Stéphane Courtois, né le à Dreux, est un historien français, professeur à l'Institut catholique de Vendée (ICES) à La Roche-sur-Yon, après une carrière au CNRS. Directeur de collection, il s'est spécialisé dans l'histoire des mouvances et des régimes communistes.

Biographie Engagement à l'extrême gauche

Fils d'instituteur, Stéphane Courtois milite de 1968 à 1971 à l'organisation maoïste Vive le communisme, qui change de nom en 1969 pour Vive la révolution, autour de Roland Castro. Il dirige, un temps, la librairie de cette organisation, « La Commune », rue Geoffroy-Saint-Hilaire à Paris. Il se définit comme ayant été « anarcho-maoïste ». Il suit le parcours d'anciens de l'extrême gauche, devenus partisans de la démocratie représentative à partis multiples et souvent anticommunistesChristophe Bourseiller, Les Maoïstes. La folle histoire des gardes rouges français, Paris, Plon, 1996, ..

Invité en dans une émission des Dossiers de l'écran consacrée au Parti communiste français, il indique qu'il lui arrive de voter communiste et qu’il se considère donc comme un homme de gauche. Il appelle cependant le parti à se pencher sur son histoireLes Éditions sociales/Messidor mettaient sous presse un collectif d'historiens marxistes, Le PCF : étapes et problèmes (1920-1972), qui paraîtra au début de l’année 1981..

Le PCF dans la guerre et la revue Communisme Ayant repris des études de droit puis d'histoire, il se fait connaître en 1980 avec la publication de son travail de thèse Le PCF dans la guerre effectuée sous la direction d'Annie Kriegel. C'est avec cette dernière qu'il fonde en 1982 la revue Communisme qui réunit des spécialistes non-communistes du communisme français. Après la mort d'Annie Kriegel, il est le principal animateur de la revue. Stéphane Courtois a été nommé directeur de recherches au CNRS où il a été responsable du « Groupe d'observatoire et d'études de la démocratie » (GEODE). Cette période de la revue Communisme est perçue comme une période extrêmement riche en recherches de toutes sortes, creuset de travaux d'importance publiés dans les années 1980Bruno Groppo et Bernard Pudal, article Trois enjeux en débat dans Le siècle des communismes, ed. de l'Atelier, 2000, collection de poche Points-Seuil, 2004, .

Séjours aux archives du Komintern à Moscou (1992-1994) En , à la suite de la chute du mur de Berlin et du « Rideau de fer », l'Union soviétique s'effondre, après les régimes communistes des pays d'Europe de l'Est. Cet événement est suivi par l’ouverture, pour quelques années, des archives du Komintern (ou Internationale communiste) aux historiens russes et chercheurs occidentaux.

Il ne lit pas le russe, mais cette ouverture représente pour Stéphane Courtois une occasion pour accéder à des sources inédites permettant de récrire l'histoire du communisme jusque-là imprégnée, selon lui, soit par la propagande des régimes de type soviétique, soit par les hypothèses invérifiables de ses adversaires. Courtois qualifie ce tournant historiographique de « véritable révolution documentaire »« CHAPITRE XX. - Histoire du communisme : la révolution documentaire » in Communisme et totalitarisme, Stéphane Courtois, Perrin, Paris, 2009, . À titre d'exemple, l'étude historique du Parti communiste français (PCF) avait été faite pendant des dizaines d'années non pas sur d'authentiques documents d'archives mais sur la foi de témoignages, comme les mémoires publiés par des membres du PCF (dont Jacques Duclos), car les archives originales du PCF étaient conservées non pas au siège du parti à Paris, mais à Moscou, selon les clauses centralisatrices régissant l'admission au Komintern (conditions d'admission à la ). En 2006, Courtois édite un ouvrage intitulé Communisme en France. De la révolution documentaire au renouveau historiographique.

Stéphane Courtois effectue son premier séjour aux archives du Komintern, à Moscou, en . Après trois autres séjours, il effectue le dernier en . En 2009, lors d'une conférence, Stéphane Courtois déclare : .

Courtois, en glanant parfois dans les archives des informations spectaculaires, et en provoquant délibérément des polémiques, prend aux yeux de certains auteurs de la revue Communisme une posture en rupture avec les recherches de complémentarité scientifique de cette publication. Dès 1993, une partie importante du comité de rédaction de Communisme quitte la revue.

Apport à l'histoire des régimes communistes Si la production historiographique de Courtois d'avant 1995 concerne essentiellement le PCF, il se concentre ensuite davantage sur le Komintern et l'histoire des régimes communistes d'Europe de l'Est. Dans le Livre Noir, sa contribution concernait les aspects criminels de l'action du Komintern. Dans son livre sur Eugen Fried qu'il cosigne avec Annie Kriegel en 1997, l'accent est mis davantage sur le contrôle par le Komintern des partis communistes nationaux et des organisations de masse antifascistes comme Amsterdam-Pleyel, le Secours Rouge ou le Rassemblement universel pour la paix. Dans l'avertissement au lecteur d’Eugen Fried, il est d'ailleurs indiqué que le projet lancé en 1984-85 avait été suspendu en 1991 lorsque les archives du Parti communiste d'Union soviétique furent transférées aux archives d'État de la république de Russie. Annie Kriegel et Stéphane Courtois, Eugen Fried, Le Seuil, 1997, . L'historienne Sophie Cœuré souligne alors dans sa réception critique de l’ouvrage consacré à Eugen Fried que les deux auteurs s'appuient sur une série impressionnante d'archives inédites et de publications très récentesSophie Cœuré, Deux destins révolutionnaires : Lénine et Eugen Fried, Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1999, 46-2, .

Dans une communication à l'Académie des sciences morales et politiques, Courtois défend la thèse selon laquelle Staline est parfaitement représentatif du régime soviétique instauré à partir de la Révolution de 1917 sous la direction de Lénine :

« Il n’en reste pas moins que dans la phase de fondation du système, de 1917 à 1953, c’est bien l’idéologie qui a commandé la conduite de Lénine puis de Staline… Staline était un authentique bolchevique élevé à l’école du léninisme… Staline n’était donc pas l’obscur apparatchik décrit par Trotsky, mais l’un des collaborateurs directs de Lénine et parmi les plus appréciés pour son soutien sans faille au leader, son sens de la discipline, son sang-froid et sa fermeté de caractère exceptionnels, sa détermination et son absence totale de scrupules et de pitié dans l’action ».

Après la publication d’Eugen Fried, Courtois dirige plusieurs projets éditoriaux collectifs, comme Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe (2002) qui revient sur la sortie du Livre noir du communisme et apporte des compléments à l'ouvrage, rédigés pour la plupart par des auteurs étrangers, et le Dictionnaire du communisme (2007). En 2008, il contribue au Livre noir de la Révolution française, dans un chapitre consacré aux rapports entre le jacobinisme et le bolchevisme. En 2009, il revient à nouveau sur la question du communisme avec l'ouvrage Communisme et totalitarisme, qui recueille une série de ses articles sur le sujet.

Stéphane Courtois a par ailleurs élargi ses travaux à l'ensemble des totalitarismes. Il organise à ce titre de nombreux colloques internationaux et la direction d'une collection d'abord au Seuil puis aux Éditions du Rocher.

Influences méthodologiques Ancien élève de l'historienne française Annie Kriegel, Stéphane Courtois déclare que son ouvrage Communisme et totalitarisme (2009) est construit sur le modèle de plusieurs livres de celle-ci, notamment Le pain et les roses : jalons pour une histoire des socialismes (1968) et Communismes au miroir français (1974), Stéphane Courtois, Institut d'histoire sociale, 22 octobre 2009, enregistrement audio sur Youtube.. La méthodologie mise au point par Annie Kriegel, et reprise par Stéphane Courtois, consiste à accumuler les étapes de la réflexion du chercheur sous forme de textes qui sont regroupés par thèmes et publiés régulièrement.

Reprenant à son compte le concept d'« atelier de l'histoire » développé par l'historien François Furet, dans son livre éponyme paru en 1982, Stéphane Courtois déclare que . Ainsi, l'évolution de cette réflexion permet de construire une vision d'ensemble plus globale et nuancée que celle de départ.

Le Livre noir du communisme (1997)

Après de nombreuses contributions et ouvrages sur les différentes facettes du communisme français et international, Courtois participe au projet du Livre noir du communisme publié en novembre 1997, dont il est le coordinateur et préfacier. Participent à cet ouvrage Nicolas Werth (agrégé d'histoire et chercheur à l'IHTP spécialiste de l'Union soviétique), Jean-Louis Panné (historien et éditeur chez Gallimard, également l'auteur d'une biographie de Boris Souvarine), Karel Bartošek (chercheur au CNRS et directeur de la revue Nouvelle Alternative), Andrzej Paczkowski (professeur de sciences politiques et membre du conseil des archives du ministère de l'Intérieur). Courtois lui-même est le coauteur d'un article sur le Komintern.

Contenu du Livre noir L'ouvrage fait le bilan des crimes perpétrés par les différentes formes de pouvoir s'étant revendiquées du communisme, avec notamment une introduction rédigée par Courtois et intitulée « Les crimes du communisme » dans laquelle ces formes de pouvoir sont tenues pour responsables de la mort de près de 100 millions d'êtres humainsLe Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression (dir.), Éditions Robert Laffont, Paris, 1998, ..

Extrait : Stéphane Courtois, Les crimes du communisme dans Le livre noir du communisme, Éditions Robert Laffont, 1997, .

L'ouvrage s'inscrit dans une vision essentialiste du communisme développée par Ernst Nolte selon laquelle ce dernier aurait une nature générale et criminelle par essenceSerge Wolikow, article Trois enjeux en débat dans Le siècle des communismes, éd. de l'Atelier, 2000, collection de poche Points-Seuil, 2004, .

Dans la préface, Stéphane Courtois se fait le défenseur de la tradition du droit naturelPréface : .

Polémique sur le nombre des victimes L'un des contributeurs du Livre Noir, Nicolas Werth, a reproché à Stéphane Courtois d'avoir, dans sa préface, avancé le chiffre de de victimes économiques ou politiques du socialisme en URSS, alors que lui-même n'en dénombrait que . Un autre contributeur, Jean-Louis Margolin, a fait remarquer qu'il n'avait jamais parlé d’un million de morts au Viêt Nam, contrairement à ce qu'affirme Stéphane Courtois dans son texte.

La manière d'additionner sans distinction des victimes très disparates mortes dans des guerres civiles, des crises économiques ou même des condamnés de droit commun sur les cinq continents par des régimes divers, pendant plus de , a également été discutée. Les auteurs du Siècle des communismes (2000), derrière Claude Pennetier, mettent en cause l'unicité du communisme sous-tendue par le Livre Noir « S'il est un présupposé que cet ouvrage souhaiterait résolument révoquer en doute, bien que comme tout préjugé, il contienne sa part de vérité, c'est celui de l'unicité de ce qu'il est convenu d'appeler le « communisme du ». Du « Passé d'une illusion »Il s'agit du livre de François Furet aux crimes du communismesC'est l'introduction de Courtois au Livre noir, l'erreur première réside dans l'emploi non critiqué de l'article singulier et dans la volonté de réduire, par conséquent, le communisme à « une » propriété fondamentalePremier paragraphe de l'Introduction à Le Siècle des communismes, 2000 ». Pour les auteurs de ce livre, il n'y avait pas grand-chose de commun entre la Hongrie de János Kádár et le Cambodge de Pol Pot.