Le Bas-Saint-Laurent est une région administrative du Québec située sur la rive sud de l'estuaire du Saint-Laurent. Il est bordé au sud par l'État du Maine et le Nouveau-Brunswick, et par les régions de Chaudière-Appalaches et de Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

Sa géographie est marquée par le fleuve Saint-Laurent, la chaîne des Appalaches, qui traverse la région d'est en ouest ainsi que les deux vallées de la Matapédia et du Témiscouata, qui forment des corridors de communication naturels avec la Gaspésie, le Maine et les provinces maritimes.

Territoire à vocation traditionnellement agricole et forestière, le Bas-Saint-Laurent est fréquenté par des groupes autochtones semi-nomades depuis le Pléistocène. La colonisation européenne du territoire s'est amorcée avec la concession de seigneuries à la fin du , mais la région s'est développée lentement pendant près de deux siècles avant de connaître une croissance stimulée par l'exploitation de sa forêt mixte, la colonisation des terres du littoral, puis de l'intérieur et le développement d'activités de villégiature.

En 2022, environ vivaient dans cette région qui couvre un territoire de Il s'agit de la superficie terrestre. La superficie totale de la région, incluant une partie de l'estuaire du Saint-Laurent, est de ., principalement dans une étroite bande littorale de où sont situées ses principales villes : Rimouski et Rivière-du-Loup. Le Bas-Saint-Laurent est divisé en huit municipalités régionales de comté (MRC) et 114 municipalités locales.

Étymologie et toponymie Le régionyme tire son nom du fleuve Saint-Laurent, qui joue un rôle central dans l'histoire du Québec et qui forme la limite nord de la région. D'origine hagiotoponymique, de Jacques Cartier, qui a nommé une baie, la baye sainct Laurens, le , jour de la fête de Laurent de Rome dans le martyrologe chrétien. Repris pour désigner le fleuve dans des traductions espagnole et italienne de la Narration de l'explorateur malouin. aurait été consacré à travers le monde par la mappemonde de 1569 du cartographe Gérard Mercator, selon l'historien Marcel Trudel.

vignette|gauche|redresse=0.5|Joseph-Charles Taché. L'appellation « Bas-Saint-Laurent » viendra toutefois beaucoup plus tard. Dans leur Histoire du Bas-Saint-Laurent, les historiens Fortin et Lechasseur affirment que la référence au Saint-Laurent progresse au avec le peuplement de la région. La première mention de Bas-Saint-Laurent est attribuée à un rapport du député et écrivain rimouskois Joseph-Charles Taché, qui utilisait l'expression dès 1850 pour désigner les «deux rives du Bas-Saint-Laurent à l'exception du district de Gaspé ». Les auteurs notent toutefois que Taché préfère généralement utiliser des références plus précises et connues, comme les comtés de Montmorency et de Rimouski. Bien que le régionyme figure sur une carte de 1863 de Stanislas Drapeau, le nom tarde à s'imposer ; on lui préfère souvent l'expression « le Bas du Fleuve »..

Avec le peuplement des vallées du Témiscouata et de la Matapédia, le régionyme s'impose entre 1920 et 1960, alors que plusieurs entreprises et organismes implantés dans la région délimitée par le diocèse catholique de Rimouski et le grand Rivière-du-Loup l'adoptent, à l'instar de la Compagnie de transport du Bas St-Laurent, de la Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent ou encore du journal lÉcho du Bas St-Laurent.

Après une éclipse de deux décennies, où l'État tente de gommer les différences régionales en mettant en place les structures administratives communes à l'est du Québec, le début des années 1980 marque un retour du balancier. La création des municipalités régionales de comté et la scission, en 1987, de la grande région Bas-Saint-Laurent-Gaspésie en deux territoires respectera davantage les traditions culturelles des deux régions.

L'évolution de la toponymie de la région découle des différentes étapes de son développement : peuplement amérindien initial ; peuplement progressif par des colons francophones à partir de la fin du et principalement de la première moitié du ; petite présence écossaise à partir des années 1800 ; activité économique tournée vers l'agriculture et l'exploitation des ressources aquatiques et forestières ; renforcement économique des pôles principaux et déclin de certaines communautés à l'intérieur des terres.

Géographie

vignette|gauche|La carte du monde de 1569 de Gérard Mercator.

Situation et divisions politiques Le Bas-Saint-Laurent est une région de l'Est du Québec, bordée au nord par le fleuve Saint-Laurent, au sud par le Nouveau-Brunswick et l'État du Maine, à l'est par la Gaspésie et à l'ouest par la Côte-du-Sud. Elle s'étend sur , dont en terre ferme, ce qui représente un peu moins de 2 % de la superficie totale du Québec. Les terres de cette région représentent toutefois 10 % du Québec habité, ou environ la moitié de la superficie d'un pays comme la Suisse.

La région est composée de huit municipalités régionales de comté (MRC), qui regroupent . Le Bas-Saint-Laurent comptait en 2011, dont dans la MRC de Rimouski-Neigette, la plus populeuse de la région. En revanche, la MRC Les Basques, qui ne compte que en 2011, en baisse de depuis 1996, enregistre la plus forte baisse, avec un taux annuel moyen de décroissance de 9,6 % entre 2006 et 2011.

Les aires boisées et l'eau dominent l'utilisation des sols au Bas-Saint-Laurent. La région compte de forêts mixtes, de forêts de conifères et de d'eau. Les terres humides ne représentent que . Les terres utilisées à des fins agricoles s'étendent sur , alors que les zones développées ne représentent que , soit 0,5 % du territoire régional.

Géologies Bien qu'on note une zone isolée de roches d'origine cambrienne ou précambrienne dans un secteur isolé des monts Chic-Chocs, la région appartient généralement à la province géologique des Appalaches, qui s'étend sur une bande de , entre l'Alabama à Terre-Neuve. Les traces de deux épisodes d'orogenèse, les orogenèses taconienne et acadienne, ont façonné le territoire.

Dans le premier épisode, l'enfoncement de la croûte océanique crée une chaine volcanique dans l'Océan Iapétus, au large de Laurentia à l'époque cambrienne. Le magma remonté à la surface de l'océan se mêle aux sédiments liés à l'érosion de la masse continentale et l'arc volcanique insulaire se rapproche graduellement du continent en raison d'un mouvement de subduction. La collision survient il y a d'années formant une chaîne de montagnes immatures, les montagnes taconiennes, dont la nappe allochtone recouvre une partie de la plate-forme du Saint-Laurent..

Cette première zone, qui longe aujourd'hui le fleuve, est connue sous le nom de zone de Humber. D'origine ordovicienne, ce socle rocheux se compose principalement d'un assemblage de roches sédimentaires : grès, mudrocks et conglomérats. Au sud de cette zone, la ceinture de Gaspé est le vestige d'un second processus de formation de montagnes, survenu à l'ère siluro-dévonienne. Il y a environ d'années, les montagnes taconiennes s'érodent, créant des sédiments qui sont déposés à faible profondeur. Le rapprochement du continent Laurentia et du microcontinent Avalonia déforme et soulève les dépôts de sédiments et les roches d'origine volcanique pour créer une seconde chaîne de montagnes, la chaîne acadienne, qui se superpose à la chaîne taconienne.

Sismicité

L'estuaire du Saint-Laurent, au large du Bas-Saint-Laurent en face de la région de Charlevoix, est l'une des zones sismiques les plus actives de l'Est du Canada. Cinq tremblements de terre de magnitude supérieure à 6 s'y sont produits au cours de la période historique : en , , , et en . La distribution des séismes historiques et récents indique une concentration dans l'estuaire, à la hauteur de La Malbaie et de Rivière-du-Loup..

Des levés de terrain et un réseau de sismographes installé dans les années 1970 ont permis de circonscrire la zone active dans un périmètre de par le long du Saint-Laurent, qui inclut les villes de Baie-Saint-Paul, La Malbaie et La Pocatière. Les données sismiques indiquent qu'un tremblement de terre se produit à toutes les en moyenne dans la zone de Charlevoix-Kamouraska. Ils sont concentrés dans le socle précambrien sous la ligne de Logan et les Appalaches, à des profondeurs variant entre la surface et .

Une autre zone sismique est située dans le golfe du Saint-Laurent, dans un triangle formé par les villes de Matane, de Baie-Comeau et de Sept-Îles. La zone sismique du Bas-Saint-Laurent est moins active que celle en amont et n'a pas connu de séisme destructeur au cours de la période historique. On rapporte toutefois un événement de magnitude 5.1 survenu en 1944 à l'est de Godbout et un autre de même magnitude le dont l'épicentre était situé à environ au sud de Sept-Îles.

Relief Le relief bas-laurentien comporte deux éléments principaux : les plateaux des Appalaches, appelés monts Notre-Dame, et les basses terres qui occupent une étroite bande le long du littoral du fleuve Saint-Laurent. Ces deux entités sont reliées par une zone intermédiaire de contreforts. Il s'agit d'une succession de replats séparés par des ressauts qui finissent par se fondre aux plateaux. Les monts Notre-Dame sont une série d'ondulations de , qui progressent d'est en ouest. Les ondulations sont parfois interrompues par des vallées, comme celles du Témiscouata et de la Matapédia. Ces deux vallées parallèles constituent des voies de passage vers les provinces maritimes, le Maine et la baie des Chaleurs.

vignette|Les collines dominant le paysage du littoral à Saint-André-de-Kamouraska. La bande littorale, d'une longueur de , est constituée de terres riveraines qui ont des altitudes de . Profonde de dans la partie ouest du territoire, la zone littorale atteint dans le secteur de Rimouski et se rétrécit en allant vers la limite orientale de la région. Cette zone disparaît complètement entre les municipalités de Sainte-Félicité et Grosses-Roches. Dans la partie occidentale du territoire, la plaine littorale est interrompue par des monadnocks, des crêtes rocheuses pouvant atteindre , typiques des paysages de la zone côtière bas-laurentienne.

Au Quaternaire, la région est marquée de l'empreinte des glaciations et du recul des glaces. La glaciation du Wisconsin provoque un affaissement de l'écorce terrestre qui atteint au moins dans la région de Rimouski. La déglaciation, qui survient progressivement à partir de ouvre un bras de mer dans la vallée du Saint-Laurent, isolant le glacier qui recouvre le Bas-Saint-Laurent de celui de la Côte-Nord. Le relèvement isostatique crée une mer intérieure, la mer de Goldthwait, qui pénètre l'intérieur des terres et inonde le littoral jusqu'à une altitude de .

Le retrait de la mer de Goldthwait se fait en étapes. Depuis environ Le relèvement isostatique s'étant stabilisé à environ ., le retrait des eaux laisse apparaître un chapelet de bandes étroites de terres émergées près du littoral entre Rivière-du-Loup et Rimouski, qui sont aujourd'hui connues sous les noms de l'île aux Lièvres, l'île Verte, l'île aux Basques, l'île du Bic et l'île Saint-Barnabé.

Hydrographie vignette|gauche|La rivière Matapédia à Causapscal. L'estuaire du fleuve Saint-Laurent, qui occupe la partie nord de la région, a joué un rôle central dans le développement du Bas-Saint-Laurent. Aux fins d'analyse, on le divise en deux régions, séparées à la hauteur de Cacouna : à l'ouest, on parle du moyen estuaire tandis qu'à l'est, on le désigne comme l'estuaire maritime ou le bas estuaire.