Un chant de Noël (), également publié en français sous les titres Cantique de Noël, Chanson de Noël ou Conte de Noël, est le premier et le plus célèbre des contes écrits par Charles Dickens. Rédigé en même temps que Martin Chuzzlewit et paru en chez Chapman & Hall avec des illustrations de John Leech, il est considéré comme . Aussitôt, Thackeray le salue comme un . Salué par les critiques comme par le public, sa popularité n'a jamais faibli. Son protagoniste, Ebenezer Scrooge, reste sans doute le personnage dickensien le plus universellement connu et, grâce à ce livre, Dickens, incarné en une sorte de père Noël pour un monde anglo-saxon, a été décrit comme l'« inventeur » de la fête qui lui est associée.

Pourtant, c'est d'abord une réponse qu'il a voulu apporter à des controverses d'ordre économique. Mais très vite, le conte s'est donné à lire comme affirmation des célébrations de Noël plutôt que pamphlet polémique, et, selon David Paroissien, qui lui attribue jusqu'au mérite d'avoir , il a été promu au rang de .

Les adaptations dont il a constamment fait l'objet depuis sa parution témoignent de l'universalité de son message. D'abord le théâtre, puis la scène du music-hall, la radio, la télévision et le cinéma, mais aussi la chanson de variété et la musique classique, le ballet comme la science-fiction, tous lui rendent hommage en une suite ininterrompue dont l'examen reflète l'évolution des goûts et des mentalités depuis le milieu du ..

Genèse de l'œuvre À la suite de la parution en de Some Ancient Christmas Carols, with the Tunes to which they were formerly sung in the West of England de Davies Gilbert, en de Selection of Christmas Carols, Ancient and Modern. par William Sandys, en , enfin, de The Book of Christmas de Thomas Kibble Hervey, l'Angleterre victorienne s'est trouvée, au milieu du , parcourue par la nostalgie des traditions de Noël d'avant l’ère puritaine de Cromwell. Cet intérêt s'est encore vu renforcé par l'influence du prince Albert, l'époux de la reine Victoria depuis 1841, qui a popularisé dans le royaume la tradition allemande des sapins et des cartes – la première datant, comme le livre de Dickens, de 1843 –, ainsi que des cantiques de Noël.

Sources et motivations vignette|Mines de Cornouailles. Dickens n'est donc pas le premier écrivain à célébrer cette fête, il en est redevable aux essais publiés par Washington Irving dans son Livre d'esquisses de 1820, décrivant l'ancien Noël anglais qu'il a vécu à Aston Hall et rassemblant contes de fées et comptines en même temps que pamphlets religieux et pages satiriques, mais c'est lui qui lui a . Dans son esprit, sentiment que renforce encore sa visite du 20 au au pénitencier de Pittsburgh, en Pennsylvanie., où il partage des expériences de spiritualisme, contes de fées et comptines sont des histoires de conversion et de transformation.. Deux textes l'ont particulièrement fasciné : un essai de Douglas Jerrold, Les Beautés de la police, paru en 1843, qui expose sur le mode satirique et mélodramatique le sort d'un père séparé de son fils mis de force dans un hospice, et un autre du même auteur publié par Punch en 1841, qui lui aurait directement inspiré Scrooge, Comment Chokepear fête joyeusement Noël..

Robert Douglas-Fairhurst attribue sa force narrative au traumatisme, vécu à 12 ans, de son emploi forcé à la manufacture de cirage Warren, ainsi qu'à la compassion ressentie pour le sort des enfants pauvres lors du boom des années 1830 et 1840. Au début de l'année 1843 il visite des mines en Cornouailles et, particulièrement bouleversé par le deuxième rapport de la commission sur le travail des enfants (), il décide de . En mai, il rédige un pamphlet intitulé Appel au peuple anglais sur le sort des enfants des familles pauvres, puis, reportant sa publication à la fin de l'année, écrit au Southwood Smith, membre de la commission, pour lui demander de changer ses vues. Pour la première fois, il utilise l'expression « marteau-pilon » pour décrire ses intentions : . Une visite à la de Field Lane lui fait ajouter dans une lettre à Angela Burdett-Coutts . Lors d'un discours prononcé à l’ de Manchester le , Dickens conjure les ouvriers et les patrons de lutter main dans la main contre l'ignorance et pour une réforme du système éducatif, mais le peu d'écho que suscite sa démarche le convainc encore plus du pouvoir de la fiction : aucun sujet plus que celui de Noël, pense-t-il alors, ne saurait mieux parler au grand public. C'est donc lors de ces trois jours passés à Manchester qu'il conçoit Un chant de Noël., dont l'impact sera, il en est sûr, bien plus percutant que tous les traités du monde..

Noël et l'art du récit ont toujours été associés dans l'esprit de Dickens : il avait déjà écrit A Christmas Dinner à la manière de Washington Irving dans les Esquisses de Boz en 1833, puis mis dans la bouche de Mr Wardle, en 1836-1837, l'histoire fantastique de Gabriel Grub, « le bedeau misanthrope volé par les lutins », outre « nourriture » (« bouffe »), peut signifier « larve »., converti à la fin à une plus saine humanité, ce qui, d'après John Forster, lui avait procuré le . Au-delà de l'aspect purement narratif, cependant, Un chant de Noël est sous-tendu par le souci passionné qu'a Dickens des problèmes sociaux assaillant son pays. Aussi son allégorie est-elle d'abord destinée à souligner que l'enfance est victime de l'indifférence générale, et que le personnage principal, comme le lecteur, .

Rédaction et publication Un chant de Noël a été écrit en six semaines d'octobre à ., , écrit Dickens, à assumer en même temps que Martin Chuzzlewit, mais destinée à ouvrir des perspectives pour d'autres romans de grande envergure : Charles Dickens, Lettres, Lettres à Thomas Mitton et Felton, 6 décembre 1843 et 2 janvier 1844.. Les publications par Chapman & Hall, depuis la première le , sous le titre A Christmas Carol in Prose. Being a Ghost Story of Christmas (« Un chant de Noël en prose, histoire de fantômes de Noël »), en , jusqu'à la septième en , sont aussitôt épuisées., et Dickens en est d'emblée si ému qu'il passe Charles Dickens, Lettres, Lettre à Thomas Mitton, 2 janvier 1844..

vignette|upright=0.8|La première édition en tissu rouge et à tranche dorée. Pour autant, la publication a été laborieuse : les premiers tirages contiennent des pages de garde d'un vert olive que Dickens juge inacceptable, et Chapman & Hall les remplace en hâte par du jaune. Le résultat n'en est pas meilleur car il jure avec la page-titre, aussitôt refaite, et le produit final, relié de tissu rouge et à tranche dorée, n'est prêt que deux jours avant la date annoncée... Plus tard, Dickens fait relier en cuir rouge son manuscrit et l'offre à son avocat Thomas Mitton, qui le vend en 1875 au libraire Francis Harvey pour . Par la suite, le précieux document passe de main en main : le collectionneur Henry George Churchill en 1882, puis un libraire de Birmingham, un autre de Londres, puis Stuart M. Samuel, collectionneur spécialisé en Dickens, enfin J. P. Morgan qui le dépose à la Pierpont Morgan Library de New York, avec les quatre estampes en couleurs et les quatre gravures sur bois de John Leech.

Le succès de l'œuvre n'a pas été sans répercussions financières et juridiques. Dickens espérait pouvoir éponger le débours de Chapman & Hall, mais la présentation luxueuse, les planches de couleur et les gravures sur bois ne lui ont laissé que Charles Dickens, Lettres, Lettre à John Forster, 11 février 1844.. En outre, le , paraît une version pirate qui l'oblige à poursuivre devant les tribunaux l'éditeur indélicat, Lee and Haddock. Le procès est gagné mais, alors que les dépens s'élèvent à , la partie adverse fait faillite, ce qui lui laisse un sentiment d'amertume et de rancœur qui s'ajoutera au ressentiment envers l'appareil judiciaire, dénoncé plus tard par la cour de la Chancellerie de La Maison d'Âpre-Vent.

D'après Douglas-Fairhurst, si l'expérience de la manufacture de cirage vécue à 12 ans n'est pas directement décrite dans Un conte de Noël, l'ambiguïté de la relation entretenue par Dickens envers son père, adoré autant que diabolisé, se reflète dans la double personnalité du protagoniste, à la fois « prodigue à l'envers » et finalement généreux..

Accueil Dès sa parution, le livre s'est trouvé presque unanimement acclamé par la critique. L’Athenaeum de Londres écrit qu'il y a là .. Le poète-éditeur Thomas Hood ajoute que le nom même de l'auteur . Thackeray évoque dans le Fraser's Magazine de février , et il ajoute William Makepeace Thackeray, « Titmarsh Among Pictures and Books », Miscellanies, volume 5, .. Même Theodore Martin, l'un des rares à se montrer virulent envers Dickens, note que le conte témoigne de . Quant à Chesterton, il estime que la bienveillance acquise de Scrooge est au centre de tout ce que Dickens a écrit, mais Edmund Wilson ne croit pas en une conversion aussi radicale du vieil avare, et il en tire argument pour extrapoler sur la personnalité divisée de son auteur. John Butt, lui, y voit un conte délicieusement raconté, où structure et contenu sont ce qu'il appelle , c'est-à-dire ayant ensemble atteint l'ultime degré de l'achèvement, ..

Les critiques ont surtout porté sur le coût du livre dont le luxe, paradoxalement, alors qu'il chante leur dignité, le rend inaccessible aux pauvres. La presse religieuse, après l'avoir boudé à sa parution, admet dans le Christian Remembrance de que ce sujet « rebattu » se voit rajeuni par l'humour et la sentimentalité de l'auteur.. Dickens a noté plus tard qu'il a reçu quantité de lettres émanant des chaumières et lui racontant comment son Chant de Noël se lit en famille au coin de l'âtre, avant d'être rangé .. Margaret Oliphant, jamais tendre envers Dickens, déplore après sa mort qu'il y soit , mais admet que le conte est devenu comme « un nouveau testament » et qu'il .. Quant aux Américains, ils se sont d'abord montrés plus réticents, la féroce satire de leur pays dans les American Notes de 1842 et de la deuxième partie de Martin Chuzzlewit, tout aussi dénonciatrice, ayant profondément blessé leur amour-propre national. Au moment de la guerre de Sécession et après, cependant, le livre fait son chemin outre-Atlantique et la presse devient plus amène. : en 1863, le New York Times clame son enthousiasme et note que , et la North American Review en conclut que le génie de Dickens réside justement dans . Pour sa part, John Greenleaf Whittier discerne une similitude entre la rédemption de Scrooge et celle de sa nation déchirée par la guerre civile, et la charité du vieil homme repenti lui rappelle celle du peuple américain en lutte contre la pauvreté accablant son pays..

À leur façon, les illustrateurs ont été nombreux à rendre hommage à Un chant de Noël. Depuis John Leech, illustrateur de l'édition originale, s'y sont intéressés, du vivant de Dickens ou peu après sa mort, Sol Eytinge, Fred Barnard, Arthur Rackam et C. E. Brock. Les interprétations modernes sont en particulier dues à Ronald Searle (1960), Michael Foreman (1983), Michael Cole (1985), Lisbeth Zwerger (1988), Roberto Innocenti (1990) et Ida Applebroog (1993).

Intrigue Dickens divise le livre en cinq chapitres qu'il appelle staves, c'est-à-dire couplets de chant ou strophes de poème, chacun ayant un rapport avec le titre de l'ouvrage. La même technique est employée dans les deux contes de Noël suivants, les différentes parties portant, pour Les Carillons, des noms sonnant l'ordonnance du passage des heures, le carillon, les quarts, et pour Le Grillon du foyer, celui de chirps, les crissements de l'insecte.

Synopsis Premier couplet : Le spectre de Marley vignette|gauche|upright=0.8|Scrooge et le fantôme de Marley, par John Leech. vignette|upright=0.8|Scrooge et le fantôme de Marley, par Fred Barnard.