Les , ou catholiques critiques.., sont des chrétiens se réclamant du catholicisme, mais défendant des idées ouvertes en matière de mœurs et de doctrine, pouvant contredire les positions du Magistère de l'Église catholique. L'historien du catholicisme Xavier de Montclos identifie un courant réformateur catholique dans les « personnalités ou groupes d'obédience catholique qui ont cherché à réformer l'Église dans son fonctionnement interne, en un mot dans sa constitution ».

Ce dernier est plus connoté historiquement en raison de l'existence jadis en France d'une Union des chrétiens progressistes qui cherchait à concilier foi catholique et engagement politique aux côtés des communistes dans les années 1950.. De manière générale, il n’existe pas aujourd’hui de coïncidence absolue entre le vote politique et le catholicisme réformateur. Le pôle éclaté des catholiques réformateurs dépasse donc le groupe des catholiques votant à gauche. Des catholiques portant leurs suffrages à gauche ou à l’extrême-gauche ne sont pas nécessairement réformateurs, et vice versaVoir l'analyse de ..

L'appréhension idéologique de ces mouvements reste délicate. Il existe des difficultés à qualifier l'appartenance de ces catholiques à l'Église romaine. Les catholiques qui gravitent autour de ces mouvements partagent le désir de réformer certains aspects du catholicisme médiéval et tridentin, non en opérant une coupure effective avec leur confession ce qui les entraînerait du côté du protestantisme, mais en faisant émerger une nouvelle façon de vivre leur foi catholique dans les sociétés démocratiques et l'espace mondialisé. Leurs rapports avec l'institution sont très variables. Des catholiques, faisant partie de ces mouvements, peuvent avoir des responsabilités locales dans leur Église et conserver une forte appartenance sociologique au catholicisme. Néanmoins, les mouvements entretiennent souvent des rapports difficiles avec les évêques et le pape qui leur reprochent d'attenter à l'unité de l'Église et de dévoyer son message. Pour certains sociologues, il s'agit plutôt d'une marge du catholicisme qui participerait à son pluralisme interne.

Histoire

, mais un événement est central dans leur histoire et leur référence idéologique : le moment du Concile Vatican II (1962-1965). Il apparaît comme un événement charnière. En mettant en avant la dimension d'une Église définie comme le « Peuple de Dieu » et en insistant sur la responsabilité des laïcs dans la vie de leur Église, le Concile a réveillé un certain nombre d'aspirations réformatrices qui jusque lors avaient été présentes mais toujours contenues par l'institution romaine. Vatican II a donné l’occasion à des forces centrifuges du catholicisme de s’exprimer et de s’organiser. Les mouvements catholiques réformateurs émergent sous l’égide de personnalités, sans que l’une ou l’autre de celles-ci apparaisse chef de file exclusif, parfois autour de groupes ou de mouvements qui ont joué un rôle dès l’avant-Concile Vatican II, tel l'éditeur parisien Temps présentMartine Sevegrand, Temps présent, une aventure chrétienne, 1: l'hebdomadaire 1937-1947, Temps Présent, 2006, 323 p. et 2 : Une avant-garde catholique, Temps Présent, 2011, 344 p. ou l'association Vie Nouvelle créée en 1947 dans l'inspiration de la pensée d'Emmanuel Mounier. Quelques-uns sont les héritiers du catholicisme libéral, d’autres du catholicisme social.

Un courant qui se cherche avant Vatican II Le se distingue de l'anti-romanisme de l'époque moderne et contemporaine au sens où il ne se contente pas de critiquer les excès de la centralité romaine et ..

Un courant qui se structure après Vatican II Le connaît un regain à la suite du concile Vatican II, ouvert en octobre 1962. En quelques années, des questions, en suspens ou en débat depuis des décennies, sont tranchées dans un sens ouvert par les pères conciliaires que ce soit la déclaration sur la liberté religieuse., le pluralisme religieux et le dialogue avec les autres religions ainsi que l'œcuménisme auquel il contraint, la reconnaissance de l'autonomie du laïcat ainsi que des nouvelles perspectives pour aborder les écritures saintes.

Toutefois, certains considèrent que la « fenêtre ouverte »Selon le mot d'Yves Congar o.p. dans son . s'est refermée comme une parenthèse, notamment à travers les textes de Jean-Paul II et de Benoît XVI.

Le mouvement Échanges et dialogue (1968-1975) La première grande contestation des catholiques réformistes se porte sur le sacerdoce et le statut des prêtres. À l'automne 1968, un groupe de cinquante prêtres français, réunis au sein d'un groupe s'intitulant Échanges et Dialogue, dénonce « le retard mis à instaurer un nouveau style de vie sacerdotale ».. Les prêtres contestataires remettent en cause l'encyclique Sacerdotalis caelibatus () de Paul VI qui avait réaffirmé les traits classiques du sacerdoce catholique : discipline du célibat, différence d'état avec les laïcs et mise à l'écart de l'engagement politique ou syndical. Au nom d'une conception qu’il considère comme plus réaliste de la psychologie et de l'affectivité humaine, les prêtres d'Échanges et dialogue souhaitent abolir la discipline obligatoire du célibat. L'épiscopat français, tout en reconnaissant la légitimité de certaines questions posées par le mouvement, refuse de dialoguer avec lui, mais seulement avec des prêtres. La session plénière de la Conférence des Évêques de France de l'automne 1969 est suivie d'une rencontre à Lourdes entre les évêques et les représentants du clergé paroissial. Elle aboutit sur plusieurs motions. Mais les questions du travail et du célibat, de manière générale, tout ce qui relève d'une théologie du sacerdoce, sont laissés de côté. Les thèmes évoqués concernent seulement les rapports avec l'évêque, la mise en place des conseils presbytéraux, les rémunérations et les retraites.. Le mouvement poursuit son action, notamment à travers des rencontres nationales et un bulletin, sans parvenir à obtenir un geste de la hiérarchie avant de se dissoudre en 1975..

La Communauté du diaconat de France Le Concile avait réinstauré une forme documentée dans l'Église primitive de ministère ; celui du diacre permanent. Ce dernier a pour caractéristique d'être ouvert aux hommes mariés. Le diacre lyonnais René Schaller organise autour de lui un mouvement de réflexion sur le diaconat : la Communauté du diaconat de France créée en 1964 sur le modèle d'un groupe allemand similaire basé à Fribourg.. Il devient un pôle original de réflexion sur le sacerdoce en France. Le groupe se constitue comme un organe original d'expression des tendances réformatrices du catholicisme, notamment dans sa revue et les rencontres qu’il organise. L'épiscopat français ne reste pas sans réagir. Au début des années 1970, il amorce une reprise en main des mouvements de diacre et commence à isoler l'équipe lyonnaise..

Femmes et Hommes dans l'Église (FHE) (1969), devenu FHEDLES En 1969, naît à Paris et à Bruxelles le groupe international Femmes et Hommes dans l'Église et ..

Femmes et Hommes en Église est membre fondateur de la Fédération des Réseaux du Parvis en 1999, membre du Réseau européen Églises et Libertés, et de la Coordination française pour le lobby européen des femmes (CLEF) par laquelle elle participe à la commission « Lutte contre les extrémismes religieux ».

Les communautés de base Indissociables des années 1970, les Communautés de base sont une autre matrice de la contestation catholique.. La communauté de base est un petit groupe (5 à , parfois plus) qui nait de manière plus ou moins spontanée. La vie commune n'est pas nécessaire, et si elle existe parfois, il s'agit bien souvent de rencontres hebdomadaires ou mensuelles. Les communautés de base peuvent apparaître à la marge d'une paroisse ou d'un groupe d'Action catholique. Le phénomène touche également les congrégations religieuses engagées dans un processus de renouvellement depuis le Concile. L'abbaye de Boquen autour de la figure de Bernard Besret, les couvents des dominicains de la Sainte-Baume dans le Var ou de la Tourette dans le Rhône. ou Saint-Jacques à Paris connaissent des expérimentations de communautés nouvelles. Le mouvement La Vie nouvelle peut servir d'inspiration et jouer le rôle de carrefour d'expériences.

Sur le moment, on s'interroge sur la façon dont ces expériences pourraient renouveler la vie paroissiale. En , le Centre de Recherche et de Documentation des Institutions Chrétiennes (CERDIC) organise une rencontre à Strasbourg autour du thème des « groupes informels dans l'Église ».. En , l'assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France consacre une partie de ses travaux aux communautés de base. L'épiscopat français semble alors à la fois sensible au dynamisme que représentent ces nouvelles communautés et inquiet face la dynamique critique qui émanent de ces dernières et aux célébrations en petits groupes de la messe. Un texte de la commission épiscopale de la liturgie de 1970 précise d’ailleurs les conditions de célébrations. En 1975, le bulletin de la Congrégation romaine pour les religieux et les instituts séculiers publie un article, en français, sévère contre les « petites communautés » à qui on reproche la dispersion des efforts au moment de la chute des vocations, les risques pesant sur la discipline des religieux s'y associant et le climat anti-hiérarchique qu'elles entretiennent.

Le Manifeste de la Liberté chrétienne et Droits et Libertés dans les Églises (DLE) (1975) À la Pâques 1975, un groupe de religieux dominicains entouré par des laïcs, publie un texte dans le Monde sous la forme d’un manifeste ()Publié plus tard sous la forme d’un livre : .. Parmi eux, on trouve le prêtre Gérard Bessière, ancien aumônier national des Équipes enseignantes de la paroisse universitaire et journaliste à La Vie, le dominicain Hervé Legrand, théologien spécialiste d’ecclésiologie enseignant à l’Institut Catholique de Paris, ou encore le dominicain et philosophe Bernard Quelquejeu. Ce texte veut poser les principes des « droits fondamentaux des chrétiens ». S’inspirant des grandes déclarations des droits humains, le texte affirme les droits du chrétien à être chez lui dans l’Église, d’avoir accès aux sacrements, d’être libre de penser et de vivre selon ses convictions, de faire de la théologie, de susciter des communautés, de prier, etc. Le texte se présente comme « provisoire, amendable et améliorable ». Il fédère rapidement des groupes qui s’organisent en une association intitulée Droits et Libertés dans les ÉglisesPage de présentation de Droits et Libertés dans les Églises sur le site Internet de l’association FHEDLES ..

David et Jonathan, christianisme et homophilie (1972)