Le monarchisme français est l’ensemble des courants politiques visant au retour ou au maintien, selon les époques, d’un régime monarchique à la tête de la France. Cela englobe donc le royalisme, mais aussi les courants favorable à un empire comme le bonapartisme.

Les différents régimes monarchiques en France Après l’effondrement de l’Empire carolingien en 888, le royaume de France (d’abord appelé Francie occidentale) évolue vers une monarchie féodale, où le pouvoir du roi est délégué à des vassaux, qui, en échange de leur fidélité et de services rendus au roi, ont en leur possession, et de façon héréditaire, des portions du royaume. Qui plus est, elle est aussi élective car les grands du royaume élisent, depuis 888, l’un d’entre eux roi à titré viager. Le pouvoir royal y est donc considérablement réduit puisque le roi dépend de ces grands nobles pour l’exercice de son pouvoir. Ainsi, chaque seigneur du royaume constitue sur son territoire une forme de pouvoir monarchique : duché, comté, marquisat, baronnie, seigneurie.

L’hérédité se met cependant en place peu à peu durant la période des Capétiens directs (987-1328), puis se codifie définitivement avec la loi salique, qui établit la primogéniture mâle, lors des successions de Louis X (1316), puis de Charles IV (1328). De même, la sacralité du roi se renforce, notamment sous Saint Louis, dont le prestige déteint sur ses descendants, et qui codifie le sacre royal dans son ordo. La légitimité du roi a un fondement religieux, c’est une monarchie de droit divin.

À partir des Bourbons, le domaine royal couvre l’ensemble du royaume, rendant les titres de noblesse purement honorifiques. Le régime devient une monarchie absolue, c’est-à-dire que le pouvoir royal s'affranchit des contre-pouvoirs (parlement, États Généraux, etc.), et effectue une centralisation politique et militaire. L’historiographie a également eu tendance à privilégier le concept de « monarchie administrative », forgé pour rendre compte des mutations profondes qui affectent le gouvernement et l'administration du royaume de France à l'époque moderne, et notamment à partir du , introduisant un « changement de perspective dans la gestion de l'État » (B. Barbiche). Puis la Révolution Française donne naissance à une éphémère monarchie constitutionnelle et parlementaire (1790-1792 avec Louis XVI), qui renaît à la Restauration (1814-1830 avec Louis XVIII et Charles X) et la monarchie de Juillet (1830-1848 avec Louis-Philippe ). Les régimes impériaux (1804-1814, Premier Empire ; 1852-1870, Second Empire) sont des régimes césaristes, même si le second appuie sa légitimité sur l’approbation populaire par des plébiscites.

Courants monarchistes français L'histoire de la monarchie française, marquée par des changements dynastiques, conduit aujourd'hui à une diversité des courants monarchistes. Il y a les courants royalistes : les légitimistes, partisans de la maison capétienne de Bourbon (descendant de Louis XIV), dirigée aujourd'hui par le duc d'Anjou Louis de Bourbon, alias « Louis XX » ; les orléanistes, partisans de la maison d'Orléans (descendant de Philippe d'Orléans, frère cadet de Louis XIV), dirigé aujourd'hui par le comte de Paris Jean d'Orléans alias « Jean IV » ; Et il y a un courant dit « impérial » : les bonapartistes, partisans du rétablissement d’un régime impérial avec à sa tête la maison Napoléon, descendant de Jérome Bonaparte, frère cadet de Napoléon ), dirigé aujourd'hui par Jean-Christophe Napoléon alias « Napoléon VII ».

Chacun de ces courants se rattache à un régime politique français du : la Restauration (1814-1830) pour le légitimisme, la monarchie de Juillet (1830-1848) pour l’Orléanisme et les 1 (1804-1815) et Empires (1852-1870) pour le bonapartisme.

Il était autrefois d'usage de considérer les légitimistes comme des monarchistes conservateurs (par référence à la ligne politique suivie par Charles X) et les orléanistes comme des monarchistes libéraux (en référence à la politique de Louis-Philippe ) ; cette classification doit tout de même être entendue avec réserves, surtout durant le : l'Action française, antiparlementaire, est orléaniste et elle draina longtemps (jusqu'à la Seconde Guerre mondiale) la majorité des monarchistes français (et a contrario, un des prétendants légitimistes, le comte de Montizón, était ouvertement libéral, et son petit-fils le duc d'Anjou et de Madrid fut considéré comme par une grande partie de ses partisans). Au , le prétendant légitimiste au trône de France, Louis Alphonse de Bourbon, a renoué avec la tradition ultra-conservatrice en manifestant à maintes occasions ses sympathies pour le parti espagnol d'extrême-droite Vox et l'organisation ultra-catholique Hazte Oír.

Summa divisio : légitimistes et orléanistes La division entre les monarchistes français trouve son fondement dans les avatars de la succession au trône de France.

À la mort en 1883 d'« Henri V », comte de Chambord, petit-fils de Charles X et dernier Bourbon de la branche aînée, les monarchistes se divisèrent en deux courants : une minorité de légitimistes refusa de se rallier au prétendant orléaniste d'alors, « Philippe VII », comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe , roi des Français et ils reportèrent leur fidélité salique sur la nouvelle branche aînée des Bourbons, la branche dite des « Bourbons d'Espagne » (Bourbon-Anjou). Depuis lors, ils reconnaissent l'aîné de ces derniers comme prétendant au trône de France, aujourd'hui « Louis XX », duc d'Anjou, chef de la maison de Bourbon et aîné des descendants légitimes en ligne masculine d'Hugues Capet, et dont le père était cousin germain aîné de Juan-Carlos d'Espagne. la majorité des anciens légitimistes rejoignit les rangs des orléanistes, partisans de la branche cadette d'Orléans, descendante de Louis XIII, roi de France, branche dont l'un des membres, à savoir Louis-Philippe , roi des Français était déjà monté sur le trône, et arguèrent d'une légitimité dynastique de « Philippe VII » (et non « Louis-Philippe II » comme le souhaitaient certains orléanistes partisans de la monarchie de Juillet). Les orléanistes se rangent aujourd'hui derrière l'aîné des descendants du frère de ce dernier, « Jean IV », chef de la maison d'Orléans.

Entre 1886 et 1950, les familles de prétendants ont été visées par la loi « d'exil » du 22 juin 1886, interdisant notamment l'entrée et le séjour sur le territoire français aux chefs des familles ayant régné en France (Bourbons, Bonaparte et Orléans) et à leurs fils aînés et le service dans les armées françaises auxdites familles. Plusieurs générations de prétendants ont ainsi vécu en exil.

Querelles dynastiques Selon les orléanistes, les Orléans, qui portèrent à partir de 1709 le titre honorifique de premier prince du sang, sous l'Ancien Régime et la Restauration, seraient les seuls prétendants possibles au trône de France. En effet, les Bourbons « d'Espagne », descendants de Philippe de France, duc d'Anjou, sont exclus, selon les orléanistes, de la succession à la suite de la renonciation dudit duc d'Anjou au trône de France pour lui-même et ses descendants, partis régner sur l'Espagne. Ils ajoutent que ces princes, devenus étrangers « sans esprit de retour », seraient affectés d'un « vice de pérégrinité ».

Les légitimistes arguent, quant à eux, d'une inconstitutionnalité des clauses des traités d'Utrecht imposant à Philippe de France de renoncer à ses droits sur le trône de France pour lui-même et ses descendants ; en effet, lesdites clauses seraient en contradiction avec la loi d'indisponibilité de la couronne (interdisant notamment au souverain de désigner ses successeurs) et la règle de succession par ordre de primogéniture mâle. Ils contestent l'existence d'un principe de nationalité dans l'ancien droit et soulignent que plusieurs de nos rois étaient déjà souverains d'un autre pays au moment de leur avènement au trône de France, dont notamment Henri IV, ancêtre commun aux deux branches.

Courants minoritaires Providentialisme Certains sont adeptes d’un courant « providentialiste » qui s'en remet à Dieu pour savoir qui doit être Son lieutenant sur le trône de France. S’appuyant en partie sur des prophéties non reconnues par l'Église catholique, cette vision quasi-apocalyptique espère le salut de la France et de l'Église par un Saint Pape et par un roi glorieux appelé Grand Monarque. Ce courant a été fondé le par Alain Texier en l'Abbaye Notre-Dame de Fontevraud (Charte de Fontevrault) ; il reprend les idées exposées par le marquis de la Franquerie en 1955.

Survivantisme Également, nombreux sont ceux qui croient à l’éventualité d’une survie de Louis XVII, qui est mort le , à l'âge de dix ans, dans la prison du Temple, et à la suite de près de trois ans de captivité. Ainsi, durant le , divers prétendus Louis XVII se manifestent : le plus célèbre est Karl-Wilhelm Naundorff (mort le ), qui se manifeste dès 1812, réussit à convaincre plusieurs personnes qu'il est vraiment Louis XVII. Ses descendants ne cessent ensuite de défendre sa cause, mais les récentes analyses ADN ont réduit à néant les prétentions des « survivantistes ». On peut aussi citer Jean-Marie Hervagault, le prétendu baron de Richemont, Charles de Navarre, dit Mathurin Bruneau, Bourlon, Fruchard, Marassin, Mèves, Junt, Eliézer Williams, Varney, Ligny de Luxembourg, Gruau, La RocheL. de La Sicotière, Les Faux Louis XVII, Victor Palmé, 1882. – En ligne sur Gallica.…

Histoire du monarchisme en France Durant la révolution et l’Empire Révolution Après la proclamation de l’Assemblée Nationale Constituante, en juillet 1789, par des députés des États-Généraux, des débats ont lieu, d’août à septembre, sur l’évolution du régime politique français : les députés favorables au maintien du pouvoir du roi se sont placés à la droite du président de l'assemblée et les partisans d'une limitation de ses pouvoirs, à sa gauche. Cette division gauche/droite va se pérenniser en France et dans le reste du monde. En 1791, au sein de l’Assemblée nationale législative, parmi divers groupes politiques, il y a les feuillants qui sont des monarchistes modérés. La monarchie française passe durant cette période de l’absolutisme à un régime constitutionnel.

Dès 1789, de nombreux nobles craignant les troubles du pays émigrent vers l’étranger ; parmi ces émigrés, il y a les frères du roi, les comtes de Provence et d’Artois. Ils forment, dans le Saint-Empire, des armées qui visent à reconquérir la France mais qui se dissolvent après quelques années, ou rejoignent des armées étrangères.

Après la proclamation de la République (août/) et la mort du roi (), le soutien du roi est principalement exprimé par des insurrections dans tout le royaume, mais surtout dans l’Ouest (Vendéens, Chouans,…) et à Paris (insurrections de l’an III et IV). Est alors considéré comme roi le fils de Louis XVI, dit Louis XVII, et son oncle le comte de Provence se proclame régent. Ont également lieu de nouvelles défections, comme celle de Lafayette, qui quitte son commandement militaire (l’Armée du Nord) et émigre. Lorsqu’en 1795 le fils de Louis XVI, surnommé Louis XVII, meurt, le comte de Provence se proclame roi sous le nom de Louis XVIII, voulant maintenir la continuité dynastique capétienne.

Après la chute du Comité de Salut Public et de Robespierre, le 9 thermidor an II (), la Convention reprend le pouvoir dans un contexte d’aspiration à la stabilité et à l’ordre. Ainsi est alors fondé le Club de Clichy, qui rassemble des députés républicains modérés et des monarchistes. Avec la mise en place du régime du Directoire, le 4 brumaire an IV (), le club gagne en importance ; il est cependant fermé au lendemain du coup d'État du 18 Fructidor ().

Napoléon