Le programme spatial de la Corée du Sud regroupe l'ensemble des activités spatiales de la Corée du Sud. Ce pays commence à développer son programme spatial à la fin des années 1980 avec la création en 1989 d'un centre d'expertise dans le domaine des satellites et la fondation de l'Institut coréen de recherche aérospatiale (KARI) qui joue jusqu'en 2024 le rôle d'agence spatiale pour le pays. La Corée du Sud développe un programme de satellites d'observation de la Terre en partenariat avec l'industrie spatiale européenne, développe le lanceur national KSLV-2 qui a effectué son premier vol en , et dispose avec GEO-KOMPSAT-2 de ses propres satellites météorologiques géostationnaires. Sur le plan scientifique, le pays a un programme ambitieux d'exploration de la Lune dont la première réalisation est l'orbiteur Korea Pathfinder Lunar Orbiter (KPLO), lancé en 2022. Le budget du programme spatial coréen était en 2023 de wons ( d'euros). La Corée du Sud se dote en 2024 d'une nouvelle agence spatiale, l'Administration coréenne de l'aérospatiale (KASA).

Historique

La Corée du Sud ne développe un véritable programme spatial qu'à compter de la fin des années 1980. L'objectif de celui-ci est de répondre aux besoins du pays et d'acquérir les technologies associées. En , le centre de recherche de technologie des satellites, le SaTReC, est créé au sein de KAIST, une des principales universités du pays. Cet organisme doit former des ingénieurs au développement de satellites et de leurs instruments et réaliser des microsatellites expérimentaux. En , l'Institut coréen de recherche aérospatiale ou KARI (acronyme de ) est créé avec comme objectif de développer les activités de recherche du pays dans le domaine aéronautique et spatial. Son domaine d'intervention, complémentaire de celui du SaTReC, porte sur les satellites d'applications avec le programme KOMPSAT () et les fusées avec le programme de fusées-sondes KSR (). Le siège de KARI est situé à au sud de la capitale Séoul dans la ville de Daejeon, principal pôle scientifique du pays. Le troisième acteur du domaine spatial est la compagnie de télécommunications nationale, KT qui fait placer en orbite à compter de 1995 une flotte de satellites de télécommunications géostationnaires dont la construction est confiée à des entreprises étrangères. Enfin, l'Agence météorologique coréenne va faire développer plusieurs satellites météorologiques..

Au début des années 1990, le budget alloué à l'activité spatiale est modeste ( de dollars américains) mais il va rapidement doubler puis tripler. Le plan d'investissement pour la décennie 1996-2015 prévoit un budget de d'euros, soit d'euros par an, ventilé de la manière suivante. : Satellites : d'euros ; Lanceurs : d'euros ; Centre spatial de Naro : d'euros.

Pour répondre à ses besoins, l'Agence météorologique coréenne établit en 2002 le cahier des charges de COMS (acronyme de ), le premier satellite météorologique géostationnaire de la Corée du Sud. Celui-ci embarque à la fois une caméra multispectrale pour les observations météorologiques, un instrument de mesure de la couleur des eaux marines et une expérience de communications. Le satellite de est développé principalement par le constructeur européen Astrium avec une contribution de l'américain ITT pour la caméra multispectrale. Le satellite est placé en orbite en ..

Premiers satellites

Le premier satellite sud-coréen KITSAT-1 (abréviation de ), placé en orbite le par un lanceur européen , est un microsatellite scientifique de développé par la société britannique SSTL dans le but de former les ingénieurs du pays. Un deuxième exemplaire KITSAT-2, placé en orbite en 1993, copie du premier est construit par les étudiants de SaTReC dans le cadre d'un accord de transfert de technologie passé avec SSTL. Il faut cinq ans pour développer le troisième satellite KITSAT-3 deux fois plus lourd () dont la charge utile principale est une caméra MEIS développée avec l'aide d'une université d'Afrique du Sud. KITSAT-3 est placé en orbite en 1999 par un lanceur indien PSLV. STSAT-1 ou KAISTSat-4, un satellite de , est le premier satellite complètement consacré au programme scientifique national. Il emporte quatre instruments astronomiques et est placé en orbite en 2003..

La même année (1999), la Corée du Sud se dote d'un poids lourd dans le secteur aérospatial en fusionnant les divisions spécialisées de trois grands groupes industriels : Daewoo Heavy Industries, Samsung Aerospace et Hyundai Space & Aircraft sont réunis pour former la Korea Aerospace Industries (KAI)..

Création d'une pôle de compétences spatiales

Le succès de KITSAT-3 en 1999 débouche sur la création de la société SaTReC qui va se charger de la commercialisation de satellites et de charges utiles développés avec l'appui du pôle de compétences SaTReC au sein de l'université KAIST. Ces deux entités vont jouer par la suite un rôle central dans l'implémentation du programme spatial coréen en mettant au point les techniques spatiales et en construisant les micro-satellites puis les satellites lourds du pays. Avec SaTReC, la Corée du Sud va progressivement développer une expertise dans le domaine de la miniaturisation des engins spatiaux et des satellites de télédétection. Au cours des deux décennies qui vont suivre, SaTReC développe plusieurs plates-formes de microsatellites (SI-100, SI-200) et exporte plusieurs satellites d'observation de la Terre à résolution spatiale moyenne (Razaksat pour la Malaisie, Xsat pour Singapour, Rasat pour la Turquie, DubaiSat 1 pour Dubaï)..

Programme KOMPSAT de satellites d'observation de la Terre

Le programme KOMPSAT (abréviation de ) est mis sur pied en 1995 pour permettre à la Corée du Sud de collecter depuis l'espace des données pour la réalisation d'un système d'information géographique national, le contrôle de ses ressources agricoles et le suivi des désastres naturels. Pour atteindre cet objectif, KARI crée à Daejeon un centre d'intégration et de test des satellites (SITC) d'une superficie de qui est portée à pour le deuxième satellite de la série. Un ensemble d'équipements comprenant des antennes paraboliques, situé sur le site du siège de KARI à Daejeon, est chargé de collecter, traiter, distribuer et archiver les données des satellites. En 2008, un bâtiment est ajouté pour réaliser l'intégration des satellites géostationnaires avec leur charge utile. Environ après la création de KARI, l'agence spatiale lance son premier satellite d'observation de la Terre en 1999. La construction de KOMPSAT-1, qui est réalisée par la société américaine TRW (avec certains composants sud-coréens), permet aux ingénieurs et techniciens de KARI d'acquérir les connaissances dans ce domaine. Ce micro-satellite de , qui emporte une caméra fournissant des images avec une résolution spatiale de , est placé en orbite en 1999. KOMPSAT-2, placé en orbite en 2006, est par contre développé par KARI avec l'assistance des techniciens d'Astrium France. La caméra est réalisée avec l'aide des sociétés israélienne El-Op et allemande OHB-System. KOMPSAT-3, placé en orbite en 2012, et le satellite jumeau KOMPSAT-3A lancé en orbite en 2015, fournissent des images dont la résolution spatiale est inférieure au mètre. En parallèle, KARI développe des satellites d'observation de la Terre tous temps utilisant un radar. Le premier de la série est KOMPSAT-5, placé en orbite en 2013, et qui est doté d'une résolution spatiale inférieure au mètre..

Création d'une filière domestique pour la fabrication des satellites vignette|redresse=1.2|Le satellite d'observation de la Terre CAS500-1 tête de série des engins utilisant la plateforme CAS500.

Les premiers satellites sud-coréens (en particulier les KOMPSAT) reposent en grande partie sur des composants fournis par des entreprises américaines et européennes. La Corée du Sud développe à partir des années 2010 une filière industrielle domestique de fabrication des satellites qui se traduit par la mise au point de deux plateformes : CAS500 est une plateforme conçue pour les satellites circulant en orbite héliosynchrone d'une masse de (principalement des satellites d'observation de la Terre). La construction de cinq satellites utilisant cette plateforme est planifiée fin 2023. CAS500-1 la tête de série est construite conjointement par l'institut de recherche KARI et le conglomérat industriel Korea Aerospace Industries (KAI) et placée en orbite 2021. La construction du deuxième exemplaire, copie du premier, donne lieu au transfert des technologies maitrisées par le KARI à KAI qui a la responsabilité de développer les trois satellites suivants.. la plateforme GEO-KOMPSAT est conçue pour les satellitess géostationnaires. Deux satellites de cette famille ont été développés - GEO-KOMPSAT-2A et 2B - et lancés en 2018 et 2020..

Développement des fusées-sondes KSR vignette|redresse=1.2|Le lancement de la fusée-sonde KSR-3.

En 1999, le gouvernement sud-coréen fige un plan de développement de son programme spatial sur qui doit être révisé tous les deux ans par le comité national des Sciences et des Technologies. Ce plan prévoit pour la période 1993–2002 le développement d'une famille de fusées-sondes. L'objectif est à la fois d'acquérir les compétences techniques nécessaires au développement d'un lanceur et de fournir aux scientifiques l'opportunité d'effectuer des expériences dans la haute atmosphère.. Trois fusées-sondes de puissance et de complexité croissante sont développées. KSR-1, une fusée mono-étage non guidée à propergol solide de , vole à deux reprises en 1993 en atteignant une altitude de avec une charge utile de .. KSR-2, qui superpose deux étages KSR-1, permet d'atteindre une altitude de . La fusée-sonde vole à deux reprises en 1997 et 1998.. La KSR-3, dont le développement est décidé en 1997, est la première fusée de la Corée du Sud utilisant un moteur-fusée à ergols liquides. Le moteur-fusée de la KSR-3 développe une poussée de , brûle un mélange de kérosène et d'oxygène et est alimenté par pressurisation des réservoirs..

La Corée du Sud adhère en 2001 au Régime de contrôle de la technologie des missiles visant à limiter la prolifération des armes de destruction massive en contrôlant les transferts des missiles pouvant servir de vecteur pour ces armes. Son adhésion lui permet de négocier avec d'autres pays l'importation des technologies sensibles lui permettant de développer un lanceur national.. En , elle lance pour la première fois sa fusée-sonde KSR-. L'objectif est de disposer vers 2005 d'un lanceur opérationnel capable de placer de petits satellites en orbite. Celui-ci doit comporter trois étages développés à partir de KSR- flanqués de deux propulseurs d'appoint également dérivés de la même fusée-sonde. Le troisième étage est à propergol solide et dérive de la fusée sonde KSR-I. Finalement cette approche est abandonnée au profit d'un nouveau projet baptisé KSLV-1 (futur Naro-1). Pour accélérer le développement de ce dernier, les responsables coréens décident d'avoir recours à une assistance étrangère..

Développement du lanceur KSLV-1 vignette|redresse=1.2|La réplique du lanceur KSLV-1 au centre spatial de Naro.