Guillaume d'Ockham ou Guillaume d'OccamOckham est le nom de sa ville d'origine au sud-ouest de Londres, parfois francisée Occam. Les deux écritures sont donc correctes, la forme Ockham étant toutefois préférée par la BnF. ( ; ; v. 1285 - ), dit le « Docteur invincible » et le « Vénérable débutant » (), est un philosophe, logicien et théologien anglais, membre de l'ordre des Franciscains, considéré comme le représentant le plus éminent de l'école scolastique nominaliste (ou , selon la terminologie ockhamienne), principale concurrente des écoles thomiste et scotiste.

Sa doctrine fut soupçonnée d'hérésie par les autorités ecclésiastiques parce qu'elle remettait en cause bon nombre de postulats de la théologie traditionnelle, notamment ses prémisses « scientifiques » (subordination thomiste ou déduction scotiste) et parce qu'elle critiquait la possibilité d'une démonstration de l'existence divine. Ockham s'en est également pris aux fondements de l'autorité temporelle du pape dans ses écrits politiques, rejoignant de facto l'empereur Louis IV de Bavière en lutte contre le Saint-Siège.

On voit parfois dans la philosophie d'Ockham la préfiguration de la science moderne, de l'empirisme anglais ainsi que de la philosophie analytique contemporaine, car elle insiste surtout sur les faits et sur le type de raisonnement utilisé dans le discours rationnel, au détriment d'une spéculation métaphysique sur les essences.

Biographie Contexte historique La vie de Guillaume d'Ockham fut marquée par plusieurs querelles liées, d'ordre théologique, politique et philosophique. Ockham y participa notamment de par son appartenance à l'ordre des Franciscains.

Querelles autour de l'ordre des Franciscains

L'ordre des Franciscains fut fondé par Francesco Bernardone, c'est-à-dire Saint François d'Assise, qui vécut de 1182 à 1226. Un de ses thèmes principaux était le vœu de pauvreté, soit de vivre sans propriété. Mais bientôt, les franciscains devinrent de facto propriétaires d'églises, ce qui souleva naturellement des questions juridiques, théologiques et philosophiques.

Les années 1320 furent marquées par l’opposition du pape aux Franciscains. Il s'agit de la « querelle de la pauvreté ».

Les frères les plus radicaux s’unirent au sein du courant des Spirituels.

Ils pratiquaient un culte intransigeant de la pauvreté. Ils affirmaient que le Christ était pauvre, n’avait jamais rien possédé et ne vivait pas dans le droit. Pour eux, la propriété était une vie moralement inférieure.

Ces thèses des Franciscains Spirituels étaient délicates : les plus radicaux refusaient l'autorité des prélats ne respectant pas la complète pauvreté selon eux évangélique. Certains historiens pensent ainsi qu’ils prêchaient la pauvreté intégrale pour l'Église telle que la souhaitait saint François d’Assise, d’autres qu’ils ne défendaient que le droit des frères franciscains à vivre hors du régime de la propriété.

Ces Franciscains Spirituels se révoltèrent contre le pape Jean XXII (pape de 1316 à 1334, il résidait en Avignon et non à Rome) et jetèrent la dissension dans l’Ordre. À partir de 1322, Jean XXII réagit en publiant diverses bulles.

Il souhaitait que les frères reconnaissent être dépositaires d'un droit d'usage sur les biens dont ils disposaient (notamment de leurs églises), mais ces derniers refusèrent, revendiquant un Voir Giorgio Agamben, Une biopolitique mineure, Vacarme n°10, hiver 2000..

En 1324 eut lieu la révolte du franciscain Michele da Cesena (en français, Michel de Césène) contre la papauté, pour la même question de pauvreté. Il dut se présenter à la cour du pape en Avignon en 1327. Plus tard, le , le pape Jean XXII l'excommunie. Il lui adresse directement la bulle Quia vir reprobus (« Cet homme que nous réprouvons »), le . Cesena lui répond dans Ad perpetuam rei memoriam innotescat quod ego, Fr. Michael () et dans Christianæ fidei fundamentum. Il mourut en 1342.

Le , Jean XXII mourut ; son successeur Benoît XII tenta de sauvegarder sa mémoire. La lutte continua pour les Spirituels, dont Ockham.

Conflit entre l'empereur et le pape

La querelle de la pauvreté fut liée à une autre, hautement politique : L'empereur Louis de Bavière proclama la primauté du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel. Parce qu'opposés au pape, les Spirituels prirent parti pour Louis de Bavière. Il trouva donc de formidables alliés dans le courant des Spirituels.

Le , l'Union électorale de Rense des princes allemands affirma une certaine indépendance vis-à-vis du pape : .

Le , l'excommunication de Louis de Bavière fut confirmée.

Querelles autour du nominalisme

Guillaume d'Ockham représentait la position philosophique du nominalisme.

Le 25 sept. 1339, les livres nominalistes furent rendus inaccessibles, leur enseignement condamné. Les bacheliers durent jurer qu’ils ignorent la doctrine d’Ockham.

En 1340 fut promulgué un décret de l’Université contre le nominalisme, tentant d’organiser les règles d’argumentation logique. « Que nul ne prétende enfermer la science dans les propositions et les termes [ce que font les logiciens nominalistes]; la science atteint la réalité ».

En 1342, Clément VI remplaça Benoît XII en tant que pape.

Clément VI, qui avait étudié à l’université de Paris, voulait la préserver des doctrines étrangères (dont le nominalisme fait partie). Avec sa Lettre pontificale du , il condamna le nominaliste Nicolas d'Autrécourt.

Environ 1287 à 1324 en Angleterre Les informations sur le début de sa vie sont relativement incertaines.

Guillaume d'Ockham naquit dans le petit village d'Ockham à quarante kilomètres de Londres. L'année de sa naissance fut placée en 1285 par des historiens, mais en 1287 ou 1288 par les historiens d'aujourd'hui.

Il apprit peut-être les fondements du latin (langue scientifique de l'époque) dans une école de village à Ockham même, puis il reçut un enseignement élémentaire au couvent franciscain des de Londres. Il suivit ensuite de brillantes études au couvent universitaire d'Oxford, qu'il commença entre 1310 et 1317. Contrairement à ce qu’affirmait Trithème, il ne semble pas qu’il ait été élève de Duns ScotE. Amann.. Il enseigna quelques années à Oxford et aurait dû devenir docteur (études couronnées par l’inceptio), mais arrêta de poursuivre cette voie (probablement en 1321) et retourna à Londres. Ceci explique probablement son surnom de venerabilis inceptor, « vénérable initiateur ». C'est à cette époque qu'il écrivit nombre de ses œuvres théologiques et philosophiques.

Certains de ses confrères regardaient avec suspicion ses idées philosophiques minoritaires. En 1323, Ockham dut défendre ses positions devant une assemblée de franciscains. Environ en même temps, quelqu'un, peut-être , chancelier thomiste de l'Université d'Oxford, le dénonça à la cour du pape en Avignon.. En 1324, Ockham fut accusé d'hérésie du fait de ses positions métaphysiques radicales, plus précisément 51 thèses tirées de ses Sentences. Guillaume d'Ockham se rendit à Avignon, où siégeait le pape Jean XXII.

Entre 1324 et 1328 à Avignon thumb|L'archevêque Simone Saltarelli, sur la fresque de la Chapelle des Espagnols, est représenté aux pieds d'Innocent VI, en train d'admonester Guillaume d'Ockham et Michele da Cesena, général des Franciscains. À gauche et à droite du pape se trouvent le cardinal Albornoz et Charles IV de Luxembourg.

A Avignon, Ockham vécut en semi-liberté dans un couvent rattaché à son ordre. E. Amann, 869.. Il eut cependant le temps de travailler. Il termina notamment les Quodlibets, sa dernière grande œuvre théologique.

Ockham croisa peut-être Maître Eckhart, lui aussi convoqué pour un procès en hérésie. Malgré l'enquête d'une commission pontificale en 1328, Guillaume d'Ockham ne fut néanmoins jamais condamné, pour des raisons encore inconnues, contrairement à Maître Eckhart, dont certaines formulations furent condamnées en 1329, après sa mort.

Tamar Rudavsky pense qu'à Avignon Ockham rencontra aussi le savant juif Gersonide. Cela expliquerait le fait qu'ils partagent certaines idées philosophiques, minoritaires à l'époque.

Cette période fut marquée par la querelle de la pauvreté. Ockham ne s’intéressa vraiment à cette querelle (qu’il croyait réglée) qu’avec la venue de Michele da Cesena en son couvent d’Avignon à l'automne 1327. En 1328, Césène demanda à Ockham de faire des recherches sur la question. Ockham les fit, et arriva à la conclusion que la position du pape Jean XXII était non seulement fausse, mais hérétique, et que par ailleurs le pape était obstiné dans son hérésie. Il ne reconnut donc plus l'autorité de Jean XXII.

La nuit du , Ockham fuit Avignon avec Michel de Césène et quelques autres franciscains.

1328 à 1347 au Saint-Empire Ockham et ses confrères partirent tout d'abord pour Pise, où se trouvait Louis de Bavière, empereur du Saint-Empire, qui les protégea. Ockham y rencontra Marsile de Padoue Lagarde Georges. Marsile de Padoue et Guillaume d'Ockham. In: Revue des Sciences Religieuses, tome 17, fascicule 2, 1937. p. 171 et ss. https://www.persee.fr/docAsPDF/rscir_0035-2217_1937_num_17_2_1724.pdf. Cette rencontre, où les deux franciscains restent en fort désaccord, aura une influence notable sur sa philosophie politique. Il est admissible que Guillaume d'Ockham ait profité de la protection des Franciscains Spirituels Radicaux, soupçonnés ou jugés « pro movente » (procédure canonique médiévale où l'accusé en raison de ses actes ou écrits publics devait prouver son innocence au lieu que les juges aient à prouver sa culpabilité) pour hérésie, et qui devaient donc se cacher.

Le , le pape excommunie Ockham pour avoir quitté Avignon sans permission (et non pour ses doctrines). Il est cependant incertain qu'il ait effectivement eu l'interdiction formelle de quitter la ville.

Il aurait prononcé à l’empereur ces mots célèbres : (« O empereur, défends-moi par l’épée, et je te défendrai par la parole »).

Vers 1329, l'empereur retourna d'Italie à Munich, et Ockham et ses confrères le suivirent.

Ockham consacra alors le reste de sa vie à son œuvre philosophique. A deux exceptions près, dont l'authenticité est contestée, il traita désormais de questions politiques: il publia des pamphlets politico-religieux contre l'autorité pontificale, dont notamment Opus nonaginta dierum vers 1332.

Guillaume d'Ockham mourut en 1347. Sa tombe porte la date du Gedeon Gál, William of Ockham Died Impenitent in April 1347, "Franciscan Studies" 42 (1982) pp. 90–95..

La philosophie de Guillaume d'Ockham Ockham vit à une époque d'effervescence philosophique annonçant la Renaissance. Rompant avec le dogmatisme théologique et s'inscrivant dans l'héritage de la pensée de la Grèce antique, le nominalisme qu'il professe sème les germes de la modernité..

Métaphysique

Guillaume d'Ockham est célèbre pour avoir soutenu dans la querelle des universaux que les universaux (concepts universels et abstraits comme humanité, animal, beauté), ne sont que des termes conventionnels et non des choses réelles, contre Thomas d'Aquin qui soutenait qu'ils sont des « substances secondes » (thèse du réalisme des universaux). Pour Ockham, il n'y a d'être qu'individuel. Il nomme sa position « terminisme », en ce qu'elle repose sur l'analyse des termes, mais l'usage s'est répandu en histoire de la philosophie de considérer le franciscain comme un penseur du nominalisme, dénomination qui est apparue à la fin du .