vignette|upright=1|Illustration de Baba Yaga par Ivan Bilibine pour une édition du conte Vassilissa-la-très-belle. vignette|upright=1|La petite isba de la baba Yaga, illustrée par Ivan Bilibine pour une édition du conte Vassilissa-la-très-belle.

Baba Yaga (en , en , en , en ) est une figure marquante de la mythologie slave. La Baba Yaga est la figure féminine surnaturelle la plus fréquente des contes slaves, elle n'existe nulle part ailleurs (ni dans la littérature, ni dans le reste du folklore).

Les folkloristes ont donné diverses interprétations, depuis la divinité chasseresse jusqu'à la simple sorcière, en passant par le chef travesti du rite d'initiation des sociétés primitives, comme le veut Vladimir ProppLes Racines historiques du conte merveilleux, traduction L. Gruel-Apert, Gallimard, 1983. Bien que toujours vieille, elle revêt des aspects différents. Elle a une fonction double, étant à la fois l'adversaire du héros et la principale donatrice.

Étymologie La langue russe ne possédant pas d'article devant un nom commun (ou adjectif), il est difficile de définir s'il s'agit d'un seul personnage (nommé Baba Yaga) ou d'un type de personnage (« la » baba Yaga). Il y a parfois dans le même conte plusieurs baba Yaga (trois en général), dénommées la première, la deuxième, la troisièmeLe motif de trois vieilles femmes aux pouvoirs magiques existe dans d'autres traditions de contes, comme le conte norvégien, ce qui laisse supposer qu'il s'agit d'un type de personnage (comme on dirait « une fée »). Par ailleurs, les deux termes ne sont pas toujours accolés, on peut trouver simplement « la baba » (signifiant « la femme du peuple »), ou « la Yaga » qui peut alors être qualifiée (de brune, de vieille...)Lise Gruel-Apert, « Notes de compréhension et de traduction », in Contes populaires russes d'Afanassiev, II, , Imago, 2009.

Lise Gruel-Apert insiste sur le fait que ces deux mots accolés ne sont pas un prénom suivi d'un nom.

Le premier terme, « baba », est le diminutif enfantin de "бабушка" en russe, qui se prononce "babouchka" et signifie « grand-mère ».

Dans le langage paysan, il est l'équivalent féminin de « moujik ». On dit : « moujik da baba » (« mužik da baba ») : « l'homme et sa femme ». Babit'sja veut dire « passer du temps avec une femme ». Donc, « baba » est la femme âgée, la mère ou plutôt la grand-mère (au sens où l'on dit « la mère Michel »), mot à distinguer de deva, devka, la (jeune) fille ou la jeune femme ("девочка", en russe, qui se prononce "dievotchka").

Ce sens explique pourquoi le personnage est aussi universel dans le conte slave. Dans la description du personnage, il est souvent question de ses mamelles, sa sexualité est envisagée seulement du côté maternité (elle a souvent des filles, rarement un fils). La majuscule n'est pas nécessaire.

« Yaga » est un nom propre, à l'étymologie incertaine, mais se retrouvant dans toutes les langues slaves. Alexandre AfanassievA. Afanassiev, Les Conceptions poétiques des Slaves sur la nature (), Moscou, 1865-1869 indique que le terme pourrait être apparenté au sanskrit () signifiant « serpent ». Ce serait donc « la femme Serpent », ce qui expliquerait sa jambe unique, autrement dit sa nature anguipède.

Il existe des variantes à la forme « Baba Yaga » : Iaga-baba, Iegabova, Iegibovna, Iagichna « Russkiï Folklor », tome XXXIII, Académie des Sciences de Russie, Maison Pouchkine, 2008, ..

Les différentes facettes du personnage

Propp distingue trois Baba Yaga, mais le personnage semble présenter plus de facettes encore.

Ravisseuse Filant dans son mortier, effaçant les traces de son balai, elle survient brusquement, ravit un petit garçon, l'entraîne chez elle pour le faire rôtir (contes 77 à 82)Afanassiev, Contes populaires russes, trad. Lise Gruel-Apert, I, Imago, 2009. Mais la menace ne se réalise jamais : ou bien le garçon (plus rarement la fillette) trouve le moyen de s'échapper, ou bien, la baba Yaga laisse le soin de l'enfourner à sa fille. Elle était entretemps repartie « se mettre en chasse ». La baba Yaga est donc décrite comme une chasseresse qui se précipite sur sa proie. Le cannibalisme, latent (puisqu'annoncé mais jamais réalisé), ne fait pas de doute. Le four est l'élément principal de l'habitation du personnage.

Combattante vignette|gauche|upright=1|Loubok du représentant Baba Yaga sur un sanglier et combattant un crocodile.

Dans le conte La baba Yaga et Petit BoutAfanassiev, Contes populaires..., I, , Imago, 2009, la baba Yaga a voulu tuer le héros Petit Bout et ses quarante frères, mais elle a, par méprise, tué ses quarante et une filles. Furieuse, elle « se fait apporter son bouclier de feu et, galopant sur les traces des vaillants gaillards, elle se met à projeter des flammes de tous côtés... La baba Yaga les brûle et les arrose de flammes ». Il y a là une nette opposition de traitement entre garçons et filles. La baba Yaga défend ses filles, elle est à cheval et elle projette des flammes avec son bouclier. L'environnement est un lac. De même, dans le conte Ivan-tsarévitch et le Blanc Guerrier de la plaine<ref>Afanassiev, Contes populaires..., II, , Imago, 2010</ref>, le Blanc Guerrier de la plaine combat « depuis trente ans avec la baba Yaga à la jambe d'or sans jamais descendre de cheval ». La baba Yaga est à la tête de troupes et a tout d'une amazone ; il n'y a pas de cannibalisme.

Dans le conte Ivachko-OurseauAfanassiev, Contes populaires..., I, , Imago, 2009, l'action se passe dans l'isba de la forêt, vide. La baba Yaga n'y habite pas, elle vit sous terre. Mais elle y monte et elle s'attaque aux compagnons du héros, les bat, leur découpe à chacun une lanière dans le dos, puis disparaît. Le héros, à son tour, lui découpe trois lanières dans le dos. Elle retourne sous terre et le héros la suit, la pourchassant. Là, il rencontre la fille de la baba Yaga : c'est une jeune fille, qui demande au héros de l'emmener avec elle et lui explique comment se débarrasser de sa mère. Il y a opposition mère / fille. Les sévices subis par les compagnons du héros puis par la baba Yaga font penser à un rite d'initiation.

Donatrice Le héros, qui peut être un personnage féminin, parvient chez la baba Yaga qui, dans ce cas, vit dans une petite isba de la forêt. Là, il est soumis à un interrogatoire ou à des épreuves. Il doit prouver sa valeur et en récompense, reçoit un objet magique ou de bons conseils qui vont lui permettre de continuer sa route et de parvenir à ses fins.

La petite isba « montée sur pattes de poule », tourne sur elle-même. Il faut savoir la formule pour l'arrêter de tourner devant soi :

Comme l'isba, l'interrogatoire a un aspect figé, fait de formules toutes faites : . Le héros sait ne pas se décontenancer, il sait répondre, il réclame d'abord à boire et à manger, puis il explique le but de sa recherche. Ceci adoucit la patronne de l'isba, elle lui fait des cadeaux et lui prodigue des conseils :

Elle donne un cheval, un faucon, moyens de traverser vers l'autre royaume, mais aussi une pelote, une boule qui, en roulant, montrent le chemin et ont la même fonction.

Les cadeaux de la baba Yaga sont essentiellement liés au déplacement d'un monde à l'autre. Mais la Yaga peut aussi faire cadeau d'un crâne qui va permettre à l'héroïne de se débarrasser de ses ennemies (conte Vassilissa-la-très-belleAfanassiev, « Contes populaires... », I, .).

Gardienne du royaume des morts Vladimir Propp a analysé en détail cet aspect du personnageVladimir Propp, chapitre « La Forêt mystérieuse » des Racines historiques du conte merveilleux.. Dans le conte La princesse ensorceléeAfanassiev, Contes populaires..., II, ., il est dit : . La maisonnette est souvent présentée comme trop petite pour son occupante, parfois sans porte ni fenêtre (ce qui, pour Propp le premier, peut faire penser à un cercueil)Elizabeth Warner, Mythes russes, Seuil / Points, 2005 .. Une formule rituelle présente la baba Yaga « le nez fiché dans le plafond »En russe : нос в потолок врос (nos v potolok vros). Comme le remarque Lise Gruel-Apert en note à sa traduction du conte Prince Daniel, mots de miel, « cette expression, très rythmée en russe, s'applique plus fréquemment à la baba Yaga couchée sur le poêle ou dans la soupente. Elle correspond plus dans ce conte à un tic de langage qu'à un sens précis »..

Selon le cas, la maisonnette peut se trouver « près de l'Onde Noire » (voir le conte Ivan-fils de vache, dit Ouragan le ValeureuxAfanassiev, Contes populaires..., I, .) ; mais, généralement, elle se trouve à l'intérieur ou en bordure d'une forêt sombre et impénétrable. La baba Yaga, elle-même morte (d'où sa jambe d'os), est la gardienne du royaume des morts. La petite isba qu'il faut faire tourner est un poste frontière, tourné d'un côté vers le monde des vivants, de l'autre vers le monde des morts (ou l'autre royaume).

Parfois la maisonnette « tourne sur elle-même »Вдруг видит: стоит перед ней чугунная избушка на курьих ножках и беспрестанно повертывается. (« Soudain, voici ce qu'elle [l'héroïne] voit : devant elle se dresse une maisonnette de fonte sur des pattes de poule, tournant sans cesse sur elle-même ») [Finiste Clair-Faucon, version d'Afanassiev 129b, dans l'édition de Barag et Novikov]., mais plus souvent encore c'est le héros (ou l'héroïne) qui lui ordonne de « se tourner dos à la forêt, face à [lui / elle] »Избушка, избушка : встань к лесу задом, ко мне передом ! [idem]. Selon Propp, le sens originel serait celui du retournement, qui aurait peu à peu donné, par confusion, l'image de l'isba tournant sans cesse sur elle-même. Toutefois, on trouve un motif proche, celui du château tournoyant, dans la littérature arthurienne (ex : La Demoiselle à la mule, ou La Mule sans frein, attribué à Païen de Maisières, fin - début )..

Maîtresse de la forêt et des bêtes sauvages Elle a sur les bêtes sauvages un pouvoir sans borne. Dans le conte La Belle des BellesAfanassiev, "Contes populaires...", II, . : . Ainsi, c'est la femme / la mère / la vieille qui est souveraine. Cette caractéristique est liée à la forêt, à la chasse et à un système social où la femme est mère sans mari.

Andreas JohnsAndreas Johns, Baba Yaga, The Ambiguous Mother... (voir Bibliographie). relativise toutefois la pertinence de cet aspect, démontrant que souvent, dans les contes pris en exemple par Propp, le personnage concerné, soit n'est pas nommé Baba Yaga, soit ne possède pas ses attributs traditionnels.

Sexualité et relations familiales Il en est peu question puisqu'elle est surtout représentée comme vieille et vivant seule. Mais on trouve : Conte La Princesse-Grenouille, Afanassiev, Contes populaires..., III, ..

S'il n'est jamais question de mari ou de compagnon, elle a des enfants, généralement des filles (et même 41 dans le conte cité La baba Yaga et Petit Bout). Quand elle a des liens de parenté avec le héros, elle est toujours de la famille de la femme ou de la mère du héros, jamais de son père (contes Va je ne sais où... et Le DémuniAfanassiev, Contes populaires..., II, , 166.).

Andreas Johns remarque qu'un motif important (le fait que Baba Yaga demande souvent à l'héroïne de laver ses enfants, qui sont des serpents, grenouilles, crapauds et versDans d'autres contes (ex : Khoudiakov 11 et 12), le héros, en battant la sorcière / magicienne (qui n'est pas nommée Baba Yaga), expulse de son corps « des rats, des souris et autres vermines ». Voir Viï : Analogies....) est ignoré par Propp.

Un côté solaire