vignette|Jérôme Bosch (ou suiveur) : L'Escamoteur, 1475-1480, huile sur bois, Saint-Germain-en-Laye, musée municipal. vignette|Au , le magicien appelé « prestidigitateur » ou « illusionniste » se présentait souvent sur scène en costume avec une queue-de-pie noir et une chemise blanche agrémentée d'un nœud papillon assorti au gilet, une longue cape en velours noire à l'extérieur et rouge à l'intérieur, un chapeau haut-de-forme noir, et une baguette magique à la main. Cf ..
L'illusionnisme, ou la prestidigitation, est un art du spectacle qui consiste à créer des illusions. On parle aussi de magie dans le langage courant.
Un art du spectacle L'illusionnisme est pratiqué le plus souvent par des artistes dans le cadre du monde du spectacle. Le magicien s’est entraîné pour créer les illusions qui leurrent nos sens : il fait apparaître et disparaître diverses choses, il défie la gravité, transforme la matière, lit dans les pensées, voit dans l’avenir. Avec ses astuces et son habileté, son adresse et son boniment, une mise en scène théâtrale, un éclairage subtil ou un fond musical, le prestidigitateur crée un contexte grâce auquel son trucage – au demeurant parfois fort simple mais astucieux – devient stupéfiant au point de créer l’illusion qu’un mystère vient de se produire sous nos yeux.
Différentes appellations Avant d'être appelée illusionnisme ou prestidigitation, cette discipline était appelée tantôt physique amusante, tantôt escamotage. thumb|La première carte du jeu de tarot de Marseille est le bateleur, représentation du magicien, ancêtre de l’escamoteur devenu le prestidigitateur (jeu de Jean Dodal, début )Distinction entre prestidigitation et magie
Le langage commun, le marketing et la facilité d'utilisation du mot magie conduisent à un amalgame entre la prestidigitation qui est un art mêlant agilité, ingéniosité et psychologie, et la magie au sens premier du terme qui est un « phénomène surnaturel » ou inexpliqué. La prestidigitation est donc l'art de créer l'illusion d'un phénomène impossible mais qui repose sur des règles on ne peut plus rationnelles, logiques. Le mot magie a un sens étymologique religieux, ce que le mot prestidigitation n'a pas. Escamotage Le nom d'escamotage pourrait venir de l'arabe escamote qui désigne une petite balle de liège à laquelle on a donné plus tard le nom de muscade, à cause de sa ressemblance avec ce fruit. Dans le principe, l'escamotage s'appliquait uniquement aux gobeletsIb. Jean-Eugène Robert-Houdin, 456 - 2006 - éditions Omnibus.. Le praticien de lescamotage est appelé escamoteur. Physique amusante Utilisé dès la fin du , quand des spectacles incluaient des démonstrations d'effets physiques curieux récemment découverts, avec des aimants, des jeux d'ombres et de lumières, l'électricité statique, etc. On appelait le maître d'œuvre un « physicien », qui, en définitive, divertissait en jouant avec des phénomènes propres aux lois de la physique mais qu'il enrobait souvent dans un discours ésotériqueProgramme des jeux, spectacles, concerts, récréations, divertissemens, ascensions et exercices de corde tendue, voltige, expériences de physique amusante, scènes bouffonnes, etc., exécutés aux Champs-Élysées, le 2 avril 1810, à l'occasion du mariage de S. M. l'empereur . lire en ligne ; Trésor de la langue française.. Prestigiateur Le mot « prestigiateur » (il est issu du latin et survit en italien dans le « prestigiatore »), qui a existé en français jusqu'à la fin du siècle des Lumières. Praestigiator, au , chez Jean de Salisbury, désignait un prestidigitateur, un faiseur de tours, et il ajoute que l'on soupçonnait le diable d'être l'auxiliaire de ces baladins : de là, plus tard, le glissement de prestidigitateur à magicienJean de Salisbury, Polycraticus (1159), I, chap. 8 et 9 : Patrologie Latine, t. 199, col. 406-407.. Mais, en 1583, le concile provincial de Tours l'utilise comme synonyme de magus (magicien). Prestidigitation Le mot prestidigitation (de presto digiti qui signifie agilité des doigts) a été créé par Jules de Rovère en 1819Comment on devient sorcier, une vie d'artiste, L'art de gagner à tous les jeux, Magie de physique amusante, Le prieuré par Jean-Eugène Robert-Houdin, 146, 2006, éditions Omnibus , qui ne voulait pas indiquer sur son affiche le mot d'''escamoteur ou de physicien. Ce terme a supplanté le prestigiateur, faisant perdre à la discipline sa référence au « prestige » antique pour ne laisser qu'une référence à l'agilité des doigts. La réussite dans cet art se fait grâce à un ensemble de critères tels que la manipulation, les accessoires, le timing : respect des temps forts et des temps faibles, le boniment ou la musique, les fioritures, l'attitude (la personnalité et l'originalité), le regard, le don de comédien Illusionnisme Dénomination apparue à la fin du Définition étymologique dans atilf.fr, en ligne., plus à même de rendre compte de la diversité de cet art, puisqu'il cesse de mettre l'accent sur la dextérité (comme le faisait prestidigitation) pour pointer une réalité plus large liée à l'illusion en général.
Histoire thumb|center|600px|Papyrus Westcar (vers 1700 av. J.C.) Le papyrus Westcar (vers 1700 av. J.C.) est l'un des plus anciens témoignages sur l'illusionnismeTextes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte, II, Gallimard, Paris, 1987, p. 173, 175-177, 181..
Les pratiques magiques remonteraient à la Préhistoire. Bien que les spécialistes ne soient pas tous d'accord sur leur significationVoir par exemple http://www.artcult.fr/_Artsprimitifs/Fiche/art-0-1235160.htm, les gravures rupestres de sorciers et d'animaux mythiques semblent bien en attester.
L'Ancien Testament décrit le « combat » que livrèrent Moïse et Aaron contre les magiciens de PharaonGérard Majax, Les miracles de la Bible vus par un illusionniste, First Éditions, Paris, 2018.. « Moïse jeta devant Pharaon son bâton qui se transforma en serpent. Pharaon à son tour, convoqua les sages et les enchanteurs. Et les magiciens d'Égypte, eux-aussi, accomplirent par leurs sortilèges le même prodige. Ils jetèrent chacun son bâton qui se changea en serpent, mais le bâton d'Aaron engloutit ceux des magiciensAncien Testament - L'Exode, Les Plaies d’Égypte. Le bâton changé en serpent, Ps 78:105. »
Les premiers objets magiques retrouvés intacts sont des vases grecs truqués datant du Satyre accroupi. Conservé au Louvre cote Comaste CA 454. Décrit par F. Guillemin in Imagik, 2002, , . L'un d'eux, conservé et exposé au musée du Louvre, comporte un siphon permettant de le vider et de le remplir à plusieurs reprises. Un autre vase conservé au musée Allard Piierson D’Amsterdam daté du permettait de verser à volonté deux liquides différents. Les écrits grecs et romains relatent leur intérêt pour les « faiseurs de prestiges ».
De la plus haute Antiquité à nos jours l’art de manipuler les objets, comme l’utilisation des marionnettes, et de prétendre que cette manipulation est le fruit d’un phénomène surnaturel, existe. On en trouve un témoignage remarquable, en ce qui concerne le de notre ère, chez Lucien de Samosate, qui, dans son Alexandron è pseudomantis(Alexandre ou le faux prophète, Les Belles Lettres, 2002, classiques en poche , texte établi et traduit du grec ancien par Marcel Caster.) , décrit et explique les pratiques et les tours de passe-passe d'Alexandre d'Abonotique.
La prestidigitation suscite l'intérêt des savants au Siècle des Lumières. L'Encyclopédie de Diderot, 1772, détaille plusieurs tours à l'article « Tours de cartes et de mains », et rapporte les efforts faits par les scientifiques de l'Académie royale des sciences, notamment de Denis Dodart, pour expliquer les tours.
La prestidigitation semble avoir eu ses maîtres en Italie. C’est en tout cas de là que Jean-Eugène Robert-Houdin écrit avoir identifié l’origine, avec la venue d’Italie à Paris de faiseurs qui appelaient leurs tours des jeux. Il cite les pionniers restés en mémoire : Jonas, Androletti, Antonio Carlotti, puis l’un des fondateurs, Giuseppe Pinetti. En 1908, Harry Houdini publia également ses mémoires : grand collectionneur de magica, il retrace les débuts de cet art du spectacle et cite le Français « Monsieur Phillippe » (né Philippe Talon, 1802-1878), qui employait entre autres des automates dès 1841, sur les scènes de Paris et Londres, précédé de nombreuses célébrités d'alors tels que Haddock, Garnerin, Master Gyngell, Bologna, Henry, Schmidt, Rovère, Charles Harry Houdini, The Unmasking of Robert-Houdin, New York, The Publishers Printing Co., 1908, réédition Library of Alexandria, 2016 — extrait en ligne.…
Illusionnisme et manipulation
thumb|Un mentaliste dans un numéro de lecture des pensées, 1900 Avant d’être un divertissement, la prestidigitation a servi à matérialiser le divin et s’est assimilée à la magie noire, tandis qu’elle s’est peu à peu affirmée magie blanche pour s’éloigner des bûchers. Sa pratique a longtemps profité aux sorciers mais les a aussi souvent conduits à être poursuivis par l’Inquisition. C’est d’ailleurs dans le but de démystifier les procédés employés par les escamoteurs et autres faiseurs de tours en vue de leur éviter le bûcher, que Reginald Scot (1538-1599) publia en 1584 The Discoverie of WitchcraftThe Discoverie of Witchcraft (1584) de Reginald Scot (La Sorcellerie dévoilée). Ironiquement, cet ouvrage est rapidement devenu un manuel d'apprentissage pour les prestidigitateurs débutants de l'époque.
L'illusionnisme ne doit pas être confondu avec la tricherie ; de même que le jeu des gobelets ne doit pas être confondu avec le bonneteau à la sauvette.
Genres et courants thumb|La Maison de la magie, dédiée à Jean-Eugène Robert-Houdin, Blois, France.
Référencement de Robert-Houdin () À son époque, Jean-Eugène Robert-Houdin a effectué un recensement des branches de sa discipline à laquelle il prédisait un bon avenirIb. Jean-Eugène Robert-Houdin, 450 - 2006 - éditions Omnibus : tours d’adresse (mains et paroles) ; expériences de magie simulée (trucs d’escamotage) ; effets prodigieux de l’esprit (mentalisme) ; magnétisme simulé (seconde vue, lucidité, divination, extase, catalepsie) ; médium (spiritisme, évocation des esprits, tables tournantes, frappantes, parlantes et écrivantes, armoires et leurs mystères) ; grandes illusions (femme coupée en deux, transpercée de sabres, , disparition) ; récréation (quiproquos, subtilités ou combinaisons).
Actuellement
Si les Théâtres magiques du ont disparu, les spectacles de magie sont aujourd'hui présents à la télévision. En France : Le Plus Grand Cabaret du monde, Les Mandrakes d'Or. Ils ont trouvé un terrain propice dans les salles de spectacles des casinos de Las Vegas, devenue « la capitale mondiale de la Magie ». La magie se trouve aussi présente dans le renouveau des spectacles de cirque.
De nos jours, la magie, en tant qu'art du spectacle, revêt plusieurs formes en fonction du lieu où elle est pratiquée et du type d’illusion déployée : les spectacles de scène avec diverses catégories : grande illusion, manipulation, magie comique ou burlesque, magie bizarre, escapologie, mentalisme ; la magie rapprochée ou micromagie qui fait souvent appel à la cartomagie et qui se pratique souvent en restaurant, cabarets, soirées privées ; le matériel utilisé est généralement simple et d'aspect courant, notamment des cartes ou des pièces ; la cartomagie, genre d'illusionnisme recourant essentiellement aux cartes pour produire des effets magiques ;
la magie de rue qui a recours aux mêmes approches que la magie rapprochée, mais nécessite une aptitude particulière pour « accrocher » le passant, et nécessite que le tour soit exécutable totalement entouré de spectateurs ; Le vol à la tire peut être également une de ses composantes mais à but de spectacle et non de « Vol » ; la magie de salon, intermédiaire entre le close-up et la magie de scène : les accessoires sont plus grands, parfois loufoques (par exemple une baguette magique géante) ;