Le jugement Tammy Kitzmiller, , (No. 04cv2688), est le premier dans une cour fédérale des États-Unis à condamner une école publique de district qui tentait d'obliger l'enseignement en classe de sciences de la pseudo-théorie du dessein intelligent comme une alternative scientifique à la théorie darwinienne largement établie. Les plaignants (Kitzmiller , contre l') arguent que cette théorie est une forme déguisée de créationnisme, et que l'inclusion de cette théorie dans les programmes des écoles publiques viole les principes d'applications du Premier Amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique qui établit le principe de la séparation de l'Église et de l'État.

Des parents d'élèves de l'école publique du district de Dover, Pennsylvanie poursuivirent cette école et le conseil scolaire du district sur une décision concernant le programme de biologie. Le règlement prescrivait la lecture à haute voix, avant le cours de sciences parlant de l'évolution (, âge moyen des élèves ), d'un avertissement critiquant la théorie darwinienne, et invitant les élèves à lire un livre à la bibliothèque de l'école, , faisant la promotion du dessein intelligent.

Les plaignants ont été représentés par l'Union américaine des libertés civiles ( ou ACLU), les Américains unis pour la séparation de l'Église et de l'État () et le cabinet d'avocats . Le Centre national pour l'éducation des sciences ( ou NCSE) servit également de consultants pour les plaignants. Les défenseurs ont quant à eux été représentés par le . La Fondation pour la Pensée et l'Éthique (), éditrice du livre fondateur de l'idée du dessein intelligent (), tenta par ailleurs de rejoindre l'affaire en tant que défenseur, mais cette demande fut rejetéehttp://www.pamd.uscourts.gov/kitzmiller/04cv2688-111.pdf.. Le cas fut surnommé le , se référant au (procès du singe) de 1925, qui mit en lumière la progression des théories créationnistes aux États-Unis.

Les premières auditions ont eu lieu le . Le procès s'est fait sans jury, et l'instruction a été établie par le juge fédéral du district central de Pennsylvanie . Le procès se conclut le avec les auditions finales. Le jugement fut rendu le , et statua : que les nouveaux programmes des écoles publiques de Dover sont inconstitutionnels http://www.pamd.uscourts.gov/kitzmiller/kitzmiller_342.pdf. ; l'interdiction de l'apprentissage du dessein intelligent dans les classes de sciences des écoles publiques..

Peu avant le jugement, des élections eurent lieu afin de renouveler le mandat des membres du conseil scolaire. Une campagne électorale très dure avait opposé les membres sortants du conseil, partisans du dessein intelligent et qui tentaient de se faire ré-élire, à une équipe d'opposition formée sur la base de la défense de l'école laïque. Le résultat de ces élections scolaires ont favorisé de manière très tranchée ces derniers et tous les conseillers scolaires qui tentaient de voir leur mandat reconduit ont été battus.

La nouvelle présidente du conseil scolaire de Dover, Bernadette Reinking, décidait après le jugement de ne pas faire appel..

Enjeux et conséquences

Le principal enjeu des plaignants pour ce procès était de démontrer que le dessein intelligent était assimilé à la religion, étant donné que ce courant de pensée ne mentionne pas clairement un ( Dieu), mais un . Ceci rendrait inconstitutionnel l'enseignement du dessein intelligent dans les écoles publiques, le Premier amendement des États-Unis interdisant l’institutionnalisation de quelconque religion. Les personnes favorables au dessein intelligent soutiennent la séparation de celui-ci d'une quelconque religion, alors que la majorité des critiques et des scientifiques reconnus y voient une pseudo-science, une théorie religieuse chrétienne déguisée. Comme la défense arguait que le dessein intelligent est une théorie scientifique valable équitable à la théorie de l'évolution, et que les élèves devaient donc connaître les deux côtés de la dispute, les plaignants devaient également démontrer qu'il n'y a pas de controverse sur l'évolution dans le monde scientifique, et que l'évolution est une théorie scientifique basée sur l'observation impérieuse des faits, qu'il sert de modèle pour des prédictions qui se sont incessamment révélées correctes, alors que le dessein intelligent ne permet pas de faire des prédictions, et n'est donc pas à proprement parler une théorie scientifique et ne devrait donc pas être enseigné dans les cours de science. Le jugement rendu par , républicain et chrétien nommé par George W. Bush (lui-même défenseur du dessein intelligent) est finalement que les défenseurs du dessein intelligent étaient motivés par un agenda religieux, et que leur thèse ne peut être dissocié du créationnisme, thèse religieuse par essence, ni le d'un créateur divin, en l'occurrence ici du dieu chrétien.

Le résultat du procès révèle donc la filiation du dessein intelligent avec le créationnisme, et de fait permet de le considérer comme néo-créationniste. Les conséquences immédiates sont d'une part le retrait des programmes scolaires de la région de Dover de références à cette thèse néo-créationniste, et signe d'autre part l'arrêt de mort probable de l'enseignement de cette thèse dans les écoles publiques des États-Unis.

Contexte

Depuis le procès du singe, qui a révélé la vitalité des pro-créationnisme, les procès de ce type (sur un programme scolaire litigieux) n'ont cessé de se multiplier. On retiendra principalement le procès Edwards v. Aguillard, en 1987, qui a définitivement banni les thèses religieuses créationnistes clairement définies des programmes scolaires, c'est-à-dire celles où l'on dit clairement . À ce moment, les créationnistes ont cherché contourner ce jugement. Certains ont alors pensé à l'idée du dessein intelligent, qui, en ne révélant pas le nom d'un , ou de la , permettait de cacher la question religieuse, et de se former une pseudo-conscience scientifique, avec même le thème maintes fois repris du harcèlement des scientifiques darwiniens .

Le conseil éducatif de Dover adopte en une résolution demandant aux professeurs de biologie des écoles publiques de neuvième degré (niveau troisième) de lire le message qui suit :

Trois des membres du conseil votèrent contre la proposition, mais ils furent minoritaires. Les professeurs de sciences refusèrent eux de lire le message à leurs élèves, citant le code de l'éducation de Pennsylvanie, qui dit que les professeurs peuvent refuser de transmettre des informations qu'ils considèrent fausses. Finalement, ce sont les administrateurs des écoles qui lurent le message en lieu et place des professeurs.

Le conseil éducatif évoque des « lacunes » dans l'évolution, qui doit plus être considérée comme une théorie et non un fait établi, et que les élèves ont le droit d'étudier d'autres points de vue sur les origines de la vie. Le conseil éducatif déclare qu'il n'enseignera pas le design intelligent mais qu'il cherchera à rendre conscients les élèves de l'existence d'une alternative à l'évolution. Il réfute l'idée que le design intelligent est une théorie religieuse déguisée, bien qu'il fût représenté au procès notamment par le , une organisation à but non lucratif qui utilise les procès pour promouvoir « la liberté religieuse des chrétiens et des valeurs familiales sacrées. »

John West, du (un cercle de réflexion chrétien conservateur), a dit que le procès montre les efforts de l' pour refuser les discours dissonants en science, et de faire preuve de fermeture. . Ses opposants, représentés par l'Association Américaine pour la Progression de la Science (AAAS) et l'Association Nationale des Professeurs de Biologie (NABT), répondirent que son avis n'est pas qu'ironique, mais surtout hypocrite : le s'oppose au naturalisme, le principe de base qui limite la science aux phénomènes naturels et à des causes naturelles, ce qui contredit son avis dans cette affaire.

Au mois de , l'éditeur du livre , la () déposa une motion dans le but d'être appelée au procès. argua qu'un jugement rendant le design intelligent religieux aurait des fortes conséquences financières, citant de possible pertes pour eux allant jusqu'à un demi million de dollar. Par cette voie, voulait devenir un codéfendeur, aux côtés du conseil éducatif de la , et ainsi apporter ses propres avocats et experts (dont William A. Dembski et Stephen C. Meyer) au cours du jugement. Dans sa décision sur cette motion, le juge décida que la n'était pas habilitée à intervenir dans le procès, car sa motion était inopportune, décrivant les arguments de la (sur le fait qu'elle ne se soit pas impliquée plus tôt), comme . Le juge a également soutenu que la avait failli à démontrer qu'elle avait , et que ses intérêts spécifiques n'étaient pas en adéquation avec ceux des défendeurs.

Déroulement du procès

Témoins des plaignants

26 et

était le premier témoin des plaignants, appelé en tant qu'expert judiciaire. Au moment du procès, il est un professeur de biologie à l'université Brown, de religion catholique, expert en microbiologie, auteur de nombreux articles scientifiques évalués par les pairs, et de manuels scolaires sur la biologie pour les étudiants d'université et de lycée. Il a soutenu durant le procès que le dessein intelligent n'est pas scientifique et n'est pas accepté comme tel dans le monde scientifique. Il a défendu la théorie de l'évolution, qui est elle acceptée par l'écrasante majorité des spécialistes. Miller a également critiqué l'ouvrage pro dessein intelligent , proposé aux élèves de Dover comme une alternative crédible et scientifique à la théorie de l'évolution. Miller a notamment pointé les erreurs relatant de la microbiologie contenus dans l'ouvrage, les arguments contre l'évolution seraient scientifiquement non valables. Le livre est donc selon lui nocif pour les élèves, puisqu'il les induit en erreur. Il s'est ensuite attaqué à l'ouvrage , qui argue pour la complexité irréductible, qui est une critique de l'évolution et non un argument qui soutient le dessein intelligent.

Tammy Kitzmiller était la principale plaignante, parent d'élèves au lycée de Dover, elle a témoigné sur les événements factuels, et sur son désaccord de la décision du conseil scolaire à faire lire en cours de sciences un passage promouvant le dessein intelligent au détriment de l'évolution.

Aralene Callahan était une plaignante, parent d'élève au lycée de Dover, et ancienne membre du conseil scolaire. Elle a témoigné sur l'intention des membres actuels du conseil scolaire de faire apprendre en cours de science le créationnisme, et leur refus d'approuver un budget pour l'achat de manuels de biologie parce qu'ils étaient , alors que parallèlement ils ont approuvé la donation de dizaines de copies de l'ouvrage à présenter comme livre de référence. Elle a notamment dénoncé l'hostilité des membres William Buckingham et Alan Bonsell vis-à-vis de la théorie de l'évolution, qu'ils ridiculisaient lors de réunions, et leurs dires que la séparation de l'église et de l'état serait un mythe.

Bryan Rehm était un plaignant, parent d'élève au lycée de Dover, et ancien professeur de physiques à ce lycée jusqu'en 2004. Lui et sa femme sont chrétiens et gèrent des activités religieuses, comme le catéchisme. Il a témoigné d'une réunion avec Alan Bonsell où celui-ci n'approuvait pas des cours sur l'évolution car c'était en conflit avec ses positions, le créationnisme Jeune-Terre. Rehm a confirmé les réunions hostiles décrits par Callahan et a paraphrasé William Buckingham dire . Lors de ces réunions, Buckingham aurait comparé l'apprentissage de l'évolution à un lavage de cerveau par les libéraux, et sa femme lisait des passages de l’Ancien Testament pour justifier l'apprentissage du créationnisme en classes. Rehm a rajouté que cette affaire a provoqué un environnement hostile, ses enfants ont été traités d'athées malgré leurs convictions religieuses, parce qu'ils acceptent l'évolution.