Saladin (en kurde : سەلاحەدینی ئەییووبی, Selahedînê Eyûbî ; en arabe : صلاح الدين الأيوبي), né en 1138 à Tikrit et mort le Robert 2 (2001), Saladin, . à Damas, est le fondateur de la dynastie ayyoubide, dynastie musulmane qui tient son nom de son père Najm ad-Din Ayyub et qui a régné sur l'Égypte de 1169 à 1250 et sur la Syrie de 1174 à 1260. Saladin dirige l'Égypte de 1169 à 1193, Damas de 1174 à 1193 et Alep de 1183 à 1193.

D'origine kurde, mais parlant couramment l'arabe, Saladin sert d'abord l'émir zengide de Syrie, Nur ad-Din. Envoyé en Égypte, où règne la dynastie fatimide déclinante, il y est nommé vizir en 1169 et abolit le califat fatimide en 1171. Il s'empare du pouvoir en Syrie après la mort de Nur ad-Din en 1174. Il concentre ensuite ses efforts contre les différents États latins d'Orient, dont il est le principal adversaire durant le dernier tiers du , et mène les musulmans à la reconquête de Jérusalem en 1187. Il affronte ensuite la troisième croisade, menée par les rois de France Philippe Auguste et d'Angleterre Richard Cœur de Lion, et conclut avec Richard une paix qui lui permet de conserver Jérusalem.

Son nom entier durant son règne fut Al-Malik an-Nāsir Ṣalāḥ ad-Dīn Yūsuf. An-Nāsir signifie en arabe , et Saladin (Ṣalāḥ ad-Dīn) la . Saladin est célèbre pour sa tolérance et son traitement humain de ses ennemis. Il compte ainsi parmi les personnages les plus estimés et respectés tant dans le monde oriental islamique que dans le monde européen chrétien. Les chroniqueurs croisés ont relaté son courage à travers plusieurs épisodes, notamment lors du siège du château de Kérak, en Moab. Grâce à cela, Saladin gagna le respect de ses adversaires, en particulier celui du roi d’Angleterre Richard Iᵉʳ « Cœur de Lion ». Au lieu de devenir une figure honnie en Europe occidentale, il s’imposa comme un symbole de chevalerie et de bravoure, et fut mentionné dans plusieurs récits et poèmes anglais et français de l’époque..

Biographie Saladin est le premier fils et deuxième enfant d'Ayyûb, un officier kurde d'une famille originaire de Dvin en ArménieSelon l'historien kurde Ibn Khallikân, cité par Vladimir Minorsky, The Prehistory of Saladin, Studies in Caucasian History, Cambridge University Press, 1957, .. Il naît à Tikrit, sur le Tigre, qui fait alors partie de l'émirat Zengide. Peu après sa naissance, sa famille quitte Tikrit et se rend à la cour de Zengi, atabeg de Mossoul. Ce dernier nomme Ayyub gouverneur de Baalbek et Shirkuh (oncle de Saladin) officier dans son armée.. Il entre au service de Nur al-Din (ou ed-Dîn) fils et héritier de Zengi, atâbeg (ou seigneur) de Mossoul et d'Alep, fondateur de la dynastie zengide..

La conquête de l’Égypte vignette|Saladin et son armée. Miniature du . BnF Français 770 f.327v. En 1163, Nur ad-Din, le fils de Zengi, envoie Shirkuh rétablir Shawar au vizirat. Nur ad-Din, sunnite, était peu enclin à intervenir dans les affaires du califat fatimide chiite, mais il ne peut pas se permettre de laisser les Francs occuper le pays. La première expédition se termine par un demi-succès, Shawar est rétabli, mais n’a pas versé les indemnités à Shirkuh. En 1167, une seconde expédition est envoyée en Égypte, au cours de laquelle Saladin accompagne son oncle. Saladin assure notamment la défense d’Alexandrie, pendant que Shirkuh combat en Haute Égypte. Finalement, une paix est conclue entre Égyptiens, Francs et Zengides et les armées franques et zengides évacuent l’Égypte. En 1169, une troisième expédition permet à Shirkuh de s’emparer du vizirat, mais il meurt peu après, le .

Les conseillers du calife fatimide Al-Adid lui conseillent de nommer Saladin comme vizir, espérant profiter de sa jeunesse et de son inexpérience. Mais Saladin ne se laisse pas contrôler et remplace les fonctionnaires égyptiens dont le loyalisme n'est pas jugé à toute épreuve par ses proches. L’homme de confiance du calife, eunuque nommé al-Mûtamen al-Khilâfa, tente de faire appel aux Francs : son message est intercepté et Saladin le fait discrètement décapiter le . La garde noire, dont les membres étaient très liés aux fonctionnaires disgraciés, se révolte : Saladin envoie son frère Fakhr al-Dîn Tûranshâh les combattre et les gardes sont massacrés après deux jours de combats très rudes, le . Saladin fait venir auprès de lui la plupart des membres de sa famille et les installe en Égypte sur des domaines confisqués à de riches propriétaires ayant soutenu la révolte.

Le , l’armée franque menée par le roi Amaury de Jérusalem quitte Ascalon et atteint l’Égypte le et, rejoint par une flotte byzantine, met le siège devant Damiette. Saladin pressent que la situation au Caire n'est pas sûre et craint une révolte s'il quitte la ville pour défendre Damiette. Il envoie une armée commandée par son oncle Sihab al-Din Mahmoud et son neveu Taqi al-Din Omar, qui réussit à ravitailler Damiette et à la doter d'une garnison. La mésentente s'installe entre Francs et Byzantins et le siège est levé le . Amaury tente ensuite de conclure une alliance avec Saladin contre Nur ad-Din, sentant que Saladin commence à envisager son indépendance vis-à-vis de Nur ad-Din.

Saladin entoure la capitale d'un mur de calcaire qui s'étend d'al-Qahira jusqu'à Fostat et au Nil. Au centre de ce système défensif se trouve la Citadelle, d'où le nouveau souverain gouverne le pays. Ouverte désormais au peuple, al-Qahira, dont les palais sont démolis, abrite les caravansérails, les souks et les demeures des commerçants, des artisans et des bourgeois du nouveau régime.

En , il tente une incursion dans le royaume de Jérusalem sur le fort de Daron, mais Amaury l'oblige à battre en retraite.

En 1171, Nur ad-Din, sunnite, lui ordonne d'abolir le califat chiite d'Égypte et de placer le pays sous l'autorité morale du calife abbasside de Bagdad, Al-Mustadhî bi-'Amr Allah. Saladin hésite, car il tient son poste du calife : abolir le califat risque de compromettre la légitimité de son pouvoir. Finalement, un habitant de Mossoul en visite au Caire monte en chaire et prononce la prière au nom du calife de Bagdad le . Al-Adid, mourant, n'est pas informé de l'événement et meurt peu après.

L'abolition du califat fatimide donne une dimension internationale à Saladin, qui ne se contente pas d'un simple rôle de gouverneur au nom de Nur ad-Din. Malgré les déclarations de soumission et de vassalité, il cherche à se rendre indépendant, trouve toujours un prétexte pour ne pas rejoindre les troupes de Nur ad-Din lors d'actions contre les Francs. Il charge également Shams al-Dawla Tûrân Shâh, un de ses frères, de faire la conquête du Yémen pour se ménager une terre de repli et de refuge. Les Francs profitent de ces dissensions pour fomenter une révolte chiite en Égypte, mais elle est découverte et écrasée par Saladin le . À la même époque, Nur ad-Din prépare une expédition pour soumettre Saladin, quand il meurt à Damas le . Le , c'est au tour d'Amaury de décéder.

À la mort de Nur al-Din en 1174, Saladin doit affirmer son autorité sur l’Égypte fatimide. Pour asseoir la dynastie ayyoubide naissante, il met en œuvre dès 1176 un important programme de fortifications. Il intervient à la fois sur Le Caire et Fustat, réunis pour constituer la capitale de son nouvel empire, qu’il entoure d’une muraille de 20 km de long et au-dessus de laquelle une puissante citadelle illustre son pouvoir, mais aussi sur les principales positions côtières et sur la voie de communication qu'il met en place pour traverser le Sinaï entre Sadr et Ayla..

L’œuvre de Saladin vignette|redresse|« », manuscrit du . En 1174, le contexte politique du Levant devient très favorable à Saladin : à Jérusalem, le roi Amaury meurt en laissant le royaume à un fils mineur, Baudouin IV le Lépreux. Le régent, Miles de Plancy, ne prend pas toujours les bonnes décisions vis-à-vis de l’Égypte et le royaume se place dans une position défensive. À Alep, Nur ad-Din laisse également un enfant, As-Salih Ismaïl al-Malik, mais les lieutenants de Nur ad-Din luttent pour la régence, et un neveu écarté du pouvoir se révolte.

Durant les vingt années qui lui restent à vivre, Saladin se consacre à deux tâches : d’abord, reprendre à son compte le programme de Zengi puis de son fils Nur ad-Din et unifier les musulmans de Syrie et d’Égypte sous une seule autorité pour faire bloc contre les Francs et pour éviter que les actions d’un émir ne compromettent le Djihad, comme ce fut le cas par le passé ; ensuite, lutter contre les Francs, reprendre les territoires qu’ils occupent en Palestine et les chasser du Levant.

L'unification du Proche-Orient musulman Occupation de Damas (1174) Nur ad-Din laisse trois gouverneurs dans chacune des villes principales de son royaume. Ibn al-Dâya gouverne Alep, Ibn al-Muqaddam Damas, où se trouve le prince héritier, et Gümüchtekîn Mossoul. Gümüchtekîn se rend à Damas, emmène avec lui le prince As-Salih Ismaïl al-Malik, puis se rend à Alep, qui est la capitale du royaume zengide, et s’installe au pouvoir en écartant Ibn al-Dâya. Pendant ce temps, Saif ad-Din Ghazi, neveu de Nur ad-Din, profite de l’absence de Gümüchtekîn pour s’emparer de Mossoul. À Damas, Ibn al-Muqaddam, apprenant la prise de pouvoir de Gümüchtekîn, s’inquiète et offre Damas à Saif ad-Din Ghazi ; mais ce dernier, occupé à consolider sa prise de pouvoir à Mossoul, ne peut pas intervenir. Ibn al-Muqaddam fait alors appel à Saladin, qui pénètre dans la ville le , accueilli par une foule en liesse qui n’a pas oublié les périodes où Ayyub et Shirkuh étaient gouverneurs de la ville. Il maintient une fiction de régence en proclamant qu’il n’est que l’humble sujet d’Al-Salih Malik et qu’il n’intervient en Syrie que pour protéger les intérêts du jeune prince face aux Francs.

Les contre-attaques zengides (1175 et 1176) Saladin fait ensuite route vers le nord, prend Homs le , Hama le et se présente devant Alep le . Mais la ville refuse de se rendre ; Al-Salih n’hésite pas à haranguer la foule malgré ses douze ans, rappelant les bienfaits de son père et l’ingratitude de Saladin. En même temps, le régent fait appel aux Ismaëliens, qui tentent d’assassiner Saladin mais échouent, et aux Francs, qui, sous la conduite du nouveau régent Raymond III de Tripoli assiègent Homs, obligeant ainsi Saladin à lever le siège d’Alep le pour secourir Homs.

Le chef de la famille zengide, l’atabeg de Mossoul Saif ad-Din Ghazi II (cousin de As-Salih Ismaïl al-Malik) envoie au printemps 1175, en Syrie, une armée commandée par son frère Izz ad-Din Mas’ud, qui fait sa jonction avec les troupes d’Alep puis marche vers le sud de la Syrie. Saladin offre de rendre Homs et Hama contre le retour de l’armée, mais les zengides exigent également Damas. Saladin engage alors le combat le à Qurûn Hamâ et bat les Zengides. Après cette victoire, il cesse définitivement de faire allégeance aux Zengides, de faire battre monnaie et de faire dire la prière au nom d’As-Salih Ismail. Il se proclame prince souverain. Il assiège même le prince à Alep et ne lève le siège qu’après que le prince a accepté le protectorat ayyoubide.

Au printemps 1176, Saif ad-Din Ghazi II rassemble une coalition des émirs de la Jazira et du Diyarbékir, tente une ultime attaque avec les troupes d’Alep commandées par Gümüchtekîn. La bataille est engagée contre Saladin le à Tell al-Sultân et se solde de nouveau par une victoire de Saladin. Profitant de son succès, ce dernier s’empare des forteresses de Bizâ’a et de Menjib, coupant les communications entre Alep et Mossoul, et assiège Alep le , mais toujours sans succès, tant les Alépins sont acharnés à défendre leur indépendance. Il s’attaque ensuite aux Ismaëliens, après une seconde tentative d'assassinat contre lui le Ephrem-Isa Yousif, Saladin et l'épopée des Ayyoubides : Chroniques syriaques, Éditions L'Harmattan, 2010. et assiège une de leurs villes citadelles, Masyaf, en mai-, mais doit également abandonner le siège.

La poursuite de la lutte (1179 à 1181)