vignette|Menorah d'un judéo-convers, (Palacio de los Olvidados)
Un converso, terme portugais et espagnol signifiant « converti » et issu du latin conversus, est un Juif converti au catholicisme, le plus souvent de force en Espagne ou au Portugal, en particulier aux .
En hébreu, anouss désigne le Juif converti de force à une autre religion : christianisme comme islam.
Histoire
thumb|Condamnés par l'Inquisition, tableau d'Eugenio Lucas Velázquez (1833-1836). Les condamnés sont coiffés du coroza et portent un sambenito d'infamie. Le terme conversos apparaît pour la première fois à la fin de l'Espagne médiévale, en 1380.
De nombreux Juifs d'Espagne ainsi que des doivent se convertir au christianisme après les pogroms sanglants de 1391 et de la fin du . Ceux qui refusent et choisissent de demeurer fidèles au judaïsme sont l'objet, un siècle plus tard, du décret de l'Alhambra et de l'expulsion massive de 1492.
Les conversos qui ne sont principalement de « nouveaux chrétiens » qu'en apparence et continuent à « judaïser » en secret sont désignés sous le terme méprisant de « marranes » qui signifie « porcs »« Marrane » viendrait d'un mot signifiant « porc ». Cf. Gérard Nahon, « Marranes », Encyclopaedia Universalis.. gauche|vignette|Massacre des juifs et nouveaux chrétiens par les chrétiens à Lisbonne, publication de Nuremberg, 1506. Le massacre de Lisbonne en 1506 s'applique à traquer, torturer, violer, tuer et brûler environ deux milliers de Juifs, récemment convertis de force au catholicisme, par la foule portugaise catholique durant trois jours d'avrilCecil Roth, Histoire des Marranes, Liana Levi, 2002. Présentation en ligne archive.vignette|Document administratif avec signatures de juifs conversos, XV-XIX s. (Palacio de los Olvidados)
Ils sont également persécutés par l'antijudaïsme de l'Inquisition, jugés, parfois « réconciliés » mais le plus souvent condamnés à différentes peines allant jusqu'au bûcher. Une particularité est qu'ils peuvent l'être jusqu'à plusieurs décennies après leur mortPar exemple, Blanquina March Almenara (ex Xaprud avant sa conversion en 1491 au catholicisme) (1473-1508), la mère de l'humaniste Juan Luis Vives, est condamnée en effigie pour hérésie et apostasie par les inquisiteurs Arnaldo (Arnau ?) Alberti et Juan de Churruca, sa mémoire est anathématisée et ses restes sont déterrés après sa mort pour être brûlés, en 1529. Tous ses biens faisant vivre ses descendants étant confisqués, ses deux filles Beatriz et Leonor ont tenté en vain de récupérer au moins les sous de la dot de leur mère. Tous les biens de leur père, Lluís Vives Valeriola (ex Abenfaçam avant sa conversion forcée), avaient précédemment été confisqués quand il avait été condamné et brûlé vif sur le bûcher en 1522.
Lire sur Diccionari Biogràfic de Dones ; par María Jesús Espinosa de los Monteros ; par Marilda Azulay ; leur procès s'instruit alors « en memoria y fama » et leur relaxation (un euphémisme pour « condamnation à être brûlé sur le bûcher ») ou tout autre condamnation sont obtenues « en effigie » (soit par contumace) dont l'exécution en effigie (où l'on peut déterrer et brûler leurs os) mais tous leurs biens sont effectivement confisqués et leur famille ainsi ruinée, car les raisons économiques motivent souvent ces procès post mortem.
À la fin du jusqu'au milieu du , les judéo-convers représentent 90 % des cas traités par la Congrégation du Saint-Office à Valence. Dans cette documentation inquisitoriale, les conversos apparaissent également sous d'autres appellations en castillan ou en valencien : « tornadizo, judío, cristiano nuevo, que primero fue judío, novament convertit, cristiá novel ».
Conversos et nouveaux chrétiens
Tendances et classification vignette|Marranos, , 1893 Les historiens spécialistes des judéo-convers « tendent à penser que la grande originalité de la famille conversa réside dans son caractère nettement endogamique, alors que les mariages mixtes relèvent le plus souvent de l’exception ».. Toutefois, contrairement à ce que soutient l'historien , d’autres comme Joseph Pérez, ou encore dans le cas de Valence, « pensent qu’en marge des tendances hétérodoxes…, on ne peut nier qu’il existe dans l’Espagne du une majorité de conversos qui ont embrassé sincèrement la cause du catholicisme ».
Cette partie des conversos, devenus sincèrement catholiques, désapprouvent les marranes parce que ceux-ci, de leur point de vue, déshonorent l'ensemble des « nouveaux chrétiens » dans la mesure où ce nouvel état est souvent synonyme de crypto-judaïsme. Plusieurs de ces conversos font d'ailleurs partie de l'Inquisition, notamment parmi les franciscains et les dominicains. Certains prennent une part active dans les controverses et disputations contre les juifs..
répartit les Juifs converses et leurs descendants selon la perception et l'attitude religieuses : Conversos d'esprit chrétien : ils aimeraient rester chrétiens et n'avoir plus rien à voir avec le judaïsme
Exemples : Juan Luis Vives (1492-1540), Luis de León (1527-1591) Conversos d'esprit juif : ils veulent retourner au judaïsme le plus tôt possible et n'avoir plus rien à voir avec le christianisme
Exemples : Gracia Nassi (1510-1569), Menasseh ben Israël (1604-1657) Conversos ambivalents : ils (re)connaissent à la fois le judaïsme et le christianisme
Exemples : Paul de Santa Maria (1351-1435), Isaac de La Peyrère (1596-1676) conversos sceptiques : ils rejettent à la fois le judaïsme et le christianisme
Exemples : Uriel da Costa (1585-1640), Baruch Spinoza (1632-1677)
Espagne (Castille, Léon, Aragon, Andalousie et îles Canaries) Alexandre de Rhodes (jésuite, missionnaire et linguiste) est d’origine juive. Pedro de Las Casas, père du dominicain Bartolomé de Las Casas, modeste marchand, appartenait à une lignée de nouveaux chrétiens , Mario Humberto Ruz, (Mexico), , 1994, . Antoine de Louppes de Villeneuve, le grand-père maternel de Michel Eyquem de Montaigne (philosophe et humaniste), aurait été authentiquement un converso (sa conversion au christianisme était, semble-t-il, sincère pour l'époque). Le père d'Antoine de Louppes, Juan Garcia Lopez de Villanueva, ne serait autre que Meyer Moshé Paçagon, riche grossiste de chiffons et d'étoffes de Calatayud (Espagne) et qui aurait changé de nom après son baptême au début du Madeleine Lazard, Michel de Montaigne, Fayard, 1992, . Ce point a fait l'objet de controverses et n'est pas résolu. L'hypothèse retenue par les tenants de cette origine est que l'arrière-grand-père agnatique d'Antoinette Louppes de Villeneuve serait Meyer Moshé Paçagon, Juif de Calatayud (Espagne), baptisé au début du sous le nom de Juan Garcia Lopez (de Villanueva). Principales références : Sophie Jama, L'Histoire juive de Montaigne, Flammarion, 2001 ; Jean Lacouture, Montaigne à cheval, Seuil, 1998 Donald Frame Montaigne, a bibliography, 1975 ; Cecil Roth, Revue de Cours et Conférences 1937 ; Léon Berman (Grand-rabbin de Lille), Histoire des Juifs de France, Librairie Lipschutz, Paris, 1937 ; Théophile Malvezin, Michel de Montaigne, son origine, sa famille 1875 ; Paul Staffer (doyen de la faculté de Lettres de Bordeaux), La Famille et les amis de Montaigne, Hachette, 1896 rééd. , .. Cependant, l’origine juive de la mère de Montaigne est contestée ; avant les recherches du , il n’a jamais été fait mention de cette « filiation »Voir à ce sujet : Roger Trinquet, La Jeunesse de Montaigne ; pour la thèse de l'origine juive de la mère de Montaigne, voir Sophie Jama, L'Histoire juive de Montaigne Flammarion.. Juan Sánchez (1440-1507), grand-père paternel de sainte Thérèse d'Avila (carmélite canonisée) issu d'une famille de Tolède, condamné en 1485 par l'Inquisition tolédane, pour cause de crypto-judaïsme, a porté le sambenito d'infamie, s'installe ensuite à Ávila.(trad. aut.) Sainte Thérèse de Jésus (2015). Livre de vie. Texte critique basé sur l'autographe conservé à El Escorial, et la comparaison de son interprétation par l'édition princière, préparée par Fray Luis de León (1588), et toutes les éditions critiques modernes. Madrid : Académie Royale Espagnole. : « Ses parents étaient Alonso Sánchez de Cepeda (1480?-1543) et Beatriz Dávila y Ahumada (1495?-1529), appartenant à la bourgeoisie d'Avila. Le grand-père paternel était un juif converti. [...] Le père portait un carnet où il notait la date de naissance de ses enfants. Il y note : « Le mercredi vingt-huitième jour du mois de mars cinq cent quinze ans (1515), Thérèse, ma fille, est née à cinq heures du matin, une demi-heure plus ou moins, ce qui C'était le dit mercredi presque à l'aube." ». Son fils (père de la future sainte chrétienne), , y épouse . Michel Servet (théologien) descend par sa mère de la famille Zaporta, juifs espagnols convertis de la région de Monzón. Joan Miró (peintre) porte un nom d'origine juive espagnole.. Selon certains auteurs, Christophe Colomb (explorateur) serait d'origine juiveKlezmer America: Jewishness, Ethnicity, Modernity de Jonathan Freedman, Columbus University Press, 2008, p. 357.Auteurs en faveur d'une origine judéo-espagnole et sépharade de Colomb :
- Salvador de Madariaga, Christophe Colomb, chap. limpieza de sangre, France, 1952, .
- Tina Levitan, Jews in American Life, New York, 1969, .
- Cecil Roth, Personalities and Events in Jewish History, Philadelphie, 1953, .
- Simon Wiesenthal, Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus (1973)
- Sarah Leibovici, Christophe Colomb juif : défense et illustration, Paris, Maisonneuve & Larose, 1986. Postface de Schmuel Trigano
- Henry Méchoulan, Les Juifs du silence au Siècle d'or espagnol, éd. Albin Michel, 2003
- Edward Kritzler, Jewish Pirates of the Caribbean, Anchor, 2009, .
- Pr. José Antonio Lorente, in Colón ADN. Su verdadero origen, sur RTVE (documentaire), 2024 ; son ADN irait dans ce sens. (Voir Théories sur l'origine de Christophe Colomb). La famille du chrétien Juan Luis Vives (« polygraphe de génie », philosophe et humaniste) doit se convertir en 1391 puis est poursuivie par l'Inquisition pour crypto-judaïsme ; ses parents sont brûlés, son père vif et les restes de sa mère après qu'ils ont été déterrés après sa mort ; ses deux sœurs ne peuvent plus prétendre revendiquer leur droit sur la dot de leur mère ni à quelconque bien de leurs deux parents, confisqués par le Trésor royal. Mencía Díaz de Clavijo y Llerena, mère du futur saint catholique d'origine canarienne, José de Anchieta (missionnaire jésuite), était une descendante de juifs convertis.
Portugal vignette|L'épouse de Simon Rodriguez d'Evora de famille converse, Anna Ximenes d'Aragon, et sa fille Gracia Rodriguez de Evora (Otto Vaenius, 1601, Maagdenhuis, Anvers)Baruch Spinoza (1632-1677), faisait partie de la communauté juive portugaise d’Amsterdam. Il était issu d’une famille de nouveaux chrétiens réfugiés aux Provinces Unies deux générations plus tôt et retournés à la religion juive. Uriel da Costa, philosophe du siècle. Jacob Rodrigue Péreire (1715-1780), précurseur de l'éducation des sourds et de l'orthophonie. David Ricardo (1772-1823) est issu d'une famille de financiers juifs portugais installée d'abord aux Pays-Bas, puis en Angleterre juste avant sa naissance. David de Castro Tartaas (1630-1698), imprimeur à Amsterdam venu de Tartas (Landes), fondateur du journal Gazeta de Amsterdam. Camille Pissarro (1830-1903) est un peintre dont le père, Abraham Frederic Gabriel Pissarro, était un Juif portugais né à Bragance, qui avait émigré à Bordeaux à la fin du , alors qu'il était encore enfant. Camille Pissarro est le père du peintre Lucien Pissarro. Emma Lazarus (1849-1887), poétesse américaine, activiste et précurseur de la cause sioniste. Ses parents étaient des juifs séfarades portugais dont les familles étaient installées depuis longtemps à New York. Elle est l'auteur du sonnet The New Colossus gravé sous la statue de la Liberté.