Le terme Anti-France désigne des groupes politiques, sociaux ou religieux accusés de trahir la nation française.

Ce néologisme politique, datant des années 1890, est utilisé par la droite et l'extrême droite en France depuis que l'affaire Dreyfus a reconfiguré le paysage politique sur la ligne nationalisme-internationalisme.

L'expression a un sens proche de « cinquième colonne », d'« ennemi de l'intérieur » et de « parti de l'étranger »..

Naissance de l'expression et premiers emplois Pour l'historien Raoul Girardet, l'expression serait apparue à la fin du et ferait référence au complot judéo-maçonnique :

Charles Maurras emploie l'expression les « quatre États confédérés » en la définissant comme les « quatre États confédérés des protestants, Juifs, francs-maçons, et métèquesLazare de Gérin-Ricard et Louis Truc, Histoire de l'Action française, Fournier Valdès, 1949, 51. ».

En 1918, Léon Daudet publie L'avant-guerre : études et documents sur l'espionnage juif-allemand en France depuis l'affaire Dreyfus dans lequel il écrit : « Il faut qu'on le dise : l'affaire du traître Dreyfus a eu comme premier résultat une première invasion, la formation chez nous d'une anti-FranceLéon Daudet, L'avant-guerre, 1918, 6.. ».

En 1922, paraissent Les Cahiers de l'Anti-France, une revue signée sous le pseudonyme Jean Maxe, présenté comme un universitaire. Le deuxième numéro dénonce les pacifistes de la Première Guerre mondiale qui se sont regroupés en Suisse autour de Romain Rolland ou lors de la conférence de Zimmerwald : « l'Alliance du Défaitisme et du Bolchévisme en Suisse (1914-1919) »Jean Maxe, Les Cahiers de l'Anti-France, Éditions Bossard, 1922.. L'éditeur présente ainsi l'auteur : « Seul, il est remonté à la source intellectuelle et occulte de la trahison, du défaitisme, des doctrines révolutionnaires du bolchevisme bolchevisant. ».

Rhétorique du Régime de Vichy vignette|Tract collaborationniste de , reprenant au recto lʼAffiche rouge et dénonçant au verso « Le complot de lʼAnti-France » ; coll. Musée de la Résistance nationale, Champigny.

Sous le régime de Vichy, le maréchal Pétain emploie cette expression pour qualifier ceux à qui il attribue la défaite de 1940 : les Juifs, les communistes et les francs-maçons.

Pour les autorités de Vichy, la défaite de 1940 est la conséquence de la « décomposition de la société française ». Celle-ci a commencé cent cinquante ans auparavant, avec la Révolution française. C'est un thème classique de l'extrême droite en France depuis l'affaire Dreyfus. Cette « décomposition » provient d'un complot des « forces de l’anti-France » (le communiste, le Juif, le franc-maçon et l'étranger). L'historien Denis Peschanski note qu'« il faut, pour régénérer la société française de l’intérieur, les exclure. D’où l’importance du camp d’internement qui va être “au cœur” même du dispositif d’exclusion de Vichy ». L'expression « forces de l'Anti-France » fait la synthèse de l'anticommunisme, de l'antisémitisme, de l'antimaçonnisme et de la xénophobie. Elle caractérise les communistes, les juifs, les francs-maçons ou les étrangers d'ennemis de l'intérieur, c'est-à-dire comme des éléments qui ne seraient pas solidaires de la communauté nationale. Les Protestants n'y sont plus visésDenis Peschanski, « Mémoire des lieux - lieux de mémoire », Traverses92, 21 mai 2005..

À partir de 1940, le régime met en œuvre .

Utilisation de l'expression durant les années 2000 Courant 2000 dans le milieu anarcho-autonome parisien circule un texte intitulé Anti-France Vaincra, il est réactualisé en 2026, le texte se réapproprie le terme et prend à contre pied la mouvance néo réactionnaire dans une diatribe échauffée.

Le , Eva Joly, candidate Europe Écologie Les Verts à l'élection présidentielle de 2012, propose de remplacer le défilé militaire par un « Eva Joly propose la suppression du défilé militaire du 14 juillet », lci.tf1.fr, 14 juillet 2011., suscitant de vives réactions« Défilé du 14 juillet : Joly seule contre tous... Fillon seul contre la gauche », lci.tf1.fr, 15 juillet 2011.. Le député UMP et président de la Commission de la défense nationale et des forces armées, Guy Teissier, déclare ainsi sur France Info :

En 2024, le terme est utilisé par la presse concernant un imam qui avait qualifié le drapeau tricolore de « drapeau satanique » et dont l'expulsion est envisagéeMargaux d'Adhémar, Pourquoi l’expulsion de l’imam «anti-France» de Bagnols-sur-Cèze sera compliquée, lefigaro.fr, 20 février 2024Bertrand Métayer, Prêche anti-France de l’imam Mahjoub Mahjoubi : « C’est d’une stupidité crasse », leparisien.fr, 19 février 2024.

En août 2024, l'expression est utilisée par la porte-parole du gouvernement Prisca Thevenot concernant La France insoumise, lui attribuant la médaille d'or de l'anti-France, considérant que LFI .https://www.lepoint.fr/politique/jeux-olympiques-prisca-thevenot-decerne-la-medaille-d-or-de-l-anti-france-a-lfi-apres-les-accusations-d-islamophobie-12-08-2024-2567763_20.php.

En , l'expression est utilisée par Aurore Bergé à nouveau contre la France Insoumise dans le contexte de la mort de Quentin Deranque, militant d'extrême droite.

Dans la culture populaire Bande dessinée vignette|upright=0.8|Logo de l'Anti-France dans la bande dessinée Superdupont.

Dans la série de bande dessinée humoristique Superdupont de Jacques Lob et Marcel Gotlib, l'Anti-France est l'entité représentant les méchants.. C'est une caricature de la théorie selon laquelle « les problèmes de la France sont dus aux étrangers ». Jacques Lob et Marcel Gotlib ainsi tournent en ridicule la paranoïa et la xénophobie de certains Français, qui considèrent l'étranger et l'inconnu comme une menace pour la France.

Dans Superdupont, l'Anti-France est une sorte de mouvement sectaire et terroriste caricatural, combattu sans relâche par Superdupont. Elle s'en prend à tout ce qui constitue : l'hymne national, la tour Eiffel, le vin français Endossant des masques ou des cagoules, ses agents parlent en mélangeant divers mots et accents étrangers. De plus, l'Anti-France sabote aussi bien l'industrie que les administrations françaises.

Version anti-américaine Dans la mouvance anti-occidentale, il existe à côté de l'anti-France une mouvance anti-américaine, l'Antiaméricanisme.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Léon Daudet, L'avant-guerre : études et documents sur l'espionnage juif-allemand en France depuis l'affaire Dreyfus, Paris, 1918. Jean Maxe, Les cahiers de l'anti-France. Le bolchevisme littéraire, Paris, Bossard, 1922. Lazare de Gérin-Ricard et Louis Truc, Fournier Valdès, Histoire de l'Action française, Paris, 1949. Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, Paris, Seuil, 1986. Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, 1997.

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