vignette|Le « monde occidental » selon Samuel P. Huntington in Le Choc des civilisations, 1996.. LOccident est une aire culturelle qui couvre, dans sa définition la plus restrictive., la majorité de l'Europe, l'Amérique septentrionale et l'Australasie. Sa société contemporaine est l'héritière directe. : de la civilisation gréco-romaine (philosophie, science et droit), de la religion chrétienne (catholicisme et protestantisme) et des Lumières.
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La notion politique d'Occident apparaît progressivement à partir la division de l'Empire romain sous Dioclétien en l'an 285 : l'Empire romain d'Occident, qui utilise l'alphabet latin, se forme autour de Rome, tandis que l'Empire romain d'Orient se constitue autour de Constantinople. Cependant, cette division n'est pas perçue comme définitive et héréditaire avant la mort de Théodose Ier en 395 ; la coopération entre les deux empires restera très forte, notamment dans le domaine judiciaire et législatif.
En 476, le déclin de l'Empire romain d'Occident aboutit à la chute de Rome et donc la fin de l'unité politique occidentale. S'ensuivront de nombreux troubles religieux, les chrétiens chalcédoniens devant faire face aux invasions païennes (Francs et ariens, Wisigoths et Ostrogoths, Vandales). Ces peuples "barbares", en extrême minorité dans les territoires conquis, se convertissent rapidement, ce qui étend l'influence de l'Église catholique romaine vers l'Europe du Nord et l'Europe centrale. L'avancée Omeyyade en Espagne après la bataille du Guadalete est arrêtée par Charles Martel, victorieux à Poitiers en 732, confirmant la puissance franque comme protectrice et bras armé de la Chrétienté. C'est dans ce contexte que Charlemagne prend le titre d'empereur d'Occident en l'an 800, et que des projets de mariage avec l'impératrice Irène l'Athénienne sont élaborés pour réunifier l'Empire Romain et la chrétienté.
En 1078, les Turcs seldjoukides interdisent aux pèlerins chrétiens l'accès à Jérusalem entrainant en 1096 le début des croisades durant lesquels les Occidentaux, et surtout les princes Francs, lancent des expéditions armées en « Terre sainte », à l'appel initialement de l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène. Le schisme de 1054 avait entre-temps marqué une rupture formelle entre Rome et Constantinople, ainsi que l'affirmation du Pape de Rome face aux autres membres de la Pentarchie, et face à l'empereur byzantin, ce qui entraîna une rupture entre les chrétiens catholiques, reconnaissant la suprématie du pape, et orthodoxes, qui restèrent fidèles au Patriarcat œcuménique de Constantinople. La quatrième croisade, détournée par la république de Venise, se conclut par un sac de Constantinople par les croisés. Celui-ci affaiblit durablement l'Empire d'Orient, qui ne pourra reconquérir Constantinople qu'en 1261 et ne pourra pas repousser une nouvelle poussée des Turcs en Anatolie occidentale qui finiront par former l'Empire ottoman, mais amorce la Renaissance en Occident.
À partir du , le monde connaît deux bouleversements importants : la Réforme protestante qui bouleverse le christianisme occidental et la prise de Constantinople par les Ottomans. La prise de Grenade en 1492 marque à la même période la fin de la Reconquista dans la péninsule ibérique. Les États européens abandonnent la route de la soie et commencent à chercher de nouvelles route vers les Indes : cette période nommée des « Grandes découvertes » aboutit à la conquête progressive du « Nouveau Monde ». S'ensuivra une période de progrès techniques, l'établissement des comptoirs coloniaux, qui deviendront avec le temps des empires coloniaux, le « siècle des Lumières » et enfin la révolution industrielle. L'Empire russe s'occidentalise dès Pierre le Grand, soucieux de réformer une société russe sclérosée par les anciens privilèges sur le modèle français, mais l'avènement de l'URSS conduit pendant la seconde moitié du à la guerre froide et à un monde bipolaire dominé, d'une part, par les États-Unis et leurs alliés au sein du bloc de l'Ouest, organisé autour de nombreuses alliances parmi lesquelles la plus importante est l'OTAN ; d'autre part, par l'URSS et les autres pays communistes de l'Empire soviétique, constituant le bloc de l'Est.
Au début du , on admet généralement que l'« Occident » regroupe l'Europe occidentale (c'est-à-dire l'Union européenne, le Royaume-Uni et l'Association européenne de libre-échange [AELE]), le Canada, les États-UnisDictionnaire Hachette, édition 2006, entrée « occident » : .Dictionnaire Petit Robert, édition 1993, entrée « occident » : ., l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Par analogie avec la notion d'Extrême-Orient, mais aussi pour souligner leur proximité avec le monde occidental, les pays latino-américains sont parfois désignés comme l'« Extrême-Occident ».. Les citoyens des pays du monde occidental sont couramment appelés « Occidentaux ». L'Occident regroupe approximativement de personnes dans sa définition la plus restreinte (Europe catholique et protestante, Amérique septentrionale et Australasie) et environ de personnes si on inclut l'Amérique latine.
Étymologie thumb|left|upright=1.0|Aspect historique : la division de l'Empire romain entre empires d'Orient et d'Occident en 395 marque l'apparition de l’appellation « Occident » pour désigner l'entité politique occupant la partie ouest de l'ancien Empire romain unifié.
Le terme occident est emprunté au latin occidens, participe présent de occidere qui a donné le vieux verbe français occire (abattre, tuer). Ce verbe est composé de la particule ob signifiant « objet » et de cadere qui signifie « tomber, choir », « tomber à terre », « succomber, périr »Cette étymologie est utilisée par le philosophe Oswald Spengler dans son œuvre de synthèse historique Le Déclin de l'Occident qui contribue à assimiler occident et civilisation.. En parlant d’un astre (notamment du Soleil), le terme signifie « se coucher » et peut se traduire littéralement par « soleil couchant ».. Ce terme s'oppose à lorient (du latin oriri, « naître », « surgir »), qui désigne l'endroit où le soleil se lève.
thumb|upright=1.0|Aspect scriptural : alphabet latin en Europe occidentale. Alphabet cyrillique et alphabet grec en Europe orientale. thumb|upright=1.0|Aspect religieux : le christianisme occidental (catholicisme et protestantisme) et le christianisme oriental (christianisme orthodoxe).
Les langues romanes ne possèdent qu'un seul terme pour désigner la notion d'« Occident ». Derrière ce terme sont concentrés tant des caractéristiques géographiques qu'historiques, mais également des traits culturels. À l'inverse, l'allemand compte trois termes, qui selon le sens se réfèrent à trois racines différentes : « Westen », « Abendland », « Okzident ». Ceci permet davantage de nuances et de connotations. En français, le terme « ponant » (opposé à « levant ») reste peu usité. L'anglais propose, lui, trois termes : « West » ou « Western world » ainsi qu’« Occident », généralement réservé à un usage académiqueClaude Prudhomme, « Occident », in Christin, Olivier (dir), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010, ..
En arabe, le Maghreb (المغرب al-Maghrib) désigne littéralement « le couchant », « l'occident ». Historiquement, le Maghreb fut la partie sud de l'Empire romain d'Occident. Le terme « Roumi » (de l'arabe rûm, littéralement romain) désigne couramment l'« occidental » et a également désigné le colon européen. dans les pays arabes, bien qu'à l'origine il désignât les habitants de l'Empire byzantin, comme en témoigne le nom du sultanat de Roum ou le terme « Roumélie », utilisé dans l'Empire ottoman pour désigner les anciens territoires byzantins d'Europe.
Terminologie
La délimitation du concept d'Occident est subjective, c'est-à-dire qu'elle dépend de la période, des interlocuteurs et des circonstances..
Évolution historique thumb|L'Empire romain en 330. La partie rouge représente la zone de l'Ouest latin et la partie bleue, l'Orient grec. Durant l'Antiquité tardive, l'« Empire d’Occident » désignait une des deux moitiés de l’ancien Empire romain divisé en Empire d'Occident (« Imperium Romanum, pars occidentalis ») et Empire byzantin, désigné à l'époque « Imperium Romanum, pars orientalis ». Le terme est dès lors orthographié avec une majusculeClaude Prudhomme, « Occident », in Christin, Olivier (dir.), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010, .. Au , le mot « occident » est généralement utilisé dans son sens figuré, celui de « ruine, déclin », lié au verbe latin occidere. Mais il semble que les historiens modernistes aient nourri un discours anachronique pour légitimer la division de l'Europe entre le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est, cherchant à déterminer les spécificités d'une culture occidentale (traditions gréco-romaine et judéo-chrétiennes : Athènes et la première expérience démocratique, Rome et l'invention du droit privé, apparition du Christ à Jérusalem et diffusion de la spiritualité biblique dans l'Empire romainJean-Christophe Victor, « Occident, l'Empire du soleil couchant ? », Le Dessous des cartes, mars 2011.). Certains de ces arguments sont difficilement valables cependant : l'antisémitisme récurrent en Europe, notamment au Moyen Âge (édit d'Expulsion de 1290 en Angleterre et Aquitaine ou expulsion des Juifs d'Espagne après la Reconquista) fragilisant l'idée d'une communauté historique, civilisationnelle entre Juifs et chrétiens. La philosophie grecque et le christianisme ont été créés au sein de ce qui est devenu l'Empire d'Orient avant d'atteindre l'Occident, et les chrétiens d'Orient suivent encore aujourd'hui le rite orthodoxe de façon majoritaire. L'Occident est donc avant tout une construction géopolitique et idéologique, avant d'être une « civilisation » distincte au sens historique du terme.
Du point de vue démographique, de l'organisation de la société, de l'économie adoptée par cette dernière ainsi que des mentalités, l'Occident est néanmoins plus aisé à retrouver. En ceci, l'« Occident » de l'époque moderne renvoie à la « vieille » Europe, à savoir à celle du haut Moyen Âge pour ses frontières, celle de l'impérialisme colonial () pour ses conceptions morales, économiques et intellectuelles. Dans le dictionnaire de FuretièrePierre Bayle (préface), Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois, tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts, Rotterdam, 1690, (posthume)., le terme « Occident » renvoie premièrement à l'astronomie, mais se dit également de certaines nations selon leur position géographique par rapport à d'autres. Par exemple, les Amériques sont qualifiées d'Indes occidentales. Ce qui aujourd'hui est nommé « océan Atlantique », est appelé à cette époque « oceanus occidentalis ». Le terme s'emploie aussi dans un sens moral : être dans son occident signifie être dans sa décadence.
Cependant, au-delà de l'Europe, la question des Amériques est importante. En effet, avec l'arrivée des Européens (Espagnols, Portugais, Français, Britanniques…) dans ce qu'on a longtemps appelé le « Nouveau Monde », le territoire européen et donc occidental s'est en quelque sorte élargi par cette colonisation dite de « peuplement », en particulier après que les épidémies apportées d'Europe ont décimé par endroits jusqu'à 80 % de la population indigène du Nouveau Monde. L'Occident peut donc être élargi, de l'Europe occidentale, à ce qui est appelé en anglais « Western Hemisphere », soit l'Amérique, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et aux pays membres de l'OTAN (Turquie exclue), suivant ce critère purement ethnographique.
gauche|vignette|redresse=1.2|Exemple de carte où apparaissent les situations géographiques « occidentale » et « orientale », par rapport à l'Europe.