Aristide Boucicaut, né le à Bellême et mort le à Paris, est un entrepreneur et homme d'affaires français.

Fondateur en 1852 à Paris du premier grand magasin, Au Bon Marché, il est le pionnier du commerce moderne et son exemple sera rapidement copié en France et à l'étranger. Son œuvre sera continuée et développée pendant dix ans par sa veuve Marguerite Guérin.

Biographie Jeunesse et formation Fils d’un modeste chapelier, Boucicaut commence sa carrière commerciale comme simple commis dans la boutique paternelle à Bellême, qu’il quitte en pour suivre comme associé un marchand de bonneterie ambulant..

En 1829, il s'installe à Paris entrainant avec lui son ami René-Nicolas Liger (1809-1877), vendeur de tissus sur les marchés de Normandie, qui le suivra dans ses futures entreprises. En 1834, il entre au service de Siméon Mannoury comme jeune vendeur au magasin de nouveautés Au Petit Saint-Thomas, de la rue du Bac, première préfiguration du grand magasin parisien., et travaille sous les ordres de Siméon Mannoury.

Parti du dernier rang, il gravit péniblement tous les échelons de sa profession, se distingue rapidement et devient chef de comptoir et acheteur. Aimant les livres et doté du gout de l’étude, il parvient, au prix de grands efforts personnels, à s’instruire. Obligé de se rendre à plusieurs reprises en Angleterre, il parvient également, à force d’énergie et de patience, à apprendre l’anglais, étudiant sans cesse sa méthode ou sa grammaire en voiture ou en chemin de fer.

En 1835-1836, il fait la connaissance de Marguerite Guérin, montée elle aussi à Paris de sa Bourgogne natale : elle tient à son compte une crèmerie-gargote, un « bouillon », dit-on alors, qui sert un plat du jour aux ouvriers et employés du quartier.. Les parents d'Aristide s'opposent à son mariage avec une fille déclassée, ce qui conduit le couple à vivre en concubinage : ils se marieront finalement le . Un fils, Anthony-Aristide (appelé parfois Antoine), naît en 1839 et Aristide le reconnaît ensuite en 1845.

vignette|redresse=1.4|Le grand magasin Au Bon Marché achevé en 1887.

Cette même année, la fermeture du Petit Saint-Thomas laisse Aristide, qui était devenu chef de rayon, sans emploi : il rencontre alors les frères Videaux qui ont créé en 1838, à l’angle de la rue de Sèvres et de la rue du Bac, leur mercerie, alors bien modeste, nommée Le Bon Marché. Il y est embauché et séduit ses employeurs en partageant avec eux les techniques de marketing apprises de Mannoury, avec entrée libre, affichage des prix, faible marge bénéficiaire, vente par correspondance, soldes…

En 1852, une association est décidée entre eux, Boucicaut y mettant toutes ses économies et la vente d'un héritage percheron, soit francs. Le , une nouvelle société est constituée (quatre rayons, douzaine d'employés, chiffre d'affaires de francs) : la SNC « Videau frères et Aristide Boucicaut » dont l'objet est « l’exploitation de la maison de nouveautés Au Bon Marché – Adresse : 22-24 rue de Sèvres au Capital de » avec pour principe de fonctionnement le réinvestissement de tous les bénéfices dans l'affaire.

Le « nouveau » Bon Marché Soutenu par son épouse Marguerite, Aristide Boucicaut se montre entrepreneur et novateur ; il ambitionne de créer un vaste magasin moderne où tout doit favoriser la consommation féminine : invitation de la clientèle féminine à sortir de chez elle pour venir passer quelque temps au magasin, marchandises à profusion disposées sur des comptoirs permettant le « libre toucher ». L’idée d'un vaste lieu organisé de manière quasi théâtrale pour multiplier les tentations d'achat, vendeurs ou vendeuses formées pour conseiller le client lui serait venue alors qu'il s'était perdu au milieu des stands en visitant l’Exposition universelle de 1855.. La concrétisation de cette intuition va ouvrir la voie vers une société de consommation et contribuer à créer et à diffuser l'image de la « Parisienne moderne et élégante ».

La rencontre avec Henri Maillard, un pâtissier né à Mortagne-au-Perche, non loin du pays natal d'Aristide Boucicaut, et qui a fait fortune à New York en réalisant d'énormes volumes de vente avec des marges faibles, va permettre à Boucicaut de financer et de concrétiser son projet. Le , Boucicaut qui a emprunté à Maillard, rachète les parts de ses associés pour 1 million et demi de francs. La transformation et l'extension du Bon Marché se poursuivent avec d'importantes acquisitions foncières.. S'inspirant de Maillard, Boucicaut prélève une marge brute de 13,5 %, au lieu des 41 % en usage à l'époque chez les petits commerçants qui doivent compter deux ans pour écouler leurs stocks qui se démodent, alors que Boucicaut les fait tourner en deux mois..

Le premier chantier de construction du magasin s’effectue de 1869 à 1872. Il est mené par Alexandre Laplanche (1839-1910), qui déploie une architecture classique composée de murs de pierre, de charpentes en bois, de meulières pour le sous-sol et de roches de Lerouville en façade. Ce premier magasin s’étendait à l’angle de la rue de Sèvres et de la rue Velpeau. On retiendra de cette première construction la façade majestueuse, entourant l’entrée principale du 24, rue de Sèvres, surmontée alors par une monumentale coupole décorée d’impressionnantes sculptures. En 1872, le couple Boucicaut entreprend, sur des plans des architectes Louis-Auguste et Louis-Charles Boileau secondé par les ingénieurs Armand Moisant et Gustave Eiffel, la construction des bâtiments qui existent encore aujourd’hui, et dont la première pierre est posée par Marguerite Boucicaut le Jacques Marseille, Les Échos, (www.jacquesmarseille.fr).. Retardés par la guerre franco-allemande de 1870, les travaux se réalisent jusqu'en 1887 par tranches successives en même temps que se multiplient les acquisitions foncières : la surface finale du magasin atteindra .. vignette|Portrait photographique d’Aristide Boucicaut vers 1870. La maison Boucicaut continue à développer une stratégie commerciale moderne innovante : entrée libre et affichage des prix ; périodes dédiées aux fortes ventes (jouets en décembre) ; périodes de soldes comme le mois du « Blanc » en 1873 lors du mois de février puis de janvier (alors qu'il neige et que ses rayons sont relativement vides après les fêtes de fin d'année, Boucicaut a l'idée de remplir ses rayons en soldant ses stocks de linge blanc) ; échange et reprise des marchandises ; vente par catalogue dans le monde entier (quatre mille exemplaires diffusés) que permet le développement du chemin de fer en 1867 ; l'idée de la construction de l'hôtel Lutetia pour accueillir les riches clients étrangers…

La société fait aussi preuve de préoccupations sociales inspirées par le socialisme chrétien de Lamennais. Se mettent ainsi en place au fur et à mesure des années des avancées, comme la fermeture du magasin le dimanche (qui ne deviendra une obligation légale en France qu'en 1906), une cantine en 1872, des chambrettes pour les jeunes employées, une assistance médicale, des congés payés, une formation continue et des cours du soir, des promotions de carrière, puis en 1876 une caisse de prévoyance et de retraite des employés et ensuite un intéressement aux bénéfices…, même si les employés tempèrent l’enthousiasme de leur patron, dénonçant, en 1869, la charge de travail et son autoritarisme. Les employés des grands magasins, dont beaucoup de femmes, sont plus mal payés que les ouvriers. L'encadrement y est très strict et très pyramidal, avec une orientation paternaliste, qui interdit par exemple aux employés les revendications collectives ou la grève, même une fois celle-ci devenue légale, en 1864.,

Le fils Anthony-Aristide est associé à la direction du grand magasin, le nom de l'entreprise devenant « MM. A. et fils ». Le chiffre d'affaires s'accroît de manière très importante au fil des années : 7 millions en 1862, 21 millions en 1869, en 1877 le Bon Marché réalise de chiffre d'affaires et emploie ..

La transformation du magasin est un énorme succès et le Bon Marché devient une véritable institution commerciale et un modèle international. Émile Zola s'en inspirera pour son roman de 1883, Au Bonheur des Dames, dont le titre résume parfaitement la teneur du projet de Boucicaut, qui a servi de modèle principal au personnage d’Octave Mouret : le romancier accumulera une importante documentation en visitant le grand magasin emblématique de la seconde moitié du ). Des salles de billard, des salles de danse, des salles de concert, des salles d'armes, sont mises gratuitement, dans les magasins mêmes, à la disposition des employés, ainsi que des professeurs de langues étrangères, qui ont permis à certains d'entre eux d’aller représenter le Bon Marché dans les pays les plus lointains..

Les indigents des quartiers de Vaugirard, Saint-Sulpice, l’odéon, des Invalides et du Gros-Caillou recevaient chaque jour au Bon-Marché des bons de pain, de bois, de viande et souvent des secours en argent. Après la guerre, il a prêté ses magasins au comité anglais qui envoyait des pâtés, fromages et viandes conservées, auxquels il joignait des pains blancs de quatre livres. Peu de temps après, il a souscrit, l’un des premiers, dans une large mesure, à la souscription des Femmes de France, ouverte par le Moniteur universel.

La succession Mort des suites d'une grave maladie d’intestins, il est inhumé, le , à l’issue de funérailles magnifiques, Saint-Thomas-d’Aquin, au cimetière du Montparnasse. Son fils, gravement malade depuis quelque temps déjà, assure la direction du Bon Marché mais ne lui survit guère : il meurt d'une longue « maladie de poitrine » moins de deux ans après son père et sans avoir eu d’enfant.

Marguerite Boucicaut, veuve et sans descendant, dirige alors l'entreprise pendant dix ans, avec l'assistance des anciens collaborateurs de son mari.

Par son testament du , Marguerite Boucicaut, veuve et sans héritier proche, désigne l’Assistance publique des hôpitaux de Paris comme légataire universel, chargé d’exécuter ses volontés testamentaires. Elle prévoit de nombreux legs et demande que soit construit un hôpital sur la rive gauche de la Seine ; ce sera l’hôpital Boucicaut.

Aristide Boucicaut possédait une grande résidence à Fontenay-aux-Roses, connue sous le nom de « château Boucicaut ». En vertu des dispositions testamentaires de , elle fut transformée en maison de retraite pour les employés du Bon Marché. ; elle fut rasée en 1954. Aristide Boucicaut fut membre du conseil municipal, et fut même élu maire en . Cependant, il refusa ce poste après un jour de mandat, préférant le poste de conseiller municipal.

Par les mêmes dispositions testamentaires, a fait transformer la villa qu'Aristide Boucicaut avait fait construire et décorer à Bellême, son village natal, en maison d’accueil de personnes âgées et pour filles-mères. Attaché à son village d'origine, Boucicaut avait fait procéder à l'aménagement d'une chapelle funéraire dédiée à sa mère dans l'église de son village natalChapelle funéraire Boucicaut..

Les Boucicaut possédaient une autre résidence à Cannes, la villa Soligny qu'ils avaient fait construire en 1868 en porphyre rose de l'Estérel par l'architecte Rimbault . Marguerite Boucicaut devait y mourir le , dix ans après son mari.

La révolution commerciale du Bon Marché Cible principale : la clientèle féminine vignette|redresse=1.4|La magasin Au Bon Marché à , désormais à l'enseigne Le Bon Marché.