Albert Thys, né le à Dalhem (province de Liège) et mort le à Bruxelles, est un officier et homme d'affaires belge, proche collaborateur du roi Léopold II de Belgique lors de la création de l'État indépendant du Congo. Il est le fondateur de la principale ligne de chemin de fer du pays et est l'un des artisans majeurs de l'essor économique de l'État indépendant du Congo puis du Congo belge.
Biographie Jean-Baptiste Albert Joseph Thys, né à Dalhem le , est le fils de Jean Thys, docteur en médecine et chirurgie, et de Marie Barbe Rogister. Le , il épouse à Schaerbeek Julie Mottin, fille d'un ingénieur des chemins de fer, qui lui donne six enfantsGeorges Defauwes, Albert Thys de Dalhem au Congo, p. 10.. Elle décède en au château de Dalhem. Sa fille Louise a épousé Henry Le Bœuf, homme d'affaires, banquier et personnalité du monde musical belge. Son fils, William Thys, deviendra directeur général de la banque d'Outremer et de la Banque de Bruxelles.
Il suit les cours de l'école du village de Bombaye puis de l'École moyenne de l'État à Visé. À seize ans, il s'engage dans l'armée belge comme simple soldat. Il est promu caporal puis sergent. Après avoir été admis à l'École royale militaire, il en sort sous-lieutenant désigné pour le de régiment de ligne en 1870. Le commandant en chef de l'armée, le lieutenant-général baron Chazal, le charge de missions militaires de reconnaissance en rapport avec les plans de défense des frontières.. Il poursuit ensuite ses études à l'École de guerre, d'où il sort détenteur du brevet d'adjoint d'état-major, en 1876Site archives.lesoir.be, Liégeois évanoui dans le temps : Albert Thys : Le Congo par le Rail, article de Marie-Pierre Fonsny du samedi 13 juillet 1991. lire (consulté le 9 juin 2011).. Promu lieutenant en 1876, il entre au service du roi Léopold II de Belgique pour assurer le secrétariat pour les affaires coloniales.
À partir de 1878, Thys (toujours chargé de tâches de secrétariat), devient l'adjoint de Maximilien Strauch, secrétaire général de l'Association Internationale africaine (AIA), organisation créée par le roi Léopold II et composée d'experts internationaux ayant pour objet la découverte de l'Afrique centrale. À partir de 1879, il prête également sa collaboration au Comité d'études du Haut-Congo, organisation commerciale chargée de l'organisation des expéditions d'exploration en Afrique.
Au retour de Henry Morton Stanley, le roi Léopold II envoie Thys en Angleterre pour lui proposer une nouvelle expédition en Afrique centrale pour le compte de l'Association internationale africaine (AIA). Il prend une part active à l'organisation des premières expéditions qui conduisent à la constitution de l'État indépendant du Congo.gauche|vignette|Construction du chemin de fer Matadi-Stanleypool.
En , le capitaine Albert Thys est nommé officier d'ordonnance du roi Léopold II, avec « l'autorisation spéciale d'approcher Sa Majesté à n'importe quel moment »Georges Defauwes, Albert Thys de Dalhem au Congo, p. 11.. En à la conférence de Berlin, le roi Léopold II obtient, au nom de l'AIA, de territoire qui constitueront l'État indépendant du Congo. Thys est chargé de mettre au point un emprunt de cent millions de francs belges permettant de financer les projets du roi Léopold II.
Création des chemins de fer au Congo
D'après l'historien belge Pierre SalmonPierre Salmon, Malamou - Lettres d'Albert Thys à son épouse, 1887-1888, introduction. gauche|vignette|Construction du chemin de fer Matadi - Stanleyville.
Arrivé au Congo en 1887, Thys est le promoteur de la ligne de chemin de fer Matadi-Léopoldville, construite de 1890 à 1898. Il impose un itinéraire par le sud, s'écartant du fleuve Congo. Les premiers et les travaux d'un coût de 25 millions de francs belges sont financés par le gouvernement Beernaert. Les plus grands obstacles physiques sont constitués par la gorge de la rivière Mpozo et le mont Palabala, une falaise bordée de vallées profondes et des ravins de dans le massif des Monts de Cristal.. De 1887 à 1899, Thys fait neuf voyages au Congo. Il procède d'abord à des reconnaissances topographiques puis supervise l'avancée du chantier. À ses activités au Congo, s'ajoute un travail de propagandiste auprès de la population et des milieux financiers belges alors peu concernés par les plans coloniaux du roi Léopold II. Inspiré par Henry Morton Stanley, Thys considérait ce chemin de fer comme essentiel pour le développement économique futur du Congo. Le est inauguré le premier tronçon de reliant le port de Matadi à Léopoldville et permettant ainsi pour la première fois l'accès de biens et de marchandises aux de voies fluviales du Congo.
La construction de la ligne de chemin de fer Matadi-Léopoldville s'est néanmoins soldée par un coût humain élevé. Compte tenu du climat, du terrain accidenté et des maladies tropicales, les conditions de vie des travailleurs sont catastrophiques, les installations sanitaires et médicales étant réduites à leur plus simple expression. En 1892, environ indigènes sont employés sur le chantier du chemin de fer, et une moyenne de 150 travailleurs par mois perdent la vie à cause des maladies (variole, dysenterie, beriberi, etc.) et de l’épuisement, tant du côté belge que du côté congolais. Vers la fin de 1892, travailleurs indigènes avaient déjà été recrutés. La moitié de ceux-ci fait rapidement défaut, étant morts ou ayant déserté. Dans ces circonstances, Thys se voit obligé de recruter des travailleurs de la Barbade et de Chine en septembre et . Les Barbadiens refusent de quitter les bateaux dans le port de Matadi jusqu’à ce qu’ils soient forcés manu militari. Sept personnes y laissent la vieVerbeeck, M., 2019. Masterproef: Dwangarbeid in de Belgische rechtsgeschiedenis (1885-1945). Université de Gand https://lib.ugent.be/fulltxt/RUG01/002/790/223/RUG01-002790223_2019_0001_AC.pdf.
Développement économique du Congo
Albert Thys est également l'un des principaux artisans du développement économique et de la mise en valeur de l'État indépendant du Congo. Dans ce but, il crée de nombreuses sociétés coloniales notamment le la (CCCI) et ses nombreuses filiales : le Chemin de fer du Congo, la Compagnie des Magasins généraux, la , la Compagnie des Produits, la Compagnie du Katanga« (…) en récompense de ses expéditions vers le sud du Congo dans les années 1891-1892, le roi avait attribué un tiers du sol katangais en propriété à Albert Thys », E.D Morel contre Léopold II par Jules Marchal (1996), collection « Zaïre - Histoire & Société », L'Harmattan, vol. 1 p. 62., etc. D'après l'historien belge René J. Cornet, Albert Thys est
En 1890, il contribue à la création du Cercle africain à Bruxelles et en devient le premier président. À partir de 1899, il se consacre au développement des sociétés coloniales dont il assure la haute direction. Le , la banque d'Outremer est constituée et Albert Thys en devient administrateur délégué. En 1910, il accède à la présidence.
Il continue toutefois à faire partie du cadre militaire belge. Il est nommé en lieutenant-colonel puis général-major de réserve. En 1910, il se rend une dernière fois au Congo d'où il revient avec de nouveaux projets.
Dans le privé, il était propriétaire du château de Dalhem.
La Première Guerre mondiale le réduit à l'inaction. Sa santé s'étant altérée, il meurt à Bruxelles le à et est inhumé à Dalhem.
Citations
Lettre à son épouse écrite lors de son premier voyage au Congo le 6 décembre 1887. Conférence sur L'expansion coloniale belge donnée à Liège le 3 novembre 1905. Fonds Thys, Dalhem. Vol. VII p. 35 et 36.
Hommages et distinctions thumb|Monument au général Thys, à l'entrée du parc du Cinquantenaire à Bruxelles. thumb|Le buste d'Albert Thys à Dalhem.
En 1926, un monument au général Thys a été érigé à Bruxelles à l'entrée du parc du Cinquantenaire, œuvre des sculpteurs Thomas Vincotte et Frans Huygelen. En 1948, un monument portant le buste en marbre d'Albert Thys a été érigé à Dalhem. Ce buste a été offert à la commune de Dalhem par son petit-fils Gilbert Périer, président de la Sabena. On trouve une rue Général Thys. à Ixelles et à Dalhem.
On a donné le nom de Thysville à la station de Sona Qongo, actuelle Mbanza-Ngungu dans le Bas-Congo où l'on trouvait un monument avec son buste ; le même nom a été donné à un paquebot de la Compagnie maritime belge, le MS Thysville.
Il a reçu les distinctions suivantes : (Belgique) ; Commandeur de l'ordre de la Couronne (Belgique) ; Chevalier de l'ordre royal du Lion (État indépendant du Congo) ; Commandeur de l'ordre de l'Étoile brillante de Zanzibar ; 50x50px Commandeur de l'ordre de l'Immaculée Conception de Vila Viçosa (Portugal) ; (Perse) ; Grand officier de l'ordre du Nichan el Anouar (France) ; (France) ; (Luxembourg) ; (Italie) ; Chevalier de l'ordre de la Couronne (Prusse) ; Chevalier de l'ordre impérial de Léopold (Autriche).
Descendants
Première génération Louise Thys (1878-1949) mariée à Henry Le Bœuf (1874-1935), Jeanne Thys (1880-1921) mariée à Gaston Perier (1875-1946), Frans Thys (1881-1944), avocat, président du Cercle Royal Gaulois.. Il construisit en 1928 la villa Maeger Scorre, l'actuel club house du Royal Zoute Golf Club., Robert (1884-1964), en , il commande une compagnie spéciale du Génie belge pour l'inondation durable des vallées de l'Yser et de l'Yperlée. Administrateur de la Société des Ciments du Congo. et premier administrateur-délégué de la Sabena, William Thys (1886-1935), vice-président et administrateur-délégué de la Banque de Bruxelles et de la Brufina. Régent de la Banque Nationale et ambassadeur extraordinaire au Japon, Louise dite Madeleine Thys (1892-1972) mariée à Henri Depage(1900-1960), fils d'Antoine Depage. Deuxième génération Odilon-Jean Perier (1901-1928), poète. Gilbert Perier (1902-1968), président de la Sabena (1947) et de l'IATA (1948-1949). ChevalierNoblesse héréditaire et titre de primogéniture masculine de Chevalier. (1964). Thys (1912-1981), président d'Electrobel et d'Intercom et premier président de l’association Quartier des Arts à Bruxelles. Louise Thys (1914-2001) mariée à Alain de Roubaix (1913-1987), administrateur de sociétés. Marion Thys (1917-1994) mariée au ChevalierConcession de noblesse héréditaire en faveur de Manuel Gernaert en 1963 et concession du titre personnel de chevalier en faveur du même en 1970. Manuel Gernaert (1911-1998) secrétaire général de la Générale de Banque. ChevalierNoblesse hériditaire et titre de primogéniture masculine de Chevalier (1970) Gérard Thys (1920-1999), administrateur délégué de la Société d'Etudes et de Gestion de Cimenteries.
Troisième génération Christine Le Bœuf (1935-2022), mariée à l'éditeur Hubert Nyssen. Nicole Thys (1949), mariée au Chevalier Guy-Marie Paquot (1941-2019), président de la Cie du Bois Sauvage, président de Neuhaus.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Jean Dusart, Albert Thys : créateur de la ligne de Chemin de fer Matadi-Léopoldville, Bibliothèque de l'Étoile, 1948, 55 pages. Georges DefauwesInformation sur Georges Defauwes dans les archives du AfricaMuseum (Tervuren) (conservateur du Musée communal Albert Thys de Dalhem), Albert Thys : de Dalhem au Congo, [s.d.] (1995), 72 pages, Collection « Comté de Dalhem - Choses, gens et sites de chez nous », préface de Paul Bolland, gouverneur honoraire de la Province de Liège. Lire en ligne sur le site www.dalhem.be
Articles connexes Société nationale des chemins de fer du Congo Compagnie du chemin de fer du Congo Transports en république démocratique du Congo Alexis Van Opstal Monument au Général Thys
Liens externes
Site dalhem.be : Histoire Albert Thys, de Dalhem au Congo
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