorables au NPD, contribuant vraisemblablement à la victoire de Schellenberg. Toews retourne travailler chez Great-West Life Assurance de 1999 à 2000.

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