Une sourate (en arabe : , sūraʰ , pl. , suwar, « sourate » ; en syriaque : ṣūrṭā: « écrit, partie d'une écriture ») est, en son sens coranique, une unité textuelle non délimitée du Coran ou, en son sens plus tardif, une unité fixe souvent traduit par « chapitre » par comparaison avec les chapitres de livre de la Bible.

114 sourates, classées dans un ordre de longueur assez sensiblement décroissant, forment le texte coranique. Cet ordonnancement fait partie du processus de rédaction, encore mal connu, du Coran et des traces anciennes d'autres ordres qui sont attestées.

Cette séparation en sourates interroge les chercheurs quant à la chronologie du processus rédactionnel du texte coranique, que ce soit au niveau des sourates ou des versets. Bien que l'approche chronologique de ce texte reste importante, l'ordre chronologique de rédaction du Coran semble inaccessible.

Origine du terme

Étymologie Les lexicographes anciens ont rapproché le terme sura de la racine s-w-r qui se retrouve dans "mur" et "construction". D'autres ont préféré l'associer à s-ʾ-r, dans son sens de « laisser un petit reste ». Pour Boisliveau, "l’hésitation des lexicographes arabes quant à la racine et au sens montre que le terme n’est probablement pas arabe. Il s’agit donc d’un emprunt à une autre langue ou bien d’une création sous influence d’une autre langue."A.S. Boisliveau, Le Coran par lui-même, 2014, et suiv..

Les recherches modernes ont posé l'hypothèse, sans consensus, de lien avec un mot hébreu. Watt et Bell l'associent au syriaque ṣūrṭā signifiant « un écrit », « une partie d’une Écriture », ou « les Écritures saintes ». Boisliveau souligne qu'une éventuelle connaissance de ce terme syriaque ṣūrṭā par au moins "certaines personnes à l'époque de l'apparition du Coran", impliquerait alors qu'il soit "fort possible qu’il ait été utilisé dans le texte coranique avec l’intention de donner, par ce terme nouveau, une connotation de sacralité à l’exemple de ṣūrṭā pour l’Écriture sainte des chrétiens".

Pour Neuwirth, une hypothèse étymologique serait une dérivation du mot syriaque shūrayā, “commencement, ” et désignant de courts psaumes chantés avant une lecture. Aucune de ces étymologies, de ce mot qui apparaît pour la première fois en arabe dans le Coran, n'est certaineA. Neuwirth, "Suras", Encyclopedia of the Qur'an, vol. 5, 2006, et suiv.. Pour Dye et Decharneux, on ne sait pas si "l'emprunt [de ce terme à une langue étrangère] est antérieur ou non à la période de composition du Coran"G. Dye, J. Decharneux, "Sourate 10", Le Coran des Historiens, 2019, p. 418 et suiv.En 1996, Bellamy pensait cet emprunt comme assez ancien en raison de la forme plurielle.

James A. Bellamy, "More Proposed Emendations to the Text of the Koran", Journal of the American Oriental Society, 116, No. 2, 1996, p. 196-204. - source citée par P. Neuenkirchen, BCAI29, 2014, p. 34.. En même temps, Boisliveau souligne la particularité du terme arabe sūra, "mot nouveau, — donc mystérieux —, "créé ad hoc" par le texte coranique".

Sens coranique Le mot sura ne compte que neuf occurrences dans le Coran. Trois types d'emploi avec pour sens de "quelque chose que Dieu a fait descendre sur Mahomet", sont présents, une fois comme titre, où il désigne le Coran ou une partie de celui-ci, trois fois dans un contexte de polémique et du défi coranique. Les cinq dernières occurrences sont liées à un auditoire appartenant à la communauté de Mahomet.

Pour Neuwirth, "dans le Coran, sūra signifie en premier lieu une unité textuelle petite d’une étendue indéfinie"Angelika Neuwirth, The Qur'an and Late Antiquity, Oxford University Press, 2019, (trad : Der Koran als Text der Spätantike, 2010). En 2006, Neuwirth explicitait : " le terme sūra est utilisé dans le Coran, bien qu'il se réfère à l'origine à une unité textuelle indéterminée, plus petites que les sūras finalement fixées"Angelika Neuwirth, "Structural, linguistic and literary features", The cambridge companion to the Qur'an, Cambridge, 2006, . Dye, rejoignant Prémare, rappelle que "le terme sura, dans le texte même du Coran, a un sens plus limité : il désigne un simple fragment de texte, et non une sourate entière"Guillaume Dye, "Le corpus coranique : contexte et composition", Le Coran des historiens, 2019, t.1, .Pour Segovia, " le sens du terme coranique est différent et plus large [ du sens qui lui fut assigné plus tard] car il pourrait se référer à une "section", une "phrase" ou un "fragment" dans le texte". Cela explique le peu de sens relevé par Gallez de demander, dans le défi coranique, d'apporter "10 "chapitres" comme celui-ci".

C. Segovia, "Sourate 2", Le Coran des Historiens, 2019, p. 55 et suiv.. Pour Boisliveau, "si l’on s’en tient à son utilisation dans le texte coranique, [ce terme] désigne une partie du Coran dont on ne sait les délimitations. Ses origines et le pourquoi de son utilisation restent obscurs". Pour Bellamy, dans le Coran, "le mot se réfère toujours à une partie de la révélation divine, mais pas encore à une partie spécifique"James A. Bellamy, "More Proposed Emendations to the Text of the Koran", Journal of the American Oriental Society, 116, 1996, p. 196- 204..

L'étude des plus anciens manuscrits coraniques atteste du fait que les unités textuelles appelées "sourates" appartiennent "aux conceptions formelles du discours coranique lui-même". Pour Neuwirth, « la date exacte à laquelle cette unité textuelle Sura désigne, dans le Coran, une courte unité textuelle de longueur non-définie] a été identifiée avec les unités distinguées comme sourates dans le codex reste incertaine, mais l'étymologie la plus probable semble indiquer que ce qui était initialement prévu était une courte unité textuelle. ». Celles-ci avaient originellement un rôle liturgique. Pour Boisliveau, ce n'est qu'a posteriori — "assez rapidement semble-il" — que ce terme a été utilisé dans la tradition musulmane pour désigner "un chapitre coranique très clairement délimité - ce qui n’est pas le cas dans l’emploi du mot dans le texte [coranique]"Sur les 9 occurrences coraniques du terme, il n'apparait qu'une seule fois dans une introduction métatextuelle (sourate 24) où il "désigne le Coran ou plutôt une partie du Coran, que Dieu a fait descendre".

Reprenant une définition de Neuwirth, Azaiez précise, dans son commentaire de la sourate 24, sura a le sens d'unité textuelle de longueur indéterminée à l'intérieur du Coran". Pour Neuenkirchen, "il ressort des dix usages de sura dans le Coran que le Coran n'a pas alors [le] sens plus tardif de "chapitre"".

Ce terme a servi par la suite à désigner les chapitres du Coran, sens qui ne peut être véritablement soutenu que par une seule utilisation dans l’introduction de la sourate 24, utilisation qui ne contredit par ailleurs pas "l’usage coranique dans lequel il s’agit de quelque chose que Dieu a fait descendre sur Mahomet, d’une partie du Coran".

P. Neuenkirchen, "Sourate 47", Le Coran des Historiens, 2019, p. 1499 et suiv.

M. Azaiez, "Sourate 24", Le Coran des Historiens, 2019, p. 869 et suiv. A.S. Boisliveau, Le Coran par lui-même, 2014, et suiv.. Cet usage est permis par "le fait que le mot n’existait pas auparavant".

Les sourates du Coran - Description

Le Coran est constitué de 114 sourates de longueurs inégales : les plus courtes (Al-Asr, Al-Kawthar et An-Nasr) contiennent 3 versets (ayat) et la plus longue (Al-Baqara) 286. Le Coran contient 6236 versets. Elles sont présentées dans un ordre de longueur assez sensiblement décroissant, et non dans l'ordre chronologique des révélationsChebel M., « Sourate », Les 100 mots du Coran. Presses Universitaires de France, 2017.. Deux hypothèses sont présentées par Kouloughli quant à l'ordre non chronologique. Il pourrait servir à faciliter la mémorisation ou pourrait être lié à l'existence de fils conducteurs entre elles. "Cette dernière hypothèse mériterait d’être explorée systématiquement."Kouloughli, "Le Coran: quelques données lexico-statistiques" , http://icar.cnrs.fr/llma/sommaires/LLMA_8_06_Kouloughli_Coran.pdf. Cuypers remarque que cet ordonnancement par ordre décroissant de taille "corresponde à un certain usage dans l’Antiquité, puisque les épîtres de saint Paul sont également disposées ainsi dans le Nouveau Testament"M. Cuypers, La composition du Coran, 2011, ..

Le nom est davantage utilisé que le numéro par les commentateurs musulmans pour désigner une sourate. L'usage savant occidental favorise leur désignation par leur numéro en chiffres romains. Dans les éditions modernes du Coran, selon une habitude qui se met progressivement en place à partir du , sont présentés le titre de la sourate, le nombre de versets et le "lieu de révélation" en tête de sourate.

Les titres des sourates Les titres attribués aux sourates (par exemple, « Le Voyage nocturne », « La Lumière », « Les Femmes » ou « La Génisse ») consistent en des mots-clés extraits soit du début soit du corps du texteAngelika Neuwirth, "The Qur'an and Late Antiquity", Oxford University Press, 2019, Déroche Fr., "Chapitre II - Structure et langue" Dans Le Coran, 2017, -45. Ceux-ci renvoient soit à un mot frappant, soit au thème dominant de la sourate en questionLiati déconseille de traduire "sourate" par "chapitre", les sourates n'ayant pas, excepté pour certaines courtes, de thématiques uniques. Liati V., "Comment lire le Coran ?" dans Le français aujourd'hui 2006, 155, . Un certain nombre d'entre elles sont nommées par des noms propres. Dans , le nom n'apparait pas dans la sourate, et pour certains même pas dans le CoranA. Welch, R. Paret, R., J.D Pearson, "al-Kur'an", Encyclopediia of islam, vol 5, .. Néanmoins, ceux-ci n'ont pas été "considérés comme faisant partie du texte"Ces titres n'étant pas considérés par les musulmans comme faisant partie du texte révélé, ils ne sont pas fixes et ne sont pas récités.

Pour Déroche, "ces titres ne font pas partie de la Révélation". Ce terme de "révélation" est contesté par certains chercheurs. Dye dit que "c'est une formule qui est trompeuse, car elle occulte tout ce qui peut relever d'un processus de composition".

Lamya Kandil "Die Surennamen in der offiziellen Kairiner Koranausgabe und ihre Varianten", Der Islam, 69, 1, 1992, .

Déroche Fr., "Chapitre II - Structure et langue", Le Coran, 2017, -45

G. Dye, "Le corpus coranique : contexte et composition", Le Coran des Historiens, t.1, 2019, .. Pour Sonn, "ces noms ont été attribués après la canonisation du Coran (établi sous sa forme officielle)"T. Sonn, "Introducing", The Blackwell companion of Qur'an, 2006, .. Il est difficile de dater exactement l'apparition de ces noms. Bien qu'ils soient absents des premiers manuscrits, ceux-ci ont souvent été rajoutés a posteriori sur des manuscrits anciensLamya Kandil "Die Surennamen in der offiziellen Kairiner Koranausgabe und ihre Varianten", Der Islam, 69, 1, 1992, .. Si des noms sont largement utilisés au milieu du , ceux-ci ne sont pas encore fixésUne tendance des débuts de l'islam est de les appeler par leur verset d'ouverture, ce qui occasionnait des noms longs. et ne sont qu'une étape préliminaire vers les noms actuels. L'apparition de titres simples, sauf exceptionsPour Neuwirth, des sourates ont pu circuler anciennement avec des noms "similaires à ceux utilisés aujourd'hui", "bien que des informations sûres sur l'état le plus ancien des choses ne soient pas disponibles". La circulation de noms jusqu'à nos jours est pour l'auteur un élément qui montre une connaissance orale du texte. Pour Segovia, dès le , un texte, connu sous le nom de sura al-baqara, est attesté comme étant en circulation chez les musulmanes. Plus court que la sourate 2, le contenu de celui-ci n'est pas connu. C. Segovia, "Sourate 2", Le Coran des Historiens, 2019, t. 2a, et suiv., semble s'être faite graduellement.