Paracelse ou Paracelsus, dont le nom d'origine est Philippus Theophrastus Aureolus Bombast von Hohenheim, né le à Einsiedeln (en Suisse centrale) et mort le à Salzbourg (aujourd'hui en Autriche), est un médecin, philosophe et alchimiste, mais aussi théologien laïc suisse, d’expression allemande (de dialecte alémanique).

C'est un médecin-chirurgien innovateur en thérapeutique, un philosophe de la nature concevant les phénomènes naturels comme des processus alchimiques de transformation, un théoricien des forces surnaturelles et un rebelle s'en prenant parfois avec virulence aux institutions et aux traditions. Paracelse, philosophe, est un théoricien du Grand Tout, toujours animé par le désir de pénétrer la nature profonde des choses, attiré aussi bien par la Nature que par le royaume de Dieu. Sa pensée foisonnante, exubérante, est à l'image de l'homme rebelle, truculent, profondément croyant, se pensant sur la fin de sa vie, comme le médecin-prophète du dernier âge.

Paradoxalement, sa philosophie de la nature d'inspiration chrétienne et alchimiste, centrée sur Dieu, va dans les siècles suivants, fournir un cadre intellectuel plus fructueux au développement de la médecine chimique moderne que la philosophie de la nature, rationaliste et naturaliste de la médecine galéniste, dominante à l'époque, mais devenue dogmatique et sclérosée. Toutefois, le paradoxe n'est qu'apparent, car le système de pensée de Paracelse n'était pas à prendre ou à laisser en totalité ; seuls quelques éléments provenant de la pratique médicale pouvaient être gardés.

Dans son œuvre immense, toute imprégnée de la «magie naturelle» propre à la Renaissance, se trouvent quelques idées fortes et innovantes qui semblent avoir impulsé (ou parfois seulement préfiguré) les recherches ultérieures des médecins paracelsiens sur la voie d'une approche ontologique des maladies, de l'extraction des principes actifs des substances, de l'usage interne des médicaments chimiques ou des remèdes psychoactifs.

En somme, Paracelse initie le tournant de la médecine galénique vers la médecine moderne basée sur la biochimie, en déstabilisant les édifices galénique et aristotélicien et en ouvrant la voie à la physiologie expérimentale.

On peut aussi considérer que la pensée de Paracelse est le point de départ du long processus de séparation de la chimie de l'alchimie. Les travaux de nombreux savants sur deux siècles et demi permirent de se libérer des excès métaphysiques de Paracelse et en s'appuyant sur les expériences de laboratoire d'aboutir à la révolution chimique de Lavoisier des années 1787-1789.

Biographie Origines familiales Paracelse naît en 1493, dans le village d’Einsiedeln, dominé par la vie religieuse de son imposante abbaye bénédictine, près de Zurich, en Suisse. Son nom complet est Philippus Aureolus Theophrastus Bombast von Hohenheim. Il prend le surnom de Paracelse (Paracelsus en allemand) après 1529 quand il décide d'affirmer son autorité théorique. La forme abrégée de son premier prénom, Theophrast, semble avoir été la forme employée de son vivant.

Par sa mère, une Suissesse, qui serait issue d'une famille au service de l'ordre des Bénédictins à Einsiedeln, et son père, qui serait le fils illégitime d'un gentilhomme de la famille noble Bombast von Hohenheim de Souabe, Théophraste sera dans une position sociale en porte-à-faux entre les gens du peuple et la noblesse.

Son père, Wilhelm von Hohenheim, qui est médecin, a dû exercer son art auprès de patients qui venaient en pèlerinage pour prier la Sainte Vierge dans l'espoir de guérisons miraculeuses. Plus tard, Paracelse parlera toujours avec dégoût de ces pèlerinages d'EinsiedelnParacelse, Commentaires des Psaumes, 118 (119) P II, 6, 109..

Après le décès prématuré de sa femme, Wilhem abandonne Einsiedeln, en 1502, pour un poste médical modeste, loin à l'est, au-delà des hauts sommets alpins. Théophraste (le futur Paracelse) perd donc sa mère alors qu'il est enfant. S'il semble assez rapidement l'oublier, il mentionnera par contre son père à plusieurs reprises dans son œuvre..

Théophraste et son père s'installent dans une vieille région industrielle, à Villach, en Carinthie (Autriche), au carrefour des routes de Slovénie, du Frioul et de Vénétie. Son père y exerce les fonctions de médecin de la ville.

Formation initiale À l'âge de neuf ans, Théophraste devient apprenti dans les mines de Schwaz (proche de Villach) appartenant à la famille Fugger. Il se familiarise avec l'exploitation minière et les pratiques métallurgiques.. Théophraste s'enorgueillira plus tard de son caractère rude et entier, car dit-il, il n'a pas été élevé dans les palais. Il dira être fier d'être Allemand, c'est-à-dire homme du peuple.

Aucune source fiable n'est connue sur le parcours éducatif du jeune Théophraste et les commentaires vagues qu'il a laissés dans ses œuvres ne sont pas d'un grand secours. Beaucoup de légendes ont couru sur sa formation. Beaucoup de biographies ne sont que des reconstructions fantaisistes romancées. Dès son enfance, nous dit-il. (dans la Grande Chirurgie., 1536), il s'intéresse à l'étude de la nature. Il cite avec reconnaissance, comme ayant été ses maîtres, outre son père, quatre évêques, en botanique, médecine, minéralogie et philosophie naturelle. Mais on doit prendre avec scepticisme le fait qu'il ait pu recevoir une formation de l'abbé Trithemius de Sponheim.

Grand tour de l'Europe (1507-1524) En 1507, à l'âge de quatorze ans, Théophraste quitte son foyer familial pour se lancer dans une série de voyages à travers l'Europe (1507-1524), dans toutes les directions, dit-ilParacelse, Spitalbuch (1529), éd. Karl Sudhoff : Sämtliche Werke, Munich et Berlin, Otto Wilhelm Barth, 1922-1931, t. , ; La grande chirurgie, préface.. Il le fait peut-être comme les jeunes gens de la noblesse germanique qui effectuent le Tour du Chevalier (Junkerfahrt) dans le but de parfaire leurs humanités et leur formation militaire (par la suite le Grand Tour prendra une signification plus intellectuelle chez les Britanniques). vignette|Monument dédié dans le Paracelsus-Park d'Einsiedeln (Suisse). Voyageur infatigable, il est avide de tout connaître, tout découvrir et expérimenter par lui-même. Pour subsister, il se fait probablement enrôler comme chirurgien-barbier dans diverses armées. Il indique dans le Spitalbuch avoir acquis de l'expérience et obtenu quelques succès thérapeutiques dans la région de Naples, et pendant les guerres menées par Venise, le Danemark, et les Pays-Bas.

Il aurait obtenu le titre de docteur en médecine en Italie, peut-être à Ferrare (1512-1516), mais les archives de l'université de Ferrare qui sont lacunaires pour le début du , ne permettent pas de s'assurer de sa présence. Selon Webster « il n'y a aucune preuve décisive attestant de sa présence dans une université et rien ne confirme son doctorat de Ferrare ».

Il participe, en 1522, au milieu des troupes vénitiennes, comme chirurgien militaire, aux guerres de Venise. Entre ces périodes de guerre, il aurait séjourné, entre 1517 et 1524, dans divers pays d'Europe occidentale et orientale mais il n'est pas possible d'en déterminer la succession temporelle. Il est certain qu'il séjourne assez longtemps en Italie.

Paracelse n'est pas un docte, imbu de la science livresque de son temps. Le plus clair de son savoir provient, comme il le dit lui-même, de bonnes femmes, demi-sorcières, de Bohémiens, qu'il rencontre sur son chemin, des pratiques populaires, des moyens employés par les barbiers de village, des méthodes de laboratoire dont se servent les mineurs et les orfèvres. C'est un homme de la pratique, du métier (un chyrurgus), non un homme d'étude..

Son éducation, son parcours et ses centres d'intérêts sont en rupture avec la tradition universitaire de l'occident chrétien. Chaque fois qu'il parle de l'université dans ses ouvrages, c'est toujours en termes négatifs sinon injurieux. Il est donc possible qu'il n'ait aucun titre universitaire.

Salzbourg et la contestation de l'idolâtrie religieuse 1524-1525 Vers 1524, Théophraste s'arrête à Salzbourg, où il choisit de se fixer. C'est un grand centre administratif de l'archevêché, proche de florissantes industries minières et d'extraction du sel gemme. Il s'installe et travaille pour la communauté d'un bain public. On ne sait rien de son activité médicale. On pense qu'il travaille aussi activement à des écrits théologiques. Et ce sont ces derniers qui vont déclencher les hostilités. Ainsi, dans le réquisitoire De septum punctis idolatriae cristianae (Sur sept points de l'idolâtrie chrétienne), il s'en prend à toutes les cérémonies, prières, aumônes, bénédictions et formes excessives de pèlerinages. Sa foi, vue comme une sorte de panthéisme mystique, liée à des idées alchimiques, le fait entrer en conflit avec deux théologiens qui l'accusent de prendre ses idées chez les paysans. Théophraste rétorque qu'il connaît tout sur les universités et qu'il en a visité plusieurs dont il indique le nom, mais qu'on n'a rien à apprendre en théologie dans les milieux universitaires. La voie qu'il suit s'appuie sur l'exemple des Apôtres et sur l'enseignement du Christ (Septum punctis PII, 3, 5). vignette|Statue de Paracelse dans le . Au moment même où Théophraste lance ses attaques acerbes contre l'Église romaine, des mouvements de révoltes paysannes se transforment en une large insurrection menaçant Salzbourg. Il est probable que ses contacts réguliers avec les gens du peuple ont dû le convaincre de la nécessité de réformer la société. Accusé de connivences, isolé et sans appui social, il doit quitter précipitamment la cité autrichienne en 1525, en y laissant des biens personnels assez considérables.

Il écrit son premier livre, Neun Bücher Archidoxis (Neuf livres Archidoxes, 1525-1526), dans lequel il développe la « chimiatrie » ou « alchimie » médicale, influencée par Jean de Roquetaillade (Johann de Rupescissa, 1310-1366) et Philipp Ulsted : il faut extraire la médication efficace des composantes impures des minéraux, cristaux, gemmes, des métaux, de plantes, des racines, etc. pour que les vertus curatives de la nature (comme les « arcanes»), puissent agir contre les maladies. L'extraction par des processus (al)chimiques (de sublimation, distillation, calcination, action de corrosifs, etc.) des vertus des substances permet d'obtenir toute une hiérarchie de remèdes, appelés quintessence, arcanes, magistères et spécifiques. On peut y voir une anticipation de la notion de « principe actif », au niveau de l'intention du moins, car aucun moyen d'évaluation empirique ne garantissait l'efficacité thérapeutique.

On ne trouve dans cet ouvrage, aucune référence à la théorie des Trois Principes (mercure, soufre et sel) qui va devenir constante dans ses écrits de la maturité. Il indique . On y voit une constante préoccupation de problèmes théologiques, un souci de contextualiser tous les sujets dans une perspective métaphysique. Le ton paisible, serein contraste avec les bordées d'injures qu'il lancera plus tard contre les médecins après son expulsion de Bâle.

Strasbourg et Bâle, de la reconnaissance académique à l'humiliation, 1526-1527 À la fin de l'été 1526, Théophraste est appelé auprès Philippe Ier de Bade, le margrave de Bade, pour soigner ses troubles gastro-intestinaux. Le traitement donne satisfaction au margrave, mais le médecin est escroqué par un confrère qui détourne ses émoluments. vignette|L'université de Bâle, en Suisse, où Paracelse devint professeur en 1527.