vignette|redresse=1.25|Enluminure représentant l'expulsion des habitants de Carcassonne en 1209 (Grandes Chroniques de France, vers 1415, British Library).

Le catharisme (du grec καθαρός / katharós, « pur ») est l'appellation contemporaine d'un ensemble de mouvements chrétiens en rupture avec l'Église catholique, qui s'est particulièrement répandu dans le Midi de la France entre l'an 1000 et 1244.

Dans l’historiographie du , la nature de ce courant religieux, qui ne s'est jamais désigné lui-même par le qualificatif cathare, ainsi que ses origines, ses doctrines, ses rites, ses croyances et son existence même sont l'objet de débats, même si la recherche s'accorde pour reconnaître la réalité d'une lutte de l'orthodoxie romaine contre des « hérétiques » ayant débouché, au début du , sur la ..

Le terme « cathare » lui-même, repris des écrits d'Augustin par le moine Eckbert de Schönau au pour désigner les « hérétiques », a été popularisé en français par l'occitanisme des années 1960 au détriment des expressions « hérésie albigeoise », « albigéisme » et « albigeois », utilisées jusque-là. Au même titre que « hérétique », le mot « cathare » correspond avant tout à des accusations portées par l’Église romaine. Dans le discours des autorités ecclésiales, ce vocable est utilisé de façon indistincte pour dénoncer des dissidences multiples et mouvantes.

Étymologie Le nom de a été donné par les adversaires de ce mouvement, alors qu'il est absent des milliers de protocoles de l'Inquisition languedocienne, où il n'est mentionné par aucun inquisiteur, accusé ou témoin., pas plus qu'il n'est présent dans les documents médiévaux — sauf chez Eckbert de Schönau, un moine rhénan, dans ses Sermones contra Catharos et Valdenses (1163-1167)Traduction d'extraits en anglais par R. I. Moore, The Birth of Popular Heresy, Londres: Arnold, 1975, p. 88 et suiv..

C’est seulement depuis les années 1950 que le terme de « cathare » est plus largement préféré à d'autres — auparavant, les chercheurs parlaient plus volontiers d’« albigeois » et d’« albigéisme » – dans une évolution . Exclusivement utilisé par des sources savantes, qui se réfèrent généralement davantage aux hérésies de Rhénanie ou d’Italie qu'à celle du Languedoc, l’histoire du terme « cathare » est ainsi .

L’origine du terme remonte au grec , « purs » qui est utilisé pour la première fois par Eusèbe de Césarée dans son Histoire Ecclésiastique pour désigner les sectateurs de Novatien, groupe chrétien rigoriste schismatique apparu au qui refusait la réintégration des lapsi au sein de l'Église. Basile de Césarée qualifie pour sa part les Montanistes de ce terme. Celui-ci est latinisé en cathari par les auteurs latins traitant des hérésies, au nombre desquels Augustin d'Hippone.

On retrouve ensuite le terme « cathare » à la fin du , utilisé sous la plume du canoniste Yves de Chartres dans son Prologue, où il reprend un passage d’une lettre datée du adressée par le pape aux évêques de Macédoine à propos de « ceux qui se nomment eux-mêmes cathares, c'est-à-dire purs ». En 1163, le moine bénédictin rhénan Eckbert de Schönau reprend mot pour mot cette formule dans ses Treize sermons contre les Cathares pour désigner ses adversaires dont il dénonce la doctrine et qu'il contribue à faire juger et condamner dans la région de Cologne. Ensuite, en 1164, il compose son (« Livre contre les hérésies cathares ») largement nourri de citations empruntées au De hæresibus d'Augustin. Eckbert précise que les adeptes de ces doctrines sont identifiés sous différentes dénominations : « Ces gens-là, notre Germanie les appelle “Cathares ” [en langue vulgaire], la Flandre “Piphles”, la Gaule “Texera” d'après leur usage du tissage ».

Eckbert attribue à ces nouveaux « cathares » des croyances manichéennes qui caractérisaient en fait d'autres sectes décrites par Augustin. Invité par l’archevêque de Cologne Rainald von Dassel à venir débattre publiquement de cette secte dont plusieurs membres venaient d’être brûlés, Eckbert avait conceptualisé le catharisme dès 1155 à partir de différentes traditions manichéennes (cathari, catharistæ et catafrigæ)Uwe Brunn, Des contestataires aux « cathares ». Discours de réforme et propagande antihérétique dans les pays du Rhin et de la Meuse avant l’Inquisition, Collection des Études Augustiniennes, Études Augustiniennes, 2006., même s'il peinait à préciser exactement leur doctrine.

Le terme apparaît ensuite en 1179, dans le canon 27 du concile de Latran III, tenu sous l'autorité du pape Alexandre III, parmi d'autres noms désignant les hérétiques : « patarins », « publicains », « albigeois et autres… ». Vers 1200, on retrouve le mot dans un ouvrage De hæresi catharorum in Lombardia (« De l'hérésie des Cathares en Lombardie ») et, à la même époque, Alain de Lille, qui n'ignore pas l'étymologie grecque, propose plusieurs autres étymologies alternatives dans De fide catholica (« De la foi catholique ») . La première rattache le mot à casti, « chaste », « juste » ; la deuxième au grec kathar, qui signifierait que des cathares suintent le viceEn fait Alain de Lille confond cathar, « pur », et « katarroos », écoulement ; enfin au mot catus « car, à ce qu'on dit, ils baisent le derrière d'un chat, sous la forme duquel, dit-on, leur apparaît Lucifer »À l’époque, dans le Nord de la France le chat noir est la personnification du diable..

De nombreuses autres étymologies ont été proposées, souvent fantaisistes. Quoi qu’il en soit, le terme n’est jamais utilisé par les hérétiques eux-mêmes, qui se nomment généralement « bons hommes » et sont simplement nommés « heretici » par l'Inquisition. Vers le milieu du , le terme est utilisé dans les traités polémiques de deux auteurs lombards : vers 1241, le dominicain Moneta de Cremone produit une somme monumentale contre les hérétiques intitulée Adversus Catharos et Valdenses libri quinque (« Cinq livres contre les Cathares et les Vaudois ») et Raynier Sacconi, prêcheur devenu inquisiteur, rédige vers 1250 en Italie une Summa de Catharis et pauperibus de Lugduno (« Somme sur les Cathares et les Pauvres de Lyon »). Il faut attendre le pour que le terme réapparaisse : c'est le théologien alsacien protestant Charles Schmidt qui relance l’expression en 1848 avec son Histoire ou doctrine de la secte des cathares ou albigeois dans laquelle il applique de manière générique le terme à des individus appartenant à divers mouvements de contestation évangélique ou anticléricale, appartenant à la chrétienté occidentale médiévale sans qu'ils soient unis, jusque-là nommés de manière différente selon les lieux et les époques.

Repris et popularisé en français par l'occitanisme des années 1960 en opposition au centralisme « jacobin » et parisienJulien Théry, Le Drame cathare, émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 19 avril 2011., le terme cathare, s'il manque de neutralité, est celui qui s’est imposéAnne Benon, Les cathares, Pauvres du Christ ou apôtres de Satan ?, même s'il ne sert jamais dans les sources médiévales à désigner les hérétiques du sud de la France qu'on a dénommés « albigeois » au qui s'appelaient ou se faisaient appeler « bons chrétiens » ou « bons hommes ».

Apparition et expansion en Europe Possible paternité bogomile ou provenance d’Europe de l’Est On a longtemps hésité sur les liens entre le catharisme et le bogomilisme. Ces deux doctrines furent considérées alors comme proches du manichéisme, car le clergé romain disposait d'ouvrages de réfutation, notamment ceux d'Augustin, ancien manichéen lui-même. Le bogomilisme né en Bulgarie, subsista en Bosnie, où il aurait été la religion officielle jusqu'à la conquête turque, à la fin du .

Il faut aujourd'hui revoir de fond en comble la thèse de filiation indirecte (déjà largement critiquée et récusée par Michel Roquebert)Michel Roquebert, Histoire des cathares, Éditions Perrin, 1999.. Les historiens réévaluent la possibilité d'échanges et de convergences des doctrines entre « cathares » et « bogomiles », ainsi que leurs origines doctrinales, qui remontent aux premiers siècles du christianisme (écrits canoniques de saint Paul, doctrine de Marcion, doctrine de Valentin). Les recherches menées sur les sources grecques et orientales (Pierre de Sicile) montrent que la doctrine bogomile aurait été transmise par les pauliciens expatriés volontaires ou chassés de l'Arménie (Turquie actuelle) vers la Thrace bulgare au et au . La doctrine paulicienne avait été fondée au en Arménie par Constantin-Silas, aussi connu sous le nom de Constantin de MananalisEncyclopedia Britannica - Constantine Silvanus., à la suite de la transmission d'évangiles et de lettres pauliniennes par un diacre possiblement marcionite vu la région et l'époque considérées. Le lien est encore plus patent lorsque l'on examine le fondement doctrinal faisant référence au dieu étranger et inconnu notammentLa notion de dieu inconnu se trouve dans les Actes des Apôtres, chapitre 17, verset 23. Paul de Tarse fait un discours à l’aréopage d'Athènes, où il utilise l’inscription de dieu inconnu qu’il a trouvée sur un autel pour annoncer aux athéniens le Dieu chrétien, révélé en Jésus-Christ..

Apparition en Europe occidentale Des communautés hérétiques sont apparues en Europe occidentale vers l'an Mil, sous différents noms selon les régions : manichéens, néo-manichéens (terme de Bernard Gui), origénistes, piphles, publicains, tisserands (nord de la France), bougres, patarins (terme utilisé surtout en Italie), albigeois, en Allemagne, en AutricheDans une Histoire du diocèse de Sankt Pölten (Basse-Autriche) de Friedrich Schragl, on peut lire le passage suivant qui éclaire les relations entre le pouvoir autrichien et les cathares autrichiens : , en Flandre, en Champagne, en Bourgogne. Le fait que les relevés doctrinaux soient conformes à la base de la doctrine cathare (au sens large du terme) permet de relier ces différentes émergences, même si la répression les a fait disparaître de ces régions.

La présence de l'évêque de France à Saint-Félix-Caraman, cité dans la Charte de Niquinta (dont l'authenticité est largement contestée par une partie de la recherche contemporaine ainsi que l'est sa teneur), a servi d'argument pour les défenseurs d'hypothétiques liens entre ces communautés du Nord et celles d'Occitanie.

Persistance dans le Midi de la France thumb|La croix occitane, fut un « symbole de ralliement cathare », puisqu'elle fut la croix des armoiries des comtes de Saint-Gilles, devenues celle des comtes de Toulouse, puis du Languedoc, avant la croisade catholique et l'Inquisition visant à éradiquer le catharisme.

Les réactions des autorités civiles ou ecclésiastiques et des populations expliquent cette géographie du catharisme et sa persistance dans le Midi. Selon Michel Roquebert, cette tolérance religieuse est peut-être due à une longue cohabitation avec d'autres confessions : arianisme de la période wisigothe, proximité de l’Espagne islamique, présence de nombreux Juifs. Pour ce qui est de l'Italie du Nord, l'implantation du catharisme, très différent de celui qui se développa en France, profite du conflit entre le pape et l'empereur. C'est dans ces régions que les bons hommes se sont organisés en communautés d'hommes ou de femmes dirigées par des anciens, des diacres et des évêques. Ces communautés étaient constituées de plusieurs « maisons ». On y aurait souvent pratiqué des métiers liés à l’artisanat local, et fréquemment le tissage, en référence aux premières communautés chrétiennes. Plusieurs communautés constituaient une Église, ou diocèse cathare, à la tête duquel se trouvaient des évêques.

Au , en 1226, un nouvel évêché fut créé, celui du Razès, dans la région de LimouxGauthier Langlois, « Benoît de Termes, évêque cathare du Razès », Communauté de Communes du massif de Mouthoumet, Narbonne : Association Ciném’Aude – Vilatges al país, 2010, ..