Francisco Franco Bahamonde (Prononciation en espagnol d'Espagne retranscrite selon la norme API.), né le à Ferrol (Galice) et mort le à Madrid, est un militaire et homme d'État espagnol. Chef du camp nationaliste à partir de 1936 pendant la guerre civile espagnole, il établit en Espagne, après la victoire franquiste en 1939, un régime dictatorial nommé État espagnol, qu'il dirige jusqu'à sa mort.
Issu d'une famille d'officiers de marine, Franco intégra l' puis fut versé en 1912 dans les troupes du Maroc où, en participant à la guerre du Rif, il manifesta des qualités de meneur d'hommes et de tacticien et contribua à la formation des unités de la Légion espagnole nouvellement créée. Promu général de brigade à l'âge de 34 ans, au lendemain du débarquement d'Al Hoceima, il fut affecté ensuite à Madrid puis nommé directeur de la nouvelle Académie militaire de Saragosse. Après la proclamation de la république en 1931, il occupa plusieurs fonctions au sein du haut commandement, dirigea en 1934 la répression de la révolution asturienne et fut nommé chef d'état-major central en 1935.
Le , Franco, relégué aux îles Canaries par le gouvernement du Front populaire, se rallia au soulèvement militaire préparé depuis plusieurs mois, dans un contexte marqué notamment par l'assassinat de José Calvo Sotelo. Le coup d'État, qui eut lieu le , échoua mais marqua le début de la guerre civile espagnole. À la tête des troupes d'élite marocaines, le général Franco parvint à briser le blocus républicain du détroit de Gibraltar et, avec l'aide allemande et italienne, débarqua en Andalousie, d'où débuta sa conquête progressive de l'Espagne. La Junte de défense nationale, comité collégial réunissant les principaux chefs militaires de la zone nationaliste, le nomma au poste de généralissime des armées, c'est-à-dire commandant suprême militaire et politique, en principe pour la seule durée de la guerre civile. Bénéficiant de l'appui des dictatures fascistes et de la passivité des démocraties, l'armée nationaliste remporta la victoire, proclamée fin après la chute de Barcelone et celle de Madrid. Le bilan est lourd (entre et ) et la répression s'abattit sur les vaincus ( exécutions, , à ).
Dès 1936, le général Franco s'appuya sur la Phalange espagnole et les carlistes dans le cadre de l'effort militaire nationaliste, tout en maintenant sous son autorité des courants idéologiquement disparates, parfois concurrents. Par le décret d'unification d', il fusionna ces mouvements au sein d'un parti unique, la Falange Española Tradicionalista y de las JONS, consolidant ainsi son contrôle politique du camp nationaliste. À partir de 1939, celui que l'on appelle le Caudillo, le généralissime ou le chef de l'État, instaura une dictature militaire et autoritaire, corporatiste, sans doctrine clairement définie en dehors d'un ordre moral et catholique, marquée par l'hostilité au communisme et aux forces judéo-maçonniques, et soutenue par l'Église catholique. Bien que d'abord soutenu par les régimes fasciste italien et nazi allemand, Franco adopta durant la Seconde Guerre mondiale une politique de neutralité officielle, tout en apportant un soutien limité aux puissances de l'Axe, notamment par l'envoi de la division Azul combattre sur le front de l'Est. La victoire alliée acquise, le général Franco écarta les éléments les plus compromis avec les vaincus, tels que son beau-frère Serrano Súñer et les dirigeants phalangistes, et mit en avant les soutiens catholiques et monarchistes de son régime. L'ostracisme international de l'immédiat après-guerre fut progressivement atténué par la guerre froide, la position stratégique de l'Espagne assurant finalement la survie du régime avec l'appui de l'Argentine, des États-Unis et du Royaume-Uni. À l'intérieur, le Caudillo joua des rivalités internes pour maintenir son pouvoir et fit de l'Espagne une monarchie dont il assuma la régence, prenant notamment en charge l'éducation de Juan Carlos, fils de Don Juan, prétendant au trône d'Espagne. Ses gouvernements successifs furent des exercices d'équilibriste, résultant d'un dosage entre les différentes familles du Movimiento Nacional.
Après que le système autarcique, qui limitait fortement les investissements étrangers et les importations, et qui s’accompagnait de corruption et de marché noir, eut provoqué de graves pénuries, à l’origine d’une famine qui coûta la vie à entre 1939 et 1942, Franco consentit, à la fin des années 1950, à confier le gouvernement à des technocrates, selon l'appellation de l'époque, pour la plupart membres de l'Opus Dei. Ceux-ci mirent en œuvre, avec l'aide économique des États-Unis la libéralisation progressive de l'économie espagnole à travers des plans de stabilisation et de développement, entraînant un rapide redressement économique et une croissance soutenue durant les années 1960.
En 1969, Franco désigna officiellement Juan Carlos de Bourbon comme son successeur. Les dernières années de la dictature furent marquées par l'émergence de nouvelles revendications ouvrières, étudiantes et régionalistes — notamment basques et catalanes —, par des attentats, dont celui qui coûta la vie au président du gouvernement Carrero Blanco, par la prise de distance de l'Église à la suite de Vatican II, ainsi que par la poursuite de la répression contre les opposants.
Franco meurt le , après une longue agonie ponctuée de multiples hospitalisations. Juan Carlos, acceptant les principes du Movimiento Nacional, est alors proclamé roi. Enterrée à l'origine à Valle de los Caídos sur décision du nouveau souverain, la dépouille de Franco est transférée en au cimetière de Mingorrubio, où repose également son épouse, sur décision du gouvernement de Pedro Sánchez dans le cadre de la politique d'élimination des symboles du franquisme et afin d'éviter tout acte d'exaltation de ses partisans.
Enfance et formation militaire
Naissance et milieu vignette|gauche|Arsenal de Ferrol durant les . Francisco Franco Bahamonde naît le dans le centre historique de Ferrol, dans la province de La Corogne. Ferrol et ses environs sont peut-être une des clefs pour saisir la figure de Franco. Petite ville endormie qui ne comptait au début du que quelque , Ferrol hébergeait alors la plus grande base navale du pays, en plus d’importants chantiers navals. Dans la paroisse castrense (=de l’armée), exemple accompli d’endogamie sociale, les militaires gradés constituaient une caste privilégiée et isolée, et leurs enfants, dont les Franco, vivaient dans un milieu clos, presque étranger au reste du monde, et peuplé exclusivement d’officiers, généralement de la marine.
La perte de Cuba à la suite de la guerre hispano-américaine de 1898 permet d’expliquer en partie les rudimentaires idées politiques de Franco. Ferrol plus particulièrement, dont toute l’activité était axée sur l’envoi de troupes et le commerce avec les colonies d’outre-Atlantique, fut l’une des villes les plus frappées par cette défaite. Aussi l'enfance de Franco se passa-t-elle dans une ville déchue, parmi des militaires retraités ou invalides, réduits à l’indigence, où les communautés professionnelles s’étaient repliées sur elles-mêmes, enfermées dans une sorte de rancœur réciproque. La défaite signa ainsi le divorce entre société militaire et société civile ; dans les milieux militaires et dans une partie de la population, la résistance dont avait fait preuve une flotte pourtant obsolète et mal équipée était considérée comme le résultat de l’héroïsme de quelques militaires qui avaient tout sacrifié à la patrie, et la défaite comme la conséquence de l’attitude irresponsable de quelques politiciens corrompus qui avaient délaissé les forces armées. La réflexion postérieure de Franco sur le désastre de 1898 le fera se rallier aux thèses du régénérationnisme, idéologie qui postulait la nécessité de réformes profondes et le rejet du système hérité de la Restauration.
Ascendances et famille Francisco Franco est le fils d’une lignée de six générations de marins, dont quatre nés à Ferrol même, au sein d’une communauté qui ne concevait l’existence des hommes que comme une vie au service du drapeau, dans la flotte de guerre de préférence.
Après sa mort, des rumeurs ont circulé à propos de supposées origines juives de la famille Franco, bien qu’aucune preuve concrète ne soit jamais venue corroborer une telle hypothèse. Une quarantaine d’années après la naissance de Franco, Hitler chargea Reinhard Heydrich de mener des investigations pour essayer d’élucider la question, mais sans résultat. Du reste, aucun document ne laisse entrevoir de la part de Franco une quelconque préoccupation à l’égard de ses origines.
Parents vignette|gauche|Francisco Franco, au jour de son baptême, le 17 décembre 1892, dans les bras de sa mère María del Pilar Bahamonde. À gauche, le père Nicolás Franco Salgado-Araújo. Durant son enfance, le jeune Franco était confronté à deux modèles contradictoires, celui de son père, libre-penseur faisant fi des conventions, délibérément impie et ostensiblement fêtard et coureur de femmes, et celui de sa mère, parangon de courage, de générosité et de piété. Le père, Nicolás Franco y Salgado-Araújo (1855-1942), était capitaine dans la marine, et parvint à la fin de sa carrière au grade d'intendant-général de la marine, ce qui équivaut à peu près au grade de vice-amiral ou de général de brigade et représentait en l’espèce une fonction purement administrative, mais qui semble avoir été de tradition dans la famille.. Ayant été affecté à Cuba et dans les Philippines, il avait adopté les habitudes de l’officier des colonies : libertinage, jeux de casino, ripailles et beuveries nocturnes. Pendant qu’il était en poste à Manille, âgé alors de , il avait engrossé Concepción Puey, âgée de 14 ans, fille d’un officier de l’armée de terre... À Ferrol, il s’adapta difficilement à l’atmosphère bien-pensante de la Restauration, et passait des journées à boire, à jouer et à palabrer, et avait coutume de rentrer tard, souvent éméché et toujours mal luné. Il se comportait de façon autoritaire, à la limite de la violence, n’admettant pas la contradiction, et les quatre enfants souffraient de ces rudes manières. Il avait coutume de convier ses fils et quelques-uns de ses neveux à des promenades dans la ville, le port, et les environs pendant qu’il les entretenait de géographie, d’histoire, de la vie marine et de sujets scientifiques..
Le père allait gagner tous les titres à l’hostilité de son fils Francisco : sans jamais aller jusqu’à un engagement politique ou idéologique affirmé, il se montrait volontiers anticlérical, était résolument hostile à la guerre du Maroc, avait affirmé à Madrid ses convictions libérales, et estimait que l’expulsion des Juifs par les Rois catholiques était une injustice et un malheur pour l’Espagne. Politiquement classé comme libéral de gauche, le père se déclara d’emblée hostile au Mouvement national, et même après que son fils est devenu dictateur, demeura très critique à son encontre tant en public qu’en privé. Il n’avait pas su reconnaître le génie de son deuxième fils et ne lui avait jamais exprimé le moindre sentiment d’admiration.