En plus du français, plusieurs langues sont ou étaient traditionnellement parlées en Loire-Atlantique.

Description Langues romanes d'oïl Les langues d'oïl parlées dans le département constituent un continuum linguistique. Si le gallo (langue romane de Haute-Bretagne) embrasse la majeure partie de la zone, les influences poitevines se font plus prégnantes au sud de la Loire, principalement celui du Pays-de-Retz (présence de l'article neutre « o » et du démonstratif « tchola » par exemple). Le parler du nord-ouest présente quant à lui des points communs avec le gallo du Morbihan (dans le lexique et la phonologie : par exemple « caté » , diphtongaison des sons /u/ en /əɥ/). Dans l’est du département la langue locale partage des similarités avec l'angevin (prononciation du /o/ en /u/, « dou » pour « dos », par exemple).. Certains parlers locaux sont très singuliers, comme le gallo de l'île ou presqu'île de Mayun. Le français local a aussi été influencé à des degrés divers par le gallo, que ce soit dans son lexique (la jaille , un beguen , des rigadelles , ramasse bourrier , grèc , etc.) ou dans sa structure (temps surcomposés., absence de subjonctif, suremploi de la forme « être à » comme forme progressive, etc.).

Langue celtique brittonique La langue bretonne est aussi traditionnellement présente dans le département de Loire-Atlantique. Sa forme locale se rattachant à l'ensemble des dialectes bretons du sud (et apparenté au vannetais) a néanmoins disparu (les tout derniers locuteurs se trouvaient dans les villages paludiers de Roffiat, Beauregard, Kermoisan, Kerdréan, Kerbean, du Guho, Kervalet, Trégaté, voire du Croisic, au .). Comme en vannetais l'accentuation tombait généralement sur la dernière syllabe du mot contrairement aux dialectes du nord de la Bretagne, les palatalisations étaient nombreuses, les pluriels en « -où » gardaient l'ancienne diphtongue, l'ancienne diphtongue /we/ est restée /we/ (mais est devenue /wa/ dans le nord de la Bretagne). En revanche on trouve aussi un certain nombre de particularités phonétiques rares ou inconnues en vannetais, comme la prononciation du -v final (bèif « vivant » pour « bev »), les -oñ finaux deviennent parfois -eoñ (itréoñ « dame » pour « itron »), prononciation du suffixe -eg en -ag (spinag « roussette » pour « spineg »), diphtongaison de /e/ en /ej/ (bèif « vivant » pour « bev »). La langue bretonne a aussi influencé le gallo et le français local (dans l'ouest du département)Gildas Buron, La langue bretonne au pays de Guérande, exposition., ce substrat breton est particulièrement important autour des noms d’animaux marins: morho (marsoin, du breton «morhoc’h»), morgouille (méduse, de «morgouilh»), rigadeau (coque, du breton «rigadell»), mordoussé (baudroie, du breton "mordouseg"), etc.

Situation historique La situation linguistique du pays nantais a beaucoup changé dans le temps. Les données toponymiques et textuelles permettent de mieux connaître les évolutions qui ont eu lieu.

Dans cet extrait du la situation linguistique bretonne de l'époque est précisée. Le pays nantais est présenté comme étant bilingue « françoys » et « breton » :

Breton vignette|(Recul de la langue bretonne d'après les données toponymiques). La toponymie du département étudiée par Jean-Yves Le Moing. et Bertrand Luçon. montre une forte présence de noms de lieux bretons (Guémené-Penfao, Kercabellec, Paimboeuf, Treffieux, Guénouvry, Guenrouët), principalement dans le nord et l'ouest du département, mais on les trouve plus sporadiquement sur presque tout le pays nantais. La toponymie bretonne est particulièrement dense à l'ouest d'une ligne allant de Lusanger, Nort-sur-Erdre, Vigneux-de-Bretagne, Bouée, puis la bande littorale du pays de Retz. Il s'agit de l'ancienne frontière linguistique datant du haut Moyen Âge. Le cartulaire de Redon est aussi riche en renseignements concernant la pratique de la langue bretonne dans le comté de Nantes à cette époque, dans les communes situées à l'ouest de la ligne citée plus haut, la grande majorité des lieux et noms de personnes mentionnés sont bretons.. La langue bretonne reculera ensuite vers l'ouest, la Brière marquera la nouvelle frontière dès la fin du Moyen Âge (pour des raisons géographiques, le marais ayant été un frein à la francisation) et ce durablement.. La Bretagne est alors en situation de forte diglossie, aucun acte officiel n'est rédigé en breton pendant la période du duché (le dernier duc bretonnant fut Alain Fergent). La langue bretonne pouvait cependant encore s'entendre hors de ses limites, en 1499, le chevalier allemand Arnold Von Harff met par écrit quelques phrases du breton entendues dans la ville de NantesPhilippe Jarnoux, « In Britania hauen sij eyn eygen spraich. En Bretagne, ils ont leur propre langue... » in: « Langues de l'Histoire, langues de la vie, Mélanges offerts à Fañch Roudaut », Brest, 2005, p.71-83.. La presqu'île de Guérande devint donc petit à petit le dernier bastion de la langue bretonne dans le pays nantais, ce qui donnait encore une certaine importance quantitative à la langue puisque c'était aussi le territoire le plus peuplé de l'évêché après Nantes.. Au , avec le romantisme, de nombreuses personnes se penchent sur la matière populaire en général et sur les langues en particulier. Dans ce mouvement, certains collecteurs comme Léon Bureau apprennent et se passionnent pour le breton des paludiers : le breton du Bourg-de-Batz. Conjointement, les villes de Saint-Nazaire, Indre et Nantes, ainsi que certaines villes côtières comme La Turballe et Le Croisic, accueillent de la main-d’œuvre venue de Basse-Bretagne. Des quartiers entiers sont touchés, selon Paul Sébillot il y avait à Nantes en 1886 sur les que comptait la ville.. Il rapporte aussi que l'on pouvait voir des affiches électorales en bretons placardées à Nantes et à Saint-Nazaire. Durant la seconde partie du , dans les années 1960-1970 la langue bretonne connut une inversion symbolique, une revalorisation aux yeux de la population notamment grâce à la musique (dans le sillage de la musique folk). Des groupes nantais phares comme Tri Yann, dès les années 1970, contribuèrent à faire connaître le répertoire chanté en breton auprès de la population. C'est aussi durant cette décennie que se développent les stages et les cours de langue bretonne dans le département. La première école Diwan, immersive en langue bretonne, du département fut ouverte en 1978 à Nantes. vignette|Inscription en breton au musée Dobrée à Nantes. Ann dianaf a rog ac'hanoun (« l'inconnu me dévore »).

Anthroponymie La langue bretonne a aussi marqué durablement l'anthroponymie du pays nantais, que ce soit dans les noms de famille, ou les prénoms. Durant toute la période du haut Moyen Âge, les noms de personne bretons sont très fréquents dans le comté de Nantes et même majoritaires dans la moitié ouest du territoire, comme le montre le cartulaire de Redon. À partir des s’opère une massification des prénoms chrétiens dans le Duché de Bretagne aux dépens des prénoms bretons traditionnels, le comté de Nantes est particulièrement touché.. L'anthroponymie bretonne ne disparaît pourtant pas, elle se fige dans les noms de famille et certains prénoms bretons seront toujours donnés traditionnellement dans plusieurs communes (grâce notamment au culte des saints patrons) jusqu'au : Malo à Saint-Malo-de-Guersac et Drefféac, Guénolé (et ses variantes) à Batz-sur-mer, Goustan au Croisic, Breven à Saint-Brevin, Armel à Fégréac et Guenrouët, Guingal à Pierric, etc.

Les noms de famille bretons forment encore une part importante des noms traditionnels de Loire-Atlantique : Briand, Le Goff, Le Gall, Guingueneau, Guihéneuf, Mainguy, Evain, Le Huédé, Aoustin, Cadoret, Anézo, Hervouët, Guégan, Conan, Rialland, Derrien

Gallo Le gallo est la forme que prit le latin vulgaire dans l'actuelle Haute-Bretagne. Les grands centres urbains qu'étaient les villes de Nantes et Rennes furent des pôles de diffusion de la langue romane dès la fin de l'Antiquité face aux langues celtiques (gaulois puis breton).. De là, le roman a profité du recul progressif du breton vers l'ouest jusqu'à être parlé dans la quasi-totalité du département au . La langue des écrivains bretons du Bas Moyen Âge (qu'ils nomment « françoys »« Puis y est la duché de Bretaigne qui est bon païs, espécialment Bretaigne Galo, du costé de Normandie et d'Anjou et là parlent françois. » ([null Le Bouvier, Descript. pays H., p.1451, 49]).) était très marquée par le lexique et les formes de la langue locale.. À la même époque la langue bretonne a emprunté de nombreux termes gallos. ce qui est aussi la preuve d'un certain prestige de cette langue dans la société médiévale bretonne (du fait qu'elle était considérée comme faisant partie de la communauté linguistique du français). La naissance d'un standard unique, de plus en plus rigide de la langue française à partir du , a exclu les usages vus comme régionaux de la littérature et des actes officiels. Il faudra attendre le et les collecteurs et autres folkloristes pour que le gallo soit remis en avant (collectes de contes, chansons, lexiques). Au et jusqu'à la première moitié du le gallo est la langue de l'écrasante majorité des habitants du département. En 1816 est publiée la première édition d'une collecte anonyme Locutions et prononciations vicieuses, usitées à Nantes et dans plusieurs autres villes occidentales de la France comprenant 300 mots. Toujours au , l'archéologue Louis Bizeul (1785-1861), natif de Blain, fut à l'origine du premier dictionnaire en gallo, le « Dictionnaire patois du canton de Blain », glossaire de plus de 2000 mots publié vers 1830. Parallèlement au breton, des revendications linguistiques apparaissent au début du . Militant gallo originaire du pays de la Mée, Joël de Villers fut le premier à essayer d'établir une orthographe unique du gallo dans les années 1940. sans succès. Malmené dans les écoles et stigmatisé, la transmission du gallo (généralement appelé « patois » par les locuteurs eux-mêmes) a été stoppée nette durant le . Comme le breton, le gallo a joui d'une certaine revitalisation durant les années 1970 et 1980. centré|vignette|(Louis Bizeul (1785-1861), natif de Blain et premier rédacteur d'un dictionnaire en gallo)

Anthroponymie Beaucoup de noms de famille de Loire-Atlantique connaissent une forme française standard et une forme gallèse (voire une troisième, bretonne, comme le nom de famille Guérin, /gerɛ̃/ en français, /ɟerɛ̃:/ en gallo et /gwa:'rin/ en breton) : Gergaud (Jergao), Desbois (Débôaï), Guihéneuf (Djéneu), Renaud (Rnao), etc. Ces formes gallèses des noms familles ont aussi souvent une forme féminine : Gergaud/Gergaude. Ces prononciations gallèses se rencontrent essentiellement à l'oral. Il en va de même pour les prénoms : Bénoni (Benjamin), Ujèn (Eugène), Lili (Félicie), Nann (Anne), Batao (Baptiste), Ménani (Mélanie).... vignette|234x234px|(Pochette de l'album « Suite gallaise » des Tri Yann en 1974).|centré

Angevin Les parlers gallo, angevin, et poitevin font partie du même ensemble linguistique d'origine romane qui forme un continuum linguistique. Il n'est pas réellement possible de tracer des limites autres qu'historiques entre euxAtlas linguistique et ethnographique de la Bretagne romane, de l'Anjou et du Maine, Gabriel Guillaume et Jean-Paul Chauveau, CNRS, 1975. Ce continuum des langues d'oïl s'étend d'ailleurs de la frontière avec le breton jusqu'en Belgique, où il se heurte au néerlandais et à ses dialectes flamands. Dans la partie orientale de la Loire-Atlantique, les parlers se rapprochent davantage de l'angevin que de ceux utilisés plus à l'ouest ou au nord.

L'exemple d'« aujourd'hui » illustre bien le chevauchement des parlers. En effet, la plupart des gallésants utilisent le mot anae, mais dans l'extrémité orientale de la Haute-Bretagne, le long de la Mayenne et du Maine-et-Loire, les locuteurs utilisent anui, un terme qui se retrouve dans le mayennais (mainiot) et l'angevin.