thumb|Représentation d'une victime de Jack l'Éventreur en couverture d'un penny dreadful publié en 1903.
Un tueur en série (appelé parfois, par anglicisme, serial killer Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.) est un criminel auteur d'homicides réitérés. Selon la définition la plus répandue, ce type de criminel a commis au moins trois meurtres séparés par un intervalle de quelques jours à plusieurs années. Dans de nombreux cas, il semble tirer un certain degré de plaisir du fait de tuer ses victimes, qui ne présentent le plus souvent aucun lien avec lui.
Le meurtrier de type « sériel » est généralement défini comme psychopathe ; il est considéré comme responsable pénalement. Dans de rares cas, il peut être diagnostiqué par l'expertise psychologique comme présentant un trouble psychotique et par conséquent pénalement irresponsable.
Histoire Des tueurs en série sont répertoriés dès le mais leur désignation date de 1932 (Serienmörder en allemand). Le terme anglais serial murderer apparaît en 1961, remplacé à partir des années 1970 par serial killer, traduit en français par « tueur en série ».
Les premiers tueurs en série S'il y a sans doute toujours eu des tueurs en série, le premier pour lequel existent des sources est l'auteur du meurtre d'au moins six prostituées en 1635 à Rome, traduction partielle d'un article paru dans Il Venerdì di Repubblica le .. Le premier tueur en série à défrayer la chronique internationale est Jack l'Éventreur, auteur d'au moins cinq meurtres de prostituées à Londres en 1888.
Origine du terme D'origine récente, la locution (« tueur en série ») s'est imposée progressivement aux États-Unis à compter des années 1970-1980 en tant que terme technique policier. Toutefois, les criminels qui tuent sans motif apparent ont toujours existé. À la fin du , Krafft-Ebing les désignait comme des « monstres psychosexuels »Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, Payot, 1881, rééd. 1963..
Le professeur Alexandre Lacassagne évoque, à la même époque, la « monomanie homicide »Alexandre Lacassagne, Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, Lyon, A. Storck,, 19 », 1899., une notion introduite par les aliénistes du pour décrire une maladie mentale ne se manifestant que par le passage à l'acte criminel.
L'universitaire américain Philip Jenkins, qui a étudié les crimes répétés commis aux États-Unis entre 1900 et 1940, a identifié vingt-quatre criminels ayant commis au moins dix homicides sans mobile apparent. À l'époque, aucun d'entre eux n'avait été identifié comme tueur en série. Philip Jenkins fait alors ce constat Philip Jenkins, « Serial Murder in the United States 1900-1940 : A Historical Perspective », dans Journal of Criminal Justice, 1989, n° 17, p. 377-392. : « Une société qui n'a pas l'expérience d'une telle notion a moins de chances de reconnaître le phénomène quand il survient, et donc tend à ignorer les liens existants entre les crimes d'un même individu ».
En 1932, le commissaire de police berlinois Ernst Gennat emploie le terme dans un entretien accordé à un journal et publié par le spécialiste de médecine légale qui avait examiné l'assassin Peter Kürten..
Le terme de mass murder a également été employé dans un journal populaire dit aussi « News media » des années 1930 pour qualifier les crimes d'Albert Fish.
Le terme de « tueur en série », ainsi que son stéréotype, est une expression provenant directement de l'anglais serial killer créé par l'agent du FBI Robert Ressler de Quantico dans les années 1970 Harold Schechter, The Serial Killer Files, Ballantine Books, 2003.Robert Ressler & Thomas Schachtman, Whoever Fights Monsters : My Twenty Years Tracking Serial Killers for the FBI, St. Martin's Paperbacks, 1992.. Le terme de « tueur en série » a été prononcé lors du procès de Ted Bundy, l'un des tueurs les plus meurtriers que les États-Unis aient connus.
La désignation serial murderer (« tueur en série ») apparaît en 1961 dans le dictionnaire Third New International DictionaryÉditions Merriam-Webster.. L'écrivain anglais John Brophy l'emploie souvent dans son livre The Meaning of Murder, sorti en 1966.
Le Centre d'analyse des crimes violents – National Center for the Analysis of Violent Crime (NCAVC) –, créé au sein du FBI, a coutume, depuis 1979, de distinguer quatre types de criminels, selon le nombre de victimes, le nombre de lieux et la chronologie des passages à l'acte répétés : le meurtrier de masse, le meurtrier compulsif, le meurtrier en série et – cas plus rare – le meurtrier en série de masse J.E. Douglas, R.K. Ressler, A.W. Burgess et C.R. Hartman, « Criminal Profiling From Crime Scene Analysis », dans Behavioral Sciences and the Law, 1986. : le meurtrier de masse (mass murderer) tue au moins quatre personnes en un même endroit lors d'un même événement. Les victimes peuvent être des proches ou des inconnus ; le meurtrier compulsif ou orgiaque (spree killer) tue diverses personnes en des lieux différents mais dans un temps limité (quelques heures ou quelques jours) ; le tueur en série (serial killer) tue au moins trois personnes en des lieux et des temps différents (quelques mois ou quelques années) ; le tueur en série de masse commet au moins deux homicides simultanés, homicides réitérés lors d'au moins trois événements et en trois lieux différents. Ce type de criminel est rare.
Pour Holmes et Burger, est un tueur en série celui qui commet au moins trois homicides sur une période de plus de trente jours R. Holmes, J. Deburger, Serial murder, Beverly Hills-Sage, 1988..
Un manuel d'investigation policière P. Brooks, M. Devine, T. Green, et al., Multi-Agency Investigative Team Manual, Washington, Département of Justice, 1988. paru en 1988 est moins restrictif : .
En 1991, Hickey classe les tueurs en série au regard du lieu qu'ils choisissent pour commettre le crime E. Hickey, Serial Murderers and Their Victims, Belmont, Wadsworth, 1997.. Il distingue ainsi : le tueur d'un seul lieu (place specific murderer), qui tue toujours au même endroit, dans un lieu qui lui est connu (voisinage domiciliaire, professionnel) ; le tueur d'un territoire (local murderer), qui commet des homicides dans une même région ou un même État, dont il est généralement originaire ; le tueur itinérant (traveling murderer), qui sillonne les routes d'un pays, franchit des frontières, rendant difficiles les recherches des enquêteurs et les rapprochements.
Caractéristiques d'un tueur en série Un tueur en série se caractérise généralement par le fait qu'il n'existe aucun lien entre lui et sa victime. En d'autres termes, il ne connaît pas sa victime avant de la choisir, d'où une difficulté accentuée pour les enquêteurs à retrouver l'auteur des faits.
C'est pourquoi policiers et gendarmes vont avoir recours à la technique dite du « profilage » (ou « analyse criminelle et comportementale ») pour tenter de l'identifier. Ils étudieront notamment le mode opératoire utilisé pour commettre le crime. Cette analyse peut en effet leur permettre de réaliser des rapprochements entre différents homicides commis dans une même région et éventuellement imputables à un même individu. Une recherche plus approfondie en matière psychocriminologique peut amener les enquêteurs à identifier la « signature » du criminel, qui se distingue du mode opératoire en ce qu'elle est inconsciente.
Si ce type de criminel semble agir sans mobile apparent, une motivation profonde est pourtant à l'œuvre dans chacun des passages à l'acte. Psychiatres, psychologues et criminologues s'emploient donc à décrypter cette motivation. En effet, le tueur en série ne tue pas par idéologie (même s'il peut parfois sélectionner ses victimes sur des critères ethniques, religieux, sexuels ou autres), par fanatisme, et généralement pas non plus par appât du gain. Le moteur du tueur en série est fréquemment le sentiment de toute-puissance que lui procurent ses crimes, qui mêlent généralement le sexe et la mort. Il est vrai qu'une forte proportion de tueurs en série a subi des violences ou des agressions sexuelles durant l'enfanceComment naissent les tueurs en série ?.
Dans une thèse présentée par la magistrate française Fiammetta Esposito (qui a fait l'objet d'un livreFiammetta Esposito. Le Tueur en série : Étude de profils français à l'usage des praticiens, L.G.D.J, Lextenso éditions, 2011.), un tueur en série se définit, indépendamment du nombre de victimes, par sa motivation intrinsèque, issue de fantasmes et par un passage à l'acte d'une extrême violence sexualisée. Autrement dit, un meurtrier pourrait être classé au nombre des tueurs en série dès son premier passage à l'acte, s'il est animé par une pulsion spécifique. Dans ce cas, son parcours criminel est interrompu, dès le premier meurtre, par l'arrestation, ou tout autre motif (maladie, décès…).
Au regard de cette définition les terroristes, les criminels de guerre, les tueurs de masse, les tueurs à la chaîne, les tueurs passionnels ou les tueurs à gages ne sont pas considérés comme étant des tueurs en série.
Profil des tueurs en série Les auteurs français Senninger, Hiegel et KahnJ.L. Senninger, E. Hiegel et J.P. Kahn, Le Tueur en série, Ann Méd Psychol, 2004 rendent compte de diverses statistiques : .
Un tueur en série ne se distingue pas au niveau physique et social. Il peut mener une vie sociale normale : par exemple, le tueur Dennis Rader (dit « BTK »), qui sévissait durant les années 1970 et qui s'est fait arrêter dans les années 2000, avait une femme et des enfants, avait travaillé dans une agence de sécurité avant de travailler dans une église. François Vérove, dit « le Grêlé », en est un exemple spectaculaire : après avoir commis nombre de meurtres et de viols dans les années 1980-90, ce gendarme très apprécié de ses collègues et de ses amis se marie, fonde une famille, a une vie sociale active et est même, sur une courte période, élu local, ne réveillant aucun soupçon jusqu'à son suicide accompagné d'une lettre d'aveux en 2021.
Il a été constaté qu'une forte proportion de tueurs en série a subi dans l'enfance des sévices sexuels, des violences physiques ou morales. Mais d'autres paramètres influent. Tous les enfants battus ou abusés ne deviennent cependant pas des tueurs en série.
Un tueur en série est souvent un psychopathe qui se caractérise par son manque d'empathie et son sadisme, par sa boulimie de meurtres, par le plaisir qu'il tire de ses actes et par un sentiment très fort de supériorité ; mais il existe des exceptionsInterview : Stéphane Bourgoin, spécialiste des Serial Killers - LeMague.net, 19 janvier 2006 (voir archive).
Dans certains cas plus rares, le tueur en série présente un profil psychotique.
Les enquêteurs américains du FBI opèrent une distinction approchante lorsqu'ils différencient le tueur organisé du tueur inorganisé. Ils tirent leur tableau comparatif des travaux du BSU (Behavioural Scient Unit), du CISCP (Centre international de Sciences criminelles de Paris) et du NCAVC (National Center for the Analysis of Violent Crime):