vignette|Le Premier ministre du Congo-Brazzaville André Milongo et le président français Jacques Chirac.
L’expression « Françafrique », généralement connotée péjorativement, désigne une relation, qualifiée de néo-coloniale par ses détracteurs, entre la France et d'anciennes colonies en Afrique subsaharienne sur les plans économiques, monétaires, diplomatiques ou militaires. Consacrée par son utilisation régulière par les grands médias comme Le Monde, Libération, Les Échos ou L'Express, elle a été déclinée en plusieurs composantes, comme la « Françalgérie » dans le cas de l'Algérie..
Initialement utilisé par des intellectuels français pour défendre l'idée que la puissance française après la Seconde Guerre mondiale devrait s'appuyer sur une forme renouvelée de son empire colonial en AfriqueThomas Deltombe, « « Françafrique » : le destin méconnu d'un néologisme », dans ., le terme est devenu par la suite un concept d'analyse critique de la politique française sur le continent, avec la complicité des élites locales, à la suite des travaux de François-Xavier Verschave et de l'association Survie.
Après l'accession à l'indépendance de ses colonies africaines à partir de 1959"Decolonization in French West Africa" 26 octobre 2017, oxfordre.com, ., la France a continué à maintenir une sphère d'influence sur les nouveaux pays, ce qui était essentiel à la vision du président de l'époque, Charles de Gaulle, de la France comme puissance mondiale et comme rempart à l'influence britannique et américaine dans un monde postcolonial"Chirac and 'la Francafrique': no longer a family affair" February 2005, researchportal.port.ac.uk, .. Les États-Unis ont soutenu la présence continue de la France en Afrique pour empêcher la région de tomber sous l'influence soviétique pendant la guerre froide"Françafrique and regime theory" 23 August 2011, journals.sagepub.com, ..
La Françafrique a été caractérisée par plusieurs caractéristiques apparues pendant la guerre froide, la première étant la cellule africaine, un groupe composé du président français et de ses proches conseillers qui prenaient des décisions politiques sur l'Afrique, souvent en étroite collaboration avec de puissants réseaux d'affaires et les services secrets français. Une autre caractéristique était la zone franc, une union monétaire qui rattachait les monnaies de la plupart des pays africains francophones au franc français. La Françafrique reposait également, en grande partie, sur le concept de coopération, qui a été mis en œuvre par le biais d'une série d'accords de coopération qui ont permis à la France d'établir des liens politiques, économiques, militaires et culturels étroits avec ses anciennes colonies africaines. Selon GIRAF, le Groupe d'Informations sur les Relations Afrique France, la France se considérait également comme un garant de la stabilité dans la région et a donc adopté une politique interventionniste en Afrique, ce qui a donné lieu à des interventions militaires qui se sont produites en moyenne une fois par an de 1960 au milieu des années 1990. Enfin, une caractéristique essentielle de la Françafrique était les réseaux personnels qui sous-tendaient les relations informelles et familiales entre les dirigeants français et africains. Ces réseaux manquaient souvent de surveillance et de contrôle, ce qui a conduit à la corruption et au racket de l'État. Après la guerre froide, le régime de la Françafrique s'est affaibli en raison des contraintes budgétaires de la France, d'une surveillance publique accrue dans le pays, de la mort d'acteurs clés de la Françafrique, et de l'intégration de la France dans l'Union européenne. La libéralisation économique, l'endettement élevé et l'instabilité politique des anciennes colonies africaines, ainsi que l'augmentation des échanges commerciaux africains avec d'autres pays, ont conduit la France à adapter lentement ses relations avec les anciennes colonies..
Depuis , plusieurs anciennes possessions françaises en Afrique ont dénoncé les accords de défense avec la France, entraînant le retrait d'une grande partie des forces armées françaises du continent africain, présentes depuis 1960.
Définition Origine de l'expression Contrairement à plusieurs récits attribuant la paternité à l'expression « France-Afrique » au président ivoirien Félix Houphouët-BoignyLe Monde diplomatique juin-juillet 2019 , le terme a en fait été utilisé pour la première fois par le journaliste français Jean Piot dans le journal L'Aurore le d'abord, où est présentée comme fondamentale à la puissance française, puis le où le journaliste propose la création d'un système comparable au Commonwealth du Royaume-Uni avec ses anciennes colonies, qu'il propose d'appeler « Françafrique ». Le journaliste Thomas Deltombe, qui a révélé cette généalogie dans le livre L'Empire qui ne veut pas mourir : une histoire de la Françafrique, indique aussi la « co-paternité » du député français Jacques Bardoux qui défend d'abord dans l'Événement le puis à d'autres occasions comme aspect important de la puissance française.
Le néologisme est repris et popularisé dans un sens péjoratif au moment où le groupe pétrolier français Elf Aquitaine élargit "Pierre Guillaumat, Elf et la « Françafrique »" dans Les Echos le 18 août 2006 , sous la direction de Pierre Guillaumat, PDG de 1966 à 1977, après avoir dirigé dès 1962 l'Union générale des pétroles (UGP) puis l'Entreprise de recherches et d'activités pétrolières (ERAP), fusionnés dans Elf, dont un autre PDG, Loïk Le Floch-Prigent, soulignera qu'elle fut créé de manière à disposer .. Françafrique devient alors synonyme de scandales financiers, repérés autour d'Omar Bongo, « doyen » des chefs d'État africains, au pouvoir depuis 1967., dans le petit État pétrolier du Gabon, qui s'étendent ensuite à d'autres pays.
Le terme est utilisé notamment dans le journal Billets d'Afrique et d'ailleurs de l'association Survie dès 1994 ou dans le livre La Françafrique, le plus long scandale de la République de François-Xavier Verschave. qui dirige l'association de 1995 à 2005, comme concept d'analyse critique du système mis en place par l'État français pour garder la mainmise sur ses anciennes colonies. Dans cet ouvrage, postérieurement complété par Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ? (2000), Verschave décrit un système caractérisé par des pratiques de soutien aux dictatures, de coups d'État et d'assassinats politiques mais aussi de détournements de fonds et de financement illégal de partis politiques, France-Afrique signifiant selon lui « France-à-fric ».
La « Françafrique » décrit ainsi , selon Alternatives économiques. et mise en place de manière non officielle, sous forme de , identifié dans quatre affaires emblématiques : l'affaire des diamants de Bokassa, l'affaire Carrefour du développement (subventions détournées), l'affaire Elf (commissions pétrolières) et l'Angolagate (1990, vente d'armes interdite par l'homme d'affaires Pierre Falcone), liste Le Monde..
Le « système de la Françafrique » présente, à des degrés divers selon les pays concernés, les caractéristiques suivantes : une politique étrangère française qui ne relève pas du ministère des Affaires étrangères mais de la cellule africaine de l'Élysée, sur un mode discrétionnaire et largement occulte ; une présence très importante de fonctionnaires français ou d'attachés techniques (AT) dans les pays africains concernés ; une ingérence, y compris militaire, dans les affaires intérieures des pays concernés (défense ou renversement d'un gouvernement) ; des liens financiers occultes entre le régime du pays et les partis politiques français. Ces liens financiers concernent la corruption des élites politiques africaines par les classes dirigeantes françaises.
La simple pratique de rétrocommissions pour alimenter la classe politique française n'est pas considérée comme relevant de la « Françafrique » concernant les financements issus des pays du Golfe.. ou de Taïwan..
Concernant le Rwanda, l'expression n'apparaît que dans une tribune dans Libération du , de Raphaël Glucksmann, stigmatisant le et qualifiant Pierre Péan du ..
Cette politique, dont Verschave dénonce la constance depuis les indépendances africaines des années 1960, a pour but de défendre les intérêts français sur le plan stratégique (bases militaires notamment) et économique (accès des multinationales françaises aux ressources naturelles et stratégiques : pétrole, uranium, etc.)...
L'espace « françafricain » vignette|
Les pays considérés comme appartenant a priori à la « Françafrique » sont les anciennes colonies françaises en Afrique subsaharienne, à savoir : En Afrique de l'Ouest : Sénégal, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Togo, Bénin, Niger, Mali, Guinée En Afrique centrale : République du Congo, Gabon, Tchad, République centrafricaine, Cameroun Dans l'océan Indien et la corne de l'Afrique : Comores, Madagascar, Djibouti
Des pays comme la République démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda sont francophones mais sont d'anciennes colonies belges où l'influence de la France n'est pas prépondérante.
Les pays concernés le sont à des degrés divers. Ainsi, des États considérés par certains comme des dictatures pétrolières, tels que le Gabon ou la République du Congo, apparaissent comme des caricatures de la Françafrique tant les liens paraissent étroits entre leurs dirigeants et les autorités françaises et compte tenu de la place prépondérante qu'occupe TotalEnergies (anciennement Elf) dans l'économie de ces pays. D'autres régimes autoritaires sont également concernés au premier chef comme le Togo, le Burkina Faso, le Cameroun, Djibouti, le Tchad, ou encore la République centrafricaine.
En revanche, certaines anciennes colonies françaises comme la Côte d'Ivoire, le Mali, la Guinée, le Burkina Faso, etc. ont eu dans le passé des périodes de relations difficiles voire conflictuelles avec la France.
En annonçant la fin de la Françafrique, depuis les gouvernements successifs a l'indépendance des anciennes possession française, en Afrique, la France ne fait que prouver que le processus de décolonisation est un processus inachevé..
Les îles Éparses dans l'océan indien, sont partiellement revendiquées par les Comores, Madagascar. et Maurice. Les revendications malgaches et mauriciennes sont toutefois nettement postérieures à leur accès à l'indépendance. Toutefois l’accord intervenu en , sur la restitution à l’île Maurice des îles Chagos par la Grande-Bretagne, au coeur de l’océan Indien, abritant notamment la base américaine de Diego Garcia, a relancé le débat à Madagascar..
Historique Présidence de Charles de Gaulle Après son retour au pouvoir en 1958, le président de la République, Charles de Gaulle, accorde leur indépendance aux anciennes colonies africaines de la France, qui ont, jusqu'en 1960, le statut d'États membres de la Communauté française. L’Algérie, qui a jusqu'en 1962 un statut départemental, constitue un cas à part dans son accès à l'indépendance.