La Hanse ou Ligue hanséatique (dite aussi Hanse germanique, Hanse teutonique ou guilde de la Hanse) est une association de villes marchandes d'Europe du Nord ayant existé du Moyen Âge central à l'époque moderne. Elle se distingue des autres associations du même type, également dénommées « hanses », par un commerce reposant sur des privilèges jalousement défendus, octroyés à ses villes-membres par divers souverains européens.

Pendant trois siècles, cette Hanse en particulier, et à un moindre degré les hanses par extension, dominent le commerce puis la politique de l'EuropeLa Hanse en Norvège et en Europe. Séminaire par le Conseil de l'Europe, département de la Coopération Culturelle. Bergen, Norvège, 2-8 août 1992. Cette conférence internationale de 38 spécialistes de la Hanse en particulier et des hanses en général, était organisée conjointement par deux branches du ministère norvégien de l’Éducation: le Centre de formation des maîtres de Bergen et la Section pour la formation continue des enseignants. Ces 38 enseignants de multiples pays européens se sont réunis pour faire le point sur les connaissances concernant la Hanse et élaborer des stratégies pédagogiques et outils sur ce thème; et pour déterminer la place de la Hanse dans une éducation tournée vers l'Europe.. Actives du , elles finissent par décliner puis disparaître en 1648 avec les traités de Westphalie, qui signent la fin des guerres de Trente Ans et de Quatre-Vings Ans.

La croissance de la Ligue hanséatique prend place dans un monde où colonisation et évangélisation vont de pair. Elle est particulièrement liée à la montée en puissance de l'ordre des Chevaliers teutoniques, dont le prosélytisme catholique sert de façade aux jeux de pouvoir européens de l'époque.

Étymologie Au Moyen Âge, une hanse, parfois appelée anse, est une association professionnelle de marchands exerçant une activité commune. De telles associations existaient par exemple à ParisLes Marchands de l'eau : Hanse parisienne et Compagnie française, par Picarda, Émile. Paris, É. Bouillon, 1901. Ouvrage disponible sur le site d'Internet Archive., à LondresLa hanse flamande de Londres, par Henri Pirenne, Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 1899 Il était une fois demain… 1986-2006, imprimerie Klein, Knutange, . ou encore entre les villes du Nord de la France et des Pays-Bas comme avec la Hanse drapière des XVII villesCarolus-Barré Louis. Les XVII villes, une hanse vouée au grand commerce de la draperie. In: Comptes-rendus des séances de l'année… - Académie des inscriptions et belles-lettres, année, N. 1, 1965. .. On parle aussi de hanse en ce qui concerne les Phéniciens de la période classique (880-675 )Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant (PUF). Article "Phénicie"..

L'opinion longtemps courante donne comme origine du mot hanse un vieux mot allemand hansa qui signifie « association de marchands »Article “Hanse” du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.. Une conférence internationale de 38 enseignants spécialistes de la Hanse a conclu en 1992 que la racine exacte de Hanse est incertaine, mais qu'il semblerait qu’à l’origine ce n’était pas un mot allemand. Il partage probablement ses racines avec le vieux haut allemand hansa qui signifie « troupe de soldats », mais le terme est peut-être apparu en Angleterre ou dans les Flandres.

Trois sens, significatifs de la nature de la Ligue hanséatique elle-même, ont été déterminés avec certitude pour ce mot qui pouvait désigner : « Un groupement de marchands travaillant en coopération, notamment ceux qui pratiquaient le commerce maritime ». En latin médiéval, hansa est déjà cité au sens de « association de marchands » en 1199Statuts de la hanse ap. A. Giry, Hist. de la ville de St-Omer, 413.Nierm. V. FEW t. 16, 144b. Bbg. Atkinson Jenkins (T.). Fr. etymologies. Mod. Philol. 1913, t. 10, no 4, 445-446.. « Un groupe de marchands jouissant de certains privilèges, souvent sous forme de monopole ». En particulier, les marchands de Hambourg sont désignés par le nom de Hanse pour la première fois en 1266. « Un droit imposé aux marchands qui voulaient bénéficier des privilèges accordés aux marchands faisant partie de l’organisation ». En latin médiéval, hansa est cité au sens de « cotisation » dès 1127, et vers 1223 on trouve déjà l'expression « payer la hanse », qui signifie alors « s'acquitter d'un droit »G. de Coincy, éd. V. F. Kœnig, II Mir. 30, 633. (non spécifiquement celui dû par les marchands à la hanse).

Ce terme s’est finalement appliqué plus spécifiquement aux marchands de plusieurs villes du Nord de l’Allemagne, coopérant ensemble pendant le Moyen Âge pour contrôler le commerce maritime sur la Baltique et la mer du Nord. Cette forme d'association s'appelait autrefois guilde et comprenait parfois en son sein des mercenaires servant à protéger les intérêts des marchands.

Sous ses deux formes de hanse et anse, le mot a produit des dérivatifs, notamment l'adjectif et substantif hanséate ou anséate (par exemple « sénateurs hanséates », et hanséatique / anséatique (« villes hanséatiques »).

Histoire de la ligue hanséatique

Origine de la ligue

Le contexte commercial en Europe du Nord () Avant l’essor des grandes villes hanséatiques, les échanges commerciaux dans l’espace baltique bénéficient déjà d’un encadrement structuré, notamment en Scandinavie. Dès le , les souverains comme Knut IV du Danemark imposent des taxes aux marchands, attestant de la reconnaissance du commerce comme source de richesse pour l'État. Parallèlement, les marchands nordiques s'organisent en félag, des partenariats commerciaux (contrats de soutien mutuel) attestés notamment par des inscriptions runiques à Sigtuna. Ces structures préfigurent les premières guildes marchandes et contribuent à l'émergence d’un espace économique cohérent autour de la Baltique.

Au , l’Europe du Nord connaît une forte croissance démographique, économique et urbaine. Autour de la mer Baltique et de la mer du Nord, un réseau d’échanges se développe rapidement. Les routes commerciales reliant les régions productrices de céréales, de fourrures, de poisson ou de sel deviennent vitales. De nombreuses villes sont fondées ou s’épanouissent, notamment en Allemagne du Nord : Rostock, Wismar, Stralsund, Stettin, Dantzig et Elbing.vignette|400x400px|La Holstentor de Lübeck, construite en 1464, est la seule porte historique subsistante.

Dès le milieu du , des marchands allemands commercent avec l’île de Gotland, notamment avec la ville de Visby, qui devient un point stratégique pour les échanges entre l’Est (Novgorod) et l’Ouest.

Un traité de paix signé en 1161 entre duc de Saxe Henri le Lion et Gotland facilite la formation d'une première guilde de marchands allemands à Visby, ancêtre direct de la coopération hanséatique.

De nombreuses guildes marchandes se forment dans la Baltique, comme la guilde de Saint Knud à Schleswig. On note dès 1173–1175, dans Londres, des accords Hansa offrant exemptions et protections, précurseurs du mouvement d’alliance du .

L’essor de Lübeck et des premières alliances () Lübeck, située à l’interface de la mer Baltique et de l’intérieur germanique, joue un rôle central dès ses débuts. Elle devient une plaque tournante du commerce de sel, céréales et poissons. Très vite, elle établit des relations privilégiées avec d’autres villes marchandes.

C'est surtout la refondation de Lübeck par Henri le Lion après son incendie en 1159 qui est considérée comme le principal évènement fondateur de la Hanse. En 1160, Henri le Lion octroie à Lübeck le droit urbain de Soest (Soester Stadtrecht), alors utilisé en Westphalie, marquant le point de départ de l’autonomie juridique de la ville. Ce droit est progressivement adapté aux besoins locaux et marchands, donnant naissance à un droit propre, le droit de Lübeck (Lübisches Recht), qui s’impose au comme modèle juridique dans tout l’espace baltique. Ce cadre légal urbain structuré attira les marchands et favorisa la formation d’alliances commerciales stables.

En 1226, Lübeck se voit attribuer par Frédéric II le statut de ville impériale libre, consolidant sa capacité à attirer des marchands en lui conférant une autonomie juridique et protection renforcée. Les villes de Hambourg et de Lübeck forment une alliance en 1230, confirmée par un écrit en 1241.

droite|vignette|371x371px|Couverture du *Stadtrecht* de Hambourg (1497), section « Van schiprechte », droit maritime En 1259, plusieurs villes du nord de l’Allemagne — Lübeck, Wismar, Rostock, Stralsund et Kiel — forment une alliance appelée Wendischer Städtebund (Ligue des villes wendes) pour sécuriser leurs intérêts terrestres et maritimes.

Dès le milieu du , un usage partagé du droit de Lübeck se formalise : vers 1265, des cités adoptent ce cadre légal pour établir une législation commune visant à défendre les intérêts marchands au-delà des frontières municipales.

Cette alliance s’élargit ensuite à Luneburg (proche d’Hambourg) et aux villes poméraniennes comme Greifswald, Stettin et Anklam. Certaines de ces cités participent aussi à la Wendish Mint Association, une union monétaire régionale.

Passage de la Hanse des marchands à la Hanse des villes À la fin du , la coopération entre marchands laisse place à une Hanse des villes, plus structurée et offensive politiquement. La Hanse organise des blocus contre Novgorod, Bruges, la Norvège, et devient une puissance collective, capable d’imposer ses intérêts à des États.

Le blocus de Novgorod en 1268 puis en 1277/1278, démontre sa capacité à prendre des mesures de pression économique contre des entités majeures du commerce baltique.

En 1280, face à des restrictions imposées par le comte de Flandre Gui de Dampierre qui portaient atteinte aux privilèges des marchands allemands (et ibériques), la Hanse déplace temporairement son kontor de Bruges à Aardenburg, instaurant un embargo commercial. Bruges subit un effondrement économique : le kontor ne revient qu’en 1282, après la restauration des privilèges hanséatiques. Cet événement marque l’un des premiers usages de la pression économique collective orchestrée par la Hanse. Le kontor hanséatique de Bruges sera à nouveau déplacé à Aardenburg en 1307–1310, puis en 1350 – ces stratégies d’embargos économiques visant à protéger les privilèges hanséatiques.

En 1284, la Hanse impose un blocus des ports norvégiens, notamment Bergen, pour obtenir la confirmation et l’élargissement des privilèges commerciaux que les marchands allemands y tenaient. La restriction d’importations, notamment de céréales, pousse la couronne norvégienne à négocier et à confirmer les avantages commerciaux des Hanséates dans la région.

En 1356, se tient à Lübeck le premier Hansetag général (le 2 février). Sa tenue marque un tournant : les villes hanséatiques s’institutionnalisent comme organe collectif, prenant en charge à la fois les décisions économiques, diplomatiques et militaires. En 1359, l’expression même de « villes de la Hanse d’Allemagne » apparaît dans les traités, reflétant la transformation définitive de la « Hanse des marchands » en « Hanse des villes ».

Ce passage est le fruit de plusieurs évolutions : les conseils urbains organisés surpassent les guildes, l’écriture remplace progressivement la tradition orale, et la Hanse développe une structure logistique (navires armés, phares, pilotes) à l’échelle urbaine, garantissant efficacité et protection collective.

Apogée de la ligue hanséatique La Hanse des villes : pouvoir politique et militaire

La Hanse devient un acteur politique à part entière en Europe du Nord. Elle signe des traités avec des États et des organisations importantes comme celle des Chevaliers Teutoniques.