Les personnes LGBTQ en Islande vivent avec les autres pays scandinaves, dans l'un des pays les pays les plus progressistes concernant leur intégration sociale. Les changements législatifs reflètent une transformation profonde de la société islandaise depuis les années 1990, passant d'un conservatisme homophobe à une acceptation de plus en plus importante des personnes LGBT+.

De 1869 à 1940, les relations homosexuelles, surtout celles entre hommes, sont désignées comme et criminalisées. En 1924, l'athlète Guðmundur Sigurjónsson est le premier et unique Islandais à être condamné pour sodomie. En 1940, l'homosexualité est dépénalisée mais l'existence des homosexuels reste très difficile, dans une petite société rurale où l'anonymat n'existe pas. La majorité sexuelle pour les homosexuels est fixée à 21 ans, tandis que celle pour les hétérosexuels est de 14 ans pour les garçons et 16 ans pour les filles. Plusieurs Islandais sont condamnées pour des relations homosexuelles avec des mineurs jusqu'en 1990. Rejetées au sein de la société islandaise profondément homophobe, de nombreuses personnes LGBT+ choisissent de s'exiler à Copenhague. En 1975, le coming-out gay médiatique de Hörður Torfason provoque un tollé et oblige l'artiste à quitter le pays.

En 1978, les homosexuels puis les lesbiennes (jusqu'ici fortement invisibilisées) se réunissent dans l'organisation pour défendre leurs droits. Le mouvement féministe radical est également important à cette époque. La terminologie jugée offensante est notamment changé pour des termes plus respectueux des personnes LGBT+, et l'épidémie de Sida dans les années 1980 met en lumière les difficultés rencontrées par les personnes LGBT. Le regard de la société islandaise change progressivement. Les valeurs de justice sociale et d'équité, le recul important de la religion chrétienne, ainsi que la culture du consensus dans la politique islandaise, permettent aux groupes LGBT de militer pour des changements législatifs profonds. En 1996, un partenariat civil pour les personnes homosexuelles est reconnu ; en 2010, le mariage homosexuel est légalisé. Les droits des personnes LGBT+ en Islande sont les mêmes que ceux des personnes hétérosexuelles concernant le mariage, l'adoption ou la procréation médicalement assistée. En 2019, la loi sur l'autonomie de genre facilite les procédures de transition pour les personnes transgenre, sur la base de leur consentement éclairé, et l'Islande reconnaît un genre neutre sur les passeports et les documents officiels, prenant en compte les personnes non-binaires.

Au début du , l'Islande a acquis la réputation d'être devenue une . La marche des fiertés de Reykjavik, lancée en 2000, rassemble tous les ans plusieurs dizaines de milliers de personnes et est devenue dans les années 2010 l'un des plus grands évènements en Islande. Néanmoins, les lieux de socialisation queer restent limités en raison de la petite taille de la population islandaise.

Terminologie vignette|Le mot (queer) affiché à la marche des fiertés de Reykjavik en 2018, avec les couleurs des drapeaux LGBT, bisexuel, trans, intersexe, pansexuel, gris-asexuel, polyamoureux et genderqueer.Jusqu'au , il n'y a pas de terme en islandais pour désigner l'homosexualité ou les personnes LGBT. En 1920 apparaît le terme () pour désigner les hommes homosexuels. Jusqu'à la fin du , il n'existe pas de mot islandais pour désigner une lesbienne ou une femme homosexuelle. Dans les années 1980, l'association milite pour un changement de vocabulaire et parvient à imposer le terme (« homosexualité », construit sur le même modèle que « hétérosexualité »), ainsi que les mots (« homo » ou « gay ») et (« lesbienne »).

À partir des années 1990, le terme générique , traduisible par queer, devient de plus en plus usité pour se référer à l'ensemble des personnes LGBT+. Ce mot signifiait à l'origine quelqu'un ou quelque chose de bizarre, d'étrange, hors de la norme ; la communauté LGBT+ islandaise s'est réapproprié le mot pour lui donner une connotation positive.

Histoire

La société traditionnelle islandaise, jusque dans les années 1970, est conservatrice et marquée par des rôles de genres hétéronormés. Cette position a graduellement évolué à la fin du .

Âge des Vikings L'histoire des relations entre personnes de même sexe a été peu étudiée par les universitaires islandais, à l'exception de la période médiévale rapportée dans les sagas.

Masculinité hégémonique Durant l'âge des Vikings, la société islandaise est marquée par une masculinité hégémonique où sont valorisés les traits de caractères associés à la masculinité, comme la force guerrière et l'indépendance. Le genre est associé au pouvoir : la masculinité est synonyme de puissance et la féminité synonyme de faiblesse. Les sociétés scandinaves se caractérisent par des rôles de genre marqués, et la déviance à ces normes est fortement condamnée. Pour un homme, agir de manière faible ou féminine est très mal perçu et vecteur de honte.

De même, le Grágás (recueil de lois de l'État libre islandais au ) condamne les femmes qui se coupent les cheveux, portent des habits masculins et portent des armes. Plusieurs cas de femmes prenant les armes et jouant le rôle de guerrier en Scandinavie ont été répertoriés ; la perception de leur genre par les sociétés vikings (femmes, hommes, voire troisième genre) est cependant inconnue. Pour l'historienne américaine Carol Clover, les sociétés vikings ont un modèle basé sur un seul genre, la masculinité.

Il faut toutefois prendre en compte que l'identité de genre ou l'orientation sexuelle à cette époque ne sont pas comparable à la vision occidentale contemporaine, où ce sont des éléments de l'identité d'un individu. Dans les sociétés scandinaves, l'identité personnelle fixe n'existe pas véritablement et une personne est d'abord définie par ses relations sociales. Une même personne peut ainsi incorporer des traits de caractère jugés masculins ou féminins en même temps.

Les sagas n'évoquent jamais les relations lesbiennes. La professeure de littérature islandaise Dagný Kristjánsdóttir souligne que jusqu'à la fin du , il n'existe pas de mot dans la langue islandaise pour désigner une lesbienne ou une femme homosexuelle.

Homosexualité masculine et déshonneur

D'après les sagas islandaises, les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes sont jugés très négativement, frappés de déshonneur. De telles relations sont qualifiées de , un comportement honteux, que l'on peut aussi traduire par . Cette honte est particulièrement forte pour les hommes qui sont pénétrés analement, et sont considérés comme passifs lors de la relation sexuelle. Le fait de pénétrer un autre homme n'est pas vu comme honteux, mais est perçu comme une agression car cela fait perdre tout honneur à l'homme pénétré. Cela a même pu constituer une façon d'exprimer sa puissance masculine pour soumettre et humilier un adversaire. Vers 1300, sous l'influence de la religion chrétienneL'Islande est christianisée en l'an mille., cette vision change et l'homme pénétrant est perçu comme perverti. Toutefois, il est toujours perçu moins négativement que l'homme qui reçoit la pénétration.

La perte de masculinité () touche aussi les hommes âgés, notamment lorsqu’ils souffrent de dysfonction érectile. Un exemple est donné par le poète Egill Skallagrímsson, qui est autorisé à écrire un genre de poème habituellement réservé aux femmes : ayant atteint un age avancé, il est devenu impotent et a ainsi perdu sa masculinité.

Des accusations publiques () peuvent être faites envers un individu jugé pas assez masculin, par exemple en l'accusant d'avoir adopté des comportements féminins. De telles accusations entachent fortement l'honneur de la personne incriminée et peuvent mener à son exclusion de la société. Preuve de l'importance de l'honneur masculin, les lois islandaises (Grágás) interdisent l'usage des insultes de et autorisent les personnes sujettes à de telles accusation de non-masculinité à se venger en tuant leur accusateur. L'interdiction d'accuser un homme d'avoir perdu sa masculinité se retrouve à la même époque en Suède et en Norvège.

Pratiques chamaniques et transgression des normes de genre

Les pratiques religieuses des chamans, avant la christianisation, sont marquées par une transgression des normes de genre. Le rituel du , généralement accompli par des femmes, a été également pratiqué par des hommes. Cela a souvent été interprété par les anthropologues comme du travestissement, de l'homosexualité ou bien relevant d'un troisième genre. Cependant, aucune source n'atteste l'existence d'un véritable troisième genre dans la société viking islandaise : il semble par contre y avoir existé des personnes navigant entre les genres ou mélangeant les genres masculin et féminin. Pour un homme, pratiquer le est généralement très mal perçu et peut lui valoir des accusations d'.

- : interdiction religieuse L'Islande est christianisée en l'an mille. Au , le () interdit explicitement les relations sexuelles entre hommes et celles entre femmes, les comparant au relations avec des animaux. Le manuel de confession de l'évêque Thorlak, écrit en 1178, fait la même interdiction et assimile l'homosexualité à un péché.

Après la réforme protestante, et tandis que l'Islande est sous domination du royaume du Danemark, le ou « grand jugement », un ensemble de lois, est édicté en 1564. Ce code reste en vigueur jusqu'en 1838. Très puritain, il interdit les relations hétérosexuelles hors mariage (adultère), les punissant par des amendes, et interdit l'inceste, passible de la peine de mort. Toutefois, le ne mentionne pas les relations homosexuelles.

Criminalisation de l'homosexualité (1869-1940)

Code pénal de 1869 vignette|En 1924, l'athlète Guðmundur Sigurjónsson est la première (et unique) personne condamnée pour sodomie de l'histoire islandaise.En 1869, les relations homosexuelles (désignées par l'expression ()) sont interdites par le nouveau code pénal directement inspiré du code pénal danois de 1866. La section 178 du chapitre 16chapitre interdisant l'adultère, l'inceste et le viol () est assez évasive, mais la formulation utilisée laisse entendre qu'il s'agit surtout d'interdire la sodomie entre hommes. Un tel comportement est mis sur le même plan que les relations sexuelles avec des animaux. À l'inverse, les relations sexuelles entre femmes ne sont pas mentionnées dans le code pénal, ce qui laisse à penser que le lesbianisme n'était même pas envisagé par les législateurs.

À cette époque, la société islandaise est sous contrôle du Danemark, et est majoritairement rurale, comptant moins de . Le chercheur islandais Thorgerdur Thorvaldsdóttir note que l'apparition de personnes homosexuelles, au sens contemporain du terme, coïncide avec l'urbanisation et l'avènement de la société industrielle capitaliste. Ainsi, . En raison de la petite taille de la population islandaise et du contrôle social au sein des communautés villageoises ou familiales, l'existence des homosexuels est très difficile. Vivre ouvertement sa sexualité revient à la rendre publique aux yeux de tous, et il n'existe pas à l'époque de ville permettant de vivre de manière anonyme.

Les statistiques des condamnations pour crime sexuel au et sont incomplètes et peu précises. Les informations disponibles montrent toutefois que de telles condamnations sont rares, au plus quelques personnes par an.