La bataille de Bouvines se déroule le dimanche près du village éponyme, dans le comté de Flandre en France dans l'actuel département du Nord. Elle oppose les troupes royales françaises de Philippe Auguste, renforcées par quelques milices communales., soit environ combattants, à une coalition menée par l’empereur du Saint-Empire . Celle-ci est composée de princes et seigneurs flamands, allemands et français renforcés de contingents anglais et comporte environ combattants....
La victoire est remportée par le roi de France et marque le début du déclin de la prédominance seigneuriale. Jean sans Terre, qui attaquait conjointement depuis la Saintonge, doit accepter le traité de Chinon et se retirer. Le , les barons anglais lui imposent la Grande Charte. Contraint de fuir, est déposé et remplacé par .
Contexte
La bataille est une des péripéties de la première guerre de Cent Ans qui oppose les Capétiens et les Plantagenêts aux et plus précisément de l’affrontement entre le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Jean sans Terre. En 1202, Philippe Auguste condamne Jean sans Terre à la confiscation de l’ensemble de ses fiefs situés dans le royaume de France pour avoir refusé de donner la justice à l’un de ses vassaux. Philippe s’empare de la Normandie en 1204, puis des terres des pays de la Loire au cours des années suivantes. Après les campagnes victorieuses du roi de France, Jean sans Terre ne contrôle plus qu’une petite portion de territoire autour de l’Aquitaine.
vignette|gauche|L’évolution du territoire sous Philippe Auguste (domaine royal en bleu).
En 1214, Jean sans Terre décide de s’emparer du royaume de France. Il réussit à monter contre Philippe Auguste une vaste coalition avec Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, , comte de Hollande, le fils cadet du roi du Portugal, Ferrand, comte de Flandre, , duc de Brabant, , duc de Lorraine, , duc de Limbourg, et surtout l’empereur romain germanique . La plupart des seigneurs installés entre l’Escaut et le Rhin se joignent à cette coalition. L’année précédente, alors que Philippe guerroyait déjà contre le comte Ferrand, les Anglais avaient anéanti la flotte française dans le port de Damme (). Les coalisés envisagent un plan d’invasion d’envergure, dans lequel les troupes anglaises de Jean sans Terre attaqueraient par La Rochelle et Otton et ses alliés à la tête d’une armée un peu plus nombreuse que celle de Philippe Auguste par le nord. En Flandre, le roi de France ne contrôle plus que les villes de Douai et de Cassel.
Philippe Auguste charge le prince Louis, futur roi , de garder la Loire avec une armée de . À l'annonce de la fuite de Jean sans Terre à la Roche-aux-Moines (), Philippe décide de prendre l’initiative sur le front nord avec le reste de son armée, avant que les renforts lorrains et allemands ne rejoignent les troupes impériales.
Avant la bataille, une préparation tactique Otton arrive avec son armée le à Nivelle, où il fait sa jonction avec le comte Ferrand et se dirige vers Valenciennes, où il établit son camp. D'après la chronique de l'Anonyme de Béthune, frère Guérin serait venu négocier une trêve de quinze jours, et aurait, en échange d'argent, détaché les éléments les moins motivés, comme et 700 chevaliers. La trêve semble ne pas être respectée.
Le , après avoir convoqué ses vassaux, ses arrière-vassaux et les milices des communes, Philippe Auguste et son armée, forte de , autant de sergents à cheval et de ., quittent Péronne pour Douai et plantent l'oriflamme de Saint-Denis à Tournai le 26. Le roi entend couper ses ennemis des renforts en provenance d’Allemagne et tente de surprendre Otton par le nord-est.
L’empereur a vent de la manœuvre de Philippe Auguste et se déplace à Mortagne, à quelques lieues de l’armée royale. Après avoir observé l’armée d’Otton à deux lieues de distance, Philippe Auguste propose à ses généraux d’attaquer. Les barons, conscients de leur infériorité numérique, le lui déconseillent ; il décide de se replier sur Lille.
Otton et les siens suivent l’armée française qui se replie le dimanche . L'ost du roi de France doit alors traverser la rivière Marque, ce qui le place dans une position défavorable, étant poursuivi par les chevaliers flamands. La plus grande partie de l'ost a déjà franchi la rivière au moment de l'attaque, dont Philippe Auguste est averti. Après une prière, il fait demi-tour, et selon l'Anonyme de Béthune, peut engager la bataille dans un ordre plus favorable que ses adversaires, qui se retrouvent à combattre l'armée entière plutôt que son arrière-garde. Le récit de Guillaume le Breton suggère une organisation géométrique de la bataille avec l'usage des termes de « centre » et d« ailes », mais cela ressemble à un procédé rhétorique visant à fabriquer une bataille rangée à l'antique, et faire de l'affrontement entre le roi et l'empereur un point central. Sa narration évoque plutôt une bataille sans stratégie d'ensemble : à la droite du roi, un combat de chevaliers et à gauche des combats sporadiques et confus.
La bataille Les forces en présence Effectifs et ordre de bataille Si aujourd’hui encore, l’évaluation des forces en présence suscite des controverses on sait par Guillaume le Breton, chapelain de présent à Bouvines, que les lignes de combattants se tenaient sur une ligne de « 2000 pas »., ce qui ne laisse pas beaucoup de dégagement et prédispose au corps à corps. Guillaume le Breton ajoute dans sa chronique que .
vignette|redresse=2|Position des armées sur le champ de bataille de BouvinesArmée impérialeÀ l’extrême droite, appuyés à la Marque les archers anglais (A) et les routiers du Brabant (T) flanquaient les noblesses des deux Lorraines et du Palatinat (L).Au centre l’infanterie allemande (I) formée de phalanges profondes, hérissées de piques et flanquée par des compagnies formées en coin, puis en deuxième ligne, l’infanterie saxonne (Sa) en réserve. Dans l’intervalle, se tenait Otton entouré de allemands.À gauche, on trouve les soldats de la Flandre et du Hainaut du comte FerrandArmée royaleL’aile droite du duc de Bourgogne (B) avec des hommes d’armes et des milices paroissiales de Bourgogne, de Champagne et de Picardie couverts par les sergents à cheval du Soissonnais (S).Le centre se compose de l’infanterie des communes d’Île-de-France et de Normandie (N), en avant du roi et de ses chevaliers.L’aile gauche est composée de la gendarmerie bretonne (Br), des milices de Dreux, du Perche, du Ponthieu et du Vimeux (D).Le pont de Bouvines est gardé par d’armes du roi (R).
Philippe Auguste avait lancé un appel aux communes du nord de la France, afin d’obtenir leur concours.
Dix-sept des trente-neuf communes de l’État capétien répondent à l’appel : Arras envoie ; la région d’Abbeville ; Paris envoie un corps de , dont restent sur le champ de bataille.. Au total, l’armée royale atteindrait .
Disposition de l'armée royale L’armée royale est divisée en trois batailles.
L’aile droite, composée de chevaliers champenois et bourguignons, est commandée par le duc Eudes de Bourgogne et ses lieutenants : l'évêque de Langres Guillaume II de Joinville, , comte de Saint-Pol, le comte , le comte de Beaumont, Mathieu de Montmorency et le vicomte (né vers 1168 et mort en 1220 en Angleterre au cours de l'expédition du prince Louis), châtelain de Blandy.. Cette aile droite est composée des hommes d’armes et des milices paroissiales de Bourgogne, de Champagne et de Picardie et couverte par les sergents à cheval du Soissonnais.
La bataille centrale est menée par Philippe Auguste et ses principaux chevaliers : , Barthélemy de Roye, Girard Scophe dit « Girard la Truie »Girard Scophe dit la Truie, en raison de l’équivalent latin de son patronyme : scrofa., , , Étienne de Longchamps et . Ce centre se composait de l’infanterie des communes d’Île-de-France et de la Normandie, en avant du roi et de ses chevaliers.
L’aile gauche, composée de chevaliers et de la piétaille, est emmenée par et le comte . Cette aile gauche est composée de la gendarmerie bretonne., des milices de Dreux, du Perche, du Comté de Ponthieu et du Vimeux. Le pont de Bouvines, unique moyen de retraite à travers les marécages, est gardé par du roi qui forment la seule réserve des troupes françaises.
Disposition des coalisés Otton a également divisé son armée en trois groupes.
Le flanc gauche est sous les ordres du comte de Flandre et du Hainaut Ferrand avec ses chevaliers flamands — dirigés par Arnaud d'Audenarde. On y trouve les soldats de la Flandre et du Hainaut.
Le centre est sous le commandement d'Otton, celui de Thiébaud, duc de Lorraine, d’Henri, duc de Brabant, et du comte : on y trouve des soldats saxons, des chevaliers et des fantassins brabançons et allemands.
Au centre, l’infanterie allemande est formée de phalanges profondes, hérissées de piques et flanquée par des compagnies formées en coin, puis en deuxième ligne, l’infanterie saxonne en réserve. Dans l’intervalle, se tenait Otton entouré de allemands.
Le flanc droit, sous les ordres de Renaud de Dammartin, comprend également de l’infanterie brabançonne et des chevaliers anglais — sous les ordres du comte de Salisbury Guillaume de Longuépée.
À l’extrême droite, appuyés à la Marque les archers anglais et les routiers du Brabant flanquaient les noblesses des deux LorrainesDuc de Lorraine et comte de Bar. et du Palatinat.
Déroulement de la bataille vignette|gauche|L’armée royale quittant le champ de bataille de Bouvines.Enluminure des Grandes Chroniques de France de , vers 1370-1379. BnF, département des manuscrits, ms. Français 2813, . Le roi Philippe Auguste, veillant à conserver le soutien de la papauté ainsi qu’à éviter les refus de transgresser un tabou religieux de la part de ses troupes, exclut l’hypothèse d’attaquer un dimanche, jour dédié à Dieu et non à la guerre, mais n’écarte pas l’idée de se défendre.. C’est ainsi que le roi, en fin stratège, pousse les coalisés à attaquer..
Le premier choc fait s’affronter les forces d’Eudes de Bourgogne et l’aile gauche de l’armée d’Otton, commandée par Ferrand de Flandre.
L’affrontement au centre est en revanche initialement dominé par l’infanterie de l’empereur, qui cherche à tuer Philippe Auguste. Une partie des troupes coalisées de l’aile gauche se déporte au centre pour contribuer à la capture du roi de France. Sur l'aile gauche française, l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, brise l'élan des troupes anglo-brabançonnes en désarçonnant avec une masse d'armes Guillaume de Longue-Épée. Au centre, charge Otton, lance baissée, et le désarçonne. Au même moment, Philippe Auguste est à la merci des soldats allemands et ne doit son salut qu’à l’intervention in extremis de ses chevaliers, tandis que son chambellan Pierre Tristan. lui fait un rempart de son corps.
Mais par contrecoup, une faille apparaît sur l’aile gauche des coalisés, ce qui facilite la percée de l’aile droite française, qui, à revers, surprend Ferrand. Les chevaliers chargent vigoureusement et au bout de quelques heures, Ferrand se rend. La capture de Ferrand consacre la déroute du flanc gauche d’Otton.
Au centre et à gauche, les gens d’armes d’Otton s’empilent systématiquement sur les blessés et les morts qui sont en ligne de front, et sur lesquels trébuchent ceux qui essaient de reculer sous la charge des Français. Ceux qui sont à l’arrière ne comprennent pas ce qui se passe devant. Ils commencent à voir des fuyards. C’est le début de la débandade sur une partie du front. Quelques instants plus tard, Otton manque à son tour de se faire tuer par les chevaliers français Guillaume des Barres et Girard La Truie. Il ne doit son salut qu’à sa fuite du champ de bataille, et, au-delà, à sa fuite sous déguisement.