Daniel Théron, plus connu sous le pseudonyme de Jack-Alain Léger notamment, est un romancier et chanteur français, né le à Toulon et qui s'est donné la mort le à . . Il a également publié sous les noms de plume Melmoth, Dashiell Hedayat, Eve Saint-Roch et Paul Smaïl.

Son œuvre littéraire reste inclassable car elle comporte toutes sortes de livres, « de l'obscur essai sur l'écriture au gros roman d'aventures, du tirage confidentiel au succès mondial. », balayant ainsi une grande partie du spectre de la littérature.

Biographie Enfance Daniel Théron est le fils d'un critique littéraire, écrivant dans l'hebdomadaire Paris Match. Ses parents ont un premier enfant, puis un deuxième qui meurt à la naissance, et Daniel arrive deux ans plus tardAutoportrait au loup, Flammarion, 1982.. Daniel Théron garde le souvenir d'une enfance en partie douloureuse auprès d'une mère dépressive et suicidaireLes Aurochs & Les Anges, Rivages, 2007., il déclare entretenir des relations difficiles et conflictuelles avec son père qui ne prend pas au sérieux son travail d'écrivainLes blessures d'enfance de l'écrivain Jack-Alain Léger dans Café Picouly. Ces relations familiales complexes le pousseront à changer de pseudonymes à de nombreuses reprises : « porter le nom de mon père m'eût été intolérable. ».

Carrière musicale Amateur de musique rock, Daniel Théron écrit des critiques de disques dont certaines seront publiées dans le mensuel Rock & Folk. À la fin des années 1960, il se lance dans une carrière d’auteur-compositeur-interprète sous le nom de Melmoth. Son premier album, La Devanture des ivresses, est récompensé par le grand prix de l'académie Charles-Cros en 1969. Mais le disque est retiré des bacs et pilonné par le distributeur lui-même qui se déclare choqué par les paroles. L'album devient culte et, avec le temps, une référenceJack-Alain Léger dans La Grande librairie, 2011.. L'auteur connait à cette époque quelques expériences avec la drogue et notamment le LSD. .

Il adopte ensuite le pseudonyme de Dashiell Hedayat, en hommage à l'écrivain de romans policiers Dashiell Hammett et à l'écrivain iranien Sadegh Hedayat, et publie en 1971 l'album , enregistré avec le groupe Gong. Les ventes de ses disques restent confidentielles mais Obsolète devient culte, notamment le titre Chrysler rose.

Carrière littéraire Pseudonymes et succès Daniel Théron fait son entrée en littérature en 1969 avec la traduction en langue française du livre de Bob Dylan, Tarantula publié conjointement avec son premier roman, Being, par Christian Bourgois. Il signe alors ses ouvrages du nom de Melmoth. À Denise Glaser, avec qui il s'entretient dans DiscoramaDiscorama, 1971, il déclare vouloir « casser son identité ».

Il met par la suite en pratique cette déconstruction identitaire en signant ses romans du nom de Dashiell Hedayat puis, à partir de 1973, du nom de plume Jack-Alain Léger, nom du personnage principal de son roman Mon premier amour. Sous ce pseudonyme, il publie notamment Un ciel si fragile qui obtient le prix Contrepoint 1975 et le prix d'Honneur 1976Bibliographie de l'auteur dans L'Autre Falstaff paru au Mercure de France..

En 1976, il fait paraître Monsignore, un polar parodique qui devient un best-seller. L'ouvrage se vend à en France et est traduit dans 23 langues. Son adaptation cinématographique, Monsignor, sortie en 1982, est réalisée par Frank Perry. Ce succès lui permet de mener un grand train de vie, ..

Un parcours chaotique L'auteur entretient par la suite des relations très conflictuelles avec les maisons d'éditions, et notamment avec Françoise Verny – son éditrice chez Grasset puis Gallimard – envers laquelle il nourrit un ressentiment tenace. Il lui reproche entre autres de lui avoir refusé certains de ses textes ou demandé de couper à l'aveugle des passages entiers de ses manuscrits. En retour, Françoise Verny le qualifie d'écrivain « ingérable ». .

Jack-Alain Léger estime qu'il est victime d'une haine de la part des éditeurs qui attendent de lui la rédaction d'autres best-sellers à l'image de Monsignore, ce qu'il refuse. Il change dès lors d'éditeur à maintes reprises, alternant les publications dans des maisons populaires et plus confidentielles. L'auteur perd de sa visibilité médiatique. Jack-Alain Léger s'estime dès lors victime d'acharnement de la part des critiques littéraires et se dit ostracisé par le milieu littéraire français, lequel l'accuse en retour de « paranoïa ». .

Une œuvre polémique Avec Autoportrait au loup, paru en 1982, autobiographie dans laquelle il évoque son homosexualité, son masochisme, son goût pour les pratiques BDSM et le fétichisme sexuel ainsi que la maniaco-dépression dont il est atteint depuis l'enfance. , l'auteur connaît à nouveau une médiatisation plus accrue, notamment grâce à son passage dans Apostrophes de Bernard PivotÉmission du 17 septembre 1982.. Le livre, qualifié de très impudique, fait scandale. . La presse littéraire se déchaîne contre l'ouvrage, poussant Le Monde à publier un article qui recense les pires critiques à l'égard du livre pour en dénoncer la violenceLe Figaro, 19 juillet 2013. Jack-Alain Léger déclare : « Je me souviens d'un Apostrophes, en 1982, lors duquel Dominique Fernandez s'en est pris violemment à moi. Je me suis souvenu du conseil d'une attachée de presse: « Surtout, à la télé, ne répliquez jamais. Ça passe très mal, à l'écran »L'express, 01/02/2006.

En 1988, il fait paraître sous le pseudonyme féminin d’Ève Saint-Roch un roman intitulé Prima Donna, un ouvrage dont il révèle des années plus tard qu'il s'agit d'un « livre écrit pour gagner de l'argent », l'auteur qualifiant le récit de « livre pour l'été, pour la plage ».

En 1997, il publie un ouvrage dans lequel il règle ses comptes avec le milieu littéraire. Intitulé Ma vie (titre provisoire), le livre est mal compris et Léger est alors perçu, selon ses propres dires, comme « un écrivain plein de rancœur ».

Au début des années 2000, son livre Vivre me tue, présenté comme le « témoignage » de Paul Smaïl, un jeune Français, beur d'origine marocaine, suscite la polémique lorsque l'identité de l'auteur est révélée. En 2002, le livre est adapté au cinéma par Jean-Pierre Sinapi. Il signe d'autres ouvrages de ce nom de plume, notamment Ali le magnifique en 2001, qui s'inspire de l'affaire Rezala. Le jeu sur l'identité fictive de Paul Smaïl est dénoncé de façon virulente par certaines personnalités du milieu littérairePierre Assouline, « Jack-Alain Léger : pas d'autres vies que la sienne », La République des Lettres, 2 août 2013..

En 2003, dans Tartuffe fait ramadan, Jack-Alain Léger se déclare « islamophobe » et écrit que distinguer islam et islamisme s'apparente à Tartuffe fait ramadan, Denoël, p. 23..

La difficulté d'écrire En 2006, l'auteur fait paraître Hé bien ! la guerre, un ouvrage qui rassemble des livres inachevés. Il confesse alors qu'il éprouve désormais de grandes difficultés à écrire et qu'il en souffre. Son livre suivant, Les Aurochs & les anges, paru en 2007, explore cette difficulté à créer et notamment la maniaco-dépression de l'auteur qui se fait grandissante.

En 2009, l'auteur déclare au Figaro10 septembre 2009 vouloir s'auto-éditer et ouvrir un site Internet destiné à la vente de ses livres. Il évoque alors les refus des éditeurs et les à-valoirs dérisoires qui lui sont proposés pour justifier une telle entreprise. Mais le projet ne voit jamais le jour.

En 2010, il demande à être placé sous tutelle car sa dépression le handicape fortement. Il choisit l'avocat et écrivain Emmanuel Pierrat comme tuteurLibération, 18/07/2013.. Ce dernier déclare :

En 2011, paraît Zanzaro Circus, premier tome d'une fresque biographique qui devait en comporter sept.

Suicide, hommages et postérité Dépressif depuis son enfance, Jack-Alain Léger se donne la mort en se défenestrant de son domicile au étage, le , à Paris. Il a rédigé une lettre de trois pages adressée à Emmanuel Pierrat, son tuteur devenu son exécuteur testamentaire, où figure cette affirmation :

Dans le même article, Pierrat explique :

Après sa mort, des personnalités lui rendent hommage. Cécile Guilbert noteLe Figaro, le . :

Quant à Yann Moix, il écrit dans Le FigaroLe 17 février 2013. :

Le , Emmanuel Pierrat organise au Centre national du livre une soirée spéciale en hommage à l'auteurHommage à Jack-Alain Léger au CNL..

Après sa mort, son disque Obsolète est réédité à plusieurs reprises.. Son livre culte Vivre me tue est traduit en italien (Vivere mi uccide, Minimum fax, 2022).

En 2023 est publiée la première biographie de l'écrivain, Vous direz que je suis tombé. Vies et morts de Jack-Alain Léger, par Jean Azarel.

Œuvre Œuvre littéraire Sous le pseudonyme de Melmoth Being, roman, Christian Bourgois, 1969

Sous le pseudonyme de Dashiell Hedayat Le Bleu le bleu, roman, Christian Bourgois, 1971 Le Livre des morts-vivants, roman, Christian Bourgois, 1972 Selva Oscura, roman, Flammarion, 1974 réécrit sous le nom de Jack-Alain Léger, Julliard, 1991 Jeux d'intérieur au bord de l'océan, roman, Christian Bourgois, 1979

Sous le pseudonyme de Jack-Alain Léger

Sous le pseudonyme d’Ève Saint-Roch Prima Donna, roman, Stock, 1988

Sous le pseudonyme de Paul Smaïl Vivre me tue, roman, Balland, 1997 réédition, J'ai lu, , 1998 réédition, Balland, 2003 réédition, éditions Cartouche, , 2010 Casa, la casa, roman, Balland, 1998 réédition, éditions Cartouche, , 2010 La Passion selon moi, roman, Laffont, 1999 réédition, J'ai lu , 2003 Ali le Magnifique, roman, Denoël, 2001 réédition, J'ai lu , 2003

Prix littéraires 1975 : prix Contrepoint pour Un ciel si fragile 1976 : prix d'honneur pour Un ciel si fragile 1987 : grand prix des lectrices de Elle pour Wanderweg 1993 : prix Renaudot des lycéensliste des Prix Renaudot des Lycéens sur prix-litteraires.net pour Jacob Jacobi

Discographie Sous le pseudonyme de Melmoth La Devanture des ivresses, Arion (30 T 079), 1969Notice Rate Your Music.. Réédition CD : Wagram, 1994Notice Rate Your Music..

Sous le pseudonyme de Dashiell Hedayat , Shandar (10.009), 1971Notice Rate Your Music.. Réédition CD : Mantra (075), 1992Notice Rate Your Music., Replica records, 2016 et 2020.

Adaptations cinématographiques 1978 : Mon premier amour, film français réalisé par Élie Chouraqui, adaptation du roman éponyme, avec Anouk Aimée, Richard Berry et Nathalie Baye 1982 : Monsignor, film américain réalisé par Frank Perry, adaptation du roman éponyme, avec Christopher Reeve, Geneviève Bujold et Fernando Rey 2002 : Vivre me tue, film français réalisé par Jean-Pierre Sinapi, adaptation du roman éponyme, avec Sami Bouajila, Jalil Lespert et Sylvie Testud

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Marie-Anne Staebler, « Reflets narcissiques dans l'œuvre de Jack-Alain Léger », thèse de doctorat, université de Stellenbosch, 2014 ; accessible en ligne. Jean Azarel, Vous direz que je suis tombé. Vies et morts de Jack-Alain Léger, biographie, éditions Séguier, 2023.

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