Le conflit par procuration Iran-Arabie Saoudite ou la guerre froide au Moyen-Orient (ou nouvelle guerre froide. en français et . en anglais) est un concept géopolitique récent faisant référence aux rivalités entre l'Arabie saoudite et ses alliésLes principaux alliés traditionnels de l'Arabie saoudite sont la Jordanie, l'Égypte, le Koweït et les Émirats arabes unis. d'une part et l'Iran et ses alliésLes principaux pays sur lesquels l'Iran appuie sa politique étrangère régionale sont l'Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen ; ces États tampons sont au cœur des tensions entre saoudiens et iraniens. d'autre part dans l'histoire contemporaine du Moyen-OrientD'autres pays adoptent généralement une posture bien plus indépendante vis-à-vis des deux puissances régionales, il s'agit d'Israël, de la Turquie et d'Oman.. Comme la guerre froide qui oppose les États-Unis, l'URSS et leurs alliés respectifs durant la seconde moitié du , il s'agit d'une confrontation menée de manière principalement indirecte entre les deux camps et qui prend diverses formes : rivalités diplomatiques, militaires, économiques, religieuses ou encore culturelles.. Les deux États ont rompu leurs relations diplomatiques en 2016 et, dans leur lutte d'influence, ils s'emploient à soutenir des camps rivaux au Moyen-Orient et même au delà..

Contexte géopolitique du Moyen-Orient

Les relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran s'inscrivent dans le contexte géopolitique global du Moyen-Orient, région qui occupe une position charnière entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique et dont l'extraordinaire richesse en hydrocarbures mais aussi la diversité et les fractures sociales, culturelles et religieuses sont sources de tensions souvent anciennes mais exacerbées au par la montée des inégalités et des extrémismes.

Durant la seconde moitié du , la guerre froide opposant le bloc occidental et le bloc soviétique s'étend au Moyen-Orient. Les Soviétiques soutiennent les pays arabes et fournissent en quantité des armes à l'Égypte et à la Syrie avec lesquelles ces pays mènent et perdent contre Israël la guerre des Six Jours en 1967 et la guerre du Kippour en 1973. Les États-Unis nouent des alliances fortes avec la Turquie et l'Iran, qui possèdent une frontière avec l'Union soviétique, et fournissent une aide financière et militaire à Israël pour lui permettre de ne pas être submergé par ses voisins arabes. Cet équilibre est bouleversé par la révolution iranienne de 1979 qui renverse le régime monarchique de Mohammad Reza Pahlavi soutenu par les États-Unis et instaure une République islamique théocratique anti-occidentale. Cet événement marque aussi le début de la grande fracture entre l'Iran et l'Arabie saoudite, qui approfondit depuis lors ses liens avec les États-Unis et appuie l'Irak contre l'Iran durant la longue guerre qui oppose ces deux pays de 1980 à 1988. Cet antagonisme se nourrit de l'opposition sur le plan religieux entre le chiisme, branche de l'islam dominante en Iran et le sunnisme largement majoritaire en Arabie saoudite..

Au , l'application à la région du concept de « guerre froide » s'appuie sur une lecture à plusieurs niveaux de la situation géopolitique du Moyen-Orient, qui résulte à la fois d'événements de l'histoire récente de la région , du rôle prépondérant des activités d'extraction des hydrocarbures, d'enjeux politiques et religieux entre les différentes puissances régionales et de l'activisme des grandes puissances mondiales dans la région au nom de la sécurité des approvisionnements en hydrocarbures et du commerce maritime. Le Moyen-Orient n'est pas dominé par une seule grande puissance régionale, ni même régi politiquement par un duopole : quatre États ont des ambitions de domination régionale, deux sont arabes l'Arabie saoudite et l'Égypte, mais deux sont issus de l'empire perse, l'Iran, ou de l'empire ottoman, la Turquie. Un cinquième État, Israël, de par sa spécificité religieuse au milieu du monde musulman, de par ses alliances, sa puissance militaire et économique est aussi un acteur incontournable de la géopolitique régionale. Cependant, par le jeu des alliances politiques et religieuses, l'affrontement entre l'Iran et l'Arabie saoudite s'étend à toute la région du Moyen-Orient : le « croissant chiite », au Nord et à l'Est englobe l'Iran, l'Irak, la Syrie et le Liban, tandis qu'au Sud et à l'Ouest l'« arc sunnite » couvre l'Arabie saoudite, ses alliés de la péninsule arabique, et l'Égypte. Seule la Turquie conduit une politique étrangère indépendante qui l'amène à des alliances de circonstances au coup par coup....

Enjeux autour des hydrocarbures vignette|upright=1.5|Carte des régions pétrolifères au Moyen-Orient.

Les pays du golfe Persique possèdent 60 % des réserves pétrolières exploitables et 40 % des réserves de gaz de la planète ; ils produisent 30 % du pétrole et 12 % du gaz mondial ; ce qui fait de l'exploitation des hydrocarbures, l'activité principale de la plupart des pays du golfe Persique ainsi que leur source de revenus première.. Les plus grands pays producteurs sont regroupés dans l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (dont l'Arabie saoudite, l'Irak et l'Iran) et acheminent ces ressources vers les pays importateurs par voie maritime ou par des oléoducs en liaison avec la Méditerranée et la mer Rouge, ou directement avec l'Europe via la Turquie.

À titre d'exemple, 80 % des recettes publiques de l'Arabie saoudite, 55 % de son PIB et 90 % de ses exportations sont directement ou indirectement liés à l'exploitation de ses gisements pétroliersÉconomie de l'Arabie saoudite, étude réalisée par Globaltrade.net. et même si le pays a entrepris des efforts pour diversifier son économie (notamment via son fonds souverain), la dépendance demeure importante et occupe donc une place majeure dans la politique nationale et étrangère du pays. Le constat est le même dans des proportions variables pour les autres pays de la région..

La majorité des exportations maritimes saoudiennes et des pays de la péninsule arabique vers les marchés asiatiques passent par le détroit d'Ormuz et celles vers l'Europe, par le Bab-el-Mandeb et le canal de Suez . Sur ce plan, les relations internationales jouent un rôle majeur car si en théorie, la liberté de circulation des navires marchands dans les détroits est assurée par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, en pratique, les perturbations dans les pays riverains conduisent presque systématiquement à un accroissement des tensions diplomatiques, voire à des d'affrontements directs liés au besoin de conserver la liberté de passage pour ces navires.

L'acheminement des hydrocarbures par les systèmes d'oléoducs et de gazoducs est également un des éléments clés de l'industrie pétrolière ; ils sont principalement situés en Arabie saoudite, entre les zones d'extraction et les terminaux pétroliers et en Turquie, où transite une partie du pétrole du Caucase et d'Asie centrale destiné au marché européen.. Et au même titre que les voies de navigation dans la région sont fragiles, les canalisations peuvent être prises pour cible en cas d'agression interne ou externe, c'est donc également un enjeu géostratégique autour duquel se cristallisent les tensions et notamment lorsque ce sont des réseaux transnationaux. Cela a été particulièrement le cas lors des trois (Iran-Irak, Irak-Koweït, Irak-Coalition internationale) ; les réseaux de distribution et les sites d'exploitation ont systématiquement fait partie des objectifs stratégiques prioritaires..

Dualisme entre sunnisme et chiisme Les relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran sont également marquées par une rivalité ethnologique entre les Perses et les Arabes et par l'hostilité religieuse entre chiites et wahhabites, concernant autant des points de théologie que l'accès aux lieux saints de l'islam...

La politisation des clivages religieux et des différences culturelles est également l'un des facteurs récurrents des conflits militaires et des luttes de pouvoir au Moyen-Orient. Le fait n'est pas nouveau et est attesté depuis les origines de l'islam mais il est régulièrement mis en avant dans les médias modernes comme élément de fonds expliquant la situation contemporaine de la région ; pour la plupart des géopoliticiens, il doit être nuancé et son rôle doit être pondéré au regard de la multiplicité des facteurs d'explication...

Ainsi, en abordant le problème sous une dimension plus politique, les chiites se retrouvent unis par divers enjeux dans ce que le roi Abdallah II de Jordanie a appelé en 2004, le , expression reprise depuis par divers médias et politiques et qui rassemble l'Iran, le Pakistan, l'Irak, la Syrie et une partie du Liban (avec le Hezbollah comme représentant politique majoritaire dans le pays) en opposition donc avec un mené par les Saoud et qui regroupe une large partie des membres de la Ligue arabe et des États tiers, tels qu'Israël ou le Liban, dont la population n'est pas nécessairement majoritairement sunnite...

Récemment, les tensions ont été particulièrement exacerbées dans les zones ou les deux groupes religieux cohabitent, sans pour autant que la religion soit le facteur le plus clivant : au Yémen, en Irak, au Qatar ou au Liban, les facteurs politiques ont été prépondérant avec de manière schématique, une opposition entre des groupes pro Riyad et d'autres pro Téhéran..

Implications des puissances étrangères Dans ces rivalités, les puissances étrangères jouent également un rôle, au Moyen-Orient mais également à l'extérieur de celui-ci, que ce soit afin d'assurer leurs approvisionnements en matières premières, exporter leurs idéologies ou répondre à des enjeux stratégiques, économiques, politiques ou militaires, les États-Unis, la Russie, la Chine ou les États membres de l'Union européenne (Royaume-Uni et France, anciennes puissances coloniales dans la région, principalement) sont très actifs sur la scène internationale.. Dans cette logique, les récentes interventions en Syrie et en Irak contre le groupe État islamique et divers acteurs locaux (gouvernement syrien, groupes kurdes ou paramilitaires) ont montré que chaque acteur avait ses intérêts propres et se positionnait aux côtés des acteurs régionaux en fonction de ceux-ci. Ainsi la Russie s'est positionnée avec l'Iran aux côtés du gouvernement syrien ; les Occidentaux se sont positionnés avec l'Arabie saoudite et la plupart des pays arabes contre les groupes terroristes ; la Turquie s'est associée avec des milices sunnites contre les Kurdes..

Les organisations internationales sont également impliquées ; que ce soient les organisations centrées sur le monde arabe telles que la Ligue arabe, l'Organisation de la coopération islamique ou le Conseil de coopération du Golfe ; les phénomènes d'intégration régionale font que leur poids tend à s'accroître et qu'ils sont de plus en plus sollicités à prendre parti aux conflits dans lesquels leurs membres sont impliqués...

Le dualisme international qui prévalait dans la région lors de la guerre froide de la seconde moitié du n'a pour autant pas complètement disparu avec l'avènement du ; États-Unis et Russie. ont toujours un rôle majeur, notamment en raison de l'absence de politique commune ou de l'écart pris par les Européens vis-à-vis de sujets aussi sensibles, de la politique neutraliste chinoise qui se contente principalement de répondre à des objectifs économiques, commerciaux et énergétiques. (ses principaux fournisseurs de pétrole sont l'Arabie saoudite et l'Iran) ou des intérêts géostratégiques davantage tournés vers leur environnement régional des autres pays des BRICS..