Laure Diebold, née Laurentine Mutschler, le à Erstein (Bas-Rhin) et morte le dans le , est une résistante française. Secrétaire de Jean Moulin, elle fut faite Compagnon de la Libération alors qu'elle était portée disparue en Allemagne.

Biographie

Laurentine Mutschler naît allemande le à ErsteinD'après la copie intégrale de l'acte de naissance de Laure Mutschler délivrée le 21 octobre 2024 par le service de l'état civil de la mairie d'Erstein., l'Alsace faisant alors partie de l'Empire allemand. Cependant, sa famille reste fidèle à la France. Sa mère, Philomène, née Blanchée à Nordhouse, est secrétaire à la filature de laine d'Erstein et de religion catholique. Son père, Florent Mutschler, né à Hindisheim, est ébéniste et de religion catholique. Tous s'installent le à Sainte-Marie-aux-Mines.. Laure obtient un diplôme de sténo-dactylo et se fiance dans les années 1930 avec Eugène Diebold, secrétaire de la mairie de la commune. Elle est catholique, il est protestant. À la fin de ses études, elle entre comme secrétaire aux Établissements Baumgartner. Lors de la « drôle de guerre », elle est secrétaire d'un industriel de Saint-Dié.

En Alsace annexée Après l'invasion allemande, fin , elle reste en Alsace annexée. Elle rejoint une filière de passeurs. Très souvent, elle héberge des prisonniers de guerre évadés au domicile paternel, 46 rue Jean-Jaurès à Sainte-Marie-aux-Mines, ainsi que chez Eugène, son fiancé. Dès 1940, elle s'associe au cercle de résistants du docteur Bareiss, rattaché à l'Armée des Volontaires. Repérée, elle doit quitter l'Alsace. La veille de Noël 1941, elle fuit à Lyon, dans la zone libre, cachée dans une locomotive.

Lyon avant l'occupation Comme Marguerite Moret, Laure Diebold est secrétaire au bureau d'entraide des réfugiés d'Alsace-Lorraine, un service officielDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, Gallimard, Paris, 2025, p. 131.. Le , elle épouse son fiancé Eugène Diebold, réfugié, comme elle, à Lyon et prisonnier de guerre évadé. En , elle entre avec lui au réseau Mithridate où, en qualité d'agent de liaison, elle recueille des informations qu'elle code et fait passer sous forme de courrier à Londres pour l'Intelligence Service. Le , elle est arrêtée, avec son mari, par la police française, mais tous deux sont relâchés six jours plus tard, faute de preuves. Réfugiée à Aix-les-Bains, Laure Diebold devient « Mona » dans la clandestinité.

En septembre 1942, Marguerite Moret la présente à Daniel Cordier, qui la recrute en tant que secrétaire dactylo (agent ) sous le pseudonyme de « Mado » pour le secrétariat de la délégation de Jean Moulin en zone libre, au service du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA)Daniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., pp. 131-132.. Intelligente et courageuse, travaillant sous les ordres directs de Daniel Cordier, elle accomplit ses tâches « avec une passion tenace qui ne se démentit jamais »Daniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 132., jour et nuit, d'abord à Villeurbanne puis près de la place lyonnaise des Terreaux. Cordier raconte a posteriori leur rencontre :

Le , elle rencontre Jean Moulin, alias Rex, pour la seule et unique fois, tapant pour lui à la machine un rapport urgent. Le secrétariat compte bientôt une quinzaine de personnes, dont Laure Diebold est , note Daniel Cordier.

Paris occupé Lors de son voyage à Londres en février et , Jean Moulin est nommé par de Gaulle son seul représentant pour l'ensemble du territoire métropolitain ; il décide donc d'installer à Paris la direction de ses services et donne l'ordre à Cordier d'y déménager afin d'implanter la Délégation en zone occupéeDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., pp. 136-137.. Le , celui-ci part pour Paris afin d'y organiser le nouveau secrétariat, et emmène avec lui la majorité de son équipe, à savoir Laure Diebold, Hugues Limonti, Georges Archimbaud, Charles RappCharles Rapp - pseudonyme Louis - (1922-?) est envoyé par le STO à l’usine d’Ingolstadt, où ayant fait du sabotage il est condamné à mort, mais s’évade et est recruté par Cordier pour le secrétariat de la Délégation générale comme courrier. Arrêté le 24 septembre 1943, il est interné à Fresnes, torturé, puis déporté à Buchenwald et Dora, d'où il est libéré par les Alliés à la fin de la guerre. Médaillé de la Résistance (décret du 17 novembre 1945, signé Alexandre Parodi). Cf. Christine Levisse-Touzé, « Jean Moulin et la Délégation générale » in Actes du Colloque « Les Compagnons de la Libération du Rhône », Lyon, 16 octobre 2019, p. 21, en ligne : https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/Actes%20du%20Colloque%20de%20Lyon%20-%20DEF%281%29_0.pdf (consulté le 21.05.2025). et Suzanne OlivierDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 137.. Cependant, comme on ne parvient pas à établir de liaison radio avec Londres depuis la Zone Nord, Cordier laisse Maurice de Cheveigné à Lyon pour écouler le trafic radio des deux zonesMaurice de Cheveigné, Radio Libre, 1940-1945, éditions du Félin, Paris, 2024, chapitre IV, pp. 112-114., et par conséquent, chaque jour, Suzanne Olivier fait le trajet Paris-Lyon et retour, alors que Joseph Van DievortJoseph van Dievort, né à Anvers en 1922, est envoyé en 1940 pour le travail obligatoire dans une usine à Brême (Allemagne), où ayant commis des sabotages il est condamné à mort, mais il s’évade et se réfugie en Suisse. En décembre 1942, il rejoint la Résistance à Lyon. Recruté par Daniel Cordier comme agent de liaison (pseudonyme Léopold), il transporte du courrier et des armes. Il épousera Hélène Vernay (recrutée par Cordier en janvier 1943 comme secrétaire au bureau de la Délégation générale de Lyon, où elle travaille jusqu’à la fin juillet 1943). Cf. Christine Levisse-Touzé, « Jean Moulin et la Délégation générale » in Actes du Colloque « Les Compagnons de la Libération du Rhône », Lyon, 16 octobre 2019, pp. 20-21, en ligne: https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/Actes%20du%20Colloque%20de%20Lyon%20-%20DEF%281%29_0.pdf (consulté le 22.05.2025). fait le trajet Lyon-Paris et retour, afin de transmettre les messages.

Travaillant dans des bureaux situés rue Vavin puis rue de la Pompe, Laure Diebold réside alors chez son frère à Fontenay-aux-Roses. Elle tape notamment l'annonce de la première réunion du Conseil national de la Résistance. À la suite de l'arrestation de Jean Moulin, elle poursuit son travail de secrétariat à la délégation., travaillant aux côtés de Claude Bouchinet-Serreules puis de Georges Bidault. Après la guerre, ses services seront validés par les Forces françaises libres, en qualité d'agent « », assimilé au grade de lieutenant.

Déportation À la suite de la perquisition des Allemands au siège de la Délégation générale à Paris, dirigée par Claude Bouchinet-Serreulles et Jacques Bingen, et au démantèlement de nombreux réseaux parisiens consécutifs à « l'affaire de la rue de la Pompe », avec l'arrestation de Pierre puis celle de Jacqueline Pery d'Alincourt, Laure et Eugène DieboldEugène Diebold est né en 1912 à Sainte-Marie aux Mines (Haut-Rhin). Courrier de la Délégation générale à Paris, il est arrêté le 23 septembre 1943, comme sa femme Laure. Il est emprisonné à Fresnes, torturé, puis déporté le 30 avril 1944 à Auschwitz, Buchenwald et Flossenburg, d'où il est libéré le 23 avril 1945. Il retrouve sa femme Laure à l’hôtel Lutetia. Médaillé de la Résistance (décret du 31 mars 1947, signé par Alexandre Parodi). Cf. Christine Levisse-Touzé, « Jean Moulin et la Délégation générale » in Actes du Colloque « Les Compagnons de la Libération du Rhône », Lyon, 16 octobre 2019, p. 18, en ligne: https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/Actes%20du%20Colloque%20de%20Lyon%20-%20DEF%281%29_0.pdf (consulté le 21.05.2025). sont arrêtés le et détenus à la prison de Fresnes Mark Seaman, , Michael O'Mara Books, 1999, ..

Elle réussit à convaincre la Gestapo qu'elle n'a fait que servir de boîte aux lettres et échappe ainsi à la torture., au contraire de son mari, qui pourtant ne sait rien. Le , elle est déportée à la prison de Sarrebruck. Du au , elle est en prison à Strasbourg, puis au camp de sûreté de Vorbruck-Schirmeck. Elle est ensuite transférée à la prison de Gaggenau, revient au camp de Schirmeck, est envoyée à la prison de Mulhouse, puis dans une prison berlinoise. Déportée à Ravensbrück, elle est ensuite transférée près d'Altenbourg, au Kommando de Meuselwitz, satellite de Buchenwald, puis, le , au Kommando de Leipzig-Taucha, autre satellite de Buchenwald. Eugène, Hugues Limonti et Suzanne Olivier sont eux aussi déportés. Le , elle est faite Compagnon de la Libération sur proposition du colonel Passy ; elle est l'une des six femmes à obtenir cette distinction. Gravement malade (typhus, angine diphtérique), mourante, elle échappe à la mort grâce à l'intervention d'un médecin tchèque du laboratoire du camp. Il escamote sa fiche à deux reprises et lui évite l'envoi au crématoire.

Libération Libérée en par les Américains, Laure Diebold rentre à Paris, où elle arrive, très affaiblie, le , et y retrouve son mari, également de retour de déportation et lui aussi mal en point. Elle vit alors dans le dénuement, habitant une dépendance de la maison de son frère René, que le couple surnomme avec ironie « villa Ravensbrück ».

Le , le général Paul Legentilhomme la décore de la croix de la Libération dans la cour des Invalides.

Après-guerre

Laure Diebold est d'abord employée à la Direction générale des études et recherches (DGER), successeur du BCRA. Elle aurait aussi travaillé pour le secrétariat de la présidence du Conseil, bien qu'aucune archive ne le confirme. En 1947, elle accompagne à Moscou son ancien chef devenu ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault, pour assister à une conférence sur la paix. En 1950, elle part à Étueffont-Bas (Territoire de Belfort), où elle travaille avec son mari dans une usine de tissage. En 1957, elle entre comme secrétaire dans une entreprise lyonnaise, Rhodiacéta, où elle devient secrétaire et bibliothécaire.

Cordier a expliqué que, après la guerre, il a voulu tourner la page, comme il se l'était promis à Delville Camp en , afin de ne pas se comporter comme les anciens combattants de la Grande Guerre qui ressassaient leurs anecdotesDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 220.. Cependant, il a toujours conservé pour tous ses camarades « une admiration, une estime [qu'il n'a] eues pour personne d'autre »Daniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 222..

En 1964, à l'occasion de la translation au Panthéon des cendres de Jean Moulin, elle retrouve durant une nuit précédant l'évènement, sur la place déserte et glaciale entourant l'édifice, une partie de son ancienne équipe (Daniel Cordier, Hugues Limonti et Suzanne Olivier), dont les membres s'étaient éloignés après la guerre.

Laure Diebold meurt le à son domicile du .Certaines sources situent néanmoins sa mort chez des amis en Saône-et-Loire.. Elle est enterrée selon son désir dans le modeste cimetière de Sainte-Marie-aux-Mines le , où elle avait passé son enfance et connu son mari. Elle avait exigé une cérémonie simple. Sur sa tombe est indiqué « Mort pour la France », du fait des souffrances physiques endurées par la déportation, ainsi qu'une mention de son statut de Compagnon de la Libération. Un hommage militaire lui est rendu en la cathédrale Saint-Jean de Lyon. Mort en 1977, son mari est enterré avec elle, dans le carré protestant.

Distinctions et honneurs

Décorations nationales Laure Diebold est titulaire de plusieurs décorations mais, très modeste, note Le Monde. Ce sont ses proches qui en ont fait la demande.

(décret du ) vignette|237x237px|Liste des Compagnons de la Libération

Postérité et hommages