Jacques Demy est un réalisateur, scénariste, dialoguiste, producteur et parolier français né le à Pontchâteau (Loire-Atlantique) et mort le à .

Proche du mouvement de la Nouvelle Vague, il a réalisé de nombreux films musicaux : Les Parapluies de Cherbourg (1964), Les Demoiselles de Rochefort (1967), Peau d'âne (1970) ou encore Une chambre en ville (1982).

Il a reçu une Palme d'or au Festival de Cannes ainsi que le Prix Louis-Delluc en 1964. Il a également été nommé pour un Golden Globe, quatre Oscars, un Bafta et deux César.

Biographie L'enfance thumb|Nantes, 9, allée des Tanneurs, cour de l'ancien garage Raymond Demy. La famille paternelle de Jacques Demy est originaire de Pontchâteau, lieu de la naissance de Jacques, où sa grand-mère tient un café et où est enterré son grand-père, lui aussi nommé Jacques, mort en 1934La tombe du grand-père Jacques Demy apparaît dans la première scène de Jacquot de Nantes. Son père, Raymond Demy, est garagiste à NantesEn 1939, il sera mobilisé comme ouvrier de l'armement à l'usine nantaise de la Société des Batignolles (cf. Jacquot de Nantes). (à l'enseigne « garage de l'Hôtel de Ville » et le domicile de la famille se trouvait au du quai des Tanneurs, devenu, après le comblement de l'Erdre, l'allée des Tanneurs, une contre-allée du cours des 50-OtagesDans Jacquot de Nantes, l'adresse donnée est .). Le père de Jacques espérait que son fils aîné reprenne un jour son garage et lui a fait suivre une formation de chaudronnier. Sa mère, Marie-Louise Leduc, est coiffeuse, mais n'exerce plus que rarement ce métier. Pour l'été, ils louent pour quelques semaines une maison au hameau de La Chebuette à Saint-Julien-de-Concelles près de Nantes. Jacques a un frère cadet, Yvon, assez proche par l'âge, et une sœur cadette, HélèneAgnès Varda, L'Univers de Jacques Demy, 1995..

Les parents de Jacques Demy sont grands amateurs de spectacles : cinéma (au Katorza, à l'ApolloLe cinéma Katorza fonctionne encore près du théâtre Graslin ; l'Apollo a été fermé en 2000.), opérettes ou opéras (au théâtre Graslin), et leur fils le devient aussi très tôt, fréquentant de plus le théâtre de marionnettesThéâtre de la famille Créteur, qui a encore fonctionné longtemps après la guerre installé en permanence à Nantes à partir de 1932. À partir de , à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il devient un véritable cinéphile, lisant la revue L'Écran français et fréquentant le ciné-club de Nantes.

Un praticien précoce des arts du spectacle Il est aussi très tôt devenu un praticien des arts du spectacle : dès quatre ans avec son propre théâtre de marionnettes, et, à partir de neuf ans, avec un petit projecteur de cinéma. Un peu plus tard, il réalise quelques films d'animation par la technique de la peinture sur pellicule. Il a aussi reçu un enseignement musical (violon) entre 1939 et 1943.

De à , en raison des risques liés aux bombardements de Nantes, il est réfugié chez un sabotier de la Pierre Percée, près de NantesLa Pierre Percée est un hameau de la commune de La Chapelle-Basse-Mer., non loin de la Chebuette. À ce moment ou un peu plus tardLa chronologie dans Jacquot de Nantes est parfois différente de celle proposée par ., il réalise notamment un film sur une attaque aérienne. contre le pont de Mauves. Fin 1944, il achète sa première caméra, et il en aura une plus perfectionnée à la fin de 1946. Il réalise d'abord quelques films avec acteurs, ainsi que des documentaires, en particulier, en 1947, Le Sabot, suite de son séjour à La Chapelle-Basse-Mer et première ébauche de son film Le Sabotier du Val de Loire (1955). Mais surtout, de 1946 à 1948, il se consacre à l'animation de personnages miniatures, réalisant des films de quelques minutes, La Ballerine puis Attaque nocturneLes extraits qui apparaissent dans Jacquot de Nantes sont des reconstitutions. Au moment du tournage de ce film, Agnès Varda a retrouvé dans le grenier du garage des pellicules desséchées et deux personnages de carton de Attaque nocturne. Le décor et les autres personnages de ce film d'animation ont été reconstitués de mémoire par Jacques Demy, aucun élément de pellicule ne subsistant, et le film a été de nouveau photographié image par image. Le Pont de Mauves et La Ballerine ont aussi été refaits, en copiant les pellicules disponibles (voir la présentation des trois films d'animation dans le coffret Intégrale Jacques Demy).. C'est à cette période qu'il rencontre pour la première fois le cinéaste Christian-Jaque, de passage à Nantes, qui l'encourage et pousse son père à accepter la vocation du jeune DemyInterview de Christian Jaque dans « Restez donc avec nous le lundi », TF1, ..

Études secondaires et Beaux-Arts de Nantes Il fait des études de type primaire supérieur jusqu'à l'âge de et entre le à l'école Leloup-Bouhier (aujourd'hui lycée Leloup-Bouhier) à Nantes. Lui-même, qui envisageait déjà de devenir cinéaste, aurait préféré faire des études longues au lycée Clemenceau, mais il s'est heurté à un refus de la part de son père, pour les études classiques comme pour le cinéma. Malgré cela, il réussit bien dans toutes les matières, alors qu'il ne s'intéresse qu'aux lettres et au dessin. Il semble avoir obtenu le Brevet d'études industrielles et un CAP de mécanicien garagisteCf. documents présentés dans L'Univers de Jacques Demy, une carte de collégien et une attestation scolaire de 1948, en partie tronquée, de sorte qu'on ne voit pas s'il a obtenu ces diplômes ou s'il va les préparer l'année suivante. Un document présenté à l'exposition de Nantes 2010-2011 (cahier de géométrie) montre clairement qu'en 1948-49, Jacques Demy est encore au collège Launay, en 1°I..

Sur son temps libre (le jeudi, le dimanche matin, certains soirs), il suit des cours à l'école des Beaux-Arts de NantesCes études de Jacques Demy aux Beaux-Arts de Nantes ne sont pas du tout évoquées dans Jacquot de Nantes alors qu'il comporte plusieurs scènes concernant le collège Launay.Biographie de Jacques Demy sur cineressources.net, consulté le . ; il y rencontre des gens qui participeront à la suite de sa carrière : Bernard Evein de Saint-Nazaire et Jacqueline Moreau d'Ancenis (future costumière) ou à un moindre degré, André Guérin et Jean Porcher.

Comme le montre bien le film Jacquot de Nantes réalisé par Agnès Varda, le cinéma a été une véritable vocation pour Jacques Demy. Arrivé au terme de ses études secondaires, son père ne s'oppose pas à sa vocation.

Études supérieures et débuts professionnels En 1949, Jacques Demy, aidé par Christian-Jaque, part pour Paris suivre les cours de l'ETPC (École technique de photographie et de cinématographie), située 85, rue de Vaugirard. Il retrouve ses condisciples des Beaux-Arts de Nantes, entrés à l'IDHEC ou aux Beaux-Arts de Paris, ainsi qu'un nouveau venu, sorti de l'école d'architecture de Nantes, Bernard Toublanc-Michel. Pour son épreuve de sortie en 1952, il réalise un court-métrage de dix minutes, Les Horizons morts. Il accomplit ensuite son service militaire..

À son retour, il envisage de travailler dans le cinéma d'animation et se met au service de Paul Grimault, avec lequel il réalise des parties de films publicitaires, animant notamment des boîtes de pâtes Lustucru. En même temps, il a plusieurs projets personnels qui n'aboutissent pas : Les Très Riches Heures d'une enfant sage (sur un scénario personnel) ; Le Faux Nez (sur un scénario de Jean-Paul Sartre). Cependant, il est remarqué par une firme de publicité qui va lui procurer plusieurs mois de travail, en collaboration avec Bernard Evein. C'est aussi l'époque où il se lance dans un roman, qu'il abandonne rapidement, mais qui est la première ébauche du scénario dUne chambre en ville.

Il se réoriente vers le cinéma documentaire et, en 1953, écrit le scénario du Sabotier du Val de Loire. Il prend contact avec le documentariste Georges Rouquier qui apprécie ce travail et prend Jacques Demy comme assistant pour un documentaire sur Lourdes et pour un autre sur Arthur Honegger, tournés en 1954-1955. Georges Rouquier réussit à mettre sur pied la production du Sabotier avec Pathé-CinémaBudget de quatre millions de francs 1955, 25 % venant de Georges Rouquier, 75 % de Pathé. ; le film est tourné en , obtenant un grand succès critique en 1956.

Il est ensuite engagé par Jean Masson pour un film d'actualité, Le Mariage de Monaco, une commande de la principauté, sur le mariage de Grace KellyJacques Demy dira par la suite avoir été le dernier cinéaste à avoir dirigé Grace Kelly, dans la scène de la visite de la galerie des ancêtres. Il évoquera aussi l'agrément de tourner avec de gros moyens financiers. et de Jacques Demy sur lesgensducinema.com, consulté le .. À la fin de l'année 1956, il est de nouveau assistant de Georges Rouquier pour le film S.O.S. Noronha.

Vie privée Jacques Demy est bisexuel, mais cela ne devient de notoriété publique qu'après sa mort. Sa bisexualité a pu le conduire à s'intéresser à la figure antique d'Orphée (abordée dans Parking dont Demy est réalisateur).

Jacques Demy et Agnès Varda se rencontrent au festival du court métrage de Tours en 1958, et se marient en 1962. Leur fils, Mathieu Demy, naît en 1972, et Jacques Demy adopte la fille d'Agnès Varda, Rosalie VardaMathilde Blottière, « Les films de Jacques Demy enfin édités en DVD », Télérama, ., fille biologique d'Antoine Bourseiller, qui deviendra costumière.

Le couple possède une demeure à Paris et une propriété (un ancien moulin) sur l'île de Noirmoutier en Vendée. C'est à Noirmoutier qu'ont été tournés les plans de Jacques Demy sur une plage dans Jacquot de Nantes.

Pendant ses études, il n'avait pas appris de langue étrangère. Il a appris l'anglais durant les années 1960, en suivant des cours et des stages, ainsi qu'en séjournant aux États-Unis. À l'époque du projet Anouchka, qui a duré plusieurs années, il a aussi appris le russeTémoignage d'Hélène Demy dans L'Univers de Jacques Demy. Il admirait sa sœur parce qu'elle était devenue professeur d'anglais..

Au début des années 1970, il a passé (à l'exemple de Michel Legrand) un brevet de pilotage d'avion de tourismeSon brevet de pilote est présenté dans L'Univers de Jacques Demy..

Mort thumb|Tombe de Jacques Demy et d'Agnès Varda au cimetière du Montparnasse.

Jacques Demy meurt en 1990, officiellement d'un cancer. Ce n'est qu'en 2008, lors de la promotion de son documentaire autobiographique Les Plages d'Agnès, qu'Agnès Varda révèle que la véritable cause de la mort de Demy est le sidaInterview parue dans Têtu en .. Jacques Demy n'avait pas souhaité que la véritable cause de son décès fût dévoilée.. Il est enterré au cimetière du Montparnasse ().

Carrière thumb|À Venise en 1966, entre Catherine Deneuve et son épouse Agnès Varda.

Les courts métrages de la fin des années 1950 Le Bel Indifférent (1957)Le Bel Indifférent, sur cineressources.net, consulté le . Assistant du réalisateur Georges Rouquier sur le tournage de SOS Noronha, il fait connaissance de Jean Marais qui lui permettra ensuite d'entrer en contact avec Jean Cocteau ; celui-ci donne à Jacques Demy les droits cinématographiques de sa courte pièce Le Bel Indifférent, créée en 1940. Ce court-métrage est aussi produit par Pathé-Cinéma, compte tenu du succès du Sabotier, bien que les créateurs, Édith Piaf et Paul Meurisse, d'abord envisagés aient dû être remplacés par la comédienne Jeanne Allard et Angelo Bellini, un non professionnel recruté sur son apparence pour un rôle totalement muet.Le Musée Grévin (1958)Le Musée Grévin sur cineressources.net, consulté le . En 1958, Jacques Demy met au point le scénario d'un long-métrage, Un billet pour Johannesbourg (le futur Lola), mais dans l'immédiat doit continuer avec des courts métrages. Il est de nouveau le collaborateur de Jean Masson pour Le Musée Grévin (musique de Jean Françaix), un film dont il ne se montre pas très satisfait par la suite.La Mère et l'enfant (1959)La Mère et l'Enfant sur cineressources.net, consulté le .