La littérature afro-américaine est un courant littéraire des États-Unis produit par des écrivains afro-américains. Elle a ses origines dans les auteurs de la fin du tels que Phillis Wheatley, Jupiter Hammon, Benjamin Bannecker et Olaudah Equiano et atteint son apogée avec les témoignages sur l’esclavage et la Renaissance de Harlem dans l’entre-deux-guerres puis avec le Black Arts Movement. Aujourd’hui, parmi les plus grands noms de la cette littérature, citons Toni Morrison, Maya Angelou, Rita Dove, Tracy K. Smith, Walter Mosley Elle traite de thèmes très divers, de la place des Afro-Américains dans la société américaine, du racisme, de l’esclavage et de l’égalité. La littérature afro-américaine puise son inspiration dans les formes d’expression orale et musicale comme le Negro spiritual, les sermons, le gospel, le blues ou plus récemment, dans le rapJerry W. Ward Jr., « To Shatter Innocence: Teaching African American Poetry » dans M. Graham, Teaching African American Literature, Routledge, 1998, page 146..

L’évolution de la littérature afro-américaine est parallèle à l’histoire des États-Unis : avant la Guerre de Sécession, elle s’intéresse aux conditions de vie des esclaves. À la fin du et au début du , les auteurs tels que W. E. B. Du Bois et Booker T. Washington débattent sur la manière de faire progresser la situation des Noirs. Au cours de la Renaissance de Harlem, la fierté d’être noir s’exprime par un retour aux sources. Dans les années 1950 et 1960, les intellectuels (Richard Wright, Gwendolyn Brooks) s’engagent pour faire progresser les droits civiques et militent au sein du mouvement américain des droits civiques. Depuis les années 1960, les auteurs noirs américains tels qu’Alex Haley, Alice Walker ou encore Toni Morrison ont acquis un statut littéraire reconnu non seulement aux États-Unis mais aussi à l’étranger.

Caractéristiques et thèmes de la littérature afro-américaine

L’expression générale « littérature afro-américaine » cache en réalité une grande diversité de courants et de genres Darryl Dickson-Carr, The Columbia Guide to Contemporary African American Fiction, Columbia University Press, 2005, pages 10 à 11.. Ses principaux représentants ont le plus souvent traité des sujets en relation directe avec leur négritude et leurs difficultés au sein de la société ; ils ont réfléchi à leur appartenance à la nation américaine, sur l’identité des AméricainsKatherine Driscoll Coon, « A Rip in the Tent: Teaching African American Literature », dans M. Graham, Teaching African American Literature, Routledge, 1998, page 32.. Les œuvres littéraires afro-américaines explorent donc les questions de la liberté et de l’égalité, des droits qui leur ont longtemps été refusés. Ces notions s’accompagnent d’autres thèmes tels que l’existence d’une culture afro-américaine spécifique, du racisme, de la religion et de l’esclavage Valerie Sweeney Prince, Burnin’ Down the House: Home in African American Literature, Columbia University Press, 2005..

Il faut également replacer la littérature afro-américaine dans la culture de la diaspora africaineDarryl Dickson-Carr, The Columbia Guide to Contemporary African American Fiction (The Columbia Guides to Literature Since 1945), Columbia University Press, 2005, page 73.. Son appartenance à la littérature post-coloniale ne fait pas l’objet d’un consensus parmi les spécialistes de la question : certains estiment en effet que « la littérature afro-américaine diffère de la littérature post-coloniale, parce qu’elle est le fait d’une minorité ethnique qui réside dans une nation riche et développéeRadhika Mohanram, Gita Rajan, English Postcoloniality: Literatures from Around the World, Greenwood Press, 1996, page 135.. ». Les débats portent également sur la possibilité d’analyser la littérature afro-américaine selon les standards de la littérature occidentale Henry Louis Gates, Jr., The Signifying Monkey: A Theory of African American Literary Criticism, Oxford, 1988, page xix..

La poésie est un genre particulièrement important dans la littérature afro-américaine. Elle s’inspire des courants musicaux (negro spiritual, gospel, blues, jazz, etc.) mais aussi des sermons chrétiens, dont le style joue beaucoup sur les répétitions, la cadence et les allitérations M. Graham, « To Shatter Innocence: Teaching African American Poetry » by Jerry W. Ward, Jr., from Teaching African American Literature, Routledge, 1998, page 146..

Histoire Débuts

Les débuts de la littérature afro-américaine coïncident avec la formation de la nation américaine en opposition à la Grande-Bretagne. Parmi les premiers écrivains se trouve la poétesse Phillis Wheatley (1753–1784), qui publie trois ans avant la déclaration d'indépendance des États-Unis Poems on Various Subjects. Née au Sénégal, elle est capturée et vendue comme esclave à l’âge de sept ans. Elle passe au service d’un maître commerçant de Boston. Bien que l’anglais ne soit pas sa langue maternelle, elle parvient rapidement à la maîtriser. Phillis Wheatley est remerciée par George Washington pour le poème qu’elle a écrit en son honneur. Mais elle doit prouver devant la justice qu’elle en est bien l'auteure; sa défense est souvent considérée comme la première illustration de la littérature afro-américaine Ellis Cashmore, « review of The Norton Anthology of African-American Literature », Nellie Y. McKay and Henry Louis Gates (éd.), New Statesman, 25-04-1997 (page consultée le 6 juillet 2005)..

Parmi les premiers écrivains noirs américains, il faut citer Jupiter Hammon (1711–1806?). En 1761, il rédige un poème intitulé An Evening Thought: Salvation by Christ with Penitential Cries. En 1778, il dédie une ode à Phillis Wheatley. Puis, il publie sa célèbre Address to the Negroes of the State of New York en 1786 qui promeut l’idée d’une emancipation progressive des esclaves noirs An address to the Negroes in the state of New-York, par Jupiter Hammon, 1778.. Les arguments de son texte, largement teinté de christianisme, a été par la suite repris par les abolitionnistes.

William Wells Brown (1814–1884) et Victor Séjour (1817–1874) sont reconnus pour avoir produit les premières œuvres de fiction de la littérature afro-américaine. Victor Séjour est né à La Nouvelle-Orléans en Louisiane ; il part en France à l’âge de 19 ans et publie en 1837 une courte histoire en français, Le Mulâtre (The Mulatto). William Wells Brown est un abolitionniste, romancier et historien ; esclave dans le Sud, il réussit à s’échapper et s’installe par la suite à New York. Il écrit le premier roman noir américain, publié en Angleterre et intitulé The President's Daughter en 1853 ; il raconte la relation entre Thomas Jefferson et son esclave noire Sally Hemings. Le premier roman afro-américain publié aux États-Unis est celui Harriet Wilson, Our Nig (1859) qui évoque les difficultés des Noirs dans la partie nord du pays.

Esclavage

Au milieu du que se développe un genre littéraire afro-américain, le récit d’esclaves (en anglais : slave narrative). Le livre le plus connu de ce mouvement est La Case de l'oncle Tom (1852), farouchement hostile à l’esclavage. La littérature blanche « Anti-Tom » est quant à elle favorable au maintien du système. Elle est représentée par exemple par des écrivains comme William Gilmore Simms.

D’anciens esclaves comme Harriet Jacobs et Frederick Douglass prennent la plume pour dénoncer les conditions de vie des Noirs ; mais des dizaines d’autres travaillent sur le même sujet en publiant des pamphlets et des récits autobiographiques.

Frederick Douglass

Frederick Douglass () acquiert une notoriété grâce à ses talents d’orateurs et d’écrivain ; il devient dans la deuxième moitié du , l’auteur afro-américain le plus connu et le plus influent. Son combat pour l’abolition de l’esclavage passe par la création de journaux, la rédaction d’articles ou d’essais, mais surtout par son autobiographie, Récit de la vie de Frederick Douglass, un esclave américain, écrite par lui-même (1845). Sa publication provoque une campagne de dénigrement, certains estiment qu’un Noir ne peut pas écrire avec une telle éloquence. Malgré tout, le livre devient rapidement un best-seller. Frederick Douglas révise, développe et republie son autobiographie sous le titre de My Bondage and My Freedom (1855). Il marqua profondément la littérature afro-américaine du : le romancier et essayiste Charles W. Chesnutt rédigea sa biographie.

Après l’esclavage Même après l’abolition de l’esclavage, de nombreux écrivains continuent d’écrire sur ce thème. L’un d’entre eux, W. E. B. Du Bois (1868–1963) participe à la fondation d’une organisation en faveur des minorités ethniques, la NAACP. Au tournant du siècle, celui-ci publie une série d’essais intitulés Les âmes du peuple noir (The Souls of Black Folk). Il y décrit les difficultés des Noirs américains dans la société américaine. Dubois est persuadé que les Afro-américains doivent unir leurs forces pour lutter contre la ségrégation dont ils sont victimes.

Mais sa vision est beaucoup plus radicale que celle d’un de ses contemporains, Booker T. Washington (1856–1915), un éducateur et le fondateur du , un établissement d’enseignement supérieur en Alabama. Washington publie de nombreux ouvrages parmi lesquels Up From Slavery (1901), The Future of the American Negro (1899), Tuskegee and Its People (1905) et My Larger Education (1911). Il pense que les Noirs doivent d’abord coopérer avec les Blancs pour améliorer progressivement leur sortPap Ndiaye, « États-Unis : un siècle de ségrégation », L’Histoire, , février 2006, .. Ces idées, qui transparaissent dans son fameux Discours à Atlanta, connaissent un succès plus limité chez les Afro-américains que chez les Blancs.

Quant à la doctrine de Marcus Garvey (1887–1940), un journaliste jamaïcain, elle fait largement appel à un nationalisme noir et au retour à l’Afrique (). Elle est largement relayée dans ses essais et ses récits.

Le poète Paul Laurence Dunbar se fait connaître grâce à son recueil (1893) ; il utilise souvent dans ses œuvres le dialecte noir du Sud profond. Son ouvrage When Malindy Sings (1906) est illustré de photographies qui révèlent le quotidien des Noirs dans cette région des États-Unis. Dunbar produit également plusieurs romans (The Uncalled, 1898 ; The Fanatics, 1901) .

Harlem Renaissance

vignette|James Baldwin (1969). La Renaissance de Harlem est un mouvement de renouveau de la littérature afro-américaine, dans l’entre-deux-guerres. Son berceau et son foyer sont le quartier noir de Harlem à New York. Cette effervescence culturelle s’étend à d’autres domaines de la création, de la photographie à la musique en passant par la peinture. Mais la production littéraire connut un véritable épanouissement, soutenue par des mécènes et une génération d’écrivains talentueux. Surtout, la Renaissance de Harlem marque un tournant majeur pour la littérature afro-américaine : jusqu’ici, les œuvres ne trouvaient que peu d’écho dans le lectorat blanc. Dans les années 1920, elles se diffusent plus largement en dehors du public noir.