Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, né le au château de Chavaniac près de Saint-Georges-d'Aurac (Auvergne, actuel département de la Haute-Loire), et mort le à Paris (ancien ), est un officier et homme politique français, célèbre en raison de son engagement dans les rangs de l'armée des insurgés américains (1777-1783), puis dans l'aile libérale et réformiste de l'aristocratie française (1784-1792), enfin dans l'opposition libérale au régime de la monarchie de Juillet qu'il avait pourtant contribué à établir lors des Trois Glorieuses ().

Convaincu de la noblesse de la cause des insurgés américains, il s'engage à leurs côtés en 1777. Nommé général à l'âge de par George Washington, La Fayette joue un rôle décisif dans la guerre d'indépendance des États-Unis contre la Grande-Bretagne, notamment lors de la victoire de Yorktown le . Surnommé le « héros des deux mondes », il est depuis 2002 un des huit citoyens d'honneur des États-Unis. Il y fait d'ailleurs à l'invitation du président James Monroe un voyage triomphal en 1824, au cours duquel il est accueilli et honoré dans 182 villes des que compte l'Union à cette époque.

Après avoir combattu aux États-Unis, La Fayette œuvre en France à la rénovation du pouvoir royal, avant de devenir une des grandes personnalités de la Révolution française, avec la rédaction de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et le commandement de la Garde nationale, jusqu'à son émigration en 1792 après avoir déserté son poste en espérant rallier l’armée prussienne. Il est arrêté et incarcéré pendant cinq années par les autorités autrichiennes et prussiennes.

La Fayette est aussi un contributeur politique essentiel de la révolution de Juillet en 1830 et des débuts de la monarchie de Juillet, rompant ensuite rapidement avec le roi Louis-Philippe dont il a soutenu l'accession au trône. Durant cette dernière période de sa vie, il s'affirme aussi comme un soutien engagé à la Pologne après l'insurrection de 1830-1831.

À partir de 1789, La Fayette signe ses courriers « Lafayette » en un seul mot, en réaction contre le système nobiliaire abattu par la révolution. Cette graphie est utilisée par ses contemporains jusqu'à sa mort.

Biographie Origines familiales et jeunesse (1757-1775) La famille Motier de La Fayette La Fayette est issu d'une branche cadette de la famille Motier de La Fayette, famille noble d'Auvergne, dont la filiation remonte au avec Pons Motier, seigneur de la Fayette et qui s'est éteinte en 1891. La branche aînée, éteinte en 1694, est celle de Gilbert Motier de La Fayette, maréchal de France en 1421.

Le nom de La Fayette vient d'une terre située dans l'actuelle commune d'Aix-la-Fayette, près de Saint-Germain-l'Herm (Puy-de-Dôme).

Son nom complet est Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, mais il est généralement désigné par les abréviations « marquis de La Fayette » ou « Lafayette ». Son biographe indique que l'intéressé orthographiait son nom aussi bien sous la forme « Lafayette » que sous la forme « La Fayette ».

Des parents morts prématurément Son père, Michel Louis ChristopheMichel Louis Christophe Roch Gilbert Paulette du Motier, marquis de La Fayette du Motier, marquis de La Fayette (–), colonel aux Grenadiers de France, meurt en Westphalie à l'âge de vingt-cinq ans au cours de la bataille de Minden, auprès de son ami Charles-François de Broglie.

Devenue veuve, sa mère, Marie Louise Julie de La Rivière, issue d'une riche famille noble de Saint-BrieucPhilippe Bourdin, La Fayette, entre deux mondes. History. 2009. , née en 1737, s'installe à Paris au palais du Luxembourg. Gilbert est élevé par ses tantes et par sa grand-mère à Chavaniac, où il passe une enfance libre dans les forêts d'Auvergne, rêvant, vers l'âge de neuf ans, de chasser la bête du Gévaudan.

Sa mère meurt le Généalogie de la Maison Motier de la Fayette. Son grand-père maternel, le marquis de La Rivière, meurt à son tour le . Il hérite d'une fortune qui lui assure une rente de . Un peu plus tard, un autre oncle meurt, lui laissant un revenu de ; ces de revenu annuel font de lui un des hommes les plus riches du royaume Gottschalk, op. cité, .

Formation (1770-1774) Son arrière-grand-père maternel, le comte de La Rivière, ancien lieutenant général des Armées du roi, le fait venir à Paris pour son éducation. Il étudie jusqu'en 1771 au collège du Plessis (actuel lycée Louis-le-Grand) et suit parallèlement une formation d'élève-officier à la compagnie des mousquetaires noirs du roiJoseph Delteil, La Fayette, 1928, Paris, Grasset, 1997, 280 p. chapitre II : « Marie-Antoinette » ; Agénor Bardoux, La Jeunesse de La Fayette 1717-1792, Paris, Calmann-Lévy, 1892, 409 p. ; Henri Doniol, La Famille, l'enfance, la première jeunesse du Marquis de La Fayette, Orléans, Editions Ernest Colas, 1876 ; Antoine Vallauri, La Fayette dans la mémoire collective, mémoire de , Institut politique de Lyon, 2011, « Introduction », page 8.. Il suit également les cours de l'Académie militaire de Versailles.

Mariage (1774) Le , à , La Fayette épouse Marie Adrienne Françoise de Noailles (1759-1807), fille du duc d'Ayen et d'Henriette-Anne-Louise d'Aguesseau, dotée de Sa dot théorique est de mais sa mère Anne Louise Henriette d'Aguesseau, petite-fille du ministre de Louis XIV, Henri François d'Aguesseau, parvient à ne donner que .. Il s'agit d'un mariage arrangé, qui aboutira à une réelle affection entre les époux, malgré les fréquentes infidélités du marquisNicole Bacharan, « La Fayette », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 26 juin 2013. De ce mariage naîtront un fils et trois filles : Henriette (-) ; Anastasie (-), qui, le , épousera Just Charles César de Faÿ de La Tour-Maubourg (1774-1846) ; par elle, le marquis est l'ancêtre de Paola Ruffo di Calabria, épouse du roi des Belges Albert II ; Georges Washington de La Fayette (1779-1849), qui épousera Émilie Destutt de Tracy, fille d'Antoine Destutt de Tracy ; Virginie (- ), qui, le , épousera Louis de Lasteyrie du Saillant (1781-1826) ; ils sont les ancêtres d'Aldebert et de René de Chambrun.

Débuts professionnels L'échec de la carrière de courtisan (1774) Les Noailles, apparentés à Madame de Maintenon, sont une des plus importantes familles de la cour de France. La Fayette est présenté à la cour dès le printemps 1774, mais n'y obtient aucun succès. Attaché à sa liberté, dépourvu d'esprit courtisan, il fait avorter les tentatives de son beau-père visant à lui faire obtenir une situation intéressanteMirabeau donne une autre explication, avançant « qu'il y gâta par la gaucherie de ses manières, un langage obséquieux jusqu'à l'humilité. » (Correspondance entre Mirabeau et le comte de Lamarck, , , cité dans , article « La Fayette », ).

Officier au régiment de Noailles (1774-1775) Il quitte fréquemment la cour pour rejoindre le régiment de Noailles cavalerie, qui appartient à son beau-père. Il a pour colonel effectif l'ami près de qui son père est mort, le comte de Broglie.

Il y entre comme sous-lieutenant à 16 ans, puis est assez vite promu capitaine des dragons. Suivant l'exemple paternel, il choisit alors de poursuivre dans la carrière militaire et entre dans la Maison militaire du roi.

Le « souper de Metz » et l'engagement pour les insurgés américains (1775) thumb|Statue de La Fayette, jardins de Broglie, Metz.

En août 1775, Gilbert de La Fayette, âgé de 17 ans, est envoyé par son beau-père en garnison à Metz pour y parfaire sa formation militaire.

Dans ses Mémoires, il raconte comment il a participé le à un dîner offert par le comte de Broglie au duc de Gloucester, frère du roi d'Angleterre, qui y évoque le soulèvement des PatriotsAppelés Insurgents par les Britanniques, Bostoniens par les Français, et Patriots par les Américains.. C’est le jour même de ce « souper de Metz » que le jeune officier prend la décision de partir combattre pour l'indépendance de l'Amérique.

De retour à Paris à l’automne, La Fayette participe à des sociétés de pensée qui débattent de l'engagement de la France dans la révolution américaine. Lors de ces réunions, un conférencier, l'abbé Raynal, insiste sur les « Droits de l'homme » et la fin des colonies, critique le clergé comme la noblesse. Censuré, il exprime dès lors secrètement ses vues auprès de loges maçonniques, entre autres celle dont La Fayette est membre.

Comme de nombreux militaires à cette époque, il a été initié comme franc-maçon dès cette année 1775Chevalier Pierre, Histoire de Saint-Jean d’Écosse du Contrat social, 2002, .

La guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783) La participation de La Fayette à la guerre d'indépendance des États-Unis lui a valu une immense célébrité et une place symbolique en tant que trait d'union entre les Américains et la France, lui valant d'être surnommé « le héros des deux mondes ». Et ce qui fait de La Fayette le symbole du soutien français aux insurgés d'Amérique, comme ce qui en fait la figure du héros romantique qu'on en conserve, c'est son jeune âge () et les circonstances de son départ de France, sans l'autorisation du roi, encore favorable à la paix, finançant le voyage de ses propres deniers.

Les difficultés du départ de France (juin 1776-avril 1777) Le jeune capitaine se fait réformer de l'armée le , puis, grâce au soutien du comte de Broglie et de ses futurs protecteurs, le baron de Kalb et Silas Deane, agent officieux des Patriots à Paris, signe le un engagement dans l'armée américaine, avec le grade de major général. Le comte de Broglie, ancien chef du « cabinet secret » de Louis XV, qui souhaite aider discrètement les Patriots contre la Couronne britannique, finance secrètement l'achat de la Victoire, un navire de 200 tonneaux, avec 2 canons, trente hommes d’équipage et une cargaison de 5 à , qui est mis en attente dans le port espagnol de Pasajes de San Juan, près de Saint-Sébastien.

vignette|upright|George Washington par Charles Willson Peale (1776).

Arrivé à Pasajes de San Juan le , La Fayette embarque sur la Victoire avec quelques compagnons. Le , le navire appareille pour l'Amérique. Son trajet suit une route passant bien au large des Antilles, où les flottes anglaise et française pourraient lui faire obstacle.

L'arrivée en Amérique (juin 1777) Au bout de sept semaines, il arrive le à South Inlet, près de Georgetown, où les fusils sont vendus aux autorités de Géorgie pour armer la milice de cette colonie. Il fait prêter à ses compagnons le serment de vaincre ou de périr, puis rencontre le major Benjamin Huger, un riche propriétaire terrien, avec qui il reste deux semaines avant de partir pour Philadelphie, alors capitale des Insurgés.

thumb|left|Première rencontre entre le marquis de Lafayette et George Washington le 5 août 1777. Gravure de Currier and Ives.

Pendant le voyage, La Fayette a appris les bases de l'anglais (il lui suffira d'une année pour bien le pratiquer). Cela, ainsi que son appartenance à une loge maçonnique, lui permet de se voir ouvrir de nombreuses portes à Philadelphie. Il a aussi la recommandation de Benjamin Franklin, représentant américain en France, qui a adressé un courrier au Congrès en sa faveurUnger, loc. 940–955.

Après avoir offert de servir sans être payé, La Fayette est intégré le au grade de major général par le CongrèsUnger, loc. 864, 1023–1053.

Le général George Washington, commandant en chef de l'armée de terre, arrive alors à Philadelphie, pour rendre compte de la situation militaire. La Fayette le rencontre le .

Selon Leepson, « les deux hommes se sont reconnus presque immédiatement ». Washington est impressionné par l’enthousiasme du jeune homme et est enclin à juger favorablement ce confrère franc-maçon. La Fayette pour sa part est en admiration devant le commandant en chef.

Washington l'emmène alors dans son camp. Washington exprimant son embarras quant à l'état de ses troupes, La Fayette lui répond : .