Emil Zátopek , né le à Kopřivnice et mort le à Prague, est un athlète tchécoslovaque spécialiste des courses de fond, du au marathon.
Totalisant sept médailles olympiques dont quatre titres et quatre médailles continentales dont trois titres, il est le seul homme à détenir simultanément huit records du monde différents. En , il réalise la prouesse de battre en une seule course quatre records du monde différents. Considéré comme l'un des plus grands coureurs de tous les temps, il a marqué les esprits à la suite de son triplé historique lors des Jeux olympiques d'Helsinki où il a remporté successivement le , le et le marathon — distance qu'il courait pour la première fois —, performance qui n'a jamais été reproduite depuis. De 1948 à 1954, il dispute trente-huit sans jamais en perdre un seul. Il remporte également quinze titres de champion de Tchécoslovaquie sur , et en cross-country.
Révolutionnaire dans ses méthodes d'entraînement en inventant la course fractionnée, désormais utilisée par la très grande majorité des athlètes de haut niveau, ou en pratiquant régulièrement un entraînement en hypoventilation, Zátopek possédait un style de course atypique, grimaçant et exprimant beaucoup de souffrance lorsqu'il courait. Après la fin de sa carrière, Zátopek, héros national, est discrédité après avoir soutenu Alexander Dubček durant le Printemps de Prague. Obligé à exercer pendant six ans des métiers manuels qui minent sa santé, notamment dans les mines d'uranium de Jáchymov, Zátopek est réhabilité en 1975 puis honoré par Václav Havel en 1988 qui lui décerne l'ordre du Lion blanc. Il meurt en 2000 à la suite d'une pneumonie. Récipiendaire de la médaille Pierre-de-Coubertin pour son esprit olympique permanent, sur les pistes et en dehors, il est intronisé au Panthéon de l'athlétisme de l'IAAF en 2012.
Biographie Jeunesse et débuts
vignette|Zlín sur la carte de la République tchèque. Emil Zátopek naît le à Kopřivnice, ville industrielle de la région de Moravie-Silésie, dans une famille modeste de sept enfants dont il est le sixième. Très vite, Zátopek s'intéresse à la course à pied et devient rapidement un très bon coureur pour son âge. Cependant, son père, apiculteur, lui interdit de courir, parce qu'Emil Zátopek use trop vite ses souliers et que la famille Zátopek ne peut pas lui en acheter aussi souvent. Emil Zátopek est donc obligé de s'arrêter de courir et perd en près de trois mois le goût de courir. Cependant, Emil Zátopek continue de faire du sport avec son père, en escaladant les monts Beskides, bien qu'il soit déçu de quitter ses amis pour randonner. Une fois ses études terminées, Zátopek part pour Zlín et est embauché dans l'entreprise Bata qui fabrique des chaussures. Il déclare plus tard avoir fait ce choix à la suite d'une coutume qui veut que l'on plaça, alors qu'il était très jeune, des outils devant lui. Il se saisit alors de la main gauche d'un marteau de cordonnier, ce qui signifiait qu'il deviendrait cordonnier et qu'il était gaucher. Il reste cependant à l'écart du sport jusqu'au , alors que la partie tchèque de la Tchécoslovaquie nazie, le protectorat de Bohême-Moravie était sondée de toute part afin de trouver de la main d'œuvre pour la Seconde Guerre mondiale, date où Bata organisa une nouvelle édition de la . Zátopek est alors obligé de courir sous peine de renvoi de l'entreprise, et afin de ne pas être embauché par les Allemands, il décide de courir contre son vœu ; il tente cependant de simuler une blessure avant la course, tentative qui n'aboutit pas. Après un départ chaotique, Zátopek parvient à se hisser dans le groupe de tête et finira second de la course derrière son ami Kuprica. C'est avec cette course qu'Emil Zátopek renoue avec le sport.
Tout en poursuivant ses études de chimie, il s'efforce de courir quelques et quelques , et c'est à la suite d'un de ces que le meilleur demi-fondeur de Tchécoslovaquie de l'époque, Tomáš Šalé, lui propose de s'entraîner avec lui, proposition que Zátopek accepte. Très vite, ses temps s'améliorent et il court le en à l'occasion des championnats du protectorat de Bohême-Moravie, qui remplacent les championnats de Tchécoslovaquie, championnats où il finit cinquième sur ; Zátopek et trois autres coureurs remportent à cette occasion le . Ces performances déconcertaient les spécialistes, du fait surtout de sa méthode d'entraînement novatrice mais pas encore reconnue, qu'il élaborait lui-même et qui se composait de près de de ou de , voire parfois de . Pour sa première victoire sur , Zátopek reçoit en récompense une tranche de pain et une pomme, en plein rationnement lié à la guerre.
Suivant sa méthode d'entraînement novatrice, Emil Zátopek continue de courir des courses de demi-fond et améliore fortement ses performances sur et , passant pour la première de à et pour la seconde de à . En 1944, Zátopek fait la connaissance de l'entraîneur des courses de fond tchécoslovaque, et ce dernier lui conseille de courir plutôt le , après l'avoir vu courir en . Cependant, Zátopek continue de courir des . Il passe pour la première fois sous la barre des sur une semaine après les championnats du protectorat de Bohême-Moravie où il avait fini deuxième sur cette même distance.
Début de carrière Premiers exploits
Alors que son nouvel entraîneur le presse de courir le , Zátopek décide de . L'un de ses amis le chronométra et fut très surpris de voir que Zàtopek avait réalisé , soit moins que le record de Tchécoslovaquie de l'époque. Emil Zàtopek lui demanda alors de ne pas en parler mais son ami ne tint pas parole et son chef d'équipe lui ordonna de courir un . Il battit alors encore une fois le record national de plus de , ce que les journaux de Prague relatèrent tout en y mettant un point d'interrogation. Ces derniers l'invitèrent donc à courir un à Prague afin de vérifier ces performances, ce qui eut pour effet d'énerver Zàtopek qui était déçu par leur scepticisme ; néanmoins, il se rendit à Prague et les journalistes l'accueillirent avec ironie. Il remporta la course qu'il avait courue seul du début à la fin avec , mettant fin aux quolibets à son encontre, et repartit s'entraîner à Zlín pour l'hiver.
Tandis que la fin de la Seconde Guerre mondiale approche, les Russes entrent dans Zlín le , Emil Zàtopek sympathise avec les troupes et les aide même à creuser leurs tranchées. C'est donc tout naturellement qu'il rentre dans l'armée après la libération de la Tchécoslovaquie pour y accomplir son service militaire, et comme il préfère le climat de l'armée à celui des usines Bata, il choisit de continuer dans une carrière militaire. L'armée lui offre de meilleures conditions d'entraînement, et il progresse, réalisant ainsi un nouveau record de Tchécoslovaquie du avec aux championnats militaires. Il abaisse également celui du avec un temps de aux championnats de Tchécoslovaquie qu'il remporte.
vignette|Le Bislett Stadion à Oslo qui a accueilli les championnats d'Europe 1946. 1946 fut une année de préparation pour Zàtopek en vue des championnats d'Europe 1946. Ce fut aussi une année où il fait descendre beaucoup de records de Tchécoslovaquie. Zàtopek bat celui du en le portant à , celui du descend à puis à et celui du tombe à . Cependant, même s'il bat des records, Emil Zàtopek ne parvint pas toujours à vaincre, et il le fut entre autres par un Suédois nommé Sundin et par le Néerlandais Willem Slijkhuis. Aux championnats de Tchécoslovaquie, il remporte son second titre sur en à Prague le . Les championnats d'Europe se rapprochaient et Zàtopek, toujours à l'armée, dut solliciter une permission pour pouvoir se rendre à Oslo, lieu des championnats. Il ne le fait cependant pas, préférant aider l'armée tchécoslovaque en pleine réorganisation et il est donc envoyé en Norvège contre son gré. C'est là son premier voyage en dehors de la Tchécoslovaquie. Lors des championnats d'Europe, il retrouva Slijkhuis et put faire connaissance avec Gaston Reiff et Viljo Heino, à l'époque détenteur du record du monde du . Ce dernier impressionne Zàtopek en gagnant le avec le temps de . Cependant, Zàtopek est inquiet, nerveux, et sa joie habituelle n'est pas au rendez-vous, peut-être du fait que la Tchécoslovaquie, après la domination nazie, traverse une nouvelle crise politique avec l'arrivée du communisme au pouvoir. Zàtopek dispute le et le favori, Sydney Wooderson, reste à l'arrière dès le départ de la course, ce qui étonne Zàtopek et le pousse à rejoindre la tête de course où est placé Slijkhuis. Wooderson effectue alors une remontée spectaculaire et Zàtopek, surpris, ne peut que le laisser passer. Ce dernier finit cinquième de la course et améliore tout de même son record personnel et le record de Tchécoslovaquie de .
1947 : Révélation mondiale
L'année suivante, Zátopek décide de participer aux qui se déroulent à Berlin. Il obtient facilement une permission et se rend dans la capitale allemande occupée. Il part un vendredi matin et n'atteint Dresde qu'à minuit où il se perd ; il est finalement aidé par un lieutenant anglais et prend le train pour Berlin ; une fois arrivé il erre dans la ville en cherchant le stade olympique qu'il ne trouve qu'au milieu de l'après-midi. Il est le seul représentant de la Tchécoslovaquie à ces jeux, ce qui le déprime ; et cette déprime augmente lorsqu'il aperçoit les baraquements miteux où les athlètes logent. Il parvient néanmoins sur le stade où il fut mal accueilli par son porte-drapeau, lequel s'enfuira de honte du stade en courant lors du défilé, ce qui fit regretter encore plus son voyage à Zátopek. Le calvaire se poursuivit avant la course où Zátopek arriva avec du retard. Cependant, la course fut une délivrance pour Zátopek, qui la courut seul en tête et qu'il gagna en 14 min 31 s. L'arrivée de la course fut l'occasion de nombreux compliments et de photographies pour Zátopek qui remportait là son premier titre international. Cette victoire relança Emil Zátopek dans son dur entraînement, qu'il pratiquait lors de chacun de ses moments libres, quitte même à courir la nuit.