Le col de Saverne (en alsacien Zåwerer Steig) est un col routier du massif des Vosges situé dans le département du Bas-Rhin, entre les communes de Saverne et d'Ottersthal dans la plaine d'Alsace.
D'une altitude de , il est le passage naturel le moins élevé et le moins long à travers les Vosges, reliant la vallée du Rhin et la plaine d'Alsace à l'est, au plateau lorrain à l'ouest.
Utilisé depuis l'Antiquité, le col de Saverne est aujourd'hui situé sur la route départementale 1004 entre Saverne et la commune de Danne-et-Quatre-Vents (Moselle) ; mais il était précédemment sur le trajet de la route nationale 4 de Paris à Strasbourg, via Vitry-le-François, Nancy et Phalsbourg.
Géographie Situation Le col de Saverne fait partie d'un ensemble appelé seuil de Saverne situé dans le nord du massif des Vosges ; il sépare les Hautes Vosges gréseuses au sud et les Basses Vosges gréseuses au nord. Les Basses Vosges gréseuses culminent au Grand Wintersberg (), à Niederbronn, à environ au nord-est de Saverne. Les Hautes Vosges gréseuses culminent au rocher de Mutzig (), à Lutzelhouse, à au sud-ouest de Saverne.
Le col est inclus dans le territoire du parc naturel régional des Vosges du Nord.
Topographie
De Strasbourg (altitude moyenne : 142 m) au point le plus élevé de la route au col (), le dénivelé est de pour une distance routière de ( ou 4 pour ). Le dénivelé du col à Nancy () est de pour une distance routière de (1,3 m/km).
À proximité du col, les dénivelés sont plus grands : du col à la mairie de Phalsbourg (), il est de pour une distance routière de ( ou 1,3 %) ; du col à la mairie de Saverne (), on a un dénivelé très supérieur, de , pour une distance routière de seulement ( ou 5,2 %).
Dans les deux cas (à petite ou à grande échelle), il y a donc une dissymétrie entre les deux versants : la montée orientale est plus abrupte que la montée occidentale.
C'est dû à la structure de la partie orientale du Bassin parisien, caractérisée par le relief de cuesta, qui oppose un versant abrupt (la « côte ») et un versant à pente douce. On retrouve cette structure en allant vers l'ouest, avec les deux côtes les plus importantes de Lorraine : la côte de Moselle et la côte de Meuse.
Mais ici, c'est renforcé par le fait que, du côté abrupt, la plaine d'Alsace est un fossé d'effondrement.
Géologie Le parc naturel régional des Vosges du Nord est situé pour l'essentiel dans les couches intermédiaires du Buntsandstein avec des sommets tabulaires en conglomérat. Le grès vosgien affleure plus dans le front de la côte qu'à sa partie supérieure constituée de couches gréseuses intermédiaires. Une coupe transversale de la partie finale du paysage de côtes révèle pour tout le secteur une couverture sédimentaireLes indications géologiques proviennent du Bureau de recherches géologiques et minières , 14 avril 2015 qui se décline comme suit d'est en ouest :
Sites Saverne Ottersthal Col de Saverne Phalsbourg Lixheim Haut-Clocher Âge géologique Lettenkohle moyen Muschelkalk supérieur Buntsandstein supérieur Muschelkalk inférieur Muschelkalk moyen Muschelkalk supérieur Lithologie Argile sableuse fine, dolomie, grès micacé Calcaire fossilifère, calcaire oolithique, calcédonite Grès grossier, nodules, marne siliceuse, dolomie caverneuse Marne (33 % < Co3 < 66 %) Marne (33 % < Co3 < 66 %), gypse, halite Calcaire argileux, Marne (33 % < Co3 < 66 %) Géologie Argiles bariolées, dolomie à anoplophora Calcaire à entroques Grès, couches intermédiaires Dolomie et marnes gréseuses très fossilifères à entroques Marnes bariolées Marno-calcaires à cératites Coordonnées Altitude en m205235410334270262
Paysages En se basant sur la nature géologique, topographique et pédologique du site, on peut résumer le paysage aux environs et tout autour du col de Saverne par quatre faciès caractéristiques de l’ouest au sud-estVosges gréseuses du Nord, Saverne, carte géologique de la France XXXVII-15, titre : « Rocher de Dabo et Col de Saverne », Bureau de recherches géologiques et minières du Ministère de l’industrie, Service de géologie nationale, Orléans : le plateau de Phalsbourg (Lorraine) ; les Basses Vosges (Lorraine-Alsace) ; les champs de fractures de Saverne (Alsace) ; les terres vallonnées agricoles dites « Ackerland ».
Le col de Saverne fait la transition entre le plateau lorrain et les Vosges gréseuses. généralement arrêter les Vosges au col de Saverne, voire un peu avant dans le pays de Dabo jusqu’à la vallée de la Zorn, le sommet le plus septentrional étant le SchneebergJean-Claude Flageollet, Morpho-structures vosgiennes, Varia 2/2008, p. 75-86 : « Au nord, au-delà du Schneeberg, la montagne disparaît, et l’on atteint ce qu’il est convenu d’appeler les Basses Vosges : le socle disparaît ; seule reste la couverture de grès, coupée en deux par l’escarpement de faille raide, élevé (plus de ) et rectiligne, qui regarde vers l’est et domine les bas plateaux et les collines du champ de fractures de Saverne » (). Les terres peu fertiles du versant ouest et de la côte du front de fracture débouchent sur des zones agricoles riches en limon ou lœss.
Sols et végétation thumb|right|Col de Saverne en hiver, en 2004
Le col de Saverne est situé dans le domaine des Basses Vosges où le grès vosgien et le conglomérat principal sont les roches-mères de sols ocre-podzoliques et de sols podzoliques où on trouve traditionnellement la canche flexueuse (Deschampia flexuosa), la myrtille (vaccinium myrtillus) et la luzule blanche (Luzula alba). Plus on monte et plus le versant est orienté au froid et à l’humidité, moins les sols sont affectés par la podzolisation. On y trouve alors la fétuque des bois (Festuca altissima) qui est l’indice d’un sol brun acide ou brun ocreuxVosges gréseuses du Nord, Bouxwiller, carte géologique de la France XXXVII-14, titre : « Bouxwiller », Bureau de recherches géologiques et minières du Ministère de l’industrie, Service de géologie nationale, Orléans. L’altitude du col de Saverne et de ses environs coïncide avec la limite naturelle de deux espèces végétales vers le nord du massif vosgien : le sapin pectiné (Abies alba) et le digitale pourpre (Digitalis purpurea). Les conifères font quelques apparitions, mais le domaine reste le monopole des feuillus. Comme l’étage montagnard moyen, caractérisé par la hêtraie-sapinière, débute habituellement à la limite altitudinale inférieure du sapin, le col de Saverne est dans le domaine de la hêtraie-chênaie.
La zone climacique du col de Saverne est plutôt rare dans le massif vosgien ; entre l’étage collinéen et l’étage submontagnard, il se différencie par sa hêtraie à prénanthe et grande fétuque (Festuca silvatica)J. Timbal, « Principaux caractères écologiques et floristiques des hêtraies du Nord-Est de la France », Laboratoire de botanique forestière, Centre national de recherches forestières, INRA, Annales Sciences forestières, 1974, 31(1), pages 27-45 ; voir aussi F. Le Tacon, J. Timbal, À propos des conditions écologiques des hêtraies dans le Nord-Est et le Nord-Ouest de la France. Si la hêtraie-chênaie monte jusqu’à d'altitude sur un versant bien exposé, plutôt à pour les flancs au nord, tous les massifs forestiers alsaciens du pays de Saverne ne sont pas recouverts que de feuillus. C’est vrai pour la partie des Vosges du Nord, mais ça l’est moins au sud du col de Saverne. La politique d’enrésinement a laissé des traces durables sur le paysage sylvicole. Les espèces spontanées du secteur sont le chêne sessile, le hêtre, le bouleau, le sapin, l’alisier blanc, le sorbier des oiseleurs. L’essence endémique du pin sylvestre, dit de Wangenbourg, se limite aux versants secs, ensoleillésAnne Madesclaire, Le choix des essences forestières dans les Vosges alsaciennes, Conseil régional d’Alsace, Direction régionale Alsace ONF, 1993. La myrtille apparaît dans les forêts de feuillus de manière sporadique et pas en tapis, en revanche elle affectionne les hêtraies-sapinières-pinèdes. Cela explique pourquoi les habitants pratiquent également la cueillette de la myrtille à l’instar des Vosgiens des parties méridionales du massif.
Écologie
Depuis sa construction en 1976, l'autoroute A4 forme une barrière pour la faune, fragmentant un vaste espace entre Vosges du Sud (et de-là le Jura) d'une part et Vosges du Nord et forêt palatine d'autre part, réduisant l'efficacité de la réserve de biosphère transfrontalière des Vosges du Nord-Pfälzerwald. Le corridor biologique du col de Saverne, où la largeur de la forêt se rétrécit fortement, a été interrompu. Une passerelle avait bien été construite mais elle n'est pas végétalisée, beaucoup trop étroite (10 mètres de large) et régulièrement empruntée par l'homme..
Le brassage génétique de nombreuses espèces forestières est menacé ; parmi les plus touchées, le cerf élaphe et le lynx boréal Christelle Scheid, Le Lynx a-t-il encore sa place dans les Vosges ?, octobre 2013.
Histoire De la cité celtique à l’axe autoroutier Paris-Strasbourg La voie de passage entre Phalsbourg et Saverne n'est en rien naturelle ; au fil des siècles, on l'a quelque peu forcée à devenir un axe de communication aujourd'hui incontesté. Quelques facteurs moins géographiques que géopolitiques ont conduit à ce statut de col très fréquenté. Pendant des siècles, les voies de passage naturelles étaient les vallées qui aboutissaient sur des cols. Ici, ce sont celles de la Zorn et de la Sarre. La carte de Lorraine, , traduit du latin en 1487, éditée en 1513 seulement, rééditée en 1520 dans le Ptolemaeus auctus restitutus emaculatus cum tabulis veteribus ac novis, 45 × 31,5 cm de 1513 commandée par le duc René II, dressée par Martin Waldseemüller au gymnasium de Saint-Dié célèbre pour son invention du mot Amérique dans les cartes, n'indique que Bitche, la Petite Pierre et le Donon. Aucune trouée n'est reconnaissable entre Sara Castrum (Sarrebourg) et Zabernia SaverneCarte de Lorraine.
Le seul argument naturel en faveur de ce passage est que les Vosges gréseuses sont à cet endroit précis les plus étroites de tout le massif.
La perspective celtique était de construire sur un promontoire rocheux surplombant la vallée comme c'est le cas sur de nombreux sommets environnantsIl s'agit de la culture des sommets vosgiens : Visite du parc archéologique européen de Bliesbruck Reinheim, Moselle, France. Le passage à travers l'oppidum était interne à la tribu celtique installée entre la Meuse et le Rhin, les Médiomatriques.
La perspective romaine va créer la voie de passage et le col à vocation moins locale. Avec la romanisation des Celtes locaux dont seuls les oppida sur des sommets à l'écart des voies de communication pourront échapper un temps à l'acculturationLe Wasserwald à quelques kilomètres du col est souvent cité ; les fouilles du Wasserwald (commune de Hagen dans le Bas-Rhin) ont été menées par François Pétry : Michel Mangin, Jean-Louis Courtadon, Philippe Fluzin, Éric de Laclos, Village, forges et parcellaire aux sources de la Seine: l'agglomération antique de Blessey-Salmaise (Côte-d'Or), Presses Univ. Franche-Comté, 2000 , page 332, , l'axe est-ouest prendra toute son importance car les Romains bâtissaient des voies carrossables pour relier les légions et les unités militaires entre elles ; dans le cas présent, Strasbourg aux portes de la Germanie devait être rapidement accessible de Reims, Metz et Trèves. De plus, à l'instar du Limes en Germanie, les Romains allaient toujours au plus court et privilégiaient la ligne droite même dans les régions de moyenne montagne du massif schisteux rhénan. C'est le cas ici, la future RN4 suit presque toujours le tracé de la voie romaine visible sur la table de Peutinger. L'axe de communication devint un axe de vie sociale intense pour l'époque.