Délos ( / Délos, dorien : / Dalos, / Đílos) est l’une des îles des Cyclades, en Grèce. Minuscule (), aride, depuis longtemps inhabitée, elle se situe à l’est de l’île de Rhénée (, inhabitée) et à l’ouest de Mykonos. Ses pentes sont douces et le mont Cynthe ne dépasse pas . L’abri portuaire a toujours été exposé aux vents qui, dès qu’ils se lèvent, rendent l’île inaccessible. Dans la partie basse se trouvait jadis un lac sacré d’eau douce, aujourd’hui à sec.
Elle a joué un rôle considérable en Grèce antique tant sur le plan commercial que religieux et politique ; son rayonnement a connu son apogée au L’île avait alors de l’eau potable. Le site a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1990.
Toponymie Elle a connu plusieurs dénominations dans l’Antiquité : Lagia (l'« île aux lièvres ») ; Ortygie (l’« île aux cailles ») ; Pyripyle (« porte de feu ») ; Cynthère (l'« île de Cynthia », nom carien d'Artémis)La combinaison nth est une marque des noms pélasges (Corinthe, menthe, labyrinthe...). ou encore Pélasgie (l’« île des Pélasges »). Le nom de Délos (« claire », « visible ») s’explique par la mythologie.
Avant 1940, elle s'appelait officiellement « Petite-Délos » (), le nom de Délos désignant Rhénée.
Géographie
Mythologie Le principal facteur de développement de l’île tient à la mythologie : elle était considérée comme l’« île sacrée d’Apollon », l’endroit où le dieu est censé être né, avec sa sœur jumelle Artémis. Selon la légende, lorsque Léto fut enceinte de Zeus, Héra, jalouse, la poursuivit pour l’empêcher de donner naissance à son enfant. Léto ne put trouver refuge que sur un rocher à peine visible à la surface des flots, nommé Astéria (« étoile »). Elle promit à ce rocher qu’il cesserait de dériver et que l’enfant à naître en ferait une île prospère et renommée. Une fois l’enfant Apollon né, l’îlot d’Astéria fut éclairé et devint visible (délos en grec).
On racontait aussi que l’île aurait été créée par le plongeon d’Astéria, sœur de Léto, dans la mer, pour échapper aux insistances de Zeus, ou encore par Poséidon, à la demande de Zeus. D'un coup de son trident, le dieu de la mer fit sortir de l’eau deux rochers plats : Délos et Rhénée.
Selon Aristote, l’île est nommée Délos « l'apparente » parce qu’à sa naissance, elle est apparue soudainement. Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle raconte que l’île fut longtemps flottante et qu’elle fut nommée Pyrpylé « porte du feu » en raison du fait qu’on y aurait découvert du feu pour la première foisJean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2016 , .
Histoire
vignette|Carte de Délos et de ses sites archéologiques par Richard Claverhouse Jebb en 1907. Les plus anciennes traces d’habitations remontent à la deuxième moitié du et se trouvent sur le mont Cynthe. Il s’agit de populations préhelléniques ultérieurement surnommées « Pélasges » et vivant dans des habitations sommaires : abris de chevriers ou de pêcheurs, voire de pirates comme le dit Thucydide.
Entre cet habitat rustique et l’époque mycénienne, rien ne permet d’établir avec certitude la présence d’humains, d’autant que les variations climatiques et la petite taille de l’île sont susceptibles de l’avoir privée d’eau douce par périodes.
Thucydide écrit à propos des premiers habitants de Délos : . Quand il parle de « Cariens », Thucydide fait référence aux habitants de la Carie, région historique d’Asie mineure.
Période mycénienne () Les Achéens sont présents dans l’île dès le : Délos est l’une des premières Cyclades où l’influence du continent se fait ressentir. Celle-ci reste relativement modeste dans l’archipel jusqu’aux environs de .
Âges « obscurs » () Cette période est surnommée « obscure » par les archéologues et historiens en raison de la rareté des sources. Toutefois on a des preuves que les ont abordé l’île au cours du
Période archaïque ()
À l’époque archaïque, et au début de son développement, Délos est visiblement influencée par l’île de Naxos au niveau artistique et architectural. En témoignent les nombreux monuments historiques édifiés à cette époque, comme l’oikos des Naxiens, la terrasse des lions, le Colosse des Naxiens et la statue de Nicandre, offrande à Artémis.
L’essentiel de la construction de l’oikos des Naxiens date ainsi du premier quart du La charpente et le toit étaient entièrement en marbre, ce qui montre la maîtrise technique des Naxiens ; car il s’agit sûrement du premier toit de marbre à Délos et peut-être même de Grèce. Cependant aucun texte ne précise la nature de la présence naxienne, il est donc peu probable que Naxos ait eu un rôle politique ou institutionnel à Délos à cette époque.
Dans la seconde moitié du , c’est surtout la cité d’Athènes qui cherche à affirmer son autorité sur l’île et son sanctuaire. Entre et , le tyran Pisistrate ordonne une première « purification » de l’île. Il s’agit en fait d’enlever les sépultures présentes au niveau du sanctuaire d’Apollon et de les déplacer sur l’île voisine Rhénée, en raison de l’interdiction sacrée de mourir sur Délos.
« Jadis Pisistrate, tyran d’Athènes, l’avait purifiée, mais seulement en partie, sur l’étendue de l’île que l’on découvre du temple », écrit Thucydide, Livre III, 104..
Cette mainmise d’Athènes se traduit notamment par la construction du Pôrinos Naos, un des trois temples d’Apollon, qui est de technique attique.
Vers , un autre tyran se manifeste à Délos : Polycrate de Samos. D’après Thucydide, c’est lui qui consacra l’île de Rhénée à Apollon Délien, et qui aurait relié les deux îles par une chaîne. Délos conserva ensuite toujours la propriété d’une partie de Rhénée et en tira l’essentiel de ses revenus à travers l’exploitation des terres. C’est également sur Rhénée, où œuvraient sages-femmes, herboristes et médecins, que l’on accouchait et que l’on soignait les malades, tandis qu’il était interdit de naître et de mourir sur Délos.
Période classique () Délos est par la suite mentionnée par HérodoteHérodote, livre VI, 97. au moment des guerres médiques, en . Un amiral perse nommé Datis se rend sur l’île sacrée lors de son expédition vers la Grèce. Alors qu’il a saccagé l’île de Naxos, il respecte et honore le sanctuaire d’Apollon Délien.
En Athènes choisit Délos comme siège de ligue maritime que les historiens modernes nomment « ligue de Délos » : l’alliance que formèrent les cités grecques pour lutter contre les Perses, après que ceux-ci eurent été refoulés de Grèce. C’est dans le grand temple d’Apollon qu’est déposé le trésor commun de la ligue, avant d’être transféré à Athènes en Cette domination athénienne se traduit par un contrôle administratif du sanctuaire : de nombreuses inscriptions relatives aux comptes du sanctuaire indiquent la présence de magistrats athéniens, les amphictyons, qui ont la charge d’administrer les biens du dieu. Cette domination prend aussi une forme religieuse et politique. En effet pendant la guerre du Péloponnèse, une épidémie se déclare à Athènes, qu’on attribue à la colère d’Apollon. Athènes décide alors à nouveau, en , d’effectuer une purification de l’île, cette fois-ci complète.
Tout ce que contiennent les tombes des Déliens est transporté dans la « fosse de purification », dans l’île de Rhénée pour obéir à un oracle qui affirmait que toute l’île doit être consacrée exclusivement à Apollon. Après cette nouvelle purification, Athènes organise pour la première fois la fête quadriennale des , faisant revivre les traditions archaïques que cite l’Hymne à Apollon d’Homère. Ces pèlerinages sont accompagnés de danses, de concours sportifs et culturels, de banquets et de chants, mais donnent également lieu à de nombreux échanges commerciaux.
La domination athénienne de l’île et sa sanctuarisation s’alourdissent en , lorsqu’Athènes ordonne l’expulsion de tous les habitants pour motifs d’impureté (sans doute aussi pour des motifs politiques). Les Déliens furent accueillis à Adramyttion en Asie mineure mais purent revenir l’année suivante à la suite d’une nouvelle prescription de l’oracle de DelphesThucydide, livre V, 32..
Après la défaite athénienne de (fin de la guerre du Péloponnèse), les Déliens prennent le contrôle de leur île et du sanctuaire pour une dizaine d’années. Athènes reprend les rênes en
Période hellénistique (323 av. J.-C. à 30 av. J.-C.) Après la mort d’Alexandre le Grand en , des tensions et des guerres se jouent dans le monde hellénistique. Entre 321 et se déroule la guerre dite des diadoques : les successeurs d’Alexandre tentent de s’emparer du pouvoir et se disputent les terres de l’empire macédonien. Cela se passe d’abord entre Antipater, le régent de l’empire et quelques diadoques influents : Ptolémée, Séleucos et Antigone le Borgne. Puis la guerre oppose les Antigonides à une coalition regroupant Ptolémée, Séleucos, Lysimaque et Cassandre : Délos est sous le contrôle de ce dernier, mais les Athéniens y restent influents.
En , Antigone le Borgne fait voter par ses troupes un décret déclarant la « liberté des Grecs ». C’est ce qu’on appelle la proclamation de Tyr. Il envoie par la suite son neveu Dioscoridès en Égée pour prendre les îles qui étaient sous le contrôle de Cassandre. Se crée alors le koinon des Nésiotes (ou ligue des Nésiotes), la première organisation fédérale regroupant les îles égéennes. Délos est choisie comme centre religieux de cette confédération, en raison de l’importance du sanctuaire d’Apollon. vignette|Buste d'Hermès de l'époque hellénistique.
L’indépendance de Délos (−314 à −167) À partir de , Délos est donc sous la protection des Antigonides et devient indépendante d’Athènes. Les Athéniens sont écartés de l’administration du sanctuaire d’Apollon, qui revient aux Déliens. Délos est alors entièrement contrôlée par les Déliens : aucune puissance étrangère n’interfère plus dans la gestion de la cité.
L’économie de Délos est une de celles que l’on connaît le mieux, grâce aux décrets honorifiques de la cité et aux documents de comptes (comptes des hiéropes) du sanctuaire d’Apollon, qui ont été préservés. Les hiéropes étaient chargés de compter et de répertorier les richesses du dieu, qu’il s’agisse de ses terres, de ses troupeaux, ou des offrandes qui lui étaient adressées.
Le sanctuaire avait notamment une activité bancaire importante, car les grands sanctuaires dans le monde grec servaient de banques de dépôt. De nombreux Déliens empruntent au sanctuaire pour la construction de bâtiments publics. L’époque de l’indépendance délienne concorde avec la construction de nombreux bâtiments comme le Kynthion, le Monument aux Taureaux, le Théâtre, le Portique de Philippe ou encore les Sarapieion A et B, pour ne citer qu’eux. Certains de ces monuments, comme le Portique de Philippe, sont également dus à l’évergétisme des divers monarques hellénistiques. Ces derniers financent et organisent aussi des fêtes en l’honneur du dieu.
On peut estimer que la population comptait entre 700 et citoyens à cette époque.. Si on ajoute les femmes et les enfants, on peut atteindre le nombre de , voire . En comptant les étrangers de passage et les esclaves présents sur l’île, on pourrait même arriver à ou résidant à Délos. L’île était alors autosuffisante en eau et pourvue de grandes citernes. Un lac, aujourd’hui à sec, existait d’ailleurs dans la cité. Ces estimations sont toutefois discutées car la ville semble encore petite à cette période, réduite au Quartier du Théâtre. L’urbanisation des autres quartiers semble dater d’après Les fouilles ont montré que l’Est du Sanctuaire d’Apollon et du Quartier du Lac étaient encore occupés par des jardins.