La dynastie Yuan (), officiellement le Grand Yuan<ref name="CivilSociety">Civil Society in China: The Legal Framework from Ancient Times to the 'New Reform Era, , note 69.</ref> ( ; en moyen mongol , , littéralement « Grand État Yuan »), est une dynastie mongole fondée suivant la tradition chinoise en 1271 par Kubilai Khan, le petit-fils de Gengis Khan, et qui règne sur la Chine jusqu'en 1368.
Formellement, en Chine, elle succède à la dynastie Song et précède la dynastie Ming. Bien que les Mongols dominent la Chine du Nord depuis Gengis Khan, Khubilaï la fait débuter rétroactivement au règne de son grand-père comme fondateur officiel de la dynastie. Toutefois comme les Song tenaient le grand sceau d'empire, on la fait débuter à l'abdication de Hangzhou (1276) ou à l'achèvement de la conquête de la Chine du sud (1279).
Son royaume est, à ce moment-là, isolé des autres Khanats et contrôle la plus grande partie de la Chine moderne et de ses environs, y compris le territoire qui correspond actuellement à la Mongolie. C'est la première dynastie non-chinoise à gouverner toute la Chine et elle dure jusqu'en 1368, date à laquelle la nouvellement fondée dynastie Ming chasse les empereurs Mongols de Chine, ce qui oblige les Gengiskhanides à se replier dans leur patrie mongole, ou ils fondent la dynastie Yuan du Nord. Si certains empereurs Mongols Yuan maîtrisent la langue chinoise, d'autres n'utilisaient que leur langue maternelle, le mongol, et l'Écriture phagpa.
Même si la dynastie Yuan est avant tout le khanat fondé et dirigé par les successeurs de Möngke Khan après la division de l'Empire mongol, dans l'histoire officielle chinoise, elle est considérée comme étant une dynastie ayant reçu le Mandat du Ciel. Même si elle a été établie par Kubilai Khan, ce dernier a inscrit son grand-père Gengis Khan sur les documents impériaux en tant que fondateur officiel de la dynastie, sous le nom posthume "Taizu". Dans son Édit pour Établir le Nom de l'État, Kubilaï a annoncé que le nom de la nouvelle dynastie était "Grand Yuan" et s'est posé en successeur des anciennes dynasties chinoise depuis l'époque des Trois augustes et cinq empereurs jusqu’à la dynastie Tang.
L'empereur Yuan, en plus d'être empereur de Chine, était aussi Grand Khan des Mongols, et à ce titre il régnait sur la Mongolie et était suzerain des trois khanats ayant institutionnalisés les apanages des fils de Gengis : le Khanat de Djaghataï en Asie centrale, la Horde d'or sur les actuelles Russie et Ukraine, et l'Ilkhanat de Perse incluant l'Irak et la plus grande part des actuelles Turquie et Afghanistan. En tant que tel, l'empire Yuan était l'Empire du Grand Khan. Cependant, assez rapidement la soumission des khanats devient purement nominale, chacun poursuivant sa propre politique et entrant souvent en guerre l'un contre l'autre.
Datation du début de la dynastie Yuan vignette|droite|Wang Mian, 1287 1359. Branche de prunier en fleur. Rouleau vertical, encre sur papier, , Musée de Shanghai Bien que la date de 1271 soit celle de la proclamation par Kubilaï Khan du début de la dynastie, on trouve des documents chinois datés des « années de Yuan Shizu » (元世祖, Kubilaï) antérieures à 1271.
Plusieurs autres dates sont donc proposées pour le commencement de la dynastie : 1206, année où, avant de partir à la conquête de la Chine, Temüdjin est élu grand khan des Mongols sous le nom de Gengis Khan ; 1234, année où Ögödei Khan, fils de Gengis Khan, conquiert l'empire Jin qui dirige le nord de la Chine ; 1260, année du début du règne de Kubilai Khan successeur de son frère Möngke ; 1276, année de la réunification de la Chine par la reddition de l'impératrice Song dans sa capitale Hangzhou, et date de la remise à Kubilai du Grand Sceau d'empire. Certains choisissent même 1279, date de la reddition des derniers Song et de l'achèvement de la conquête de la Chine du sud par Kubilai.
Nom
En 1271, Kubilai Khan impose le nom Grand Yuan (), fondant ainsi la dynastie Yuan. "Dà Yuán" () vient de la clause « » () dans la section du Classique des changements, sur le premier hexagramme Qián (). Le pendant en langue mongole est Dai Ön Ulus, également rendu en Ikh Yuan Üls ou Yekhe Yuan Ulus. En Mongol, Dai Ön (translittération en Moyen mongol du Chinois « Dà Yuán ») est souvent utilisé en conjonction avec Yeke Mongghul Ulus (lit. « Grand État Mongol »), ce qui donne ()The Early Mongols: Language, Culture and History par Volker Rybatzki & Igor de Rachewiltz, ., soit « Grand Yuan Grand État Mongol ».
La dynastie Yuan est également connue par les occidentaux comme étant la « dynastie MongoleAsian Nationalism, par Michael Leifer, Professor of International Relations Michael Leifer, . » ou la « Dynastie Mongole de la ChineA Military History of Japan: From the Age of the Samurai to the 21st Century: From the Age of the Samurai to the 21st Century, John T. Kuehn Ph.D., . », tout comme la dynastie Qing est aussi appelé en occident la « Dynastie MandchoueVoyages in World History, by Valerie Hansen, Ken Curtis, . » ou la « Dynastie Mandchoue de la ChineThe Military Engineer, Volume 40, . ». Le Yuan est parfois aussi connu sous le nom d'« Empire du Grand Khan » ou de « Khanat du Grand KhanFocus On World History: The Era Of Expanding Global Connections - 1000-1500 C.E.: Grades 7-9, by Kathy Sammis, . » qui est présent sur certaines cartes Yuan, puisque les Empereurs Yuan portent le titre de Khagan (Grand Khan), même s'il est purement nominal. Néanmoins, les deux termes peuvent aussi se référer au Khanat de l'époque de l'Empire mongol directement gouverné par les Grands Khans avant l'établissement effectif de la dynastie Yuan par Kubilai Khan en 1271.
Histoire Sources historiques L’Histoire des Yuan, Yuan Shi, histoire officielle de la dynastie Yuan, fut écrit en 1370 sous la direction de Song Lian (宋濂). Suivant la structure des histoires officielles, il est constitué d'un ensemble de traités thématiques et de biographies. Ce travail, réalisé très rapidement, reçut de nombreuses critiques sous la dynastie Qing, et fit l'objet d'une version corrigée, la Nouvelle histoire des Yuan, Xin Yuanshi, par Ke Shaomin, achevée en 1920. Le voyage de Marco Polo en Chine s'est également déroulé sous cette dynastie, donnant une vision plus européenne de celle-ci. Les invasions mongoles de la Corée (rapportées notamment dans l'« histoire de Goryeo », ) et du Japon sont également le fait de cette dynastie, cela a permis de conserver différents témoignages de cette période du point de vue de ces deux pays.
Les Mongols et la Chine avant Kubilai Khan
Gengis Khan (1206 - 1227)
Temüjin, un chef de clan Mongol, réussit à unifier sous son commandement toutes les tribus Mongoles. En 1206, un QurultayAssemblée des chefs mongols réunie pour prendre une décision concernant l'ensemble de l'Empire., lui décerne le titre de Khagan, soit « Grand Khan » ou « Khan des Khan », reconnaissant ainsi sa suprématie sur les autres chefs Mongols. Il prend alors le titre de Gengis Khan, et entreprend la conquête des royaumes voisin, marquant ainsi le début de l'expansion de l'Empire mongol.
Entre 1203 et 1209, soit avant même la fin de l'unification du peuple Mongol, il lance ses trois premières campagnes contre les Xia occidentaux, des Tangoutes qui contrôlent le nord-ouest de la Chine. Vaincu, l'empereur des Xia devient le vassal des Mongols et promet d'associer ses troupes à celles du Khan en cas de besoinChapitre 1 : « Gengis Khan » dans Gengis Khan et l'Empire mongol de Jean-Paul Roux, Découvertes Gallimard, 2002..
Cette occasion arrive vite, car quelques années plus tard, Gengis Khan s'attaque aux Jürchens de la Dynastie Jin, qui contrôlent le nord et le nord-̈est de la Chine. La première bataille importante entre les Mongols et les Jürchen est la bataille de Yehuling, qui a lieu en 1211. De cette date à 1215, les Mongols ravagent la Chine du Nord et s'emparent de la Mandchourie, la terre natale des Jurchens. Finalement, les Jin perdent la moitié nord de leur empire et se retrouvent coincé entre deux ennemis : les Mongols au nord et la dynastie chinoise des Song au sud.
Entre 1216 et 1221, les Jin bénéficient d'un répit relatif, Gengis Khan étant occupé à l'ouest par la conquête des Kara-Khitans et de l'empire Khorezmien. Quand il revient en Chine, c'est pour attaquer à nouveau les Xia occidentaux, qui se sont révoltés contre les Mongols. Il meurt le 18 août 1227 pendant le siège de (aujourd'hui district de Xingqing à Yinchuan, capitale de la région autonome hui du Ningxia), la capitale des Xia.
Ögedeï (1228 — 1241)
C'est Ögedeï, le troisième fils de Gengis Khan, qui succède à son père et devient Grand Khan. Son premier acte est d'achever la campagne contre les Xia lancée par son père : leur capitale tombe et le royaume Tangoute est rayé de la carte avant la fin de l'année.
En 1231, les Mongols envahissent le royaume de Goryeo, le roi signe sa reddition en 1232 et un général représentant l'empereur mongol s'installe à Kaesong, la capitale. Le chef du gouvernement Choe U fuit sur l'île de Kanghwa la même année et demande à la population de résister. Lorsque le général mongol meurt, une seconde invasion est déclenchée.
Toujours en 1231, Ögedeï relance la guerre contre la Dynastie Jin qui, entre-temps, a usé ses dernières forces dans une guerre inutile contre la dynastie Song. Le conflit s’arrête en 1234, avec la chute de Kaifeng, la dernière capitale des Jin et la disparition de la dynastie Jurchen. Pendant la guerre, Ögedei offre à son neveu Kubilai un poste à Xingzhou, au Hebei. Kubilai ne sait pas lire le chinois, mais sa mère Sorghaghtani lui a attache les services de plusieurs professeurs Han dès son plus jeune âge. À son nouveau poste, il demande l'avis de conseillers bouddhistes et confucéens chinois.
Kubilai n'est pas le seul a s'entourer de conseillers chinois, car de nombreux chinois et Khitan ont fait défection au profit des Mongols pour combattre les Jin depuis le début de la guerre. Ainsi, deux chefs chinois, Shi Tianze et Liu Heima (, alias Liu Ni), et le chef Khitan Xiao Zhala () font défection et reçoivent le commandement de 3 Tümens dans l'armée Mongole, et ce, pendant le règne d'Ogedei. Il y a en tout 4 Tümens Han (chinois) et 3 Tümens Khitan au sein de l'armée mongole, chaque Tümen étant une division forte de . À l'époque d'Ögedei, Les Tümens Khitan sont sous les ordres des généraux Shimobeidier (), Tabuyir (), et Zhongxi, le fils de Xiaozhacizhizi (). Pour ce qui est des Tümens Han, ils sont commandés par les généraux Zhang Rou, Yan Shi, Shi Tianze et Liu Heima.
Pendant son règne, le second Kaghan lance également la troisième invasion du royaume de Goryeo, ainsi que le début de l'invasion de la Chine du Sud de la Dynastie Song. En dehors de la Chine, il organise également des expéditions militaires vers le Moyen-Orient et l'Europe.
Ögedeï meurt subitement le 11 décembre 1241, pendant une partie de chasse. Sa veuve Töregene assume la régence de 1241 à 1246, date de l'élection de leur fils Güyük, qui règne pendant deux ans. C'est ensuite au tour de Möngke, un autre petit-fils de Gengis Khan de prendre les rênes du pouvoir.
Möngke (1251 — 1259) et sa succession
Möngke succède a Güyük en 1251. Une fois au pouvoir, il confie à son frère Kubilai la gestion des territoires Mongols en Chine. Ce dernier fait construire des écoles pour former des érudits confucéens, émet des billets de banque, relance les rituels chinois et approuve des politiques qui stimulent la croissance agricole et commerciale. Kubilai choisit comme capitale la ville de Kaiping en Mongolie intérieure, qui sera renommée plus tard Shangdu. Il confie la rénovation de sa nouvelle capitale à Liu Binzhong, un ancien moine Chan aux talents d'ingénieur.