vignette|upright|Jubaea chilensis au Plantier de Costebelle : détail de la base du stipe.

Le cocotier du Chili, palmier du Chili ou jubéaRey, Alain (sous la direction de). Dictionnaire culturel en langue française. 2005. Paris: Dictionnaires Le Robert. 4 vol., Jubaea chilensis, est une espèce de plantes monocotylédones de la famille des palmiers (Arecaceae). C'est la seule espèce actuellement acceptée au sein du genre Jubaea. Jubaea chilensis est un palmier à feuilles pennées proche d’une lignée de genres distribués exclusivement dans l’hémisphère sud. L’origine de ce groupe se situe en Afrique (Jubaeopsis) pour se poursuivre à l’est vers Madagascar (Voanioala), la Mélanésie (Cocos), le Chili (Jubaea), la Bolivie (Parajubaea), et enfin pour s'achever au Sud du Brésil (Syagrus, Butia, Lytocaryum, Allagoptera, Polyandrococos). Son nom lui est donné en l’honneur du roi savant (50 à 24 ), qui règne sur la Maurétanie et qui s’intéresse à la botanique. Le botaniste américain Scott Zona confirme cette étymologie proposée par Karl Sigismund Kunth : .Selon certaines sources, le nom de ce palmier est donné par Humboldt en raison de la forme du palmier ressemblant à un cimier de casque, la jube en vieux français, du latin juba, .. L’épithète spécifique, chilensis, se réfère au nom du pays d'origine de l’espèce, le Chili.

Avec son stipe (ou faux-tronc) qui atteint parfois cinq mètres de circonférence au sol, il est le plus imposant des palmiers. C’est une plante à la croissance assez lente à l’âge juvénile puis qui s'accélère à partir de la quinzième année environ et qui ne fleurit pas avant l’âge de . C’est le plus résistant au froid de tous les palmiers à feuilles pennées. Dans de bonnes conditions, il peut supporter des températures allant jusqu’à .

Le cocotier du Chili est classé comme espèce en danger () sur la liste rouge de l'UICN, classement en raison de son exploitation intensive dans son pays d’origine pour l’extraction de son fameux miel. L’exploitation de l’amande de son fruit et de sa sève élaborée est aujourd’hui réglementée. Actuellement, seulement . sont recensés dans leur aire de distribution naturelle, la région centrale sub-humide du Chili qui bénéficie d’un climat méditerranéen..

Le cocotier du Chili est introduit en France au milieu du par Charles Naudin, lorsque les premiers amateurs tentent d’acclimater des plantes exotiques dans leurs jardins. Ce palmier est également cultivé à la même époque et pour la première fois, au Royaume-Uni, en Italie, dans la péninsule Ibérique ou même en Californie et en Australie.

De nombreux artistes chiliens, peintres, poètes, chroniqueurs ou cartographes représentent ou évoquent avec admiration le palmier à miel dans leurs œuvres.

Caractéristiques botaniques

Stipe et palmes

Le cocotier du Chili pousse sur des sols pauvres et secs, sa croissance est très lente les premières années mais commence à s'accélérer à partir de la . Avec l'âge, son stipe peut atteindre de hauteur, pour 1 à de diamètre. et de circonférence. Ce stipe lisse est gris, plus large à la base que sous la couronne, souvent marqué de larges cicatrices laissées par la base des pétioles.. Le Jubaea chilensis est l'un des palmiers dont le stipe est le plus gros en proportion de la hauteur. Avec l'âge, le faux-tronc se rétrécit dans sa partie supérieure, prenant parfois la forme d'une bouteille.

La couronne comprend 40 à 50 feuilles pennées de 3 à de longueur, rigides, coriaces et , d'un vert plus au moins foncé. Cette couronne de feuilles est dressée au centre et recourbée pour les feuilles externes. Le feuillage est persistant. Les feuilles sont pennées à base engainante. Chacune d'elles compte 110 à 120 folioles.. Les folioles sont linéaires-, vertes en dessus et glauques en dessous ; elles ont une architecture rédupliquée (le contraire des Phoenix). Elles sont fixées de manière alterne sur le rachis par un bourrelet peu saillant d'un vert jaunâtre, à nervure médiane d'un vert pâle, très saillante en dessus, formant en dessous un léger sillon longitudinal entièrement recouvert par un épais persistant, rouge brun. Les pétioles sont courts, fibreux et se détachent facilement du stipe quand la feuille est morte.. Ce palmier perd ses palmes naturellement lorsque celles-ci ont séché.

Fleur et fruit vignette|upright|alt=Détail du rameau d'inflorescence de couleur rouge/violet. Sur l'extrémité de chaque rameau un bouton de couleur noire, future fleur.|Partie externe de l'inflorescence portant les fleurs mâles. vignette|gauche|alt=Photographie en gros plan de l'inflorescence de couleur rouge portant de nombreuses fleurs femelles de couleur brune.|Partie interne de l'inflorescence portant les fleurs femelles. vignette|gauche|alt=Quatre noix de cocotiers présentées en gros plan sur un tapis d'herbe verte. Trois noix sont encore entourées de leur pulpe de couleur jaune vif, pulpe parfois ouverte ou fendue.|Fruits et noix du cocotier du Chili.

est un palmier monoïque. La floraison commence seulement à partir de l'âge de quarante à soixante ans. De larges inflorescences apparaissent entre les feuilles en novembre au Chili. Les spathes et dépassent de de longueur et sont recouvertes d’un tomentum marron. L’inflorescence porte de nombreuses fleurs jaune-orangé. L'inflorescence est un spadice ramifié de fleurs unisexuées. , qui émerge à l'aisselle des feuilles inférieures ; elle est de couleur pourprée. Les fleurs mâles sont portées sur un pédoncule avec calice tripartite. Les fleurs femelles, déprimées et globuleuses, sont protégées par un calice .

À la Villa Thuret (devenue une station botanique de l'INRA), au cap d'Antibes, dans les Alpes Maritimes, le premier sujet est planté en 1858, 4 ans après le semis. La floraison, suivie d'une fructification, a lieu en 1894 (une première en France). Le palmier a donc . À Lattes, près de Montpellier, douze exemplaires sont plantés, 5 ans après le semis, en 1864, au sein de la pépinière Teule, Gay et Sahut. La première floraison est constatée sur l'un des palmiers en 1904. Il a donc . La totalité des sujets fructifie à partir de 1910. Les palmiers ont alors .

Les fruits sont des drupes ovoïdes, . Ils sont semblables à des petites noix de coco de de diamètre. Ils ont une pulpe orange ou jaune vif et fibreuse qui entoure une graine, contenant une chair blanche et comestible dont le goût rappelle celui de l'albumen de la noix de coco ordinaire. Les sont parcourus de la base au sommet par 3 sillons plus ou moins saillants, alternant avec les trois pores ronds ou ovales, situés à des hauteurs différentes, depuis la base jusqu'au milieu. Ces trois opercules contiennent trois germes. La maturation de l'infrutescence du cocotier dure de février à mai dans l'hémisphère sud.. Cette infrutescence arrive également à maturation dans le sud de la France. La noix est appelée au Chili .

Le est une graine oléagineuse. L'analyse de l'huile de montre qu'elle est composée à 67,3 % de matières grasses (essentiellement des acides gras saturés comme l'acide caprique, l'acide caprylique, l'acide laurique et l'acide myristique et des triglycérides à chaîne moyenne), entre 7 et 11 % de protéines, glucides et fibre..

Multiplication vignette|alt=Cocotier d'une dizaine de mètres de hauteur, en milieu urbain sur un rond-point encombré de voitures.|Un exemplaire centenaire à Hendaye.

Reproduction

La multiplication se fait exclusivement par semis. La germination de la graine du cocotier du Chili est longue (deux mois à un an) et problématique. Le taux de germination est supérieur à 50 %. Pour obtenir des résultats satisfaisants, « il faut semer des graines très fraîches, les faire hiverner ( à ) quelques semaines en terre humide, puis les placer dans des conditions chaudes () et humides. La croissance des plantules est délicate, car ces dernières sont sensibles à une maladie (sorte de fonte) dont les origines sont inconnues ».. Il faut toutefois trois à huit mois pour obtenir la première feuille, simple et assez longue. La croissance est ensuite très lente les premières années, comme pour tous les palmiers.

Hybrides et cultivars

Bien qu'aucun hybride naturel de Jubaea chilensis ne soit signalé, l'espèce est connue pour ses diverses hybridations en culture ainsi qu'en témoignent quelques cultivars.

L'hybridation s'obtient en retirant les anthères des fleurs du parent femelle puis en déposant sur leur pistil du pollen mûr prélevé sur le parent mâle (Symbole mâle|12px|class=skin-invert-image). Dans l'appellation du palmier hybride, le nom du parent femelle (symbole femelle|14px|class=skin-invert-image) est toujours indiqué en priorité ; ainsi Jubaea × Butia est un hybride dont le jubaea est le parent femelle, produisant les graines et le butia est le parent duquel provient le pollen..

Jubaea chilensis × Butia capitata (nommé ×Jubutia) est un excellent palmier au stipe massif, faisant presque la taille d'un Jubaea mais dont la croissance est plus rapide. Les feuilles sont plus bleues que celles du Jubaea et plus distinctement ancrées que celles d'un Butia. Il est très résistant au froid et c'est un supplément intéressant à la gamme limitée de palmiers disponibles pour les jardins tempérés.

Il existe deux autres hybrides de Jubaea plus rares. Le premier est le croisement d'un Jubaea chilensis (parent femelle Symbole femelle|14px|class=skin-invert-image) avec un Syagrus romanzzofiana (parent mâle Symbole mâle|12px|class=skin-invert-image) ; cet hybride difficile à obtenir est nommé ×Jubeagrus ( Jubaea chilensis × Syagrus romanzzofiana) et il est doté d'une bonne rusticité. Le second est le résultat d'un croisement entre un ×Jubutia (parent femelle Symbole femelle|14px|class=skin-invert-image) avec un Syagrus romanzzofiana (parent mâle Symbole mâle|12px|class=skin-invert-image) ; cet hybride, également difficile à obtenir, est nommé ×Jubutyagrus ( (Jubaea chilensis × Butia capitata) × Syagrus romanzzofiana) et il est aussi doté d'une bonne rusticité.

Cette espèce peut enfin s'hybrider avec Butia odorata (Barb.Rodr.) Noblick. L'espèce hybride obtenue est nommée ×Jubautia splendens Hodel..

+ Cultivars hybrides de Jubaea chilensis Noms Parents Description×Jubutia, hybride intergénériqueJubaea chilensis × Butia capitataApparence d'un Jubaea chilensis, croissance plus rapide. Palmes légèrement bleutées.×Jubeagrus, hybride intergénériqueJubaea chilensis × Syagrus romanzzofianaHybride rare. Apparence d'un Jubaea chilensis, croissance plus lente que celle d'un ×Jubutyagrus.×Jubutyagrus, hybride intergénérique(Jubaea chilensis × Butia capitata) × Syagrus romanzzofianaCroissance rapide. Doté d'une bonne rusticité.

Taxinomie

Première description scientifique, Molina, 1782

Dans son Essai sur l'histoire naturelle du Chili, Le père Jésuite Juan Ignacio Molina donne une description scientifique inédite du palmier chilien.. Cet ouvrage est la première étude scientifique sur l'histoire naturelle du Chili que le botaniste publie en italien depuis l'Europe puisque les Jésuites ont été expulsés du pays en 1768. Le nom binominal Palma chilensis utilisé pour définir le palmier y est associée au terme latin et à la dénomination d'origine indienne Lilla. L'examen de la plante incite le savant à le comparer au palmier dattier et à observer que ; Molina ne relève curieusement que deux opercules sur les noix du jubaea alors qu'ils sont au nombre de trois et note que la . Chaque grappe de fruits . vignette|upright=.7|alt=Dans un ravin verdoyant ou coule un ruisseau des jubaea chilensis aux troncs calcinés sont plantés de façon éparse. Pleins de vigueur malgré l'incendie passé, ils bordent le ruisseau. Herbage verdoyant.|Palmiers du Chili en hiver dans un ravin entre Valparaíso et Viña del Mar.

Définition du genre, Kunth, 1816