Allemands des Carpates (allemand : Karpatendeutsche, familièrement et par extension : Zipser, du toponyme Zips ; en slovaque : karpatskí Nemci), quelquefois appelés simplement Allemands de Slovaquie (allemand : Slowakeideutsche), est le nom d'un groupe de germanophones principalement présent sur le territoire de la Slovaquie. Le terme est utilisé par l'historien Raimund Friedrich Kaindl, en y incluant aussi les Allemands de la Ruthénie subcarpatique et du Maramureș.

Moyen Âge Des Allemands colonisèrent l'arc des Carpates depuis la Slovaquie à l'ouest jusqu'au voïvodat de Marmatie à l'est, à partir du et jusqu'au , pour la plupart après l'invasion des Mongols et des Tatars de 1241, bien qu'il y ait eu probablement des colonies isolées dans la zone de Bratislava plus tôt. Les Allemands étaient attirés par les rois de Hongrie qui cherchaient des spécialistes dans différents métiers, tels que les bûcherons, les charpentiers et les mineurs. C'étaient des spécialistes des techniques minières : ils ont notamment mis au point le wagonnet sur rails (le tout, en bois à l'origine)Jean Gimpel : La révolution industrielle du Moyen Âge, p. 44.

Ils travaillaient habituellement dans les marchés et les mines. En Slovaquie, les zones principales de répartition se situaient à proximité de Bratislava (allemand: Pressburg) et dans quelques îlots linguistiques dans le Zips et du Château de Spiš, ainsi que dans le Hauerland. On les trouve à Spana Dolina. et Banská Štiavnica, où ils contribuent à l'histoire des mines hongroises et slovaques. Les colons de la région de Spiš étaient connus comme les Zipser Sachsen, ou Saxons de Spiš. Jusqu'au , les classes dominantes de la plupart des villes slovaques étaient constituées presque exclusivement d'Allemands.

Les Allemands de Presbourg/Bratislava et ceux du Hauerland étaient principalement catholiques, alors que ceux du Spiš étaient protestants, tout comme ceux de Marmatie, parmi lesquels il y avait également des Juifs, notamment en Ruthénie subcarpatiquehttp://www.karpatendeutsche.de/?Willkommen:Geschichte Ernst Hochberger, Einführung in die Geschichte der Karpatendeutschen in der Slowakei, Juli 2000Dr. Thomas Reimer, Carpathian Germans history.

Empire des Habsbourg thumb|droite|200px|Bandeau du Westhungarischer Grenzbote, 1891thumb|200px|Bandeau de la Pressburger Zeitung, 1869

Les Allemands des Carpates ont été, comme les Slovaques, la cible des campagnes de magyarisation du (la Slovaquie faisait partie du royaume de Hongrie depuis le ). Ils disposaient encore toutefois d'une presse en allemand au tournant du et d'écoles ou lycées allemands.

Première République tchécoslovaque (1920-1938) Pendant la première république tchécoslovaque (1918-1938), plusieurs partis ethniques spécifiques concoururent aux élections pour la représentation des Allemands des Carpates, au niveau municipal et national, parmi lesquels les plus importants étaient le Zipser Deutsche Partei (ZDP, centriste, 1920-1939), et le Karpathendeutschen Partei (KdP, nazi, 1929-1938), mais aussi des partis principalement implantés chez les Allemands des Sudètes comme le Bund der Landwirte (BdL, agrarien), le Deutsche Nationalpartei (DNP, dans la région de Bratislava), le Deutsch-demokratische Freiheitspartei (DDFP). Lors des premières élections municipales, des listes d'union sont formées entre partis allemands (DNP, BdL, DDFP), dénommées Vereinigten deutschen Parteien, toutefois une part importante de l'électorat allemand se porte tant sur le parti communiste tchécoslovaque que sur les listes ou partis magyaro-allemands.

Aux élections législatives de 1925, des listes communes entre partis allemands et hongrois permettent au ZdP d'obtenir un siège de député pour Andor NitschHerta Brydon, Limbach - Geschichte und Brauchtum eines deutschsprachigen Dorfes in der Slowakei bis 1945, 1991.

Le Karpathendeutschen Partei, section locale du parti national-socialiste allemand, présenta une liste commune avec le Sudetendeutschen Partei (SdP) aux élections législatives de 1935, ce qui lui assura deux mandats au Parlement tchécoslovaque : Franz Karmasin (un Allemand de Moravie installé à Bratislava) à la Chambre et Siegmund Keil au Sénat, soit autant que le ZdP qui fit réélire Andor Nitsch à la Chambre et Eduard Varga au SénatOndrej Pöss, Geschichte und Kultur der Karpatendeutschen, Slowakisches Nationalmuseum - Museum der Kultur der Karpatendeutschen, Bratislava, Bratislava/Pressburg, 2005.

Première République slovaque (1938-1945) En 1938-1939, lors de la mise sur pied de l'État slovaque satellite du Reich, le ZdP et le KdP furent remplacés autoritairement par le Deutsche Partei, un parti nazi unique dirigé par un « führer » local. Le , un secrétariat d'État pour les intérêts du groupe national allemand en Slovaquie fut mis sur pied au sein du gouvernement slovaque. Les deux postes, führer du DP et secrétaire d'État, furent assumés par la même personne, Frans Karmasin. Le DP obtint deux, puis trois députés au Parlement slovaque.

Deuxième République tchécoslovaque (1945-1948) À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, les minorités allemandes de Tchécoslovaquie eurent à souffrir d'avoir été embrigadées au service des intérêts de l'Allemagne nazie: ceux qui n'avaient pas fui ou été évacués par les autorités allemandes avant l'arrivée des armées soviétiques et roumaines, perdirent leur citoyennetéLes Allemands des Sudètes dans la zone tchèque et les Hongrois dans le sud de la Slovaquie avaient perdu leur citoyenneté tchécoslovaque par le rattachement de leurs régions à l'Allemagne ou à la Hongrie en 1938 (voir Arbitrages de Vienne): à la suite des décrets Beneš du 2 août 1945 elle ne leur fut pas rendue, et, considérés comme apatrides et collaborateurs, ils furent internés dans des camps de regroupement (allemand : Sammellager) à Bratislava-Petržalka, Nováky, et à Handlová.

À l'initiative d'Adalbert Wanhoff et à la suite des préparatifs du diocèse de l'Église évangélique allemande entre la mi-novembre 1944 et le , la plupart des Allemands de Spiš furent évacués vers l'Allemagne ou vers le Sudetenland (Région des Sudètes). Les Allemands de Bratislava furent évacués en janvier et après un long retard, et ceux du Hauerland fuirent fin . Les armées soviétiques et roumaines arrivèrent à Bratislava le .

À la fin de la guerre, un tiers des Allemands évacués ou fugitifs retournèrent chez eux en Slovaquie, mais, en 1946 et 1947, quelque personnes furent expulsées de Slovaquie en application des dispositions de l'accord de Potsdam, tandis qu'environ personnes purent rester en Slovaquie en raison de circonstances spéciales (mariages mixtes, résistance à l'embrigadement par les nazis…). Sur approximativement de Slovaquie en 1938, il ne resta en 1947 que (16 %). Après l'établissement du régime communiste, au fil des années d'entre eux émigrèrent vers l'Allemagne de l'Ouest, de sorte qu'en 1989 il y avait moins de Allemands en Slovaquie.

Deuxième République slovaque (depuis 1993)

En 2004, les Allemands de Slovaquie jouissaient de tous leurs droits depuis la Révolution de velours. Une Association des Allemands des Carpates s'est formée pour maintenir les traditions, ainsi que, depuis 2005, un mini-musée (3 pièces) à Bratislava. Le membre le plus en vue de ce groupe, Rudolf Schuster, fut président de la Slovaquie de 1999 à 2004.

Langue thumb|Emploi de la langue allemande dans la région historique du Spiš. L'isolement de l'allemand des Carpates par rapport aux pays germanophones disposant d'une langue standardisée (Allemagne, Autriche et Suisse) a fait que de nombreux dialectes allemands obscurs continuent d'exister en Slovaquie, bien que beaucoup soient en voie d'extinction.

L'un de ces dialectes est l'allemand du Spiš ; apparu au Karl Julius Schröer, Die deutschen Mundarten des ungrischen Berglandes (1864), il est très influencé par les dialectes de Haute-AutricheAnton-Joseph Ilk, Zipser Volksgut aus dem Wassertal (1990). Le dialecte du Spiš se caractérise par une évolution du /v/ en /b/ et du /b/ en /p/ par rapport au moyen haut allemand, ainsi que par une évolution du /l/ en /u/ dans toutes les positionsІ. Я. Яцюк, Тернопільський національний педагогічний університет ім. Володимира Гнатюка, Наукові записки. Серія “Філологічна”, УДК 81’282.4:811.112.2(477).

Quelques locuteurs demeurent présents à Chmeľnica.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Implantations allemandes en Europe de l'Est Allemands de la Baltique Allemands de Bessarabie Allemands de Bucovine Allemands du Banat Allemands de Pologne Allemands en République tchèque Allemands des Sudètes Allemands de la mer Noire Allemands de la Volga Saxons de Transylvanie Présence allemande Drang nach Osten (Marche vers l'Est ou Colonisation de l'Est), Droit de Magdebourg (au moins depuis 1188) Expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie après la Seconde Guerre mondiale, Expulsion des Allemands d'Europe de l'Est Mines Histoire des mines de Haute-Hongrie Histoire des mines d'argent Histoire des mines d'or Histoire de la production du cuivre

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