L'Amour l'après-midi est une comédie dramatique française écrite et réalisée par Éric Rohmer et sortie en 1972.
Il s'agit du sixième et dernier volet des Six contes moraux, que Rohmer avait commencé dix ans plus tôt. Le film met en scène un jeune père de famille qui, bien qu'il soit épris de sa femme, se sent à l'étroit dans son mariage. La rencontre avec une vieille amie le conforte dans son désir de vivre deux vies parallèles.
Synopsis Frédéric est associé dans un petit cabinet d'avocats parisien qui connaît un grand succès. Sa femme Hélène est professeure d'anglais et attend leur deuxième enfant. Bien qu'il soit épris de sa femme, le jeune père de famille se sent à l'étroit dans son mariage. Il prend régulièrement congé en début d'après-midi et s'adonne à ses rêveries dans un café. La plupart de ces rêveries concernent des femmes qu'il observe dans la rue et qu'il trouve toutes d'autant plus magnifiques qu'elles lui sont inaccessibles. L'un de ses fantasmes consiste à posséder un talisman magique qui lui permettrait d'attirer à lui toute femme qu'il désire.
Un jour, une vieille connaissance apparaît dans son bureau, Chloé, qui a autrefois fait tourner la tête d'un ami d'enfance et qui travaille maintenant dans une boîte de nuit. Au début, Frédéric reste réservé, car il pense qu'elle ne cherche qu'une aide matérielle. Mais plus ils se voient, plus il prend goût aux rencontres régulières avec cette femme séduisante. Bien qu'il cache à sa femme ces rendez-vous, qui ont toujours lieu pendant ses après-midi de congé, il ne se sent pas coupable d'adultère, car il n'y a pas de liaison sexuelle. Pour Frédéric, c'est plutôt la réalisation d'un rêve de longue date de mener deux vies séparées en même temps.
Les aventures de Chloé avec d'autres hommes échouent encore et encore, et lorsque son désir d'enfant se fait plus pressant, elle n'envisage que Frédéric comme père. Chez ce dernier, l'incertitude grandit quant à sa capacité à résister à sa séduction. Finalement, elle l'invite dans son appartement et se présente à lui nue dans son lit. En se déshabillant, Frédéric prend conscience de la situation et s'enfuit de l'appartement, pris de panique. Il prend congé au bureau, car la seule chose qui l'attire est de rentrer chez lui, auprès de sa femme. Lorsqu'il passe l'après-midi avec Hélène pour la première fois depuis longtemps, celle-ci éclate en sanglots.
Fiche technique Titre original : L'Amour l'après-midi Réalisation : Éric Rohmer Assistants-réalisateurs : 1) Claudine Guilmain , Lorraine Santoni / 2) Claude Bertrand Scénario et dialogues : Éric Rohmer Décors : Nicole Rachline Costumes : Daniel Hechter Directeur de la photographie : Néstor Almendros Cadreur : Jean-Claude Rivière Assistant-opérateur : Philippe Rousselot Son : Jean-Pierre Ruh, assisté de Michel Laurent Musique : Arié Dzierlatka Montage : Cécile Decugis , assistée de Martine Kalfon Production : Pierre Cottrell, Barbet Schroeder Société de production : Les Films du Losange, Columbia Films S.A. Société de distribution : Columbia Pictures Pays de production : Langue originale : français Format : couleur (Eastmancolor) - 35 mm - 1,37:1 - son Mono Genre : comédie romantique, comédie dramatique Durée : 95 minutes Date de sortie : France :
Distribution Bernard Verley : Frédéric Carrelet, un homme d'affaires marié troublé par une fille fantasque Françoise Verley : Hélène Carrelet, la femme professeure d'anglais de Frédéric (son épouse également dans la vie) Zouzou : Chloé, une jeune femme fantasque, la tentatrice de Frédéric Daniel Ceccaldi: Gérard, l'associé de Frédéric Malvina Penne : Fabienne, une secrétaire de Frédéric et de Gérard Danièle Malat : la cliente de la boutique de confection Pierre Nunzi : le vendeur en confection Babette Ferrier : Martine, l'autre secrétaire de Frédéric et de Gérard Tina Michelino : la passagère du train Jean-Louis Livi : le camarade de Frédéric au café Sylvaine Charlet : la logeuse Irène Skobline : la vendeuse en confection Frédérique Hender : Madame M., une invitée des Carrelet Claude-Jean Philippe : Monsieur M., un invité des Carrelet Suze Randall : la fille au pair anglaise Sylvie Badesco : l'étudiante Claude Bertrand : l'étudiant Françoise Fabian : une femme lors de la séquence du rêve (de Ma nuit chez Maud) Marie-Christine Barrault : une femme lors de la séquence du rêve (de Ma nuit chez Maud) Haydée Politoff : une femme lors de la séquence du rêve (de La Collectionneuse) Laurence de Monaghan : une femme lors de la séquence du rêve (de Le Genou de Claire) Gérard Falconetti : un homme lors de la séquence du rêve (de Le Genou de Claire) Aurora Cornu: une femme lors de la séquence du rêve (de Le Genou de Claire) Béatrice Romand : une femme lors de la séquence du rêve (de Le Genou de Claire)
Production L'Amour l'après-midi est la sixième et dernière partie du cycle des Six contes moraux, que Rohmer avait initié en 1962 avec le court métrage La Boulangère de Monceau. Contrairement aux films précédents, le scénario n'est pas tiré d'une nouvelle préexistante, et n'a été achevé que quatre mois avant le début du tournage. Le début, qui montre Frédéric en rêveur que fascine le flot de la vie urbaine, attiré par les femmes croisées dans la rue, est inspiré de la nouvelle Les Nuits blanches de Fiodor Dostoïevski. Dans la séquence de rêve où il subjugue des femmes avec une amulette magique, Rohmer reprend le thème du Genou de Claire : le protagoniste prend le rôle d'un voyeur, d'un manipulateur, d'un directeur des consciences voire d'un réalisateur de cinéma. Dans cette séquence, Rohmer fait référence aux précédents films du cycle en faisant apparaître leurs interprètes féminines avec l'attribut essentiel qui les caractérisait : l'ironie d'Haydée Politoff de La Collectionneuse (1967), la franchise de Françoise Fabian et Aurora Cornu de Ma nuit chez Maud (1969) et du Genou de Claire (1970) ainsi que l'hésitation de Laurence de Monaghan de ce même dernier film. C'est justement Béatrice Romand, la plus sage des personnages (également tirée du Genou de Claire), qui montre au protagoniste les limites de son rêve lorsqu'elle se refuse à lui. Ce sont aussi les limites d'un cinéaste dont l'imagination se heurte à la résistance de la réalité.
Les parallèles entre le réalisateur et son protagoniste vont au-delà de cette séquence : certes, au moment de la réalisation de L'Amour l'après-midi, Rohmer était déjà plus âgé que son personnage, mais il était également jeune marié et père de deux jeunes fils. Il avait également fondé une société de production, Les Films du losange (avec un associé que joue à l'écran Daniel Ceccaldi), il s'entourait de jeunes et jolies secrétaires (jouées dans le film par de vraies secrétaires), mais surtout : il partageait lui aussi son temps entre les soirées en famille, le travail au bureau, les trajets en bus ou en métro pendant lesquels il s'inventait des histoires, et les discussions d'après-midi avec des actrices et des aspirantes actrices. Il menait également deux vies parallèles qui se chevauchaient à peine : l'une sous le nom de Maurice Schérer et l'autre sous son nom d'artiste Éric Rohmer.
Alors que jusqu'à L'Amour l'après-midi, les films de Rohmer tournaient surtout autour de la question du choix (Françoise ou Maud dans Ma nuit chez Maud, Laura ou Claire dans Le Genou de Claire), Rohmer introduit désormais le thème du dédoublement qui traversera son œuvre à venir (particulièrement dans Les Nuits de la pleine lune (1984) ou Triple Agent (2004)), un espoir utopique de dépasser les limites de la conjugalité ou de l'identité en vivant plusieurs vies à la fois. Dans ce sens, la fuite finale de Frédéric pour conjurer le risque d'une union charnelle avec Chloé ne peut pas être comprise comme une simple contradiction entre les paroles et les actes, le logos et la libido, mais comme une reconquête de la liberté qui, comme Rohmer l'a expliqué dans une interview à propos de Conte d'hiver (1992), s'exprime précisément en se limitant. C'est un retour à son état du début du film, celui d'un rêveur qui peut continuer à construire des châteaux en Espagne.
Attribution des rôles Rohmer trouve son acteur principal, Bernard Verley, assez tôt. Il le décrit comme un acteur sur la touche qu'il voudrait réhabiliter, « blond, aux yeux bleus, un peu fou : mais mes précédents personnages manquaient trop de folie. Il faut que le film soit un peu plus dément que les autres, plus proche du rêve, plus sinueux, plus touffu ». Il l'observait en secret dans les cafés du quartier de Saint-Germain-des-Prés, notamment au Café de Flore, où il était un habitué. Comme à son habitude, Rohmer essayait d'identifier le plus possible l'acteur à son rôle, ce qui l'amena à choisir la femme de Verley, Françoise, pour jouer Hélène, alors que celle-ci n'avait jusqu'alors travaillé que comme styliste et mannequin, ainsi que sa petite fille pour représenter sa fille à l'écran. D'après Verley qui commente le tournage dans une émission d'Aujourd'hui Madame : « C'est un voleur de hasards, à l'affut de l'imprévu prévu ». Rohmer aurait étudié à l'avance et avec précision les actions et les réactions de ses acteurs. « Il avait beaucoup réfléchi au caractère obsessionnel des gens, aux gestes qu'ils répètent, à leurs réactions. Il profitait de cela, et aussi du hasard qui apporte une légère différence (c'est cette différence qu'il provoquait ». Rohmer avait déjà longtemps flirté avec Zouzou, l'égérie de Saint-Germain-des-Prés. Il voulait d'abord la faire tourner dans La Collectionneuse et planifiait même dans les années 1960 un projet inachevé qui lui était consacré, Les Aventures de Zouzou. Ce qui lui importait, c'était l'altérité radicale entre les deux personnages, une discordance au cœur de la grisaille bureaucratique de du cabinet de Frédéric, qui faisait de leur attirance quelque chose d'inattendu, d'incongru.
Tournage Le tournage des scènes extérieures s'est achevé à l'automne 1971. De nombreuses scènes sont tournées autour de la place Saint-Augustin et de la gare Saint-Lazare. Rohmer a ensuite tourné en deux semaines les scènes intérieures dans le studio où, pour des raisons logistiques, le bureau ainsi que l'appartement de Chloé ont été reconstitués. Si le chef opérateur Néstor Almendros s'en félicitait, car cela lui facilitait l'éclairage, c'était un compromis pour Rohmer, qui préférait travailler en décors réels. La scène érotique entre Verley et Zouzou, en particulier, ne fut pas facile pour le réalisateur, qui demanda finalement à son acteur principal de disposer sur le lit le corps nu de Zouzou pour la caméra, tandis qu'il se retirait, gêné, à l'étage supérieur et n'observait la scène que de loin. Dans le film, l'ameublement banal de l'appartement de Chloé rehausse encore la nudité de l'actrice, de sorte qu'elle semble tout droit sortie d'un harem d'Ingres.
Exploitation L'Amour l'après-midi enregistre en France (dont à Paris), ce qui en fait le deuxième film du cycle le plus populaire après Ma nuit chez Maud.
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