La dynastie Han ( ; chinois archaïque : ŋ̥ānh ḍhawDictionnaire étymologique sino-tibétain en ligne, reconstruction de la prononciation de l'époque Han http://starling.rinet.ru/cgi-bin/query.cgi?basename=\data\china\bigchina&root=config&morpho=0) régna sur la Chine de 206 à 220 Deuxième des dynasties impériales, elle succéda à la dynastie Qin (221 - 206 ) et fut suivie de la période des Trois Royaumes (220-265).

Fondée par Liu Bang, chef de guerre d'origine paysanne révolté contre la dynastie Qin, elle compta vingt-huit empereurs. Première dynastie impériale par sa durée, elle se divise en Han occidentaux () ou Han antérieurs () (206 - 9 ), capitale Chang'an, et Han orientaux () ou Han postérieurs (), (25-220 ), capitale Luoyang, séparés par la courte dynastie Xin (9-23 ) fondée par Wang Mang.

Les plus de quatre siècles de domination de la dynastie Han sont généralement considérés comme un des « âges d'or » de l'histoire de la Chine. L’accent est mis en particulier sur les premiers règnes des Han antérieurs, qui virent la stabilisation de l'institution impériale en Chine, après la courte domination des Qin (220-209 ) qui avaient certes vu le triomphe de l'idée d'unité des pays chinois mais n'avaient pas pu en assurer l'installation dans la durée, ce que firent les Han en assouplissant les velléités centralisatrices de leurs prédécesseurs. On met en particulier en avant le long règne de Wudi (141-87 ), durant lequel fut assuré le triomphe du pouvoir impérial sur les dynasties établies dans les provinces, fut mise en place l'idéologie confucéenne officielle des empires chinois, ainsi que vers l'extérieur la conduite de plusieurs expéditions couronnées de succès face aux peuples de la steppe et l'ouverture de la « route de la soie » en direction de l'Asie intérieure et des contrées situées en Occident.

La suite fut cependant moins glorieuse, avec l'affaiblissement de l'autorité des empereurs à la cour face aux ambitions des ministres issus des familles de leurs épouses principales, et celles des eunuques qui prirent progressivement l'ascendant sous les Han postérieurs. Dans l'empire, les grandes familles provinciales placèrent sous leur coupe une grande partie de la paysannerie, et gagnèrent en autonomie face au pouvoir central. Ce dernier s'effondra finalement sous l'action de coups de force à la cour et de révoltes populaires entraînant sa fragmentation à partir des années 180, même si le prestige des membres de la dynastie Han permit à celle-ci de subsister jusqu'en 220.

Du point de vue culturel, la période Han vit éclore de remarquables historiens (Sima Qian et Ban Gu), penseurs (Huainanzi, Dong Zhongshu, Wang Chong) et poètes. De son art, on connaît essentiellement ce qui a été exhumé lors de fouilles archéologiques dans les nombreuses tombes de la période, qui offrent également des informations inestimables sur les croyances des anciens Chinois sur l'au-delà. Toujours dans le domaine religieux, la fin de la période fut marquée par l'émergence des premiers courants taoïstes, ainsi que l'arrivée du bouddhisme en Chine depuis les routes venant d'Asie centrale.

En souvenir de cette dynastie, jusqu'à aujourd'hui, le groupe ethnique majoritaire du pays se désigne lui-même comme étant le « peuple Han ».

Histoire politique et institutions

La période Han est divisée en deux grandes parties ayant chacune duré environ deux siècles. La première est celle des Han antérieurs, ou Han occidentaux car leur capitale, Chang'an, était située à l'Ouest. Dans la continuité de la dynastie Qin, dont elle assure le succès de l’œuvre impériale en triomphant des autonomies provinciales puis en connaissant une remarquable expansion territoriale, elle comprend les règnes les plus brillants de la période, qui mirent en place le cadre institutionnel qui devait perdurer durant les siècles suivants. Mais elle décline dans le courant du avant d'être destituée par Wang Mang, fondateur de l'éphémère dynastie Xin. À celle-ci succède la dynastie des Han postérieurs, ou Han orientaux, en raison de la localisation de leur capitale Luoyang, fondée par un descendant des premiers empereurs Han issu d'une branche mineure du lignage impérial. Cette seconde période est marquée par un phénomène de décentralisation marqué, qui voit les élites provinciales prendre leur autonomie, tandis que la cour était marquée par l'influence croissante des eunuques et de hauts dignitaires sur des empereurs effacés. L'effondrement de la dynastie se produisit à partir des années 180, et s'acheva par la division de l'empire.

La fondation et la stabilisation de la dynastie : les Han occidentaux vignette|L'empire des Han antérieurs vers 195 , à la mort de Gaozu : les provinces (noir) et les royaumes (rouge). vignette|Carte de l'empire des Han antérieurs vers 87 , avec les protectorats extérieurs et les principaux axes de communication.

Durant les trois ans suivant la mort du premier empereur Qin, Qin Shi Huangdi (en 210), de nombreuses révoltes naquirent en Chine, aussi bien populaires que venant des descendants de l’aristocratie des Royaumes combattants supplantée par les Qin. La première importante fut celle de deux officiers mécontents, Chen Sheng et . Parmi les chefs de la rébellion devenue générale, finirent par émerger deux figures principales : Xiang Yu, issu d'une famille de militaires de Chu, et Liu Bang, petit magistrat du comté de Pei d'extraction paysanne M. Loewe, « The former Han dynasty », dans . En 207, ce dernier parvint à vaincre les restes de l'armée Qin et à prendre la capitale Xianyang. Xiang Yu, qui était le général le plus puissant, choisit de ne pas se proclamer empereur et de revenir à un modèle d'éclatement territorial tel qu'il prévalait avant les Qin, dans lequel il avait le statut de roi de Chu et d'hégémon. Il divisa l'empire en 18 royaumes attribués à des descendants des anciennes familles royales et des alliés. Liu Bang hérita d'un royaume nouvellement créé, celui de Han, qui devait son nom à sa localisation dans la vallée de la rivière Han (actuel Shaanxi méridional)Hàn 汉, à ne pas confondre avec le royaume combattant Hán 韩.. Insatisfait de sa situation, il envahit la vallée de la rivière Wei, l'ancien cœur de l'empire Qin. Lors de la guerre qui éclata entre Xiang Yu et Liu Bang, le second émergea en vainqueur après sa victoire décisive à la bataille de Gaixia en 202 av. J.-C.. Il reprit le titre d'empereur (皇帝, huangdi) tel que forgé par les Qin, et fut désigné après sa mort comme Han Gaozu (202-195 ).

Gaozu conserva néanmoins les « royaumes » ou « principautés » (guo), laissés dans un premier temps à ceux qui parmi leurs anciens détenteurs l'avaient appuyé, ou attribués à ses compagnons d’armes de façon à asseoir son pouvoir, mais il privilégia de plus en plus leur concession à des membres de son clan, notamment ses fils, et à la fin de son règne il proclama que seuls ceux-ci devaient disposer de ces territoires. Pour le reste, il conserva les institutions des Qin, comme le reflète sa décision d'installer sa capitale à proximité de Xianyang, dans la ville nouvellement fondée de Chang'an (Paix éternelle). Il faisait reposer sa légitimité avant tout sur son triomphe sur ces derniers, qui faisaient de lui un personnage digne de la fonction impériale, à même de gouverner un empire pacifié ; ; . Il fut remplacé par son fils Huidi (195-188 ), personnage effacé qui laissa en fait les rênes du pouvoir à sa mère, l'impératrice douairière Lü, qui dirigea de fait l'empire après sa mort de 187 à 180. Elle élimina plusieurs des anciens compagnons de Gaozu qui avaient tenté d'exercer une autorité plus importante, ainsi que plusieurs de ses fils qui avaient acquis trop d'influence à ses yeux, et éleva à leur place des membres de son propre clan (auxquels elle attribua des royaumes malgré l'interdit posé par son défunt époux). Wendi (179-157), fils de Gaozu ayant été épargné par ces purges, se débarrassa du clan de l'impératrice après sa mort, tout en poursuivant la politique consistant à rabaisser le pouvoir des princes, car au sein du clan impérial s'élevaient des rivaux pour l'empereur. L'empereur suivant, Jingdi, dut ainsi affronter en 154 av. J.-C. la révolte des sept princes (Wu, Chu, Zhao, et quatre principautés du Shandong) dont l’instigateur était le prince de Wu, Liu Pi. Elle fut réduite au bout de trois mois. Les principautés revinrent ainsi progressivement sous contrôle impérial.

Wudi (141-87), successeur de Jingdi, hérita donc d'un empire pacifié dans lequel son autorité n'était pas menacée, en dépit de la révolte de son oncle Liu An, prince de Huainan, matée en 124. Par sa longévité et son tempérament autoritaire il fut l’empereur le plus puissant de la dynastie. Il consolida l'empire par ses mesures administratives centralisatrices, qui aboutirent notamment à renforcer les finances, et initia une politique de conquêtes qui repoussèrent les limites de l'empire dans des contrées très éloignées de celles dominées par ses prédécesseurs.

Le développement des institutions impériales

Le premier siècle de la domination de la dynastie Han a ainsi vu la stabilisation de l'empire, après l'échec des Qin. Cela fut accompli en reprenant largement l'héritage de ces derniers, mais en procédant également à divers remaniements aboutissant à un empire moins centralisé et autoritaire, supprimant progressivement les mesures les plus brutales de son prédécesseur. Ces institutions et pratiques politiques posèrent les bases pour les empires chinois ultérieurs.

L'empereur et l'administration centrale Idéologie et fonctions impériales Le lignage Liu d'où sont issus les empereurs de la dynastie Han devait sa légitimité au triomphe de son fondateur, Liu Bang/Gaozu, dont on estimait que les mérites se transmettaient à ses successeurs, permettant une transmission héréditaire du pouvoir. L'empereur (huangdi) ne fondait pas son autorité sur la victoire militaire, et l'émergence de brillants généraux ne le menaçait pas vraiment. Les penseurs de l'époque des Royaumes combattants avaient forgé chacun à leur manière l'image de l'empereur idéal, érigé en figure supérieure, garante de la permanence et de la stabilité de l'empire, qu'il assurait pour ainsi dire par sa seule présence (voir plus bas), consacrée par l'unification des Qin. Suivant les principes hérités des Zhou et remis en avant par les lettrés de tendance confucéenne (avant tout Dong Zhongshu), il est le « Fils du Ciel », sa dynastie ayant reçu de la divinité suprême céleste un « mandat » en raison de ses mérites. L'empereur était donc le chef de l'administration, le juge suprême de l'empire. Il était également son grand prêtre, accomplissant les rituels aux divinités les plus importantes, en premier lieu le Ciel. Les empereurs les plus actifs participaient effectivement à la prise de décision, mais d'autres étaient plus effacés. Le précepte d'origine taoïste du « non-agir », mis en avant par certains penseurs, prévoyait que le monarque ne devait pas diriger en personne, mais déléguer à ses subordonnés. Il devait attirer à lui, repérer et élever les plus méritants. L'autorité devait donc absolument découler de l'empereur mais elle était concrètement exercée par d'autres. Du fait de sa fonction qui le plaçait au-dessus du commun des mortels, le souverain se devait d'être peu visible, difficilement accessible, et donc il se déplaçait rarement dans l'empire, ne conduisait pas les troupes au combat, et son image ne faisait pas l'objet d'une propagande M. Loewe, « The concept of sovereignty », dans ; .