Suzy Solidor, nom de scène de Suzanne Marion, est une chanteuse, actrice et romancière française née le à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine) et morte le à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes).

Nommée « la Madone des matelots »Jacqueline Strahm, Montmartre, Beaux jours... et belles de nuit, Cheminements, Paris, 2001, ., elle est une figure emblématique des années 1930. Symbole de la garçonne des « Années folles », elle a contribué à populariser, auprès du grand public, le milieu lesbien parisien, célébrant par l'interprétation de plusieurs chansons les amours saphiques (par exemple : Ouvre ou Obsession)« Ces deux poèmes d’Edmond Haraucourt (publiés pour la première fois en 1882) n’étaient pas destinés à être dits par une femme. Mais Suzy Solidor, qui a demandé à Laurent Rualten d’en composer la musique, y met une telle flamme sensuelle, avec sa belle voix grave, que l’on pourrait croire qu’ils ont été écrits pour elle » Cf. Martin Pénet, « L'expression homosexuelle dans les chansons françaises de l'entre-deux-guerres : entre dérision et ambiguïté », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 4/2006 (n° 53-4), ..

Biographie Suzy Solidor naît de père inconnu à Saint-Servan-sur-Mer (commune aujourd'hui rattachée à Saint-Malo) dans le quartier de la Pie. Sa mère, Louise Marie Adeline Marion, âgée de près de trente ans, est alors domestique de Robert Henri Surcouf, avocat, député de Saint-Malo et armateur, descendant de la famille du célèbre corsaire.

Pour échapper à sa condition de fille-mère, Louise Marion épouse le Eugène Prudent Rocher qui reconnaît la petite Suzanne, alors âgée de sept ans. Celle-ci prend dès lors le nom de Suzanne Rocher. La famille s'installe dans le quartier de Solidor à Saint-Servan, qui va inspirer plus tard son nom de scène à Suzy. Elle est, à cette époque, la voisine de Louis Duchesne, chemin de la Corderie, sur la cité d'Aleth.

Une « garçonne » vignette|Suzy Solidor sur la plage de Deauville en 1929. Suzy Solidor apprend à conduire en 1916 et passe son permis l'année suivante, ce qui à l'époque est exceptionnel pour une femme. Peu avant l'armistice de 1918, promue chauffeur des états-majors, elle conduit des ambulances sur le front de l'Oise puis de l'AisneJean Forget, Louis Libert, Édouard Menguy, Un demi-siècle à Saint-Servan, Dinard, Danclau, 1998.Alain Gallet, Suzy Solidor, un étrange destin, documentaire..

Après la guerre, elle s'installe à Paris. À cette époque, elle rencontre Yvonne de Bremond d'Ars, célèbre et très mondaine antiquaire, laquelle devient sa compagne pendant onze ans. « Ce fut Bremond d'Ars qui la première lança Solidor en tant qu’œuvre d'art et qui la présenta au public comme image / icône (...) Elle m'a sculptée, déclare elle-même, Solidor » Tirza True Latimer, Women Together / Women Apart, Portraits of Lesbian Paris, Rutgers University Press, 2005, ..

Après leur séparation en 1931, Suzy Solidor entretient plusieurs relations avec d'autres femmes, notamment avec l'artiste peintre Tamara de Lempicka.. Solidor noue une aventure amoureuse avec l'aviateur Jean Mermoz qui lui offre un magnifique bijou, cœur de diamants traversé par une flèche de rubis. Le pilote fait également réaliser un portrait d'elle, par Paul ColinCoutau-Bégarie et Associés, « Portrait de Suzy Solidor par Paul Colin », catalogue Chanson française et internationale, Hôtel Drouot, 25 mars 2017..

Elle se tourne vers la chanson en 1929 et adopte, peu après, le pseudonyme sous lequel elle devient célèbre. Elle fait ses débuts à Deauville, au cabaret Le Brummel« Isadora, Cécile et Suzy, stars de la Côte fleurie », Le Calvados, , automne 2014.. Son répertoire se compose essentiellement de chansons de marins et d’œuvres plus sensuelles, équivoques et audacieuses. Sa voix grave, quasi masculine ( selon Jean CocteauCité dans Pascal Sevran, Dictionnaire de la chanson française, Carrère, Paris, 1986.), son physique androgyne, ses cheveux blonds et sa frange au carré marquent les esprits. Surnommée « l'Amiral », icône de la chanson maritime, elle se produit en 1933 avec succès à L'Européen puis ouvre rue Sainte-Anne « La Vie parisienne », un cabaret « chic et cher », lieu de rencontres homosexuelles, où chante entre autres le jeune Charles Trenet. En mars 1934, les disques Odeon publient son premier enregistrement phonographiqueSuzy Solidor, La belle croisière / Tu me plais, Odeon 166.751, mars 1934. Notice sur Discogs..

En 1930, elle ouvre quai Voltaire un magasin d'antiquités et d'objets d'art premier, appelé La Grande Mademoiselle, avec le soutien de Henri Saulnier-Ciolkowski et de son épouse Marie-Ange, cette dernière reprenant la gestion de l'échoppe en 1933, où se croisent de nombreux artistes« Biographie de Suzy Solidor (1900-1983) », Encyclopædia Universalis. Hermione Waterfield, « Marie Ange Saulnier-Ciolkowska », notice sur Oceanic Art..

Muse et modèle Sa réputation lui vaut d'apparaître en 1936 dans l'adaptation cinématographique du roman sulfureux de Victor Margueritte, La Garçonne. Elle devient parallèlement l'égérie des photographes des magazines de mode et des peintres, sa silhouette sculpturale inspirant plus de 200 d'entre euxSuzy Solidor et ses portraitistes : Deux cents peintres, un modèle, éd. La Nef de Paris, Paris, 1940. Le « modèle » est évidemment Suzy Solidor., parmi lesquels Jean-Denis Maillart, Raoul Dufy, Maurice de Vlaminck, Yves Brayer, Francis Picabia, Man Ray, Jean-Gabriel Domergue, Félix Labisse, Jean-Dominique Van Caulaert, Kees van Dongen, Arthur Greuell, Foujita, Suzanne Van Damme, Marie Laurencin, Francis Bacon et Jean Cocteau. Son portrait le plus célèbre est un tableau Art déco d'inspiration cubiste, le Portrait de Suzy Solidor signé en 1935 par l'artiste peintre Tamara de Lempicka, laquelle accepte la commande sollicitée par Yvonne de Brémond d'Ars, dans l'hypothèse où Suzy pose nue. La chanteuse la plus croquée du siècle a dit d'elle-même, avec humour : « Je suis plus à peindre qu'à blâmer ».

L'Occupation

Durant l’Occupation, son cabaret La Vie Parisienne, rouvre en « Nuits de Paris : Chez Suzy Solidor »Paris-Soir, 27 septembre 1940 .. Le lieu est fréquenté par de nombreux officiers allemands. Suzy Solidor ajoute à son répertoire une adaptation française de Lili Marleen, chanson allemande adoptée par les soldats de la Wehrmacht, avant de l'être par les armées alliées, qu'elle interprète de façon régulière à l'antenne de la station Radio-Paris.

On retrouve Suzy Solidor parmi les vedettes régulièrement invitées à l'antenne de la chaîne de télévision allemande Fernsehsender Paris, jusqu'à la libération de la capitaleEmmanuel Lemieux, On l'appelait Télé-Paris, Paris, éditions L'Archipel, « L'Histoire secrète des débuts de la télévision française (1936-1946) », page 143, 2013, 259 p. .

Selon André Halimi, André Halimi, Chantons sous l'Occupation, L'Harmattan, 2003, .. Ces activités lui valent d'être traduite à la Libération devant la commission d'épuration des milieux artistiques, laquelle lui inflige un blâme et lui impose une interdiction d’exercer pendant cinq ansArrêtée en septembre 1944, elle est placée en détention au camp de Drancy. Cf. « La vie dans Paris libéré : Cortot, Ginette Leclerc et Suzy Solidor sont arrêtés », Ce soir, 9 septembre 1944 .. Elle cède alors la direction de son cabaret à la chanteuse Colette Mars laquelle y fait ses débuts puis part chanter aux États-Unis. L'interdiction d'exercer fut ramenée à deux ans et Suzy Solidor put ainsi enregistrer de nouvelles chansons pour la firme Decca dès septembre 1947.

L'après-guerre Elle ouvre en le cabaret « Chez Suzy Solidor », rue Balzac à proximité des Champs-Élysées, qu'elle dirige jusqu'au début de l'année 1960, avant de se retirer sur la Côte d'Azur. Elle s'installe à Cagnes-sur-Mer où elle inaugure la même année un nouveau cabaret, « Chez Suzy », décoré avec 224 de ses portraits.

Elle s'y produit jusqu’en 1967 avant de prendre la direction d'un magasin d'antiquités, place du château du Haut de Cagnes où elle accueille un temps Michèle Mochot, la jeune maîtresse du couple Debord-Bernstein.

Continuant sa collection de portraits, elle en commande un nouveau à Francis Bacon, lequel accepte de la peindre en 1957, pour rembourser une dette de jeu. Elle déteste ce tableau et le met en vente en 1970 ; Bacon le rachète et le détruit.

En , elle offre une quarantaine de ses portraits à la ville de Cagnes-sur-Mer : ils figurent depuis parmi les œuvres remarquables du musée-château Grimaldi dans le Haut de Cagnes43 portraits de la Donation Suzy Solidor au Château-musée Grimaldi, Peintures des Musées de France, 29 novembre 2010..

Mort Suzy Solidor meurt à l'âge de 82 ans, le à Cagnes-sur-Mer ; elle est inhumée au cimetière ancien de la villeCimetières de France et d'ailleurs.

Postérité Suzy Solidor est le sujet principal de la chanson Sad Songs du groupe The Christians et de la pièce All I Want is One Night écrite par Jessica Walker..

Répertoire

Romans Térésine, éditions de France, Paris, 1939 (220 p.) Fil d'or, éditions de France, Paris, 1940 (217 p.) - roman dédié Le Fortuné de l'Amphitrite, éditions de France, Paris, 1941 (213 p.) La vie commence au large, éditions du Sablon, Bruxelles-Paris, 1944 (242 p.)

Rôles joués au théâtre 1937 : Jenny-la-Paille dans L'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht, adaptation française d'André Mauprey et Ninon Tallon, mise en scène de Raymond Rouleau et Francesco von Mendelssohn, théâtre de l'Étoile 1951 : L'École des hommes de Jean-Pierre Giraudoux, théâtre Michel - pièce écrite pour elle, où elle incarne une artiste peintre qui n'aime pas les hommes.

Filmographie Escale (1935) de Louis Valray La Garçonne ou Jalousie (1936) de Jean de Limur, d'après le roman éponyme de Victor Margueritte Ceux du ciel (1941) d'Yvan Noé

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Véronique Mortaigne, « Solidor, furieux baisers », Le Monde, 19 552 du mardi Marie-Hélène Carbonel, Suzy Solidor : Une vie d'amours, Aubagne, Autres Temps, coll. "Temps mémoire", 2007, 352 p. Marc Tardieu, Le corsaire de Rio : et autres histoires malouines. Saint-Malo : Grand West éditions, coll. "Grand West poche : récits historiques", 2013, 106 p. Didier Eribon (dir.), Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003. .

Discographie Martin Pénet (éd.), Chansons interlopes, 1906-1966, Labelchanson, 2006 (2CD) Martin Pénet (éd.), Suzy Solidor au cabaret, enregistrements rares et inédits (1933-1963), Labelchanson, 2007

Documentaires Alain Gallet, Suzy Solidor, un étrange destin, documentaire, 52 min, Aligal Production et France 3 Ouest (DVD). Interview à la radio de Suzy Solidor, vers 1980 , Archives départementales des Alpes-Maritimes, Documents sonores isolés, 1AV62/1. Mis en ligne le . Consulté le

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Liens externes

Angèle Paoli, Terres de femmes Portrait de Suzy Solidor et témoignage de Roger Toulouse Biographie et documents sur hexagonegay.com

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