vignette|Façade du Rijksmuseum Amsterdam, visité par plusieurs millions de personnes chaque année.
Un musée est un lieu ouvert aux publics dans lequel sont collectés, conservés et exposés des objets, des œuvres d'art, ou un patrimoine immatériel, dans un souci d'enseignement et de culture. Il peut être de type institutionnel, conventionné, indépendant, ou privé à but lucratif.
C'est à la Renaissance, avec le développement des collections aristocratiques d'apparat, que le concept moderne de musée apparaît, notamment en Italie, où l'on nomme ainsi des galeries qui réunissent et exposent des objets naturels ou artistiques.
Au moment des Lumières, commencent à émerger des musées généralistes comme le British Museum, et au tournant du siècle, la plupart des pays occidentaux mettent en place un lieu équivalent.
Au cours des deux siècles suivants, avec l'avancée des connaissances, des musées se sont spécialisés dans différents domaines comme l'archéologie, l'art, l'histoire, les sciences et techniques, etc.
De nos jours, rares sont les pays qui ne disposent pas d'un espace muséal.
Par ailleurs, le développement du tourisme de masse a considérablement affecté la muséographie et la logistique de certains lieux. On assiste également depuis une vingtaine d'années à un requestionnement sur l'origine de certains objets conservés, qu'il soient liés au colonialisme ou à d'autres formes de spoliations.
Définition
Étymologie
Le mot musée vient du grec Mouseîon : sanctuaire consacré aux Muses, divinités des arts. Le musée d'histoire s'éloigne cependant de cette définition.
Définition de l'ICOM
Le Conseil international des musées (ICOM), l'association des musées à l'échelle mondiale., publie régulièrement une définition du musée
Types d'institutions Dans l'Union européenne, cinq principaux statuts de musées coexistent : musées institutionnels, conventionnés (en gestion privée, soutenus par les pouvoirs publics), indépendants (en gestion privée, soutenus par le mécénat et le bénévolat), fragiles (collectionneurs privés passionnés), ou privés (à but lucratif)Mario d'Angelo, Acteurs culturels: positions et stratégies dans le champ de la culture et des industries créatives. Une étude dans vingt pays d'Europe, Paris, Idée Europe (coll. Innovations & Développement), 2018, ..
Les musées institutionnels sont intégrés dans la sphère publique, comme le British MuseumVoir Catherine Ballé et Dominique Poulot, Musées en Europe: une mutation inachevée, Paris, La Documentation française, 2004, . ou des musées municipaux ou régionaux, tel le Musée mémorial de l'exil à La Jonquera en Catalogne.
Les musées conventionnés sont en gestion privée sous forme d'organisations à but non lucratif reconnues d'utilité publique et fortement soutenues par les pouvoirs publics. Ce sont des musées d'intérêt symbolique nationale ou locale, comme le Rijksmuseum à Amsterdam.
Les musées indépendants sont en gestion privée non lucrative de forme associative, reconnus d'utilité publique ou en tant que fondation avec un fonds de dotation. Ils ne sont pas soutenus directement par les pouvoirs publics (subventions de fonctionnement ou d'investissement) mais du fait de la reconnaissance d'utilité publique, ils peuvent obtenir les soutiens privés des entreprises, des particuliers ainsi que faire appel au bénévolat. Ces musées ont construit une visibilité et ont un capital symbolique, par exemple Autoworld à Bruxelles ou le musée de la fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne.
Les musées fragiles sont de petits musées associatifs assez précaires qui sont le fait de collectionneurs privés qui ont agi par passion. Ils fonctionnent grâce au bénévolat et aux dons de membres de l'association. Ces collections sont parfois exposées dans des locaux dont le collectionneur est propriétaire Cela est par exemple le cas du Johannamuseet (une collection exposée par un ancien garagiste) à Skurup en Suède..
Les musées de droit privé à but lucratif, du fait de leur positionnement très grand public, peuvent générer des profits entièrement par leurs recettes de billetteries et ventes d'autres biens et services de merchandising. C'est le cas des musées de cire comme Madame Tussauds (à Londres, Berlin, Las Vegas, Hong Kong, Shanghaï, Tokyo...).
Disciplines reliées Les musées font l'objet de disciplines propres : la muséologie, consacrée à l'étude de l'institution et de sa fonction sociale ; la muséographie plus précisément chargée des aspects opératoires tels que l'architecture, les installations, l'organisation des musées.
Étymologie Étymologiquement, « musée » vient du grec Mouseîon, temple et lieu consacré aux Muses, divinités des arts. Ce terme a été utilisé en particulier pour un bâtiment construit à Alexandrie vers 280 par Ptolémée Sôter, fondateur de la dynastie grecque des Lagides en Égypte : le Mouseîon d'Alexandrie.. Il s'agit d'un sanctuaire et d'un centre de recherches hébergeant dans la bibliothèque une grande collection d'ouvrages que les savants (philosophes péripatéticiens, philologues, mathématiciens, astronomes, géographes, poètes) peuvent utiliser. Lieu de recherche et d'étude, le museion reprend les préceptes du Lycée d'Aristote en Grèce et fera d'Alexandrie le principal foyer intellectuel de l'Époque hellénistique. Mais avec l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, le monument museion disparaît et avec lui, les pratiques qu'il abrite.
Le concept du musée comme lieu d'exposition d'objets d'art est attesté en 1523. Paul Jove décrit à cette date sa collection de portraits d'hommes illustres comme son « pubblico museo » et l'utilise par la suite fréquemment dans ce sens..
Histoire Empire romain vignette|redresse|gauche|Taureau Farnèse, qui était exposé à l'Atrium Libertatis.
Pour Marion Audoly, chercheure associée en archéologie, le règne d'Auguste, dans l'Empire romain, constitue la naissance du concept de musée, puisque c'est à ce moment-là que les œuvres d'art commencent à faire l'objet d'une politique publique et d'une gestion par l'État.. Dès la République, des initiatives indivuelles se forment pour rendre l'art accessible : ainsi, Asinius Pollion, lorsqu'il restaure l'Atrium Libertatis, crée un espace consacré à l'art grec pour lequel il acquiert des statues et réfléchit à une muséographie spécifique. L'art n'est ainsi plus uniquement support de dévotion, notamment dans les temples, mais sert aux aspirations esthétiques et culturelles. En -28, Agrippa plaide pour la constitution de collections publiques à partir de statues et tableaux détenus par des collectionneurs privés. Lors de la réfection du temple de la Concorde, Tibère en fait un musée, avec une sélection d'œuvres organisées thématiquement et selon un parcours de visite, montrant pour Audoly l'émergence d'une histoire de l'art.
En plus des espaces d'exposition, une administration est mise en place pour préserver les œuvres par la création de status spécifiques, comme celui de l'aedituus, présent au temple de Diane à Éphèse ou au temple de Syracuse et chargé de préserver les bâtiments mais aussi les œuvres qu'il contient et d'en faire des visites guidées. Certaines œuvres sont considérées comme particulièrement précieuses : ainsi les gardiens du temple de Jupiter capitolin sont chargés de protéger la statue Chien léchant sa blessure de Myron, sous peine de mort.
vignette|redresse|Inscription « (in) l(ibro) p(agina) L (loco) XXIIX » sur le Prince hellénistique.
L'Empire a enfin une politique d'inventaire, mise en place à la fois en tenant des registres listant matériau, provenance, lieu de conservation, artiste et donateur, par exemple lors des travaux aux thermes de Caracalla, mais aussi d'inscriptions directement sur les statues avec le sujet de l'œuvre et son auteur, ou une référence à la page du registre, comme c'est le cas pour le Prince hellénistique.
Dans le cas de copies, c'est l'artiste original qui est consigné, les Romains étant peu préoccupés par la différence entre original et copie.
Moyen-Âge .
De la Renaissance au Écuries princières de Dresde vignette|redresse|gauche|Le bâtiment des écuries princières de Dresde (1586-1588) dans sa forme actuelle de néo-Renaissance.
Le premier musée de l'époque moderne fut le bâtiment Renaissance des écuries princières et de la cour des écuries de Dresde (plus tard appelé Johanneum), construit entre 1586 et 1588. Dans ce bâtiment, l'électeur de Saxe Christian Ier présentait non seulement ses 128 chevaux d'élite précieux, mais aussi plus de 50 figures sculptées de chevaux et de cavaliers, des traîneaux, des armes et des armures historiques. Dès son ouverture, des visites guidées y étaient organisées, et l'écurie fut déjà mentionnée dans le premier guide touristique de la région en 1632..
Pour l'exposition, qui était délibérément axée sur les chevaux de grande valeur et l'art équestre, l'intérieur et l'extérieur du bâtiment, semblable à un château, furent richement décorés. Un automate distribuait des boissons de bienvenue, et plus de 35 pièces furent ornées d'accessoires pour chevaux.
vignette|redresse|L'état original du bâtiment des écuries de Dresde à la Renaissance.
Ce musée somptueux consacré aux chevaux fut inspiré par le rejet des images dans le cadre de la Réforme. Il était néanmoins accompagné d'une galerie des ancêtres des Wettin, qui pouvait également être visitée à partir de 1588 dans la Longue Galerie de Dresde, et pour laquelle un guide fut élaboré. L'accent principal restait cependant mis sur les chevaux, tandis que le traité "Bedenken wie eine Kunstkammer aufzurichten sey" (Réflexion sur la manière d'établir une chambre des arts) était accessible à Christian Ier dès 1587.
Collections d'art (Kunstkammer)
D'abord, les papes qui, avec Sixte IV, initient les collections des musées du Capitole en 1471, les humanistes et les princes, tels que Cyriaque d'Ancône, considéré comme le père de l'archéologie moderne, ou Niccolò Niccoli, conseiller de Côme l'Ancien de Médicis, mais aussi la famille Borghèse et la famille Farnèse, puis au cours du temps de riches bourgeois épris de culture et d'Histoire. De nombreuses collections - privés - de médailles et d'antiques s'établissent un peu partout en Italie.
Aux médailles (c'est-à-dire des monnaies), on ajoute les portraits d'hommes illustres, comme Paul Jove qui décide le premier de privée (et non accessible au public) de pièces et de d'hommes importants de son temps. En 1521, il les présente dans une maison construite pour l'occasion à Borgo-Vico, à côté de Côme. En référence au museion de l'Antiquité, il décide d'appeler cet endroit musée.
vignette|redresse|gauche|Galerie des Offices, Florence.
Par ailleurs, Paul Jove fit construire à Borgo Vico, au bord du lac de Côme, un édifice pour accueillir à partir de 1538 une galerie de portraits d'hommes illustres et réunissant ainsi près de 400 portraits. .
Selon une autre acception du terme de musée, on cite l'ancien musée Kircher qui était une collection publique d'antiquités et de curiosités, rassemblée à partir de 1651 au Collège romain par le jésuite Athanasius Kircher. Considéré également comme le premier musée au monde, il disparut et ses collections furent dispersées lorsque la Compagnie de Jésus fut supprimée en 1773.
Collections publiques