Le réservoir de Caniapiscau est un lac de barrage qui forme la partie la plus orientale du complexe hydroélectrique La Grande dʼHydro-Québec. Dʼune superficie de , le réservoir est de loin la plus grande étendue dʼeau douce sur le territoire du Québec au Canada... Aménagé entre et dans une région difficile dʼaccès du Moyen-Nord québécois, à plusieurs centaines de kilomètres de tout endroit habité, le réservoir est alimenté par un bassin versant de .Les surfaces des bassins versants ont été planimétrées avec des instruments plus précis dans les années 1990 , ce qui explique lʼécart entre le chiffre de 1996 et celui de , qui évaluait la superficie du bassin versant à . qui a été détourné du bassin versant de la rivière Caniapiscau, un affluent de la rivière Koksoak..
Le réservoir comporte deux barrages et quarante-et-une digues en enrochements, qui ont été érigées en déplaçant de mètres cubes de remblais. Au niveau maximal normal de , le réservoir retient un volume total de dʼeau, dont une réserve utile de .
Un ouvrage régulateur situé au lac Brisay contrôle les volumes dʼeau transférés vers le détournement Caniapiscau-Laforge et les centrales hydroélectriques en aval. Les transferts vers la baie James, qui peuvent atteindre jusqu'à /s, ont lieu depuis .. Aujourd'hui, une centrale hydroélectrique, la centrale Brisay, remplace l'ouvrage régulateur et turbine lʼeau transférée du réservoir. Mise en service en 1993, la centrale a une puissance installée de .. Au nord du réservoir, lʼévacuateur de crues Duplanter permet le déversement de lʼeau dans la rivière Caniapiscau, en cas de besoin.
Au terme de la deuxième phase du projet de la baie James, les volumes dʼeau fournis par le réservoir de Caniapiscau représentaient 23 % des apports du bassin hydrographique de la Grande Rivière et 35 % de la production dʼénergie totale du complexe hydroélectrique..
La construction du réservoir a eu des conséquences sur le plan environnemental. En plus dʼinonder un territoire dʼune superficie de plus de et de réduire le débit des rivières Caniapiscau et Koksoak en détournant les apports dʼune partie du bassin versant vers celui de la Grande Rivière, le réservoir a temporairement modifié les conditions physico-chimiques de lʼeau et augmenté le niveau de méthylmercure dans la chair des poissons, en particulier chez les espèces piscivores.
Description Le réservoir de Caniapiscau est situé à cheval entre la municipalité de Eeyou Istchee Baie-James, délimitée à lʼest par le méridien de longitude Ouest, et le territoire non organisé de Caniapiscau, dans la municipalité régionale de comté du même nom de la région administrative de la Côte-Nord. Le territoire est assujetti aux dispositions de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (1975) et de la Convention du Nord-Est québécois (1978), qui gouvernent les relations entre les gouvernements du Canada et du Québec, Hydro-Québec ainsi que les communautés autochtones cries, inuites et naskapies.
Au recensement de 2011, la région est inhabitée.. Le réservoir est accessible par avion ou par la route Transtaïga. L'extrémité nord-est de la route — située près de lʼévacuateur de crues Duplanter — se trouve à à lʼest de Radisson, ce qui en fait le point accessible par la route le plus éloigné dʼune ville en Amérique du Nord. La ville de Schefferville, à la frontière du Labrador, est située à au nord-est, mais le terrain entre les deux endroits est impraticable, même dans un véhicule tout-terrain..
Lʼancien campement désaffecté du lac Pau, qui a servi lors des travaux dʼaménagement du réservoir, est utilisé en 2012 par un pourvoyeur offrant ses services aux touristes attirés par la pêche sportive et la chasse au caribou. L'hydro-aérodrome adjacent sert au transporteur Air Saguenay, qui offre des services de base pendant lʼété..
Géologie thumb|right|upright=1.6|alt=Carte montrant l'emplacement du réservoir, de la route d'accès de même que des digues et des barrages, situés au nord et à l'ouest de la région.|Carte du réservoir de Caniapiscau. Le réservoir de Caniapiscau chevauche deux plateaux relativement peu accidentés. À lʼest, le plateau de Caniapiscau, qui sʼélève jusqu'à par endroits, sʼétend en direction de Schefferville. À lʼouest, le plateau des Lacs, dont lʼaltitude varie de , est caractérisé par un relief ondulé et un grand nombre de bassins lacustres. Les anciens lacs Caniapiscau, Delorme et Lemaître — aujourd'hui recouverts par la mise en eau du réservoir —, constituent en gros la frontière entre les deux entités physiographiques..
La région appartient à la province du Supérieur du Bouclier canadien. Le relief est déterminé par un socle rocheux constitué essentiellement de roches métamorphiques. Les dénivellations entre les sommets et les points les plus bas sont de lʼordre de .. Le roc de cette région, qui date de la période archéenne, est constitué de divers types de gneiss, notamment du gneiss granitique (gneiss et granit à pyroxène, granit et granodiorite), du gneiss à biotite et du granit gneissique. Le métamorphisme a pratiquement fait disparaître les grands plissements régionaux, mais certains indices montrent que lʼaxe des plis pointe vers le nord-est...
Des formes de dégradation et des saprolites ont été observées sur des affleurements rocheux lors dʼétudes cartographiques détaillées de la région menées à la fin des années 1990. Ces formes de météorisation se sont développées sur du granit gneissique riche en biotite, qui a été retrouvé sur quatre sites de la région, dont deux situés tout près du réservoir. De tels phénomènes géomorphologiques, antérieurs à la dernière période glaciaire, ont également été découverts en Fennoscandie, sur lʼîle de Baffin et dans le nord du Labrador. Ils sont utiles pour nous aider à comprendre les effets de lʼérosion et l'évolution des anciennes calottes glaciaires..
Au Quaternaire, cette région de la partie centrale du Nouveau-Québec est lʼune des dernières à émerger de la glaciation du Wisconsin. La fusion définitive de la glace sʼest échelonnée entre .. Les dépôts meubles, en général minces et discontinus, sont constitués de till et de sédiments fluvio-glaciaires. De nombreux blocs, dʼorigine généralement locale, gisent en surface presque partout. Trois blocs erratiques de roche ferrière provenant de la fosse du Labrador, située au nord-est, ont été détectés dans la région..
Trois types de moraines ont été recensées sur le territoire : la moraine de fond à surface fuselée, la moraine de Rogen et, plus rarement, des terrains morainiques à buttes et à dépressions. Les drumlins, les roches moutonnées et les crags de la région forment deux ensembles affichant des directions opposées et séparés par la ligne de partage glaciaire. À lʼouest, les indicateurs témoignent dʼun écoulement vers lʼouest et le sud-ouest, alors qu'à lʼest de la ligne, le dernier mouvement sʼest fait en direction nord-est. De la moraine de Rogen a été décelée dans les dépressions des lacs Delorme et Caniapiscau, et jusqu'à à lʼouest de la ligne de partage des glaces..
Climat Le réservoir de Caniapiscau est situé dans la région climatique continentale froide de type subarctique (Dfc, selon la classification Köppen-Geiger)., caractérisée par des saisons fortement contrastées où alternent des hivers longs et rigoureux et des étés courts et doux. Le relief peu accentué de la région facilite le passage des masses dʼair arctiques à lʼorigine du froid intense qui sévit en hiver et qui repousse le dégel tard au printemps. La période sans gel ne dure que 75 jours, de la quatrième semaine de juin à la première semaine de septembre.. À titre dʼindication, lʼhiver glaciologique moyen à la station météorologique de Nitchequon — située au sud-ouest du réservoir, à à vol d'oiseau — débute le 22 octobre pour se terminer le 4 mai..
Le réservoir se situe dans l'une des régions les plus arrosées du complexe La Grande. Les précipitations annuelles y avoisinent les par an, dont plus du tiers sous forme de neige, comme le montrent les données de Nitchequon reproduites ci-dessous. Les précipitations les plus fortes tombent sous forme de pluie pendant lʼété, avant de diminuer considérablement en intensité au cours de lʼhiver.
Dans la région, trois facteurs principaux sont responsables de lʼaugmentation des turbulences à lʼorigine de la formation des nuages : primo, les systèmes météorologiques empruntent des trajectoires différentes selon les saisons ; secundo, la glace sur la mer réduit lʼévaporation en hiver ; et tertio, la durée dʼensoleillement est plus longue en été..
Comme dans le reste du territoire de la Baie-James, les vents dominants soufflent de la côte vers lʼintérieur et viennent de directions comprises entre le sud-sud-est et le nord-ouest. Leurs vitesses moyennes varient entre ..
Hydrologie
thumb|alt=Carte des bassins versants harnachés par le complexe La Grande, qui sʼétend de la frontière du Labrador à la baie James.|Le bassin versant de la première phase du complexe La Grande. En orange, au nord-est, le bassin versant qui alimente le réservoir de Caniapiscau.
Avant la construction du complexe La Grande, la rivière Caniapiscau arrosait le secteur où se trouve aujourd'hui le réservoir. La rivière prend sa source à au sud, dans le lac Sevestre, sur un plateau séparant la tête de la rivière Manicouagan — qui se jette dans le golfe du Saint-Laurent —, et le versant de la baie d'Ungava. Elle courait du sud au nord sur près de , jusqu'à la rivière aux Mélèzes, formant avec cette dernière la rivière Koksoak. Longue de , la rivière irriguait une superficie de à son embouchure, près de Kuujjuaq. De sa source à son embouchure, la Caniapiscau arrosait un bassin versant de ..
Le secteur du réservoir, à en aval de la source, était constitué dʼun chapelet de lacs peu profonds, dʼorigine glaciaire, dʼune superficie totale de .. La rivière traversait les principaux lacs de la région, soit le lac Caniapiscau, dʼune superficie de ., de même que les lacs Delorme et Lemaître. À lʼest, les lacs Clairambault, DʼEsperey, Vermeulle et Porée formaient un second axe. convergeant vers la Caniapiscau, dans la région du lac Duplanter.
La partie amont de la rivière Caniapiscau — renommée rivière René-Lévesque en 1997. —, constitue la principale source dʼalimentation du réservoir, avec un sous-bassin de .. Au total, le réservoir, qui sʼest étendu aux lacs Brion au nord, Brisay et Marsilly à lʼextrémité ouest et au système du lac Male Otter au sud-ouest, a créé une aire de drainage qui sʼétend au sud et à lʼest jusqu'aux monts Otish et la frontière du Labrador sur une superficie de .
Comme c'est généralement le cas au Québec, le régime hydrologique du bassin versant est de type pluvio-nival, avec une forte crue printanière attribuable à la fonte des neiges. Comme la rivière Caniapiscau coule du sud au nord, dans le sens de la décroissance du gradient thermique, et que les conditions climatiques sont rigoureuses, la crue débute plus tard, le 12 mai en moyenne, pour atteindre son maximum après seulement trois semaines, le 3 juin..
La crue est suivie dʼun étiage dʼété et dʼune crue automnale, dʼorigine pluviale. Lʼétiage dʼhiver se prolonge de novembre à mai.. Sur la période de 1963 à 1980, le débit maximal des crues, à Duplanter, est en moyenne de /s au printemps et de /s à lʼautomne, avec des coefficients de variation de 0,25 et de 0,21 respectivement..
Le remplissage du réservoir a duré deux ans et demi. Il a débuté le avec un niveau initial de qui a grimpé de après 24 heures et de après une semaine. Le niveau minimal dʼexploitation de a été atteint 8 mois plus tard, le . Les soutirages vers le bassin de la Grande Rivière ont débuté le . Ils ont dʼabord été limités à /s pendant les deux premiers mois dʼexploitation, pour être ensuite augmentés au débit maximal de /s pendant un mois, du 26 mars au 27 avril 1984. Le réservoir a atteint son niveau dʼexploitation maximal normal pour la première fois le ..
Îles