Paul Touvier, né le à Saint-Vincent-sur-Jabron (Basses-Alpes) et mort le à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), est un ancien agent antisémite et collaborationniste du régime de Vichy. Il est condamné à mort en 1946 et en 1947 pour un des nombreux crimes commis en tant que chef régional du (« documentation », c'est-à-dire le renseignement) de la Milice lyonnaise durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, dont l'exécution de sept Juifs au cimetière de Rillieux.

Fugitif, il est gracié en 1971 par le président Georges Pompidou, mais des plaintes pour crimes contre l'humanité imprescriptibles étant déposées contre lui dès 1973, il repart en cavale dans des réseaux catholiques, que décrira en 1992 l'ouvrage Paul Touvier et l'Église dirigé par l'historien René Rémond. Il est finalement arrêté en 1989, jugé et condamné en 1994 à la réclusion criminelle à perpétuité. Il est le premier jugé.. de nationalité française condamné pour crimes contre l'humanité.

Biographie Jeunesse Issu d'une famille savoyarde catholique et nationaliste, Paul Claude Marie Touvier est le fils aîné des onze enfants (cinq garçons, six filles) de François Touvier (militaire pendant dix-huit ans, puis percepteur) et d'Eugénie Roumeau, qui meurt en 1931 en mettant au monde son dernier enfant.. Paul Touvier quitte l'institution Saint-François-de-Sales de Chambéry à pour un emploi d'expéditionnaire au PLM à Ambérieu. Le , il épouse une jeune Chambérienne, Joséphine Charlety, la fille d'un franc-maçon. Il a avec elle des jumeaux, Josette et François, le mais sa femme meurt le et Josette le de la même année.

Il s'engage au sein du Parti social français, une formation de droite nationaliste conservatrice dirigée par François de La Rocque..

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il vit à Chambéry.

Seconde Guerre mondiale Au sein de la , Paul Touvier participe à la guerre où, à la suite du bombardement de Château-Thierry, il est retrouvé errant.

Il revient en 1940 à Chambéry et adhère à la Légion française des combattants en octobre, en tant que responsable de quartier. La vie de Touvier prend un nouveau cours avec la création du Service d'ordre légionnaire (SOL) et de la Milice dans lesquels son engagement répond, pour l'historien René Rémond, à un désir réel d'ascension sociale, mais surtout à ses convictions idéologiques.

En , il bénéficie du premier stage de l'École des cadres d'Uriage où sont détectées ses qualités de policier. Il est chargé du deuxième service de la Milice en Savoie. Son zèle à monter des expéditions punitives contre des établissements de sympathies gaullistes lui permet d’être remarqué.

De la Savoie, Touvier est appelé à Lyon où il est équipier national, chef régional du (chargé de la documentation et du renseignement pour une dizaine de départements), inspecteur national et en chargé de mission au secrétariat d'État au Maintien de l'ordre. La politique et la police politique apportent à Touvier la réussite sociale. Antisémite, il participe activement à la persécution des Juifs et à la lutte contre les résistants.

Assassinat d'Hélène et Victor Basch vignette|Mémorial Hélène et Victor Basch.

Le , la Milice française, dont Paul Touvier dirige le deuxième service, arrête à son domicile de Caluire-et-Cuire Victor Basch (président de la Ligue des droits de l'homme, alors âgé de ) et son épouse Hélène. Paul Touvier assiste à l'arrestation. Hélène et Victor Basch sont assassinés à Neyron par Lécussan (chef régional de la Milice) et Gonnet. Sur le corps de Victor Basch est retrouvé un écriteau laissé par les miliciens sur lequel était inscrit :

Exécution des otages de Rillieux-la-Pape

Paul Touvier infiltre la Résistance, interroge des prisonniers, dirige des rafles, pille des biens et venge l’exécution de Philippe Henriot en faisant fusiller à Rillieux-la-Pape le sept Juifs qu'il a personnellement choisis sur une liste de détenus. Ce crime vaudra à Paul Touvier une condamnation pour complicité de crimes contre l'humanité.

Devenu le « chef Touvier », il fréquente l'abbé Stéphane Vautherin, qui s'invente un titre d'aumônier de la Milice lyonnaise, et qui exerce son ministère auprès des tortionnaires et des torturés. Cependant, Touvier, en dehors de ses relations personnelles avec l'abbé Vautherin, .

Antisémitisme vignette|Monument commémoratif de l'assassinat de sept Juifs à Rillieux. En , à la demande de la Gestapo, Paul Touvier et ses miliciens attaquent une synagogue où se cacheraient des juifs. Sur place ils trouvent seulement un couple de gardiens, ils les arrêtent devant leur jeune fille. Celle-ci identifiera Paul Touvier des années après. Le couple est déporté à Auschwitz, d'où il n'est pas revenu .

Pour Paul Touvier, « les juifs sont lâches », ainsi il explique à un ami en avoir vu le supplier : .

Après l’assassinat de Victor Basch et de sa femme, en , Paul Touvier laisse sur les cadavres l’inscription « Le juif paie toujours » . Lors de l'assassinat par la Milice française de sept Juifs au cimetière de Rillieux, le résistant Louis Goudard échappe à l'exécution grâce à Touvier. En effet, celui-ci effectue un « triage » et décide d'épargner le seul prisonnier qui n'était pas juif.

Lors de son procès en 1994, il est révélé un carnet intime de Paul Touvier, pour l'année 1985-1986, avec des annotations sur des personnalités. Ainsi, André Frossard est qualifié de « sinistre commerçant juif ». Après une émission d'Anne Sinclair qui avait invité Élisabeth Badinter, il écrit une « ordure juive TF1 ». Concernant le film Max mon amour avec l'actrice Charlotte Rampling, il est noté en rouge « Cinéma juif ». Pour sa part, Gilberte Duc, son ancienne secrétaire en 1944, décrit Touvier comme « hautain, dur, cassant, orgueilleux, antisémite » . Son ancien chauffeur, Jean-Lucien Feuz, cite Paul Touvier après l'assassinat du couple Basch : « Nous les avons eus, ces sales Juifs. » .

La Libération et première cavale En , Paul Touvier reste au siège de la Milice à Lyon, 5 impasse Catelin. Il ne suit pas les Allemands, se croyant protégé grâce à ses contacts avec la Résistance modérée. Il veut jouir d'une petite fortune mal acquise. L'abbé Stéphane Vautherin le conseille et obtient de lui la libération de prisonniers. Durant les mois de juillet et août, Touvier va libérer par petits groupes les prisonniers qui lui sont confiés, pensant ainsi accumuler les actes favorables à la Résistance.

À l'heure de la libération de Lyon, le chef du deuxième service de la Milice sait pourtant ce qui l'attend : lui sont reprochées, entre autres, sa participation à l'assassinat de Victor Basch, président de la Ligue des droits de l'homme, et de sa femme, l'exécution de sept otages juifs à Rillieux-la-Pape, des arrestations, des déportations.

Traqué, Paul Touvier, trouve son premier refuge chez l'abbé Stéphane Vautherin, habitant sur la colline de Fourvière. Celui-ci le cache sous un faux plancher pendant que des résistants fouillent la maison. Touvier réussit à quitter la ville, en emportant, semble-t-il, une somme de de l'époque provenant du trésor de la Milice lyonnaise.

Durant cette première cavale, Paul Touvier change pour la première fois d'identité et emprunte celle de son beau-frère Albert Gaillard. Une pension de famille (achetée ) offre un abri à Touvier à Montpellier. Il peut y loger sa famille qui est alors composée de son père, ses frères et sœurs, son beau-frère et son fils François, âgé de six ans. Il se retrouve ensuite à Ceignac puis à Boutencourt dans l'Oise, où des membres de sa famille sont arrêtés par les gendarmes. Ceux-ci ne s'intéressent pas à Touvier, lequel présente des papiers au nom de « Claude Trichet », architecte à Valence.

Double condamnation à mort Le , Paul Touvier est condamné à mort par contumace par la cour de justice de Lyon (juridiction spéciale mise en place à la Libération), et le à la même peine par la cour de justice de Chambéry.

Le , il est arrêté à Paris, où il a tenté quelques vols à main armée (dont un dans une boulangerie) et comploté avec d'autres rescapés de l'épuration, avant d'être dénoncé. Devant les policiers qui l'interrogent, le double condamné à mort trahit ses amis, dont Stéphane Vautherin. À la fin des interrogatoires, avant d'être expédié devant le peloton d'exécution à Lyon, il profite d'un défaut de surveillance pour s'évader, dans des conditions suspectes donnant à penser qu'il a pu bénéficier de complicités.

Deuxième cavale vignette|Abbaye d'Hautecombe. vignette|Abbaye Notre-Dame de Fontgombault. Le fugitif frappe à la porte des églises à Paris : d'abord à Sainte-Clotilde, puis à Saint-François-Xavier et à l'abbaye de la Source, chez le père Olphe-Galliard (bénédictin). On perd sa trace.

En , à , dans une chapelle de la rue Monsieur-le-Prince, il est marié clandestinement par l'abbé Pierre Duben, aumônier des prisons, à une jeune femme de , Monique Berthet, qu'il a rencontrée à Paris. Comme ce mariage religieux n'a pas été précédé (ou même suivi) d'un mariage civil, il n'est pas reconnu par la loi française. Deux enfants naissent : Chantal en 1948 et Pierre en 1950.

Dans les années 1950, il se cache à Chambéry, dans la maison familiale des Charmettes, sous une fausse identité et avec le soutien de certains milieux catholiques. Il y trouve le soutien de l'abbé Tissot, premier vicaire de la cathédrale. Le curé de la paroisse du Sacré-Cœur, le père Eugène Morel-Chevillet, lui apporte aide et assistance. Lorsqu'un danger semble menacer la famille, toujours recherchée, elle trouve refuge auprès du clergé régulier (séjour au couvent des Dominicains d'Éveux, à la chartreuse de Portes, dans l'Ain, l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, dans la Sarthe).

Il est évoqué des séjours à l'abbaye de Hautecombe en Savoie : un communiqué a été publié le par le père abbé pour protester contre ces affirmations, indiquant d'une part que Touvier , et d'autre part que . En 1992, des historiens, dirigés par René Rémond, remettent le rapport, Paul Touvier et l'Église, au cardinal Albert Decourtray. L'abbaye de Hautecombe est bien citée dans celui-ci pour appartenir aux « réseaux » de soutiens ecclésiastiques.. .

Il rencontre Jacques Brel et travaille pour lui au milieu des années 1960 , notamment en produisant avec lui chez Philips (sorti le ) un disque d'éducation sexuelle pour les jeunes, intitulé L'Amour et la VieMarc Robine, Le Roman de Jacques Brel, , 14.Jacques Cordy, « Jacques Brel berné par Monsieur Paul », Le Soir, 25 mars 1994. et pour lequel Brel lui permet l'utilisation gratuite d'une de ses chansons. Ce disque est alors très bien accueilli par la presse. Brel et avec qui il avait tissé, au fil du temps, de réels liens d'amitiéSite le-pays.fr, article de Ludovic Daim et Christian Verdet "L’ancien chef de la milice lyonnaise s’est lié avec l’artiste lors de l’un de ses galas"..

Grâce présidentielle Les années passent, et pour l'ancien condamné à mort, en 1967, arrive l'heure de la prescription de ses condamnations. Il reste cependant sous le coup d'une interdiction de séjour à vie dans la région de Lyon et de la confiscation de tous ses biens. Durant des années, Touvier consacre son énergie, et ses relations ecclésiastiques à obtenir sa grâce auprès du président de la République avec la volonté de recueillir sa part d'héritage, ce que les peines accessoires lui interdisent.