Jacques Villon, pseudonyme de Gaston Émile Duchamp, né le à Damville (Eure) et mort le à Puteaux (Hauts-de-Seine), est un peintre, dessinateur et graveur français.
Biographie Famille vignette|gauche|120px|Jacques Villon.|alt= Gaston Émile Duchamp est le deuxième fils d’Eugène et de Lucie Duchamp, membres d'une famille aisée au tempérament artistique. Quatre de leurs six enfants vont devenir des artistes accomplis. Jean-Paul Crespelle raconte qu' Jean-Paul Crespelle, « Villon - Le paradis à l'ombre du Sacré-Cœur », Montmartre vivant, Hachette, 1964, .. Alors qu'à partir de 1891 le garçon effectue au lycée Corneille de Rouen des études secondaires qui le mèneront au baccalauréat, son grand-père maternel, Émile Frédéric Nicolle, homme d’affaires arrivé et artiste, enseigne l’art à ses petits-enfantsAssociation Duchamp-Villon-Crotti, Jacques Villon. Regarder travailler son grand-père, dit encore Jean-Pierre Crespelle à propos de Jacques Villon, .
Le futur Jacques Villon est le frère aîné.. du sculpteur Raymond Duchamp-Villon (1876-1918), du peintre, sculpteur et auteur Marcel Duchamp (1887-1968) et de l'artiste-peintre Suzanne Duchamp (1889-1963).
Jeunesse En 1894, Gaston Duchamp part s’installer avec son frère Raymond à Paris, successivement dans la rue des Écoles puis au 71 rue Caulaincourt (à partir de 1897) dans le quartier parisien de Montmartre et il fait son droit à l’université de Paris. Son père l'autorisant à étudier l’art à condition de poursuivre le droit, il est élève de Philippe Zacharie à l'École des beaux-arts de Rouen en même temps qu'il est, fort brièvement de par son choix de vocation artistique, clerc de notaire. Pour se distinguer de ses frères, Gaston Duchamp adopte en 1895 le pseudonyme de Jack Villon par lequel, en référence au poète du Moyen Âge et au roman Jack d'Alphonse Daudet, il signe ses premiers dessins humoristiques pour la presse rouennaise avant de modifier rapidement son prénom en Jacques. thumb|left|180px|Collection des cent, pochette série Trèfle rose. L’essor de la communauté artistique de Montmartre où s'installe alors Jacques Villon achève de lui ôter tout intérêt pour la poursuite d’une carrière juridique. Il fréquente en 1895 l'atelier de Fernand Cormon à l'École nationale supérieure des beaux-arts, rencontre alors Henri de Toulouse-Lautrec« Jacques Villon », Encyclopédie de la peinture, Larousse. et, pendant les dix années suivantes, il travaille dans les arts graphiques, fournissant, outre six affiches pour le tout jeune cinéma qu'il signe Montcorbier en 1899, des dessins et des illustrations aux journaux parisiens comme d'abord Le Rire qui, le , . Suivent ses dessins pour Le Courrier français, La Libre Parole illustrée, la Collection des cent (série , Trèfle rose, carte ), Cocorico, L'Assiette au beurre (intégralité du du intitulé La Vie facile), Gil Blas . – collaboration journalistique à laquelle il met fin en 1910, soit peu après le décès de Jules Roques, directeur du Courrier françaisLes Atamanes, Jacques Villon. – ou dessinant des affiches en chromolithographiées — cette autre activité qu'il poursuit dans les années 1920 (L'Oréal, teinture inoffensive pour cheveux). Bernard Dorival observe que ces différents travaux, que Jacques Villon considéraient lui-même comme secondaires, affirmèrent en lui .
En 1903, il aide à organiser la section dessin du premier Salon d'automne à Paris. En 1904 et 1905, il étudie l’art à l’Académie Julian. Sa carrière de dessinateur de presse marquera les débuts de son jeune frère, Marcel, qui profitera de ses contacts dans le milieu des caricaturistes.
Très influencé par Edgar Degas et Toulouse-Lautrec à ses débuts François Lespinasse, La Normandie vue par les peintres, Edita S.A., 1988, . - ses dessins sont analyse Jean-Paul Crespelle - Villon adhère en 1907 au Groupe des installé à Rouen puis participe plus tard aux mouvements fauviste et cubiste.
La gravure alt= Comedy of Society, color etching and aquatint (1903), Jacques Villon|vignette|gauche|redresse|Comédie de société (1903), eau-forte et aquatinte, Honolulu Museum of Art. vignette|redresse|Edmond Sagot En 1906, Montmartre étant devenue une communauté très active, il déménage pour le quartier plus tranquille de la rue Lemaître Puteaux, où il consacre la majeure partie de son temps à travailler à la pointe sèche, la gravure en creux (), une technique qui crée des lignes foncées et veloutées qui ressortent en contraste avec la blancheur du papier. On recense 175 gravures - silhouettes de petites femmes et personnages typés de la faune montmartroise - éditées par Edmond Sagot, frère de Clovis Sagot, marchand de Pablo Picasso et des Fauves, entre 1899 et 1910Pierre-Yves Corbel, Jacques Villon graveur, Centre national des arts plastiques.
Son isolement de la bourdonnante communauté artistique de Montmartre, ainsi que sa nature modeste, ont fait que sa production est restée obscure pendant un certain nombre d'années.
thumb|120px|De divina proportione, Venise, 1509 À partir de 1911, il organise chez lui, avec ses frères Raymond et Marcel, un groupe de discussion qui se rencontre régulièrement avec des artistes comme Francis Picabia, Robert Delaunay, Fernand Léger, Albert Gleizes, Jean Metzinger, Juan Gris, Roger de La Fresnaye, François Kupka, des poètes comme Guillaume Apollinaire ou Paul Fort et d’autres auxquels on donnera bientôt le nom de groupe de PuteauxSylvain Amic, « La Section d'or, fortune du cubisme », La Rencontre - Revue des Amis du musée Fabre, Montpellier, décembre 2000. Jacques Villon a joué un rôle majeur dans l’exposition du groupe sous le nom qu'il a choisi lui-même de « Section d'or »Encyclopédie Larousse, Les frères Duchamp, inspiré par sa lecture du Trattato della pittura de Léonard de Vinci dans la traduction de Joséphin Péladan, et découlant donc du nombre d'or des mathématiques classiquesGermain Viatte, « Jacques Villon », France Archives, 1963. Plus largement encore, Jacques-Sylvain Klein restitue que ce terme de « Section d'or » se veut être également une référence à De divina proportione, ouvrage du moine Luca Pacioli qui, publié à Venise en 1509 avec des illustrations de Léonard de Vinci. Jacques-Sylvain Klein, « Peinture : l'effervescence rouennaise au siècle naissant », Études normandes, , 1989, , ce que Guillaume Apollinaire reprend sous l'appellation de L'ancienne Mesure de Beauté dans la Manifeste de cette première exposition qui regroupe plus de par 31 artistes, à la galerie la Boétie à Paris en . Jacques Villon lui-même y présente la Jeune femme, aujourd'hui dans la collection Arensberg du Philadelphia Museum of Art.
Le cubisme et la notion de mouvement vignette|200px|Armory Show, New York, 1913
Jacques-Sylvain Klein et Philippe Piguet, Les peintres de la Normandie, éditions Ouest-France, 2019, voir « Jacques Villon » et suivantes.. De fait, explique Jean-Paul Crespelle, le groupe de la Section d'or Jean-Paul Crespelle, Jacques Villon, collection « Bibliothèque aldine des arts », vol.39, Fernand Hazan, Paris, 1958.. Ainsi, . Pour ce faire, argumentent Jacques-Sylvain Klein et Philippe Piguet, .
vignette|redresse|Ogden Nicholas Rood, Théorie scientifique des couleurs… vignette|redresse|Sépulture de la famille Duchamp, cimetière monumental de Rouen. En 1913, année où il épouse Gabrielle Bœuf dite « Gaby », Villon crée ses autres chefs-d’œuvre cubistes, sept grandes pointes sèches où les formes se cassent en plans pyramidaux obscurcis. La même année, il expose 9 toiles au célèbre Armory Show de New York - son frère Marcel Duchamp y expose son historique Nu descendant un escalier - qui contribue à introduire l'art moderne aux États-Unis, non sans difficultés puisque la prolongation de l'exposition à Chicago fait un véritable scandale. Daniel Robbins situe en 1922 le moment où il se plonge dans les traités scientifiques sur la couleur Daniel Robbins, Jacques Villon, Fogg Art Museum, 1976., notamment ceux d'Ogden Nicholas Rood, paru en 1881Ogden Nicholas Rood, Théorie scientifique des couleurs et leurs applications à l'art et à l'industrie, G. Baillère et Cie, Paris, 1881 et d', paru en 1884Auguste Rosenstiehl, Les premiers éléments de la science de la couleur, Imprimerie Veuve Bader et Cie, Mulhouse, 1884, dont, restitue pour sa part Germain Viatte, Germain Viatte, Jacques Villon né Gaston Duchamp (1875-1963, Expressions contemporaines, Paris, 2011.. Mobilisé au sein du 21e régiment d'infanterie territoriale en 1914, Jacques Villon combat sur les fronts de la Champagne et de l'Artois, puis intègre le service du camouflage en 1916Galerie Michelle Champetier, Cannes, Jacques Villon, biographie. comprend Germain ViatteGermain Viatte, « Jacques Villon », France-Archives, 1963. Sa notoriété grandit et dès les années 1930, il est mieux connu aux États-Unis qu’en Europe. Si les nécessités alimentaires le conduisent cependant, entre 1922 et 1928, à produire en parallèle pour la Galerie Bernheim-Jeune des gravures d'après les maîtres modernes (Henri Matisse, Pablo Picasso, Édouard Manet, Raoul Dufy, Georges Braque…), il adhère au groupe Abstraction-Création en 1932.
En 1940, Jacques Villon part se réfugier successivement chez André Mare à Bernay (Eure), puis au château de la Brunié (Tarn) où il peint des paysages, et est de retour à Puteaux en 1942. Il n'accède vraiment à la célébrité qu'en 1944, lorsque la galerie Louis Carré, qui fait l'acquisition de l'intégralité de son atelier et organise une exposition de son œuvre à Paris avec un catalogue préfacé par René-Jean, à la suite de quoi il reçoit des récompenses dans plusieurs expositions internationales. En 1950, il reçoit le Prix Carnegie et, en 1954, il est nommé commandeur de la Légion d'honneur. L'année suivante, il reçoit la commande des vitraux de la cathédrale à Metz, La France. En 1956, le grand prix de la Biennale de Venise lui est décerné à l’exposition.
Les plus grandes réalisations de Villon en gravure sont sa création d’une langue purement graphique pour le cubisme, une réalisation dont aucun autre graveur, y compris ses camarades inventeurs du cubisme, Picasso ou Braque, ne pourrait se vanter :
En 1967, son frère Marcel a contribué à monter à Rouen une exposition intitulée « Les Duchamp : Jacques Villon, Raymond Duchamp-Villon, Marcel Duchamp, Suzanne Duchamp ». Une partie de cette exposition familiale a ensuite été présentée au musée national d'Art moderne à Paris.
Jacques villon, dont Jean Bazaine, André Beaudin, Maurice Estève, Léon Gischia ou encore Alfred Manessier ont revendiqué l'influence, meurt en son atelier de Puteaux le et, lors de ses funérailles officielles - la population a été invitée par voie d'affiche à y participer - le suivant à Puteaux, hommage lui est rendu dans des prises de parole de Jean Cassou qui souligne , de Gaëtan Picon, directeur général des Arts et des Lettres, de l'abbé Maurice Morel qui évoque la et du sénateur-maire Georges Dardel avant que l'artiste parte reposer au cimetière monumental de Rouen. Ainsi que le résume Denis Martin, conservateur du Musée national des Beaux-Arts du Québec, Jacques Villon aura .
Œuvre Contributions bibliophiliques Pierre Corrard, Poésies, 14 eaux-fortes et une typographie par Jacques Villon, 100 exemplaires numérotés, signés par l'artiste et par l'éditeur, Librairie J. Meynial, Paris, 1937. Paul Valéry, Architectures, 34 gravures sur cuivre, 4 gravures sur bois, 1 lithographie par Jean-Louis Boussingault, Bernard Boutet de Monvel, Auguste-Louis Chapon, Georges Desvallières, Robert Duchamp-Villon, André Dunoyer de Segonzac, Roger de La Fresnaye, Jean-Émile Laboureur, Marie Laurencin, André Mare, Paul Véra, Jacques Villon, Gallimard / Nouvelle Revue française, 1921. Jacques Lassaigne; Éloge de Jacques Villon, 10 gravures originales par Jacques Villon, 200 exemplaires numérotés, Bruker, Paris, 1955.