thumb|right|Frédéric Mistral, Prix Nobel de littérature L'histoire de la littérature provençale fait partie de la littérature occitaneLes auteurs occitans en général et provençaux en particulier ont été computés et étudiés par Jean Baptiste Noulet dans Essai sur l'histoire littéraire des patois du Midi,Joseph Anglade dans Histoire sommaire de la littérature méridionale au Moyen Âge et Grammaire de l'Ancien Provençal ou ancienne Langue d'Oc, Anatole et Robert Lafont (occitaniste) dans Nouvelle histoire de la littérature occitane, Charles Camproux dans Histoire de la littérature occitane, Philippe Gardy dans L’Écriture occitane aux , entre autres et comprend l'ensemble des œuvres écrites en langue d'oc par des auteurs liés à la Provence ou employant le provençal.
L'histoire du comté de Provence, de son université ainsi que de son Parlement d'une part, la spécificité du provençal d'autre part font qu'elle se soit écrite une histoire littéraire propre et millénaire initiée par les troubadours et marquée par deux renaissances : une première au (l'époque de Louis Bellaud de Bellaudiere) puis au autour du Félibrige et de Frédéric Mistral qui fut un des premiers lauréats du prix Nobel de littérature. À partir de cette période, le Félibrige englobe et fédère l'ensemble des pays de langue occitane encourageant dans ses divers dialectes l'expression littéraire et produisant à cet effet une norme orthographique commune.
La langue (et en conséquence la littérature) provençale s'étend au-delà et en deçà des frontières du comté : au-delà du Rhône dans le Languedoc jusqu'à Lunel (ce qui inclut Nîmes) et au-delà du fleuve Var avec le comté de Nice ; le Nord de la Provence parle Vivarais, variante septentrionale de la langue d'oc qui s'étend jusqu'au Dauphiné ; la Provence du Pape, le Comtat Venaissin (avec Avignon), constitue une enclave politique historique au sein du comté de Provence.
Littérature médiévale Troubairitz e troubadours thumb|left|Béatrice de Die - Beatriz de Diathumb|Raimbaud de Vaqueiras La Provence a été un important foyer de troubadours et de troubairitz. Parmi les troubadours on peut mentionner : Albertet de Sisteron, , Arnaut Plagues, Bertran del Pojet, Bertran de Lamanon, Bertran Folcon d'Avinhon, Blacasset, Blacatz, , Cadenet, , Duran Sartre de Paernas, Falconet, Folquet de Marseille, Granet, Guilhem de l'Olivier, , Guillem Rainol d'At, Gui de Cavalhon, Isnart d'Entrevenas, Jaufre Reforzat de Trets, Jordan de l'Isla de Venaissi, Tomier e Palazi, Paulet de Marselha, Peire Bremon Ricas Novas, Peire de Castelnou, Pistoleta, Pons de Monlaur, Raimbaut de Vaqueiras, Raimbaut d'Aurenga, Raimon d'Avinhon, Raimon d'Avinhon, Raimon Guillem, Raimon de las Salas, Raimon de Tors de Marseilha, Ricau de Tarascon, Rostaing Berenguier, Rostanh de Merguas, Tomier e Palaizi, Uc de Forcalquier. thumb|A chantar m'er de Beatritz de Die
De leur côté les troubairits comptent avec : Alamanda de Castelnau, Almucs de Castelnau, Garsende de Sabran, Guillelma de Rosers, Iseut de Capio, Béatrice de Die, Tibors.
De ces deux listes nous pouvons détacher trois noms Béatrice de Die, Raimbaud de Vaqueiras et Raimbaut d'Aurenga.
La comtesse de Die semble être la doyenne des écrivaines en langues romanes et de ce qui allait devenir la France (elle est légèrement plus âgée que Marie de France). Son écriture est féminine avec un point de vue et une voix féminines se plaignant parfois de l'attitude des hommes.
Raimbaut de Vaqueyras, de son côté, fut un poète et un chevalier qui connut un vie aventureuse, participant aux Croisades.
Comme tous les troubadours et troubaritz, Vaqueiras et Die sont des compositeurs majeurs de leur époque et parmi ceux dont les mélodies sont les plus régulièrement interprétées ; Kalenda maya pour le premier, A chantar m'er de so qu'ieu non volria pour la seconde.
Théâtre Comme dans d'autres littératures en langues modernes, des « mystères » représentant des épisodes religieux sont représentés au Moyen Âge. En Provence et en provençal ils sont bien sûr nombreux ; sont parvenus jusqu'à notre époque : A Toulon en , La Nativité de Notre-Dame et enfance de Jésus représenté par des membres des familles notables, le nom de Loyso nous étant parvenu dans le rôle de Marie jeuneCité par Louis Petit de Julleville dans son Histoire du théâtre français. . les Mystères briançonnais tels que : Istorio de Sanct PonczSur Google livres : Istoria Petri & PauliSur Google livres : Saint EustacheSur Gallica : Sant AnthoniSur Gallica : Sant AndresSur Archive :
Grammaires médiévales RoustanOp. cit. souligne qu'Uc Faidit composa une grammaire provençale sous le titre célèbre de Lo donatz proensals. De son côté, le catalan Raimon Vidal de Bezaudun composa se Razós de trobar. Sur le plan général de la langue d'oc, les Leys d'Amors sont une norme linguistiques pour participer au concours de L'Acadèmia dels Jòcs Florals auxquels se présentent des troubadours provençaux entre autres.
Chroniques, lois et délibérations left|thumb|Statuts et Coustumes du Pays de Provence, article en langue d'oc thumb|Cridas et Preconizationsthumb|Palais Comtal d'Aix, siège des pouvoirs exécutif et législatif Les actes, chroniques, annales et délibérations jusqu'à la Renaissance sont généralement en Provençal ou retranscrits en langage « vulgaire » provençal par la suite.
Au milieu du , Octave Teissier classifia les archives de Toulon. Cela lui permit de computer un énorme patrimoine en occitan. De ce fonds patrimonial surgissent les Cridas et Preconizations annualas de la Villa e Cioutat de Thollon de Anno 1394, verse de latine in nostrum vulgare per D. Balthazarem Rodelhatum v. fur. docto. et accessorem dicte civitatis Tholoni in anno 1557 qui ont été réédités en 1863 et qui constituent un corpus législatif toulonnais ; on peut y relever en exemple : thumb|left|Plan Teissier en occitan « classique » de la ville de Toulon au début de la Renaissance
Item que alcuna personna lougada per exerci alcunas obras mecanicas apres que aura fach pacti et convention embe qualcung de li adiudar a sas obras, quel non aia a si loguar ni travailhar ni rompre sas premieras promessas et aultras conmencar sus pena de cinq solts.Qu'aucune personne qui se loue pour exercer quelque œuvre mecanique après qu'elle eut fait pacte et contrat avec quiconque de l'aider dans ses œuvres, qu'elle n'aille se louer ni travailler ni rompre ses premières promesses et n'en commencer d'autre sur peine de cinq sous.
Ce texte de 1557 semble coller à un occitan classique et central, bien que l'armure se fende et qu'un provençal moderne surgisse ici où là par manque de vigilance du scribe (une contraction de « de + lo » donnant parfois « dal » au lieu de « del » par exemple. Dans le même registre, Blanchet cite des demandes adressées par le Seigneur de Solliès aux habitants montrant un passage plus évident dans la forme d'une koinè occitane vers un provençal plus moderneLe provençal pour les nuls, pages 41-42.thumb|Histoire journalière, Honorat de Valbella : « En aquest present libre si comenson d'escrieure plusors causos dignos de memoria... » En aquest present libre si comenson d'escrieure plusors causos dignos de memoria, lasquallos son avengudas en plusors regions et provinsos et en special en la cieutat de Marsilha, en laqual lo present tractat es extat comensat per mi Honorat de Valbella (1), cieutadan d'aquello et natiéu de La Cadiero, et per que jéu dit Valbella tot lo tenpus de ma vido ay pres plaser de legir extorios et cronicos de gests des passas, mi, suc pensat plusors veguados que ai nostres antecessors non nos aguessan layssat per escrich las quausos
Le corpus législatif et journalier toulonnais est tellement ample, que Tessier relève qu'un « faux » (une chronique) a été réalisée :
« Las causas antiquas de l'antiqua cieutat de Tollon, qu'un ancien Consul prétendit avoir découvert en 1625, et auquel il attribuait trois cents ans d'existence. Ce manuscrit me paraît avoir été composé par le susdit consul, nommé [Honoré] Aycard. Il est dit que [...] Toulon fut fondée avant l'ère chrétienne, les autres sujets y sont traités avec la même générosité; Toulon fut détruite et repeuplée vingt fois [...] »Teissier, Notices sur les archives communales, pages 71 - 72.
Ces documents sont tellement abondants que c'est en occitan que Teissier pu reconstituer très précisément le plan urbain médiéval (noms des maisons, ensembles, îlots, rues, portes, locaux professionnels et religieux, titres et noms des propriétaires et habitants, bourgs)Plan disponible sur Gallica.
Dans ce genre de la chronique Honorat de Valbella (c'est ainsi qu'il signe en occitan) nous a également laissé son Histoire Journalière, commencée, selon lui, en 1503.
Le comté de Provence associé au royaume de France Le premier livre imprimé en langue d'oc Lo Compendion de l'Abaco est le premier livre imprimé en occitan (1492) ; il est écrit en provençal niçois et a été imprimé à Turin. Il s'agit d'un traité de mathématiques appliquées à destination prioritairement des commerçants. Sa graphie est largement classique et son auteur, Francés Pellos revendique son appartenance à la Terra Nova de Provença (Nice, séparée du comté) à la suite de la dédition de Nice à la Savoie, conséquence de l'accès de au titre de comte de Provence.
Cet ouvrage inspirera un autre équivalent et également niçois : la Cisterna Fulconicra de Joan Francés Fulcònis (né en 1520).
Louis Bellaud de la Bellaudière et la renaissance du provençal thumb|Louis BellaudLouis Bellaud de la Bellaudière (1543 - 1588), considéré comme le « père de la littérature provençale »Anatole et Lafont, page 304 ouvre la « renaissance » de la littérature en langue d'oc en Provence.
thumb|left|Barbouillado de Pierre PaulIl est né à Grasse et a fait ses études à Aix. Après avoir fait campagne dans l'armée royaliste il va se retrouver incarcéré en 1572, durant dix mois, à Moulins sur le chemin du retour est aurait composé durant sa détention ses Obros et Rimos. Il est également auteur du Don Don infernau qui fait sinistrement référence au bruit de la cloche qu'il entendait depuis sa cellule lors d'un autre séjour en détention. Il semble qu'il faisait partie d'un groupe de jeunes gens de haute extraction et de mœurs agitées connus comme les Arquins. À Aix il aura été au service d'Henri d'Angoulême, situation qu'il perdit à la mort de ce dernier. Au cours de sa vie sociale il s'était lié d'amitié avec le, jeune alors, François de Malherbe.
Après sa mort, son oncle par alliance et lui-même écrivain provençal, Pierre Paul (ca.1554 - 1615 ; proche du gascon Charles de Casaulx qui gouverna l’éphémère, rebelle et ligueuse « république de Marseille ») se chargea de la publication de son œuvre (la première imprimée à MarseilleNoulet, page20.).
La langue de Bellaud est un provençal maritime (celui de la capitale Aix qui s'impose alors) abouti avec ses principaux traits morphologiques modernes (féminins en « o », articles pluriels lei, dei, ai, vocalisation des « l » finaux : oustau, graphème « ou »).
À la même époque appartiennent Robert Ruffi (1542 - 1634), le chantre nationaliste du même Marseille de Charles de Casaulx et Michel Tronc (auteur de Las Humours à la Lourgino), dont il semble que la Manada, son groupe, ait été rival des Arquins de Bellaudon suppose de cette façon l'existence de deux écoles de poésie, celle de Michel Tronc opposant à la gentillesse de Bellaud une humeur plus hautaine et militaire, assez proche de l'humeur gasconne. Anatole et Lafont, page 312..
Théâtre et poésie baroques