(en prononciation hawaïenne : )Prononciation en hawaïen retranscrite phonémiquement selon la norme API., en hawaïen : , né sous le nom de Kauikeaouli le à Kona (Hawaï) et mort le à Honolulu (Hawaï), est le troisième roi du royaume d'Hawaï de 1824 à sa mort en 1854.

Il succéda à son frère, , sur le trône à l'âge de dix ans. De 1824 à 1833, le véritable pouvoir politique était dans les mains de sa sœur et régente, Kinau, ainsi que de sa belle-mère, Ka'ahumanu, femme favorite de son père le roi qui exerce la fonction de Kuhina Nui, l'équivalent d'un Premier ministre. Après la mort de celle-ci, en 1839, mena une vie dissolue, provoquant la consternation de beaucoup, y compris de son épouse la reine Kalama.

En 1839, à la suite de l'affaire Laplace et sous la menace française d'une guerre, le catholicisme romain fut légalisé et le premier code de loi établi. Il décréta également la Constitution de 1840, la première d'Hawaï, faisant évoluer le pays du statut de monarchie absolue à celui de monarchie constitutionnelle, avec la création d'un conseil des ministres et d'une législature. En 1843, le capitaine britannique George Paulet occupa Hawaï mais alerta Londres des actions du capitaine renégat, rétablissant l'indépendance du royaume. Deux ans plus tard, il transféra la capitale de Lahaina sur l'île de Maui à Honolulu sur l'île d'Oahu. Un de ses actes les plus importants fut le Grand Mahele de 1848 qui redistribua la terre entre le gouvernement, le roi, les nobles et le peuple. La plupart des gens du peuple ne connaissaient pas l'existence du programme et perdirent des terres lors de la redistribution. Les étrangers furent aussi autorisés à posséder la terre à Hawaï pour la première fois. En 1849, l'amiral français Legoarant de Tromelin mit à sac et pilla Honolulu après que le roi lui refusa ses exigences. Le dernier acte majeur du règne de fut la promulgation de la Constitution de 1852 qui libéralisa grandement la politique et fit adopter un nouveau Code légal en 1846 qui introduisit notamment le dollar hawaïen en 1847 avec son effigie.

À sa mort sans héritiers, lui succéda son neveu, Alexander Liholiho sous le nom de . Il est le monarque hawaïen au plus long règne de l'histoire de la monarchie. Sa devise était : ().

Jeunesse

Premières années

Kauikeaouli est né dans la baie de Keauhou (actuelle ville de Kailua-Kona), sur l'île d'Hawaï, la plus grande île de l'archipel des îles hawaïennes. Il est le deuxième fils du roi et de son épouse la reine Keōpūolani, née à Maui. Les premiers historiens ont suggéré, pour sa date de naissance, juin ou P. Christiaan Klieger, Kamehameha III Green Arrow Press, San Francisco, 2015, mais une date officielle a été fixée au .

Éducation Kauikeaouli avait environ de moins que son frère aîné, le prince Liholiho, qui règne sous le nom de à partir de 1819. Kauikeaouli a eu une enfance troublée. Il était déchiré entre les directives chrétiennes puritaines imposées au royaume par la reine douairière, Ka'ahumanu, qui était sa belle-mère, et le désir d'honorer les anciennes traditions. Sous l'influence du gouverneur d'Oahu d'alors, le noble Boki, et d'un jeune prêtre hawaïen-tahitien nommé Kaomi, Kauikeaouli se retourne contre ses enseignements chrétiens et crée l'ordre secret de () et nomme Kaomi son co-dirigeant. En grandissant, comme tous les autres membres de la famille royale, il renonce à ses extravagances et retourne vers le christianisme à travers le protestantisme.

Accession au trône

Succession de Kamehameha En , Kauikeaouli n'a que lorsque son père, le roi , fondateur de la monarchie hawaïenne et roi depuis 1810, meurt laissant le trône à son fils aîné, Liholiho qui devient . Malgré son jeune âge, Kauikeaouli devient alors le nouvel héritier du trône, son frère n'ayant pas encore d'enfant à la suite de son mariage avec sa demi-sœur Kamāmalu.

Décès de son frère vignette|Portrait de à l'âge de (1831). En , et son épouse la reine Kamāmalu commandèrent le baleinier britannique L'Aigle sous les ordres du capitaine Valentine Starbuck pour les transporter à Londres pour un voyage diplomatique à l'initiative du roi Dunmore, John (1992); , Australia:Melbourne University Press, , p 238. Ils arrivèrent le à Portsmouth et le lendemain s'installèrent à l'hôtel Caledonian à Londres. Le , une réception avec , dont plusieurs ducs, a eu lieu en leur honneur. Par la suite, ils ont visité Londres, notamment l'abbaye de Westminster. Ils ont ensuite assisté à l'opéra et au ballet au Royal Opera House à Covent Garden le et au Theatre Royal de Drury Lane le au Royal Box. Mais le corps diplomatique hawaïen avait attrapé la rougeole, contre laquelle ils n'avaient aucune immunité. Ils ont probablement contracté la maladie lors de leur visite du à l'asile militaire royal (maintenant l'école militaire royale du duc d'York). Kamāmalu mourut la premièe des suites de cette maladie le à Londres. Le roi, , mourut six jours plus tard le à l'âge de . Le , les corps du roi et de la reine arrivèrent à Hawaï et furent inhumés dans le Mausolée royal.

Kauikeaouli est alors proclamé roi sous le nom de .

Règne

Début de règne et régence gauche|vignette|Kinau, demi-sœur du roi et régente d'Hawaï de 1824 à 1833. Âgé de seulement lors de son accession au trône, dut se soumettre à une période de régence. Alors que la politique est déjà, et depuis plusieurs années, sous l'influence de la reine douairière Ka'ahumanu en tant que (Premier ministre), la régence fut décernée à la demi-sœur, la princesse Kinau. Cette dernière partage les opinions politiques de la reine douairière et participe ainsi à renforcer les pouvoirs de la monarchie et du protestantisme dans le royaume. Débute alors une forte politique de répression des communautés catholiques. En 1831, la déportation des prêtres missionnaire catholiques français fut organisée ainsi que la conversion forcée des populations indigènes au protestantisme. De cette période, on retrouve de nombreux témoignages signalant des violences et parfois même la pratique de la torture sur les plus résignés des catholiques. Cette politique agressive face au culte latin continua se poursuit même après la mort de Ka'ahumanu en 1832, sous l'impulsion de la régente Kinau.

En réponse, la France en 1839 envoya sous les ordres du Capitaine de frégate Laplace à bord de l’Artémise, une force armée ayant pour but de réaffirmer les intérêts français et porter secours aux populations indigènes et prêtres catholiques opprimés. Menaçant d’attaquer, Laplace obtint de la ratification d’un édit de tolérance le garantissant la liberté de culte aux catholiques et accordant de compensation aux prêtres déportés et malmenés. La même année, Kinau mourut, annonçant alors le début du règne personnel de .

Politique de développement On note, sous le règne de , les premières traces de plantation de canne à sucre venues du continent. Le refus des locaux à travailler dans ces champs où les conditions étaient rudes forcèrent les dirigeants à favoriser l'immigration de travailleurs étrangers venus d'Asie et d'Europe. En conséquence, entre 1850 et 1900 quelque contractuels virent travailler, en vertu de contrats à durée déterminée (généralement pendant cinq ans) de la Chine, le Japon, les Philippines, le Portugal dans l'archipel. Si la plupart rentrèrent dans leurs pays natals, un grand nombre décida de s'installer sur place.

En 1848, le roi promulgua le grand Māhele, édit royal qui réorganisa complètement le droit de propriété des terres dans le royaume. Celui-ci accorda aux ali'i, 98 % des terres et seuls 2 % aux roturiers. La vente était interdite et seul le transfert au descendant était autorisé.

Hawaï devient une destination hivernale populaire pour les prospecteurs frustrés dans les années 1850. Certains sont des flibustiers espérant profiter d'une rébellion. L'un des premiers est un groupe dirigé par Samuel Brannan, qui ne trouve pas le soutien populaire nécessaire pour un soulèvement.

Politique étrangère vignette|Portrait du roi . Le , un événement qui aurait pu marquer la fin du Royaume d’Hawaï survint. Sous les ordres de Lord George Paulet, le vint réclamer, canons et armes chargés, la cession de l’ensemble des îles à la couronne britannique sans quoi un assaut serait lancé.

Voyant la fin proche (l’armée d’Hawaï ne pouvait absolument pas, alors en l’état, résister à la Navy anglaise), Gerrit P. Judd, le ministre de l’Économie du royaume, envoya, secrètement, une lettre à la France, aux États-Unis ainsi qu’à la Grande-Bretagne, dans laquelle il protestait contre cette annexion injuste. Le , l’amiral Richard Darton Thomas débarqua sur l’île, présenta ses excuses au nom de la couronne britannique et ordonna la libération du Royaume. La souveraineté était alors de nouveau emportée.

En , l’amiral français Louis Tromelin débarqua dans le port d’Honolulu accompagné des frégates La Poursuivante et Gassendi dans le but d’obtenir, pour les catholiques, les mêmes droits que les protestants. En effet, bien que depuis 1839, la liberté de culte avait été rendue à l’Église latine, les catholiques n’étaient pas pour autant complètement égaux en droit avec les réformés. Comme le 25 du mois ses exigences n’avaient pas été satisfaites, l’assaut fut lancé et l’armée française prit le fort d’Honolulu causant des destructions à la hauteur de . La force d’occupation quitta Hawaï le , sans pour autant que les droits des indigènes aient évolué.

Connaissant les risques de conquête de son territoire, envoya une délégation en 1842 aux États-Unis et en Europe pour obtenir de ceux-ci la reconnaissance de son indépendance. Le , le président John Tyler répondit favorablement, le , ce fut au tour de Louis-Philippe, roi des Français, d’accorder sa reconnaissance au petit État du Pacifique sous la demande du roi de Belgique, . Le , Lord Aberdeen, au nom de la reine Victoria, assura à la délégation hawaïenne que : « Le gouvernement de Sa Majesté était disposé et avait décidé de reconnaître l’indépendance des îles Sandwich sous l'autorité de leur souverain actuel. »

C’est alors le que, conjointement, à la cour de Londres, les gouvernements britanniques et français reconnurent officiellement l’indépendance du royaume d’Hawaï. Hawaï devint alors le premier État indigène, en dehors du vieux continent, à être reconnu par les grandes puissances. Toutefois, bien que le président américain eût répondu positivement à la demande de la même année, ce n’est qu’en 1849 qu’ils le reconnurent officiellement. Par la suite, Hawaï développa un important réseau diplomatique, d’accords commerciaux et mit en place plus de .

Réformes et constitution Au cours des années 1840, le roi réforme les institutions et libéralise le pouvoir royal. Une assemblée législative officielle du royaume hawaïen et un cabinet remplacent le conseil informel des grands nobles. Les hauts nobles se rassemblèrent à travers la Chambre des nobles, à peu près sur le modèle britannique de la chambre des lords. Sept nobles, élus parmi la Chambre, forment le gouvernement. Ce dernier se compose d'un Conseil privé et de cinq ministres. Gerrit Judd est nommé au poste le plus important du conseil, celui de premier ministre du cabinet. Ainsi, sous l'impulsion du roi, l'absolutisme laisse place à un système de monarchie constitutionnelle. gauche|vignette|Portrait du roi . participe également à la formalisation du système judiciaire et des titres fonciers. Des affaires comme celles de Richard Charlton et Ladd & Co. provoquent les incidents de 1843 et des litiges ultérieurs. Sous son règne, Hawaï se passe rapidement des traditions autochtones au profit d'un nouveau système juridique basé sur le système anglo-saxon.