Le jardin des Tuileries, parfois appelé jardins des Tuileries au pluriel, est un parc grillagé parisien du créé au , à l'emplacement d'anciennes tuileries qui lui ont donné son nom. La gestion du domaine national du Louvre et des Tuileries est confiée à l'établissement public du musée du Louvre.

Situation et accès Il est délimité par le palais du Louvre au sud-est, la rue de Rivoli au nord-est, la place de la Concorde au nord-ouest et la Seine au sud-ouest. Il est le plus important et le plus ancien jardin à la française de la capitale qui, autrefois, était celui du palais des Tuileries, ancienne résidence royale et impériale, aujourd'hui disparu. Le jardin des Tuileries est classé au titre des monuments historiques depuis 1914, au sein d'un site inscrit et inclus dans la protection du patrimoine mondial de l'UNESCO concernant les berges de la Seine.. Le jardin fait aujourd'hui partie du domaine national du Louvre et des Tuileries..

Il accueille plusieurs manifestations comme les Rendez-vous aux jardins et la Foire internationale d'art contemporain (FIAC).

La superficie du jardin est de 25,5 hectares, très comparable à celle du jardin du Luxembourg (22,5 hectares).

Historique Aménagement du jardin sous l'Ancien Régime Au , se trouvent ici des terrains vagues et des fabriques de tuiles. Au , le prévôt de Paris Pierre des Essarts y possède un logis et quarante arpents de terre labourable. Puis au , Neufville de Villeroy, secrétaire aux Finances, y fait bâtir un hôtel que achète pour sa mère, Louise de SavoieFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, ..

Catherine de Médicis rachète ces terrains situés entre l'enceinte de Charles V et l'enceinte des Fossés Jaunes. À partir de 1564, elle y fait commencer la construction du palais des Tuileries, tout en débutant l'aménagement d'un jardin à l'italienne à l'ouest jusqu'au glacis de l'enceinte (actuelle place de la Concorde). Il est constitué de six allées, axées sur les pavillons de la façade du palais, dans le sens de la longueur et huit dans le sens de la largeur, qui délimitent des compartiments rectangulaires comprenant des plantations différentes (massifs d'arbres, quinconces, pelouses, parterres de fleurs). Une fontaine, une ménagerie et une grotte décorée par le célèbre céramiste Bernard Palissy décorent le jardin, page 81.. Dans les années 1605-1625 sont ajoutées une orangerie et une magnanerie.

Dans le bastion au nord de la porte de la Conférence, un terrain est conservé comme garenne. En 1630, le roi offre ce terrain à , ancien valet de chambre d'Augustin Potier, évêque de Beauvais. Il y fait construire un pavillon qui devient le lieu d'agrément pour la bonne société. Certains épisodes de la cabale des Importants puis de la Fronde (provocation de Beaufort) s'y déroulent.

thumb|gauche|Restitution du parterre des Tuileries vu depuis la chambre à coucher de Louis XIV, . vignette|gauche|Départ du ballon des Tuileries (1783). En 1664, Jean-Baptiste Colbert et Louis XIV ordonnent que le jardin soit entièrement redessiné par André Le Nôtre, qui s'était déjà illustré à Vaux-le-Vicomte. Le jardin s'agrandit vers l'ouest en incorporant le jardin Renard. Le petit-fils de Pierre Le Nôtre, architecte de Catherine de Médicis et paysagiste, donne à celui-ci l'aspect qu'il va conserver, dans ses grandes lignes, jusqu'à nos jours : il perce dans l'axe du palais une allée centrale délimitée à l'est par un bassin rond, à l'ouest par un bassin octogonal ; il construit la terrasse du Bord de l'eau le long des quais des Tuileries et Aimé-Césaire et la terrasse des Feuillants, cette terrasse doit son nom à l'ordre religieux des Feuillants qui avaient rue Saint-Honoré un couvent proche, c'est le long de cette terrasse que sera tracée la future rue de Rivoli ; enfin, il bâtit sur le tracé de l'enceinte de Charles IX deux terrasses le long desquelles sera placée la future place de la Concorde, avec deux rampes en courbe permettant d'y accéder.

Craignant que le public n'abîme le jardin ainsi aménagé, Colbert veut en réserver l'accès à la famille royale. Mais Charles Perrault le convainc de la sagesse des Parisiens et de la nécessité que constitue pour eux l'accès à un jardin : on y . Et le jardin reste accessible à tous, les entrées étant toutefois gardées. Les terrasses sont occupées par des cafés et des restaurants. Des chaises sont à disposition des promeneurs dans la grande allée contre deux sous..

De nombreuses statues de marbre viennent par ailleurs orner le jardin. En 1719, l'entrée principale est flanquée de deux statues d'Antoine Coysevox, représentant Mercure et la Renommée chevauchant un cheval ailé.

En 1716, un pont tournant piétonnier est installé pour rejoindre la place Louis XV (aujourd'hui place de la Concorde), en franchissant le fossé de l'enceinte de Louis XIII. Il est démoli en 1817.

En 1783 a lieu la première ascension de personnes dans un ballon à gaz (Jacques Charles et les Marie-Noël Robert). Une plaque de l'Aéro-club de France, située aujourd'hui à droite en entrant dans le jardin, marque le souvenir de cet événementInès Boittiaux, « 240 ans avant la vasque olympique, l’envol spectaculaire du premier ballon à gaz aux Tuileries », beauxarts.com, août 2024..

vignette|centre|upright=2|Vue du jardin depuis le palais des Tuileries dans la seconde moitié du . Le jardin a déjà en grande partie son plan actuel, bien que les broderies des parterres aient aujourd'hui disparu. L'avenue des Champs-Élysées, visible en arrière-plan, est alors une perspective tracée dans la campagne pour agrémenter la vue depuis le jardin et le palais.

De la Révolution au vignette|Vue du jardin national lors de la fête de l'Être suprême en 1794, (musée de la Révolution française). vignette|Vue du palais des Tuileries sous le Second Empire, encore fastueusement mis en scène par ses jardins.

Sous la Révolution, le jardin est le témoin des grands événements dont le palais est lui-même le théâtre, notamment la prise des Tuileries le . Le bassin rond est utilisé pour la cérémonie de l'Être suprême le . On y place des effigies représentant l'Athéisme entouré de l'Ambition, de l'Égoïsme, de la Discorde et de la Fausse Simplicité. Maximilien de Robespierre y met le feu, dans une apothéose de cris et d'applaudissements. Le cortège se dirige ensuite vers le Champ-de-Mars. Le , ce même bassin accueille le cercueil de Jean-Jacques Rousseau, drapé d'un drap parsemé d'étoiles (exhumé d'Ermenonville pour être porté au Panthéon).

La rue de Rivoli est tracée au début du entre la rue de Rohan et la rue Saint-Florentin à l'emplacement notamment de l'impasse du Manège et des terrains occupés par les Dames-de-l'AssomptionFélix et Louis Lazare, , .. Le jardin s'agrandit alors au nord-ouest. Lors de l'aménagement du quai des Tuileries, un mur d'appui est bâti le long de la terrasse du Bord de l'eau, avec des pierres extraites des carrières de ChâtillonRépertoire des carrières de pierre de taille exploitées en 1889, Librairie Polytechnique Baudry et Cie, 1890, . Lire en ligne..

Aux angles occidentaux du jardin, fait construire deux bâtiments identiques : une orangerie en 1852, au sud-ouest, accueillant aujourd'hui un musée d’art moderne, le musée de l'Orangerie ; un jeu de paume en 1861, au nord-ouest, hébergeant de nos jours un musée d'art contemporain, la galerie nationale du Jeu de Paume.

En 1870-1871, lors du siège de Paris, on fabrique des ballons montés et certains en décollent. La fabrication quitte les Tuileries pour la gare de l'Est après un bombardement prussien. Le palais des Tuileries est détruit par un incendie durant la Commune de Paris en 1871. Le tableau de Stanislas Lépine a été peint avant la démolition des ruines du Palais, réalisée entre et . Les ruines sont visibles en arrière plan.

vignette|Religieuses et écolières au jardin des Tuileries, Paris,Stanislas Lépine, 1871-1883National Gallery, Londres. vignette|Grande gerbe du jardin des Tuileries (), photographie d'Eugène Trutat, muséum de Toulouse.

En 1877, la rue des Tuileries, l'actuelle avenue du Général-Lemonnier, est ouverte à l'emplacement de la terrasse de l'ancien palais des Tuilerie. En 1883, les ruines des Tuileries sont rasées, . Le jardin du Carrousel est aménagé en partie à l'emplacement du palais disparu. De ce fait, le jardin des Tuileries est désormais visible depuis l'avant de la grande cour du palais du Louvre. L'avenue du Général-Lemonnier ayant été partiellement enterrée, les deux jardins sont dans la continuité l'un de l'autre.

À l'occasion de l'Exposition universelle de 1878, Henri Giffard fait voler des milliers de personnes dans un ballon captif géant. En 1906, c'est le lieu de départ de la Coupe aéronautique Gordon Bennett« 1st Coupe Aéronautique Gordon Bennett - Paris (FRA) 1906 », fai.org, consulté le 26 août 2024..

Le salon de l'automobile de Paris 1898 et celui de l'année suivante s'y déroulent. La première édition est un vrai succès, accueillant Mathieu Flonneau, « Cent vingt ans d'automobilisme », L'Histoire , octobre 2018, ..

Lors de l'Exposition universelle de 1900, le jardin accueille en les épreuves d'épée des Jeux olympiques, puis le , un banquet des maires réunissant plus de d'entre eux..

Le , le Front populaire y organise la Fête de l'éducation physique aux Tuileries.

Le 23 mars 1918, durant la Première Guerre mondiale, un obus lancé par la Grosse Bertha explose dans le jardin des Tuileries. Le un autre obus éclate près de la terrasse de l'Orangerie.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie du jardin est transformée en potager à cause du manque de ravitaillement durant l'Occupation. Le , le général von Choltitz, commandant du Groß-Paris y reçoit un ultimatum du colonel Pierre Billotte de la DB et répond : Lors des combats qui suivent, le capitaine Branet s'empare de l'hôtel Meurice, rue de Rivoli, quartier-général des forces d'occupation allemande ; le capitaine Julien emprunte la rue du Faubourg-Saint-Honoré pour atteindre le siège de la Kommandantur, place de l'Opéra et de son côté le lieutenant Bricard nettoie le jardin des Tuileries. Les dix plaques commémoratives apposées le long du jardin à l'angle de la rue de Rivoli et de la place de la Concorde ne rendent pas complètement compte de l'intensité des combats et du nombre de victimes.

En 1995, suite à une consultation internationale organisée par Jean-Paul Pigeat, un chantier de rénovation du jardin est confié à l'architecte François Roubaud et aux paysagistes Louis Benech et Pascal Cribier. Un suivant se poursuit jusque 2026 (restauration des pierres, plantation d'arbres)..

Iconographie thumb|La Soirée des Tuileries (1769). La Soirée des Tuileries, un tableau de Pierre-Antoine Baudouin, en 1769, évoque la prostitution dans le jardin des Tuileries. Un tableau d'Eugène Lami représentant l'entrée de la duchesse d'Orléans dans le jardin des Tuileries le figure à la vente aux enchères de l'étude Tessier, Sarrou et associés à Paris-Drouot le (reprod. coul. dans La Gazette Drouot, , , ). Le musée Carnavalet conserve deux dessins, l'un signé Yvette Alde, l'autre signé Jacques Lestrille, évoquant la kermesse aux étoiles dans le jardin des Tuileries au printemps 1955...

Après-guerre De nombreuses chaises sont mises gratuitement à disposition des promeneurs dans tout le parc. Près du jardin du Carrousel, se trouvent le deuxième bassin du jardin et son loueur de bateaux à voile miniatures.

La grande roue de Paris y est installée, à quelques pas de la rue de Rivoli, avant de rejoindre son emplacement initial place de la Concorde. À l'est du jardin, près de l'arc du Carrousel, se trouvent de nombreuses statues d'Aristide Maillol. Le jardin abrite de nombreuses sculptures animalières d'Auguste Caïn.